Graeber der Hellcnen, pi
i. Bulletin de correspondance helUnique , 1879. p. 87, n° 13; ct. Heuzey, Catalogue, p. 191, note 2.
Nous considerons cetle dcrnierc supposition, dont M. Heuzey a d’ailleurs tenu compte, cornme la plus simple et la plus vraisemblable. L’etude des vases points nous apprend (jue les objets d’art voyageaient a cette epoque beaucoup plus qu’on ne le croirait aujourd liui. Les dccouveitcs tie vases | ' u rein e n t grecs et attiques ont ete assez fiequentes dans la grande lie orientale; elles attestent entre les deux contrees des relations coinmereiales tres suivies qui datent deja du vn° siecle et qui se raultiplient avec le temps1 2 *. 11 n’est done pas indispensable d'imaginer une emigration en masse de colons grecs pour expliquer la naissance du style attique dans les statuettes chypriotes, pas plus que Letablissement d’un groupe de potiersathdniens pour rendre compte de la presence des vases peints. Les monies de figurines se transportaient encore plus facilement que les grandes poteries fragiles. Si nous avions affaire a une veritable colonisation hellenique, nous en trouverions surtout la trace dans la sculpture. On constate pourtant que la plastique chypriote ne devie en rien de la voie qu'elle s’est tracee : aucune marque d’originalite puissante ne s'y fait sentir; elle continue a tailler dansun calcaire gris et triste des statues a l’image des modeles grecs, comme autrefois a Limitation des types assyriens et egyptiens. Le propre de cette race, comme on La souvent remarque, est de copier docilement les oeuvres de ses voisins, sans se hausser a des conceptions personnelles5. Nous avons ici la preuve d’une contrefacon llagrante. LUe n'a rien de reprehensible, car nous savous que les anciens n’avaientpas le moins du monde, en matii*re de propriele artistique, les idees que les modernes
1. L(! geogrnphe Scvia\ rapporte dans son Ptriplei p. H2. (id. Didot) que la t'Ote des Anthesteriesii AthAnesdonnait lieu a mi praiul inarehe ile poleries ou les eoinmcrcants phenieiens venaient s’approvisionner pour transporter ensiiile ces otijets jusipi’en Eltiiopie.
2. Voy. dans Vllisloire dr I' Art, t. in, p.620 et suiv., quelques pages
de M. l'errot.
LE STYLE ATTIQUE
se sont efforces et s’efforcent encore chaque jour de faire prevaloir. Lies generations entieres d’ouvriers et d’artistes n’ont vecu que de contrefacons; a certaines epoques, elles sont l’ame meme de la production artistique, par exemple au temps qu’on appelle hellenistique, et c’est grace a cette tolerance que los copies greco-romaines nous ont conserve le souvenir plus ou nioins exact de chefs-d’oeuvre a jamais delimits. Les modeleurs de Larnaca sont done restes fideles aleur caractere phenicien en puisant a pleines mains dans les tresors que leurenvoyait la Grece sous forme de moules a figurines. 11s etaient assez habiles pour en tirer parti, pour ajouter a coups d’ebauchoir les retouches legeres qui donnent de la souplesse et de la vie a une terre cuile sortantde la matrice. Incapables peut-etre d’inventer par euxmemes, ils avaient au rnoins la curiosite du beau et rechcrcliaient avec passion les modeles venus de cette Athenes dont la renommee grandissait chaque jour. Nous en trouvons un temoignage dans la mention faite par Pline d’un certain Styppax, statuaire et fondeur originaire de Chypre, qui etait venu s’etablir a Athenes au temps de Pericles et y executa une oeuvre celebre, le Splanchnoptes , esclave accroupi et soufflant le feu du sacrifice1.
11 est evident qu’Athenes attirait vers elle heaucoup plus d’artistes ([u’elle n’en exportait a l’etranger. La vraisemblance veut que les Chypriotes aient envoye chercher des modeles on Grece, et non pas que des Alheniens soient alles en grand nombre fonder une ecole d'art a Chypre. La solution proposee repond done mieux aux probabililes historiques et elle respecte les fails qui nous montrent l’element phenicien dominant a Kilt ion jusqu’au dernier jour de la domination perse (552 av. J.-C.) .
