Les stigmatisées
J*ai TU <)èft oboses tort extraoïdinaires, ce qn*dn appelle vuljgaîîrement deà tnîradïès : je le raconte.
Les ïibrés-t)enseurB se plaiseiit à Wer cet oi'drô dé f aitSy à en contestet Texistence et inème la possibilité : mais cette négation s^aïQrme toujours sans bonne foi, sans science et partiant sans btfccès. La négation du sn^naturel est une maladie déjà bien ancienne, singnBèfement aggravée de notre temps. )Pius oh s'obfftinô à Ûùt les miracles, ^lus ils sé prôAuisettt sur une vaste échelle : jamais, en France, nous n*avolis vu éclater plue de faits surnaturels (jue depuis cinquante ans.
Les nombreux cas de stigmatisation qui oû^ eu ïiètL depuis saint François d^Asstse et qui Colntinùent de plud bel, appartiennent à cette catégorie. L^hîstoire dé la ^tij^matisation est encore peti<ï^nnue. Ce ^uè tiôrres en &t dans sa Mystique àivihe 'n*ert qu*ùà'e esqûîJBse mcôte-
plète : 8on histoire générale reste à faire. Nul doute que cette question ne grandisse et ne soit mieui étudiée à notre époque. Tandis que le rationalisme moderne nie le caractère surnaturel de la stigmatisation, TEgliâe continue à rafBrmer sur le terrain de la sainteté. Il y a quelques mois à peine, le 16 août 1872, Pie IX promulguait le décret de béatification de Charles de Sèze. « Vous savez, disait-il à un nombreux auditoire, qu'à sa^ mort, en ouvrant son cadavre, on trouva un clou prodigieux enfoncé dans son cœur, où la blessure même avait produit un rayon visible de Tamour de Dieu. » Le grand Pape qui, au dernier centenaire de saint Pierre, a canonisé la stigmatisée Marie-Françoise des Cinq-Plaies, affirmait aussi l'existence de ces blessures mystérieu3es, vulntu divinumj dont le cœur de sainte Thérèse, toujours visible à Albe^ nous offre un type merveilleux et incontestable. En 1839, Grégoire XVI élevait sur les autels Véronique de Julianis, et le grand fait de sa stigmatisation miraculeuse était proclamé urbi et orbi.
Les faits de Bois-d'Haine et d'Oria dont je rends compte en cet ouvrage, ressemblent fort aux faits miraculeux de stigmatisation maintes fois reconnus par TE** glise. J'estime qu'ils sont positivement surnaturels, quelle qu'en soit Torigme. Sont-ils réellement d'origine divine ? Il m'est interdit de rien affirmer sur ce point. En Belgique, comme au fond de Tltalie, stigmatisées, directeurs, confesseurs, témoins habituels, tous sont convaincus ou inclinés à penser que Dieu est le
Téritable auteur de ces phénomènes extraordinaires. En assistant à tous ces prodiges, il n'est guère possible d'échapper à cette impression : elle a été aussi la mienne. J'ai même habituellement parlé en ce sens, ne fût-ce que pour harmoniser mon langage avec cette situation^ mais je prie mes lecteurs de ne Toir là qu'une pure hypothèse. Je n'ai ni mission ni qualité pour trancher cette question. A l'Eglise seule infaillible appartient le pouvoir de juger et de classer les faits de Boisd'Haine et d'Oria. Témoin de bonne volonté, compétent par ma profession, je soumets humblement mon travail an Saint-Siège, en répétant avec un vieil hagiographe : Omnia autem quœ ia hoc libella continentur correctioni sanctœ matris Ecclesiœ volo subjecta esse (Rayssius).
Les faits d'Oria en particulier soulèvent nombre d'objections et commandent la plus grande réserve dans tout jugement anticipé sur leur origine. Au moment où j'écris ces lignes, je tiens à insister sur ce point, parce qu'un événement considérable, la mort de PIapo« léon in, vient de me démontrer que la voyante d'Oria s'est positivement trompée dans une prédiction qu'elle m'a faite au sujet de l'Empereur. Il importe à mon honneur d'historien et ^ mes devoirs de témoin de faire connaître aujourd'hui cette prophétie non vérifiée, qu'une raison de prudence m'a empêché d'insérer dans rhistoire déjà faite de Palma (1) : a Je Tai répété bien a des fois, me disait la voyante, depuis quinze ans je
(!) Voir t. 11, p. 87.
