‹ Les Steppes De La Mer Caspienne, Le Caucase, La Crimée Et La Russie MéridionaleChapitre 24 sur 27 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

momiaie. A Aâtrakhao, la voix du crieur public suffit pour réduire sans transition lea pièces de 4 roubles à 3.5, cellesde 1.20 à 1.05 de 1 rouble à 0-87, et celles de 0.G2 à 0,52, et immédiatement après le roulement du tambour, la loi reçut sa pleine et entière eiécution dans toutes les transactioDS commerciales. 11 ne fiiudrail pas croire toutefois que cette lésiguation inerte des sujets du Cïsr soit simplement la conséquence de leur respect profond pour tout ce qui émane de romuipotence de leur souverain. Chacun sent par&itement ses pertes et les déplore, et si aucune Toix ne s'est élevée contre les spoliations ministérielles, on doit en chercber la cauSe dans celte absence totale de volonté et surtout de réflexion, que nous aTonssouTenteudéjàroocasiondesignaler comme

un trait dbtînctif du esractèfe russe. Quant à nous,

nous ne pouvons qu'approuTcr hautwnent Fidée d'établir une uniformité complète dans le taux des monnaies. La Tsleur des mêmes pièces variant autrefois d'un gouyernement à un autre, il en résultait de graves inconvénients pour les opérations commerciales. Nous pensons cependant que cette innovation aurait pu s'accomplir par des mesures plus légales et moins violentes. Il est vrai qu'en faisant ce qu il a fedt, le comte Gancrine avait Ut certitude de réaliser un bénéfice de 18 pour cent, et il est à présumer que ce bcnclicc eu perspective a été son principal conseiller. Du reste, ce n'éuit pas la première fois que

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le gouYernemenl russe eu agissait de la sorte; chacun sait qu'en 1812 les roubles aigent tombèrent sans transition à la Taleur de 1 rouble assignation a^ec une jjLTle de 71 y{, poui toutes les personnes ayant en leur possession des billets du gouTeroemeut. £t c'est ainsi qu'aux billets des roubles aigent» furent substitués ceux des roubles assignations* Cet état des choses dura jusqu'en 1839, époque à laquelle on revint à l ancien système. Le papier actuel ayant pour base une monnaie réelle, le rouble argent, équivalant à 3.50 roubles assigoations (environ 4 Irancs), se compose de billets de 5, de 10, de 20 et même de 10,000 roubles. Les formafs en sont extraordinairement petits; et le gouTememenl doit mévitablemeot réaliser chaque année un grand bénéfice sur la perte et l'usure de' ces billets. Il est ^^ement trè»-poflsible que le ministère des finances n'ait eu pour but, en créant ces nouveaux billets, que de su prépai*er les moyens de renouveler la faillite de 1812, et d'après rétat actuel du trésor de Fempire, il n'est pas à douter que cette fidllite n'eût lieu en cas de guerre. Jamais TEtat n'a encore été aussi obéré que de nos jours. La guerre du Caucase , les grandes parades miUtaires, d'innombrables agents diplomatiques , avoués et occultes, à payer; tout cela absorbe des sommes immenses, et le ministère en est réduii à de misérables expédients, pour combler les déiicils et rétablir réquihbre dans les finances. En 1841 on

discutait au oonseil de l'empire une grande dépense militaire; Gaocrine s*y opposait avec raison, sous le

prétexte trop réel de manque d'argent. L'empereur, peu habitué à Itouver de l'opposition chez ses ministres, s'emporta, et intima au grand-trésorier l'ordre d'apporter le lendemain tous ses comptes, aOn qu'on en flt la vérification en plein conseil. Le lendemain les comptes tuieat examinés en présence du Czar et de ses ministres* On lemarqua avec surprise une somme énorme sans indication d'emploi. L'empereur> cédant sans réflexion à un premier mouTement de colère, enjoignit à Cancrine d'expliquei co que cet argent était deTenu. i^e ministre, dont tes précautions avaient été prises d'avance, s'empressa d'exhiber une note détaillée qui dévoila de singuliers mystères. Ce Alt, dit-on, après cette mémorable séance que l'on arrêta imaicdialenjeaL tous les travaux publies, que Ton quadrupla le prix du timbre, centupla celui des passe-ports, et que l'on mit en circulation de nouveaux billets payables au porteur pour plus de 100,000,000 roubles argeul. Tels soiiL les expédients qui constituent le génie du mmislère, et dont le comte Cancrine croit devoir se servir pour augmenter les ressources finandères du pays* Je me rappelle ici une anecdote parfaitement en harmonie avec les idées de cet homme d'Etat. Je ine trouvais un jour chez un propriétaire moldave de la Bessarabie, à qui sa terre rapporte environ 10,000 roubles par an. On parla d'agronomie*

Gomment! s'ëcria im hmae présent à la eonTOsatioa» votre domaine ne tou» rend que 10^000 nmblea? c'est impossible; mettei4e entre mes mains, et je tous

gai autis que vous en retirerez le double. — Ce serait là un seci^et précieux , répliqua le propriétaire. Je me pique d'être un agronome assez expérimenté, et cependant jusqu'à présent je n*ai entrevu aucun moyen d'au g m cil 1er mes revenus. — Combien de joLu-s liavaiileut vos paysans? demanda alors le Ru^. — i reule. ~ C'est trop peu!. Hûtes-les travailler aoîiante. Quelle •urfiMse de terres voua labourent-iU?— Tant*— Faitesleur en labourer le double. Et à chaque réponse du Moldave le Russe de s*écrier : Doublez! vous êtes réellement par trop ridicule avec vos paysans.— Nous ne pûmes retenir un long éclat de riie. Mais le Russe garda tout son sérieux, et je suis persuadé qu'en ce moment il se croyait aussi grand que Caiiciinc luimême; je regrette réellement de ne lui avoir pas demandé, s'il avait pris des leçons d'économie dans les bureaux de cet illustre financier.

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