LE SIXIÈME LIVRE DES STANCES
Belle source, je veux me rappeler sans cesse Qu'un jour, guidé par Tamilié,
Ravi, j'ai contemplé ton visage, ô déesse,
Perdu sous la mousse à moitié.
Que n*esl-il demeuré, cet ami que je pleure, 0 nymphe, à ton culte attaché.
Pour se mêler encore au souffle qui t'effleure, Et répondre à ton flot caché I
SIXIEME LIVRE l8l
Solitaire et pensif j'irai sur les chemins, Sous le ciel sans chaleur que la joie abandonne, Et, lecœurplein d'amour .jeprendraidans mes mains Au pied des peupliers les feuilles de l'automne.
J'écouterai la brise et le cri des oiseaux Qui volent par les champs où déjà la nuit tombe. Dans la morne prairie, au bord des tristes eaux, Longtemps je veux songer à la vie, à la tombe.
l82 LES STANCES
L*air glacé fixera les nuages transis, Et le couchant mourra doucement dans la brume, Alors, las de marcher, sur quelque borne assis, Tranquille, je romprai le pain de l'amertume.
Aux rayons du couchant, le long de cette ornière, Je vous vois, peupliers revêtus de lumière ; Dans la pénombre, oiseaux, votre cri répété Pour la dernière fois a salué TEtél
l84 LES STANCES
Va, brode rhorizon, brume délicieuse, D'émeraude et d'onjx poussière précieuse : Je veux me disperser ce soir dans le malheur De l'automne qui vient, de l'automne en sa fleur.
SIXIÈME LIVRE l85
La lune sur le sol découpe la figure Des tilleuls ; à Técart
Je vaisj et je rejette au loin, de ma nature La plus commune part.
Je sens mon rêve ici croître sans violence Comme mûrit le fruit,
Et du clocher du bourg, sur Taile du silence. Un son s'élève et fuit.
l86 LES STANCES
Clartés du ciel, ô voixderheure, ombrage sombre,
Tranquille vétusté De ces lieux, liguez-vous pour assaillir en nombre
Mon cœur de tout côté.
Je VOUS entends g-lisser avec un secret bruit Là-bas sur la pénombre verte.
Entrez dans ma maison, ô souffles de la nuit, J^ai laissé la fenêtre ouverte !
0 souffles, pour mon cœur tout chargés à présent D'erreur, de remords, d'amertume,
Vous me parliez jadis lorsqu'avec le brisant Luttaient la tempête et l'écume,
l88 LES STANCES
Lorsque le long" du sable aux flols harmonieux, Dans la crique et sur cette grève,
D'une amitié perfide et la terre et les cieux
Remplissaient mon âme et mon rêve.
Mais quoi ! vous vous taisez^ esprits éoliens !
Un autre arpège se prolonge :
C'est la pluie, elle tombe et je me ressouviens
Tout à coup d'un autre mensonge.
Au milieu du jardin la fleur que je désire S'entr'ouvre en ce moment,
Et la brise tout bas sous les tilleuls soupire Dans un frissonnement.
igO LES STANCES
Errant entre ses bords, sur le gravier encore
L'eau brillante bruit, Mais le rayon du jour, hélas! qui s^évapore Va céder à la nuit.
SIXIEME LIVRE igi
Ce canal qu'à celte heure une aube faible çlace, Où je vois reflétés paisiblement les deux, Entre deux mornes quais, loin de la vaine audace Du fleuve dont il sort, croupit insoucieux.
igS LES STANCES
Va-t-il donc se flatter d'un destin sans réplique? L'un peine en son repos, Tautre gît en courant; Et ce calme étendu sur cette eau métallique N'est pas plus assuré que Tonde du torrent.
L'insidieuse nuit m'a grisé trop longtemps !
Pensif à ma fenêtre, 0 suave matin, je veille et je t'attends ;
Hâte-toi de paraître.
Viens I au dedans de moi s^épandra ta clarté En élément tranquille :
Ainsi Teau te reçoit, ainsi l'obscurité Des feuilles te distille.
1^4 LKS STANCES
0 jour, ô frais rayonsj immobilisez-vous,
Mirés dans mes yeux sombres,
Maintenant que mon cœur à chacun de ses coup* Se rapproche des ombres.
SIXIÈME LIVRE ig5
L'aube qui doucement se lève sur la ville Et se dissout dans l'air annonce un jour serein. Que j'aime à contempler votre cime tranquille, Arbres fiers que nourrit un avare terrain !
Je songe, en supputant tout le mal et le pire; Et malgré les détours dont m'abuse le sort, Je sens que sur ma lèvre erre encore un sourire, Tant mon âme s'absorbe en son dieu sans effort.
Va-t-on songer à l'Automne, A l'Aquilon détesté, Quand la lumière environne La vie et le fier Eté !
De l'arbre au profond feuillage, Des parterres du jardin, La brise tire un langage D'allégresse et de dédain.
ig8 LES STANCES
Vous qui passez sur la route.