« me sentais poussée à prier pour la France à raison « des malheurs qui devaient fondre sur elle. Je voyais € l'Empereur sous la figure de Lucifer, Napoléon re- « viendra en France, mais il sera tué. Napokone ritôr' « nara in Francia^ ma sara ucciso. » Ces dernières paroleÉt sont textuelles ; Palma mê les à répétées deux fois. Je les ai écrites soùs sa dictée.
Cette prédiction vient de recevoir le démenti le plus complet. L'erreur de la voyante ne détruit en rien là réali'té des faits surnaturels dont elle est le sujet, maiis elle impose plus que jamais le devoir de suspendre tout jugement sur leur véritable origine, jusqu'î ce que l'Ëglise ait parlé : elle est le seul tril)ûnal qui puisse discerner le vrai du faux, le divin de tout ce qui peut: être diabolique ou simplement humain, ^e dois d'autant plus faire ici cette déclaration solennelle, que Aans ITiîàtoire de iPalma je me suis montré favorable à la tbèsé du surnaturel divin.
Cet ouvrage est divisé en deux parties. Dans la pré* mière^ je donne. rhîsloire de Louise Làteau, stigmatisée Àe Bôis-d'Hàinè^ puis je discute la question dé sa stigmàlisation en concluant au surnaturel. Cette àrgùinen^ tation peut s*appliquer à tous lés faits de stigmatisation connus. A la suite, on trouvera en appendice deux notices inédites sur des stigmatisées modernes el l'histoire peu connue de Christine de Stuinbele qui vivait dans le sSècie de saint François. Ce premier volume se termine par une liste nominale des stigmatisés, sous forme de calendrier.
I jàhà la secobdé partie, j^ raconte Palma^ leê prodigel dont elle m'a rendu témoin ; à ce propos» par oompcurai^ son, j'ai tenti à fail^ l'histoire diétaillée de pln^Mttn miracle^, tels que les èommnnions mirècniisiiieÉ^ lliii ceÀdié divin, rodeUr de sainteté et rabstinenee dm saints, l^nîs Vient l'examen de la thèse rattonnUste wat (« stigmatisation; j'esj^re en ayoir démontré snfiBsamment l'inaaité ei la mauvaise foi. Je termine par une esp^ 'd^àbr%é de l'histoire générale de la stigmatifÉUon, «a donnant depuis saint François d^Àssise jusqu'à nos jours UDe ^ttte notifie historique sur diaqne «tignsatisé avee les indications bibliographiques.
En dehon de m<m examen direot^j'ai obtenu, pour le fait de Bois-d'Haine , une fbule de cfommunicatiotts {^réâeuites de M. Qechamps, ministre d'État, de M. le curé et du P. Séraphin qui a bien voulu mettre à ma dispontion plusieurs manuscrits. J'ai tenu aussi à leur faire réviser en grande partie mon ^avuil,afiQ qulï n'y eût pas la moindre erreur dans les faits. Il en a étô de même pour Orià, où tout ce que j'ai écrit sor Palma a été sévèrement contrôlé ; de sorte que je puis dire cà qne disait Thomas Gantipratanus en commençant lins* toire de Christine l'admirable : Fgo indignus frutar ordirns Prœdicatorum , ob œdificatwnem legentium et specialiter Christi laudem^ hœc^ licet imperito B€rnmit\^ "descr^si : cerius utique de relations narrantium , nec ïmmerùo certum me dixerim^ cum tôt plane testes hcAeam pluribus quœ descripsi (Âcta sanctorum, 22 junii) •
Gonrine comparaison et *ptmr les besoins deiadssoii^
8ion, j'ai cité dans cet ouvrage une foule de miracles. Au radicalisme de la négation il faut opposer le radicalisme de l'affirmation. Le temps du jansénisme est passé; il n'a été que trop fatal et n'a servi qu'à favoriser les progrès du rationalisme jusque dans les rangs de catho« Uques peu éclairés (1). Plus que jamais il faut protester
