I. — LES PERSONNAGES SECONDAIRES. ESCLAVES ET GARDIENS DU TOMBEAU
Pour cette première série, les documents sont peu nombreux, soit que le hasard des fouilles nous serve mal, soit <jue ce procédé de groupement ait été rarement employé. Cependant les exem pies ne font pas complètement défaut . Une statue conservée à Beï, près de Marathon, représente très probablement une suivante 1 2 (fig. 125). Une femme, vêtue d’un chiton à manches et d’un manteau, tient de la main gauche un coffret sur le couvercle duquel elle pose la main droite. Le geste est significatif; c’est celui des suivantes qui. dans les bas-rehefs des stèles, apportent à leurs maîtresses un col fret à bijoux U Leurs
1. PI iol. . de l’Institut allemand d’Athènes, Altika, 56. S. Reinach, Réperl. sial., II, p. 680, 4- Athen. Mit heil., \ 1 1 , 1887, p. 3oq, n° 344 (Milchhoefer); XVIII, t8<j3, p. 5, note 1 (Wolters).
2. Voir par exemple, Gonze, Att. Grubrcl'wfs , n"s 77, 79, 80, pl. XXXVI.
LE IVe SIÈCLE. — LES FIGURES ACCESSOIRES
cheveux coupés courts, ou la coille qui cache leur chevelure, les désignent comme étant de condition servile. La tète ayant disparu dans la statue de Marathon, nous ue pouvons savoir si le sculpteur avait reproduit ces détails caractéristiques : mais tout nous porte à croire qu elle faisait partie d un groupe statuaire à titre de personnage accessoire.
Il nous faut descendre jusqu'à I époque hellénistique pour trouver un autre exemple, cette lois bien certain, d’une de ces figures de serviteurs qui formaient groupe avec I effigie du défunt. Le Musée de Berlin a acquis en 1881 une statue de jeune garçon, un peu |>lus petite que nature, provenant de la nécropole de Tarente1 (fig. 126). Haute de om .64, elle est sculjttée en pierre calcaire, et porte encore des traces de peinture. Vêtu d une tunique courte serrée par une ceinture, le jeune garçon esl debout, la tête redressée, comme s’il attendait un ordre. Les cheveux sont coupés courts, et le visage, d’une exécution réaliste, a un type individuel très accusé. A n en pas douter, il y a là une figure détachée d un groupe dont d nous manque le personnage essentiel, c’est-à-dire le maître de I esclave, qui devait être un jeune homme représenté avec des attributs de palestre. Le revers de la statue n’étant pas travaillé, on doit en conclure que le groupe était placé dans la niche d’un tombeau en forme d héroon. analogue à ceux dont les peintures des vases de I Italie Méridionale nous font connaître le I \ | >< * . Nous avons étudié plus haut la forme de ces tombeaux, et rappelé que la statue de Tarente a été trouvée dans le voisinage d’un hérôon orné de sculjtturcs dont le Musée de Berlin a acquis d importants fragments 2 .
Une autre série de figures accessoires, bien distincte de la précédente, est constituée par celles qui ont pour mission soit de veiller sur le tombeau, soit
1. Conze, Grabstatue aus Tarent; Sitzunsijber . lier berl. Akatlemie. i884, p. 621. Beschr. lier tint. Skiilptiiren ni Berlin. n° D02.
2. Beschr. (1er ant. Skulptiiren zu Berlin. nos S85 et ()C)Q.
Fig. 12.5. — Statue de femme ( Marathon).
LES ST ATI ES FUNÉRAIRES DU Y0 ET DU IVe SIÈCLE
de personnifier ledeud des survivanls. Elles ne sont point directement associées
à I effigie du défunt. Elles occupent aux abords du naïskos une place de second rang, comme i! sied aux personnes de condition subalterne dont elles offrent I image.
Voici d abord deux types bien nettement caractérisés de gardiens de la sépulture. On peut voir au Musée national d Athènes deux statues d archers sotties trouvées en i8bo dans la nécropole du Dipylon, sur la route qui allait de la lliéra Dylé au Pirée1. La mieux conservée nous met sous les yeux un archer agenouillé. le genou gauche en terre 2 * (fig. 127). Il porte le costume scvtluque, la tunique à longues manches collantes. ouverte sur le devant, serrée par une ceinture, et les anaxvndes. La main gauche est traversée d un trou dans lequel il faut replacer un arc en bronze ; la boite est ramenée vers le large goryte attaché au liane de I archer. Des traces de couleur rouge visibles sur le marbre attestent que la polychromie relevait le
Fig. i ii).
Statue de jeune garçon, en pierre calcaire, provenant de Tarentc. II. om, 64 (Musée de Berlin).
1. Gavvadias, Calai., nos 823, 8a4- Von Sybcl, nos 262-263. Arndt-Bruckmann, Einzelaufnabm.cn, 1105 622-623.
2. Cavvadias, Calai., n° 823. Salinas, Rev. arch., 1864, p. 36r, pl. XII, i. S Reinach, Répert. stat.. II2,
p. 201, fig. 3.
LE IVe SIECLE.
travail un peu superficiel du sculpteur. Meme attitude, mais renversée, dans la seconde statue, qui fait rigoureusement pendant à la première (lig. 128). 11 y a
Fig. 12”. — Archer scythe agenouillé. Statue provenant de la nécropole du Céramique. II. oln,75
(Musée national d'Athènes).
donc lieu de croire qu’elles se dressaient sur la terrasse <1 un grand tombeau, peut-être à I entrée d une enceinte que dessinait un petit mur ou crépis. A
LES STATUES FUNERAIRES DU Ve ET DU IVe SIÈCLE
raison des dimensions des statues, d convient de repousser l’hypothèse qui en fait des ligures d acrotère placées aux angles d’un nais ko s funéraire l.
Fig. 128. — Archer scythe agenouillé. Statue provenant du la nécropole du Céramique. H. om,66
(Musée national d’Athènes).
Comment interpréter ces statues, et quel rôle convient-d de leur assigner ? A n’en pas douter, il faut y reconnaître des soldats barbares appartenant au
1. Cette hypothèse a été émise par von Sybel, Hermès, XX, i885, p. 5i et suivantes. M. von Sybel a d’ailleurs, avec raison, écarté la conjecture qui mettait ces statues en relation avec le tombeau du Scythe Toxaris mentionné par Lucien. Cf. Frazer, Pausariias, Fl, p. 38o.
LE IV SIÈCLE