AMPHITRYON
Peut-on plus vivement se voir assassiné ?
(11,2; V. lOOl-lOll.)
loi, comme plus haut, le dialogue sépare les deux vers, et la répétition des deux rimes est assez surabondante pour atténuer l'effet de la rime plate qui termine cette tirade (1).
G. Rime plate au commencement du groupe. — Quand^ au contraire, c*est par la rime plate que Molière com-
(1) Cf. II, 6; V. 1390-1391. Voir page 46. — 11 n'y a plus d'autre groupe à rime répétée se terminant sut \wie %ft\3Î\ft YSrakfe "^aX.^,
mence un groupe de rimes, il évite avec soin d'arrêter la phrase à la fin du second vers, il ne veut pas que notre oreille s'y méprenne, il nous entraine immédiatement à travers une combinaison de stance lyrique :
Tous deax de même sorte occupent ma pensée^ Et des mêmes couleurs, par mon âme blessée,
Tous deux ils sont peints à mes yeux :
Tous deux sont criminels, tous deux m'ont offensée.
Et tous deux me sont odieux.
Alcmène attend de moi ce public témoignage :
Sa vertu, que l'éclat de ce désordre outrage, Veut qu'on la justifie, et j'en vais prendre soin. C'est à quoi mon amour envers elle m'engage ; Et des plus nobles chefs je fais un assemblage Pour l'éclaircissement dont sa gloire a besoin (1).
Encore deux stances {ffmfm et ffmffm) dont nos poètes lyriques nous offrent plus d'un exemple :
vierge forêt, source pure.
Lac limpide que l'ombre azuré.
Eau chaste où le ciel resplendit, Conscience de la nature, . Que pensez-vous de ce bandit ?
(V. Hugo, Châtiments, II, 4, v. 41-15.)
Au milieu de ce grand nuage,
Héponds-moi, que fera le sage^ Toujours entre le doute et l'erreur combattu ? Content du peu de jours qu'il snisit au passage,
11 se hâte d'en faire usage
Pour le bonheur et la vertu.
(Lamartine, Méditations, XIII, v. 39-44.)
(1) Cf. II, 6; V. 1263-1267 C/fm/m/); Prologue ;v. 103-1 09 (mm/mm/m). — Il n'y a plus d'autre groupe à rime répétée commençant par une seule rime plate.
3*^ Rime plate combinée avec un autre système. — A. Rime plate à la fin du groupe. — Parfois, Ja rime plate forme, avec un aatre groupe, écrit sur 2 rimes, une combinaison de 6 vers ou plus.
Et sans doute il ne peut être que glorieux De se voir le rival du souverain des Dieu^,
Ces vers terminent une stroptie [fmmfm^m^) que voici en entier :
Mon nom, qu'incessamment toute la terre adore, Étoofife ici les bruits qui pouvoient éclater.
Un partage avec Jupiter
N'a rien du tout qui déshonore ; Et sans doute il ne peut être que glorieux De se voir le rival du souverain des IHeux {{).
(1) Cf. Prologue; v. 33-34.
Moi, qui suis, comme on sait, en terre et dans les cieux, Le fameux messager du souverain des Dieux. . . .
Ces deux vers terminent une strophe de 12 vers {abbacdcdcdeé) et, bien que le sens ne s'arrête pas complètement au second, le vers suivant, à rime masculine : Et qui, sans rien exagérer^,., marque le commencement d'un groupe de 4 vers à rime embrassée. Voir page 79.
Pour faire semblant d'assurance, Je veux chanter un peu d'ici.
— Qui donc est ce coqum qui prend tant de licence. Que de chanter et m'étourdir ainsi?
Veut-il qu'à lëtriller ma main un peu Rapplique?
— Cet homme assurément n'aime pas la musique.
La rime plate, où d'ailleurs les deux vers sont séparés par le dialogue, termine une strophe {ababcc)^ que nous trouvons dans Corneille {Imitation, iv, 6, v. 1-6.)
Quand je contemple ta grandeur, Quand J'y compare ma bassesse, Je tremble, et toute mon ardeur Résiste à peine à ma foiblesse ; Tant la confusion qui saisit tou»> mes sens Balance mes vœux languissants.
et dans Malherbe (Ed. Lalanne, Lxxxir, v. 37-42). — Le vers qui suit, dans Amphitryon, est à rime féminine : Depuis plus d'une semaine,., . et marque ainsi le commencement d'un nouveau grouçe. Voir page 79.
Nous trouYoïiB la mfime strophe {fmmfinhn*) dan Alfred de Musset :
Calaîs, ma richesse oniqne,
Est pins beau qu*OD soleil levant.