(1) Pour juger Taudace et la peryersioiiBe cette école si faneste & la religion» il suffira de citer le passage sniyant de BaîUet, le démolisseur de saints, à propos de sainte Catherine de Sienne : — « Rien ne publiait tant cette admirable sainteté que les grâces qu*eUe recevait sans cesse du Ciel pour elle et pour les antres. On ne peut pas ne pas mettre de ce nombre ses longues abstinences, son pouvoir extraordinaire sur les éléments, sur les maladies et les démons ; sa familiarité singulière avec Jésus-Christ et les saints, ses transports, ses extases, ses révélations fréquentes et ses prédictions. Mais ce qu'on en a dit est si peu proportionné à Vidée que nous avons de la conduite que Dieu garde envers les saints que nous nous croyons obligés de laisser toutes ces faveurs telles qu'il a plu à Dieu de les lui départir, sans prétendre développer ce qui est venu de lui d*avec ce que l^esprit d'erreur et de mensonge a pu y ajouter, » — En outre, Baillet écrit en note : « Sa vie a été écrite par Raymond de la Vigne, dit de Capoue, son confesseur, qui fut depuis général dès dominicains. Il n'a manqué d'aucun des moyens nécessaires pour la rendre exacte, mais il faut beaucoup de discernement pour pouvoir démêler ce qu'il y a de son inven^ tion, » '
Baillet ne parle pas des stigmates de sainte Catherine de Sienne : historiquement ils méritaient au moins une mention honorable» puisqu'ils avaient assez* fait de bruit. En revanche, l'auteur janséniste verse à pleins bords son froid scepticisme sur les côtés miraculeux de la vie de la sainte; il pousse même l'insolence et la folie jusqu'à accuser d'invention Raymond de Capoue, son historien et son confesseur, élevé par l'Eglise au rang des Bienheureux. Ailleurs, il met même en doute le miracle des stigmates de saint François, et se moque de toute la famille des saints stigmatisés. Les rationalistes modernes n'ont pas fait pire.
Le dominicain Touron, qui a écrit dans le siècle dernier la vie des hommes illustres d£ Saint^Dominigue, ne cite que deux stigma-
contre ce prudentnme^ cet esprit de concession et de
timidité d'un certain nombre d*écrivains catholiques qni
n'ont pas craint, en face d'attaques audacieuses, de
dissimuler et de taire les faits surnaturels^ comme si le
respect de Dieu ne devait pas primer le respect humain»
comme si les miracles n'avaient pas été promis et
annoncés dansTÉvangile parNotre^Seigneur lui-même,
lorsqull disait : Celurqui croit en moi fera le$ œuvre$ que
foi faites : ilen fera même de plus grandes (saint Jean,
c. 24, V. 42). Le rationalisme catholique est à la fois une
erreur, une sottise et une lâcheté, parce qu'il est toujours
facile de démontrer le miracle sur le terrain scientifique,
à la condition d'y apporter du bon sens et de la bonne
foi.
Les miracles sont des joyaux dont Dieu se plaît à
ihaés, sainte Catherine de Sienne et le Bienheureux Mathieu de Mantoue : il ne parle pas même de leurs stigmates. Cependant Tordre de Saint-Dominique a fourni le plus grand nombre de cas de. stigmatisation ; parmi les fenunes^ il possède les plut célèbres, eamte Catherine de Sienne, sainte Catherine de Ricci et les Bienheureuses Osanne, Catherine de Racconigi et Lucie de Nami. Au moment où le Pluiarque dominicain écrivait son livre, l'Eglise venait d'accorder à son ordre la fête de l'impression des stigmates de sainte Catherine de Sienne. Dans la vie de cette dernière, Touron ose bien reproduire le passage de Baillet cité plus haut : il fait chorus avec lui en ajoutant : « Sans entrer dans le détail de ce qn^il y a de plus merveilleux dans la vie de sainte Catherine, nous continuerons à rapporter simplement ce qui peut servir davantage à nous édifier, ou à nous inspirer un nouveau désir de travailler à notre propre sanctification et au salut du prochain, selon la înesore des grâces que nous avons reçues, i
On peut juger, d'après ces citations, du ravage que le rationalisme janséniste avait fait jusque dans les ordres religieux.