Saouls de la sève des bois, Chantez, riez ! Moi j'écoute En secret une autre voix :
Oui soupire de la sorte ?
0 mon âme, n'est-ce pas Une branche déjà morte Qui vient de parler tout bas ?
SIXIEME LIVRE IQQ
Quand reviendra Tautomne avec les feuilles mortes Oui couvriront l'étang du moulin ruiné, Quand le vent remplira le trou béant des portes Et rinutile espace où la meule a tourné,
Je veux aller encor m'asseoir sur cette borne, Contre le mur tissé d'un vieux lierre vermeil, Et regarder longtemps dans Teau glacée et morne S'éteindre mon image et le pâle soleil.
Hélas! cœur trop humain, homme de peu de foi, Aux regards éblouis d'une lumière en fête, Tu ne sauras jamais comme elle éclaire en moi. L'ombre que cette allée au noir feuillage jette !
TABLE ALPHABETIQUE
A.dieu, la vapeur siffle, on active le feu 89
Ah, fuyez à présent 10 1
Au milieu du jardin 1 89
Au temps de ma jeunesse 43
Aux rayons du couchant i83
Avril sourit 65
Ijeaux présents que la Muse -y 9
Belle lune d'argent io5
Belle source^ je veux me rappeler 179
Belle, vivant tes jours i G7
Bien qu'ainsi tu te couronnes 178
Ualliope, Erato, filles de Jupiter 28
Ce canal qu'à cette heure 191
Ce n'est pas vers l'azur 5i
Ce que ma fantaisie a ce soir entrepris 33
Céphise. fier torrent 61
Chênes mystérieux, forêt de la Grésisrne 53
Compagne de l'éther, indolente fumée 129
Coupez le myrte blanc i33
Dans le ciel est dressé le chêne séculaire i55
Dans le jeune et frais cimetière 107
De ce tarif avril, rameaux. . 03
Donc, vous allez fleurir , O7
Jciau printanière, pluie harmonieuse 78
Eh quoi ! peut-être aussi 11
En cet après-midi si lourd 107
En dépit de mes maux : 127
Encor sur le pavé sonne mon pas 109
Esprit astucieux, adorable puissance 71
Eté, tous les plaisirs 87
TABLE ALPHABÉTIQUE 2o5
(jTrands bois, je vous verrai brillants, .... io3
Mêlas ! cœur trop humain , 201
Hymette, mont sacré, divinité vivante 121
il est doux d'écouter le roseau qui soupire 45
J 'ai choisi cette rose 26
J'écoute sur ma lèvre, ô voix cyrénéenne 147
Je me compare aux morts m
Je ne regrette rien 167
Je songe à ce village i3
Je songe aux ciels marins 87
Je songe, chaque fois 89
Je te sens sur mes yeux, lune , i4i
Je viens de mal parler de toi, rose superbe ! 49
Je vous entends glisser 187
Je vous revois toujours, immobiles cyprès q5
Li'aube qui doucement se lève sur la ville to5
L'éclair illuminait la nuit q3
L'insidieuse nuit m'a grisé igS
La coupe de douleur où je nne désaltère 1^9
La lune sur le sol découpe la figure i85
Le coq chante là-bas 117
Le grain de blé nourrit 7
Le trésor du verger et le jardin en fête i53
Les branches en arceaux , . . . , 67
Les morts m'écoutent seuls 2g
Les roses que j'aimais 21
Lierre, que tu revêts de grâce 76
Lieux où mes lentes nuits iGi
Lorsque le pâle jour fuit i43
Aie faudra-t-il Ihorreur i63
Me voici seul enfin 91
Mélancolique mer que je connais pas 9
Moi qui porte Apollon 1 89
Muse, comment sais-tu 81
JN e dites pas : la vie est un joyeux festin 27
Nuages qu'un beau jour à présent 77
TADLE ALPHABÉTIQUE 2O7
0 ciel aérien inondé de lumière Sg
0 ma lyre, cessons °'
O mon esprit en feu ^9
O monts justement fiers i^-^
0 toi qui sur mes jours de tristesse 109
Palinure au jg-rand cœur 69
Paris, je te ressemble ^^
Pendant que je médite ^ ^^
Pendant que Thomme court à sa tâche 1^7
Puisqu 'ainsi je m'emporte. . . .» ^7^
Quand je viendrai m'asseoir dans le vent 170
Quand pourrai-je, quittant tous les soins 55
Quand reviendra l'automne i99
Qu'importe à la rose superbe 99
Que je suis las de toi, Paris i45
Relève-toi, mon âme, et redeviens la cible 97
Rompant soudain le deuil ^^
Roses, en bracelet ^^5
2o8 LES STANCES
Oolitaire et pensif, j'irai sur les chemins i8i
Snnium, Sunium, sublime promontoire 128
Sur la plaine sans fin ii3
1 an tôt semblable à l'onde 17
Toi qui prends en pitié 47
Tu crains de confesser tes imperfections i5
Tu me la dois enfin, cette faveur, ô Parque 119
Tu souffres tous les maux. i3i
Va-t-on songer à l'Automne. 197