Et toi plus léger que le vent, Plos prompt à t'irriter que l'âpre Adriatique ; CepeDdant près de toi, si c^était ton plaisir. Volontiers j'irais vivre, et volontiers motarir.
(A Lydie, Traduit d'Horace, v, 26-3i.)
B. Rime plate au commencement du groupe. — Ordinairement c*est la rime plate qui commence le sjrstème de 3 rimes :
CLÉANTHIS.
Comment ? tu soufifrirois sans nulle répugnance Que j'aimasse un galant avec toute licence ?
MERCURE
Oui, si je n'étois plus de tes cris rebattu,
Et qu'on te vit changer d'humeur et de méthode.
J'aime vieux un vice commode
Qu'une fatigante vertu.
Les 2 vers à rime plate sont suivis de 4 vers à rime embrassée (1) et la combinaison est la même [ffmf^f^m) que dans les passages suivants, où la liaison est pins étroite entre les deux systèmes de rimes :
C'est pure fanfaronnerie De vouloir profiter de \b poltronnerie
De ceux qu'attaque notre bras.
Baltre un homme à jeu sûr n'est pas d'une belle âme ;
ht le cœur est digne de blâme
Contre les gens qui n'en ont pas.
li) et. Prologue; v. 5-10; i, 2; v. 422-427; i, 4; v. 638-643; ii, 6; y. ii96'lé0'6 (voir page 46), 1420-1425 ^^o\t i^ag^ ^T.,
Mille fâcheux cruels, qui ne pensent pas Vétre, De nos faits avec moi, sans beaucoup me connoître, Viennent se réjouir, pour me faire enrager.
Dans rembarras cruel du souci qui me blesse, De leurs embrasse ments et de leur allégresse Sur mon inquiétude ils viennent tous charger (1).
;ni, 1 ; V. 1445-1450.)
Qui ne reconnaît ici Tune des combinaisons les plus souvent employées dans les strophes de 6 vers, par Victor Hugo, par exemple :
Demain, c'est le cheval qui s^abat blanc d'écume. Demain^ ô conquérant, c'est Moscou qui s'allume,
La nuit, comme un flambeau ; C'est votre vieille garde au loin jonchant la plaine. Demain, c*est Waterloo ! demain, c'est Sainte-Hélène !
Demain, c'est le tombeau I
(Les Chants du Crépuscule, V, 2, v. 67-72.)
Les groupes suivants commencent par des rimes masculines :
— Mérites-tu, pendard, cet insigne bonheur De te voir pour épouse une femme d'honneur ?
— Mon Dieu ! tu n'es que trop honnête :
Ce grand honneur ne me vaut rien.
Ne sois point si femme de bien.
Et me romps un peu moins la tête (2).
Même disposition {mmfm*m^f) dans cette strophe de Malherbe :
Toute la France sait fort bien Que je n'estime ou reprends rien Que par raison et par bon titre, Et que les doctes de mon temps
(1) Cf. in, 1; V. 1484-1489; m, 5; v. 17101715.
(2) Cf. I, 3 ; V. 620-625,
Ont tonjoors été très contents De m'élire ponr leur arbitre.
(Éd. Lalanne, CV, v. H5-120.) — Comment ta peax.... — Ah ! toot doux :
Nons avons fait trêve aax coups.
— Quoi? pendard, imposteur, coqnin.... — Ponr des injures, Dis-m*en tant que ta voudras :
Ce sont légères blessnres, Et je ne m*en fâche pas (1).
Même disposition (mmfm}fm^) dans cette strophe de Malherbe :
Quand le ciel offriroit à mes jeunes détirs
Les plus rares trésors, et les plus grands pUmirs
Dont sa richesse abonde,
Que saurois-je espérer A quoi votre présence, ô merveille du monde.
Ne soit à préférer ?
(LXXXVm, V. 19-24.)
La rime plate peut aussi servir de début à une strophe de 7 vers (2) :
Je n'y vois pour ta flamme aucun lieu de murmure ;
Et c'est moi, dans cette aventure.
Qui, tout dieu que je suis, dois être le jaloux. Alcmène est toute à toi, quelque soin qu'on emploie ; Et ce doit à tes feux être tin objet bien doux De voir que pour lui plaire il n'est point d'autre voie Que de paroltre son époux,.,.
(III, 40 ;v. 1902-1908.)
(Ij Cf. H, fi; V. 1392 1397. Voir page 46.
(2; Ou i>ourrait même considérer, dans les vers que voici, la riiiHî pl/it<! (manculine) comme servant de début à une strophe de % vi'.VA {nahahcch) :
VouN ViMiff moquez, Mercare, et vous n'y songea jaas .* Himl il hien à Aan Dieux de diie qu'ils sont las?