vin
orner TEglise. S'ils ne sont pas tonjonrs imposés a notre foi, ils n'en sont pas moins un enseignement et nn confort.Et puis,quand on aime sa mère, pourquoi aller porter sur elle une main irrévérencieuse, pour la dépouiller d'une partie de ses ornements ? Il faut Taîmer toute belle : fofa pulchra est.
Tout en racontant les faits sum^rels deBot^-d'Haîne et à'Oria, j'ai eu surtout l'intention <ie réfuter dans cet oùvragela thèse rationaliste sur la stigmatisation. Quelle que soit l'origine des phénomènes extraordinaires qui se passent en Belgique et en ïtalîe, la question sumàtu« relie n'en reste pas moins une et entière pour le rationa* lisme contemporain, quoiqu'elle se présente sous un double aspect au jugement de l'Eglise.
J'ai voulu avant tout défendre scientifl(}uement le miracle de la stigmatisation, tel qu'il a été reconnu mainied fois par le Saint-Siège. L'Eglise <en éoime ift formule dans l'ofBce du premier des stigmatisés^ lorsqu'elle chante : Signasti^ Domine^ setvum tuumFranmcunk $ignts reâemptioms noûrœ. CWt pourquoi je dédiô (Se livre À mon Seigneur Jésus crucifié^ en le suppliant d'avoir pitié de mol.
BrBLIOGMPHIE
Louise Lateau de Bois-d' Haine, sa vie, ses extases, ses stigmates. Etude médicale par le D' F. Lefebvre^ profedâeur à l'université catholique de Louvain. Louvain^ Peters, 1870, YIlI-360 p.
Lovise Lateau, a biologicaî Study, by George^ E. Day. m. d. f.
s. — Article de onze pages qui a paru dans MacmillarCs Magazine, april 1871^ et qui est une analyse exacte de l'ouvrage du D' Lefebvre. Il-est dû à la plume d'un médecin distingué de l'Angleterre^ en môme temps professeur de médecine.
La stigmatisée de Bois-d'Halne^ par Mgr ^^•^Pari8^ Dillet, 1871^ 50 p. in-18. Récit d'une visite faite à la stigmatisée, par M. l'abbé de Menneval.
Louise Lateau, the ecstaiica of BoiS'd' Haine, by J. S. Shepard, with a brief sketch of several former cases of the same nature. London^ Richardson, 1872, 128 p. in-18. Traduction abrégée de Touvrage du D' Lefebvre, avec quelques documents sur les stigma* Usées du Tyrol.
loutre Lateau van Bois-d' Haine, een studiebeeld voor de positieve wetensvhap, door A. J.Riko. Brochure in-18 de 80 pages en hollandais, où l'auteur rend compte d'une visite faite à Bois-d'Haine et discute la question de stigmatisation dans un sens favorable au sarnvturel. Amsterdam, van Langenhuysen, 1872.
excursion à BoiS'd' Haine, par M. X. (Entrait de la Vraie France, des 25, 27, 29 et 30 juillet). Lille, Ducoulombier, 1872, 18 pages. Cette brochure, qui est due à la plume de M. Tabbô Edmond Jaspar, curé de Bailiy-lez- Cambrai (Nord), a paru aussi en feuilleton dans le j ourn al l' Univers.
Biographie de Louise Lateau, par H. V. L. — En voie de publication dans rezcelleut journal populaire : la Bonne lecture, édité par Castermann et Laroche^ rue Bonaparte, €8, Paris. Cette étude est très-complète : elle est due, je crois, en grande partie à la plume du P. Séraphin qui a étudié à fond la question de Bois. d'Haine. L'ouvrage du D' Lefebvre et celui du P. Séraphin sont les deux principaux à consulter sur la stigmatisée de Belgique.
LOUISE LATEAU