‹ Les Substances antithyroidiennes de synthèseChapitre 32 sur 37 · II. — INFLUENCE DE L'IODE ASSOCIÉE A L’AMINO- THIAZOL · texte numérisé non relu

II. — INFLUENCE DE L'IODE ASSOCIÉE A L’AMINO- THIAZOL

Nous avons vu que les auteurs américains recommandent de ne pas administrer d’iode en même temps que le Thiouracil. Cette règle est-elle générale et valable pour tous les composés antithyroïdiens de synthèse ?

La médication iodée est-elle capable de diminuer l'efficacité de l’Aminothiazol ?

Le mécanisme d’action étant vraisemblablement le même pour chaque composé, il peut paraître logique

d'admettre que l'administration concomitante d’iode ait les mêmes effets, quel que soit le produit utilisé.

. Cette hypothèse ne semble pas devoir être confirmée par l’expérience; de nombreux malades ont été soumis à une cure mixte d’iode et d’'Aminothiazol, l’amélioration de leur état a été aussi nette que dans les cas traités uniquement par le 2.921 KR. P.

OBSERVATION pu DoCcTEUR GERMAIN

Première observation.

Mme R.…, âgée de trente-quatre ans, vient en consultation le 29 novembre 1945. L’interrogatoire et l'examen permettent de diagnostiquer une maladie de Basedow typique : la malade se plaint depuis quelques semaines d'être toujours fatiguée; le travail, la marche lui sont pénibles.

Son caractère est instable, elle s'irrite ou s'émeut à tous propos ; elle a des sueurs fréquentes.

Elle prétend avoir maigri, mais ne peut chiffrer l'importance de cet amaigrissement.

A l’examen, on note une légère exophtalmie bilatérale, un éclat particulier du regard, un certain degré de mydriase. Son corps thyroïde est légèrement et régulièrement hypertrophié, on ne remarque pas de vascularisation anormale. Ses doigts sont agités d'un tremblement important.

Pouls à 110. Tension artérielle : 10-6.

L'examen des différents appareils ne révèlent rien d’anormal.

Un métabolisme basal pratiqué quelques jours plus tard accuse une augmentation de + 37 %.

On conseille alors à Mme R. de prendre quotidiennement

deux comprimés d’abadol,

0,20 gr. de di-iodotyrosine,

2 mg. de gynergène.

Après trois semaines de ce traitement, la malade est considérablement améliorée : la fatigue et le nervosisme ont pratiquement disparu. Le tremblement a fortement diminué, le pouls est à %.

Pas de changement appréciable du goitre et de l’exophtalmie. Pas de modification du poids.

Le M. B. n'a pas été pratiqué à cette date.

Le même traitement est poursuivi jusqu'à fin février.

A cette époque, on constate le maintien parfait de l’amélioration. L'exophtalmie est toujours inchangée, le regard est cependant moins brillant, la mydriase a disparu, ainsi que les sueurs.

Le pouls est à 90. La tension artérielle : 15-7. Le M. B. est tout à fait normal.

A partir de ce moment, la malade ne prend plus que

— un comprimé d’abadol par jour,

— et 0,20 gr. de di-iodotyrosine. : f

Le 26 avril, l'état général est très satisfaisant. Mme R. a repris quelques kilos.

Le pouls est à 83. Il subsiste toujours une légère exophtalmie:; le goître est inchangé.

Le M. B. est normal.

En résumé, chez cette malade qui présentait une maladie de Basedow typique, l’association d'Aminothiazol et d’iode organique (accessoirement de gynergène) a permis, d’une part, d'obtenir une amélioration considérable des signes subjectifs et la diminution de la tachycardie en trois semaines; d’autres part, d’enregistrer le retour du M. B. à un taux normal.

Deuxième observation.

Mile L.…, quinze ans, vient consulter le 31 janvier 1946 pour des troubles très variés : instabilité du caractère, crises de larmes injustifiées, cauchemars, douleurs diffuses.

A l'examen, on note chez cette jeune fille

— L'éclat du regard sans exophtalmie,

OT

— L'hypertrophie du lobe droit de la thyroïde (goitre mou

et non pulsatile).

— Un tremblement léger.

— Le pouls à 98

— Un développement exagéré des seins.

— Une cellulite dorsale et épicrânienne.

Il n'existe pas de troubles des règles. Son poids est de 52 kilos.

— Un métabolisme basal, pratiqué le 9 février, montre une augmentation de + 30 %,.

Le traitement suivant est alors institué

Prendre: chaque jour

trois comprimés d’abadol ;

0,20 gr. de di-iodotyrosine ;

2 mg. de gynergène.

Le 16 mars, soit après un mois et demi de traitement, cette jeune fille accuse une amélioration subjective importante : l’instabilité psychique et le nervosisme se sont fortement atténués.

Les sueurs ont pratiquement disparu.

On ne note plus aucun tremblement.

— Le pouls bat à 90.

— Le regard est moins brillant.

— Le goitre n'est nullement modifié.

— La malade pèse maintenant 54 kilos.

— Le M. B. est à + 4 %,

On réduit la dose d’abadol à deux comprimés par jour.

Mile L.. est revue deux mois plus tard; l'amélioration générale se maintient. Le pouls est à 85.

A partir de cette date, la malade prend, à titre d'entretien,

un comprimé d’abadol par jour.

En résumé, chez cette jeune fille, l’administration concomitante d’iode et d'Aminothiazol (accessoirement de Gynergène), a puissamment agi sur les signes subjectifs, l’état général, le tremblement, la tachycardie et le métabolisme de base. On n’a pas noté, par contre,

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de modification notable du goitre ni de l'éclat du regard.

Troisième observation.

Dans l'observation qui va suivre, nous verrons l’action de l'abadol associé à la di-iodotyrosine, non plus sur une maladie de Basedow typique, mais sur une augmentation du métabolisme basal isolée, révélée fortuitement alors que l’on pouvait satten-

dre, au contraire, trouver un M. B. diminué,

Jean T.…., treize ans, examiné le 5 mars 1946. Il présente un syndrome adiposo-génital : adiposité, testicules grêles, genu valgum, peau fine non infiltrée. Ce jeune garçon pèse 48 kg. 700.

Bien que le syndrome adiposo-génital soit net cliniquement, on fait pratiquer un M. B. afin d'être certain qu'il ne s’y mêle pas une note myxœædémateuse. Ce métabolisme indique une augmentation de + 42 % ; on ne trouve cependant aucun signe clinique d'hyperthyroïdie.

On institue le traitement suivant

— Hormone gonadotrope.

— Deux comprimés d’Abadol par jour.

— 0,20 gr. de di-iodotyrosine par jour.

Au bout de deux mois, le métabolisme est tombé à + 5 %.

Ces quelques observations paraisent donc bien montrer qu’il n’est pas contre-indiqué, dans certains cas, d'administrer de l’iode en même temps que l’Aminothiazol.

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