OBSERVATION VII
(Observation aimablement communiquée par le Médecin-Chef du Sanatorium Grancher, à Cambo, et reproduite in extenso.)
Mme S..., 35 ans. La malade a été opérée à Paris, en 1936, de trois temps de thoraco-plastie d'indication pleurale, sur un pneumothorax perforé et préalablement drainé. Persistance d'une cavité pleurale résiduelle avec liquide purulent, baallifère et de la fistule broncho-pleurale. Essais négatifs d’aspiration continue, en 1947, après essais de décapage de la cavité pleurale par un traitement prolongé à la créosote.
La malade entre à Grancher le 1°* septembre 1948, dans le service de streptomycine.
Traitement à raison d’1 gr. par jour en deux injections intramusculaires. Rien à signaler jusqu’à 30 gr. où apparaissent quelques vertiges peu intenses et qui ne durent pas.
CIDATES
Au 58° gramme, la malade, en même temps qu'un rhume, accuse un gonflement des gencives et de la muqueuse jugale. Le lendemain, apparition d'éléments éruptifs rouges sur l’intérieur de la bouche, y compris la langue. En même temps, gêne à la mastication et à la déglutition, mais supportable puisque la malade ne signale rien, et ce n'est que cinq ou six jours après le début des accidents, lorsqu'elle présente une douleur violente, empêchant toute alimentation, qu'elle le signale à son infirmière. Nous la voyons à ce moment. Elle est méconnaissable, le faciès bouffi, avec œdème très important des lèvres et des paupières, qui sont le siège d’une éruption eczématiforme, prurigineuse, à type desquamant.
L'examen de la cavité buccale montre des lésions importantes : exulcérations étendues, confluentes sur les gencives et la muqueuse jugale, les bords et la face inférieure de la langue, qui est uniformément rouge, les piliers du voile, surtout à gauche. Un élément à type d’aphte, au niveau de la joue droite. On note la présence de ganglions cervicaux, surtout marqués à gauche.
Au niveau du thorax et surtout de la nuque, quelques plaques prurigineuses, ressemblant à des dartres.
La température qui est habituellement normale, monte à 38° le soir.
Pensant qu'il s’agit d'un accident du à la streptomycine, les . injections sont arrêtées. Aussitôt, l'amélioration est évidente et, en trois jours, tout est rentré dans l'ordre. Les éléments muqueux se cicatrisent, les lésions cutanées desquament, le prurit disparaît, la température redevient normale.
Après quelques jours d'arrêt, on essaie de reprendre le traitement à 0 gr. 25. Quelques minutes après la première injection, pratiquée le soir, sensations de brûlures et de picotement des lèvres, et de l'intérieur de la bouche ; mais cette fois-ci, fait nouveau, la malade accuse une sensation de gonflement de la gorge, avec gêne respira- ’ toire qui empêche tout sommeil. Ces malaises durent quelques heures, s’atténuent, et elle peut s'endormir. Au réveil, il ne persiste plus qu’un œdème de la face, avec gonflement des paupières qui sont rouges, prurigineuses et desquament. On ne fait naturellement pas de nouvelle injection.
Un examen du sang montre un nombre de globules normal.
Nous essayons de désensibiliser la malade par une injection d'hyposulfite de magnésie suivie d’auto-hémothérapie. Ceci calme
SR; Ds
très bien le prurit et fait disparaître les malaises. Mais une nouvelle injection de streptomycine à 0 gr. 25 est suivie des mêmes incidents. Arrêt de l’antibiotique pendant six jours, au cours desquels on fait un traitement désensibilisant.
Une reprise de streptomycine à dose encore plus faible (0 gr. 125) ramène encore une fois les mêmes accidents. C’est alors que nous faisons appel au Néo-Antergan à raison de deux comprimés à chaque repas, tout en continuant l'antibiotique à 0 gr. 125 deux fois par jour. Tout d’abord, les injections sont suivies d’une petite sensation de picotements des lèvres et*d'un peu de rougeur des paupières, mais peu importante. Au bout de quelques Jours, on peut passer à deux injections de 0 gr. 25 par jour de médicament, sans que les accidents augmentent, et actuellement, trois semaines après la reprise du traitement, la tolérance est à peu près normale, en continuant réguhièrement l'anti-histaminique.