(Prologue; v. 11-J2.)
Vm tout cftH, !<•- vers à rime masculine qui précède {Pour vous atlmdrf! vmir) paraît marquer la fin d une stance ou d'une Mlropb» par la violation de la \oi à'a\lexu^^ç.e. Voit cage 79.
Même strophe {(fmpmf^m) dans Victor Hugo :
As-ta vu, loin des cieuz, châtiant ses complices^ Le Roi du mal, armé da sceptre des swpfplices^ Dans le gouffre où jamais la terreur ne s*endort ; Lieu funèbre, où pleurant les songes de la terre, Le crime se réveille enfantant le remord, Et qu'un Dieu visita, revêtu de mystère, Quand d'enfer en enfer il poursuivit la Mort ?
{Odes, IV, 9, 3 ; v. 58-64.)
Quatre vers à rime plate,
XV. — Nous n'avons vu, jusqu'à présent, la rime plate dans Amphitryon qu'avec 2 vers seulement, et c'est sur 2 vers seulement qu'elle peut se dégager, par exception, dans quelques passages. Mais, s'il arrive que Molière écrive 4 vers de suite sur deux rimes plates, il a soin de les faire entrer dans un groupe plus ou moins nombreux de vers à rimes répétées, il les lie étroitement par le sens au commencement ou à la fin du groupe, le plus souvent même au commencement et à la fin du groupe tout ensemble, de telle façon que les 4 vers ne puissent être considérés à part, et deviennent partie intégrante d'une stance indivisible.
On va voir que chacun de ces groupes est analogue à un système de stance :
i® Rimes plates entre 2 vers sur les deux mêmes rimes, — Le plus souvent, les quatre vers se trouvent placés entre 2 vers st^r les deux mêmes rimes, et servent ainsi à constituer un système de 6 vers au moins. D'une façon générale, la rime plate s'efface dans l'ensemble des rimes répétées, et d'autant mieux que le i*" des 4 vers en question est plus complètement séparfe dvx^'^, ^V\«i ^ ^m*^^ •
A. 6 vers, — fmmffrn :
J'osois me flatter en moi-même Que loin de vous j'aurois trop demeuré.
L'attente d*ua retour ardemment désiré Donne à tous les instants une longueur extrême^
Et Tabsence de ce qu'on aime, Quelque peu qu'elle dure, a toujours trop duré.
— Laissons un peu cette vapeur, Alcmène.
— Laissons un peu ce songe, Amphitryon,
— Sur le sujet dont il est question.
Il n'est guère de jeu que trop loin on ne mène.
— Sans doute ; et pour marque certaine.
Je commence à sentir un peu d'émotion (1).
C'est la combinaison favorite d'Alfred de Musset dans les stances de 6 vers écrites sur 2 rimes :
toi qu'appelle encor ta patrie abaissée, Dans ta tombe précoce à peine refroidi.
Sombre amant de la Mort, pauvre Leopardi, Si, pour faire une phrase un peu mieux cadencée, Il t'eût fallu jamais toucher à ta pensée.
Qu'aurait-il répondu, ton cœur simple et hardi ?
(Après une Lecture, XK.) 6 vers, — mffmmf :
A vous faire éclater notre zèle aujourd'hui. Nous craignons de faillir et de vous méconnoitre. Nous voyons bien en vous Amphitryon paroître, Du salut des Thébains le glorieux appui ; Mais nous le voyons tous aussi paroitre en lui. Et ne saurions juger* dans lequel il peut être (t).
(1) Cf. Prologue; v. 47-52, 93-98, HO-115; ii, 7; v. 1433-1438: III, 5 ; V. 1740-1745.
(2) Cf. I, 1; V. 259-264; i, 3; v. 602-607; ii, 1; v. 771-776; ii, 2; V. 851-856; ii, 3; v. 1075-107S, iiil-W^^. '
Alfred de Masset :
Nenilly I charmant séjour, triste et doux souvenir! Illusions d'enfants, à jamais envolées!
Lorsqu'au seuil du palais, dans les vertes allées, La reine, en souriant^ nous regardait courir. Qui nous eût dit qn'un jour il faudrait revenir Pour y trouver la mort et des têtes voilées !
(LeTreize Juillet, XXVI.)
B. 7 vers, — mfmmffm :
Mais que de gayeté de cœur, On passe aux mouvements d'une fureur extrême, Que sans cause l'on vienne, avec tant de rigueur j Blesser la tendresse et Vhonneur D'un cœur qui chèrement vous aime.
Ah ! c'est un coup trop cruel en lui-même y Et que jamais n'oubliera ma douleur (2).
7 vers. — mffmmfm :