1. Ileuzey, Catalogue, p. 181; if. l'line, llisluire nalurcllc, sxn, 17, 20; xxxiv, 8, 19.'
On pense aussi retrouver dans certains details de la coiffure un caractere oriental qui aurait ete ajoute a dessein par des artisans hellenes pour traduire I'esprit parliculier des creations asiatiques, pour leur donner un aspect de magnificence et de ricliesse s’eloignant un pen de la sobriete des formes grecques. Ainsi les tetes de deesses sont le j>1 us souvent coilTees de grands diademes a plusieurs etages, rehausses de rosaces saillantes, de denlicules et m&mede figures d’animaux (fig. 22). Que cette decoration soit venue de l’Orient, ([u’elle rappelle la tiare assyrienne ou persique, c’est ce que nous ne songeons nullement a contester1. Mais olio ne nous parait pas constiluer un type particular a l’art ceramique des Chypriotes. On voit des couronnes identiques sur la tote de figurines qui out ete recueillies en Sic i I e et qui sont etroitement apparentees, comme cellos de Ghypre, au grand st vlo attique*. La plastique grecque nous offre assez souvent, vers la fin du v siecle et pendant toute la duree du iv, des exemples de hauts diademes ornes, on particulier dans les figures classiques de Junon, pour que nous voyions la une marque de l’invention hellenique. Nous ne eroyons pas que les modeleurs chypriotes ou siciliens aient on rien a changer au costume ni a la coiffure des figurines executors aver les monies export.es do Orece. Bijoux , colliers et bracelets, diademes charges d’ornoments, toute cette decoration luxueuse existait dans les compositions attiques : ce n’est qu’un embellissement ajoute a la haute coiffure du vr siecle; le pol™, q»i reste sous un aspect plus riche et plus artistique la forme fondaineutale du diademe divin.
Sur d autres points recules du monde ancien nous constatons le rayonneinent bienfaisant de la grace attiipie. Lne
1 Hcuzcy, Calnlor/ue, p. 174-175.
2. Kiikulr, Terraco! len von SinTien, p|. n. (ip. 5; p| m. (jp. 2.
LE STYLE ATTIQUE. 75
admirable composition que M. Heuzey intitule « l’Aphrodite au livre » compte parmi les chefs-d'oeuvre ceramiques rassembles au Louvre. Celui-ci a etc trouve en Cvrenaique,
Fig. 23. — Aphrodite au livre.
(Ileuzcy, ouvr. ciU, pi. 41, iijj. 1.)
sur une cote aujourd’hui sauvage et deserte de l’Afrique. La deesse assise, dans une attitude pensive, s’accoude contre le tronc d’un arbre, un livre ouvert sur les genoux; a cote d’elle, un jeune Eros se penche doucement of touche
d’une main l’epaule de sa mere comme pour la tirer de sa reverie distraite (fig. 23). L’ensemble est d’une merveilleuse delicatesse; l’execution ample des draperies rappelle l’ecole de Phidias; la coiffure de Venus, d’une elegance un peu compliquee, indique plutot la fin du v siecle on le commencement du iv*. Cette composition est vraisemblablement empruntee a quelque original celebre; on en trouve des reproductions eparses dans plusieurs regions fort eloignees les lines des autres, oil la diffusion des moules attiques l’avait fait penetrer. M. Ileuzev en signale un fragment a Chvpre1. Nous rappellerons, en outre, un morceau assez complet du memo sujet, recueilli en Troade par le docteur Scliliemann2.
Dans cette periode, comme dans la precedent!', nous avons de preference signale et deceit des figurines de femmes. Nous n’avons pas a revenir sur les raisons qui entravent la reproduction du type viril. 11 est visible pourtant que le modeleur du v® siecle saisit avec empressement toute occasion propice de secouer ce joug. Bon gre mal gre, il fait entrer dans ses series des figures masculines. Elies sont.il est vrai, legitimees par des raisons religieuses : c’est Bacchus qui protege le rnort, h's Silenes grotesques qui h1 font rire\ le cuisinier qui est cense le nourrir, les lieros divinises de Tarenle, etc. Mnisla hreclie est faite, par on 1 art penetre peu a peu; il sera hientot difficile de saisir les nuances subtiles dont il s’autorise pour reproduire de beaux ephehes. dans lour nudite vigoureuse, tels qu’on h's rencontre t'ii Locride (tig. 24). Debout, la tete couronnee
1. Figurines . p. 24, pi. 41, li-. 1; Catalogue, p. 193, n« 198, 199.