Registre de la Vénérable Compagnie, cote M, à la date
2. Louis Tronchin, professeur de théologie en 1661, recteur de l'Académie de Genève en 1663, né en 1629, mort en 1676.
à M. Tronchin, néantmoins qu'encore qu'il ne croye pas qu'il y ait rien de blasmable, veu que ce n'est que l'explication du livre de la Genèse. Il avoit pourtant donné ordre de n'en débiter aucun en ceste ville, qu'au reste, il n'a jamais rien commis qui soit digne de répréhension, qu'il a la religion réformée à cœur et qu'il en a cognoissance autant que qui que ce soit. Gepetidaal qu'il est persécuté mal à propos et enfin que la nécessité Ta, en quelque façon, obligé de le faire imprimer. ■ /. S'il a remis la dicte permission à l'imprimeur.
R. Qu'ouy ne sachant ce qu'il en a fait et s'il la luy a rendue.
/. D'où vient qu'il s'addressa au dict Sieur Lullin qui estoit malade au lieu de s'addrcsser au premier Scholarque.
R. Qu'il a bien esté chez M. Dupan mais ne le trouva pas.
/. Que c'est que lui dit le spectable professeur Tronchin.
R. Qu'il luy dit que c'estoit quelque mélancholique qui avoit composé ce livre et le traita en quelque façon de mépris.
I. S'il n'a pas dit qu'il a vendu la copie du dit livi-e à un marchand de Glermont en Auvergne.
/?. Qu'il est vray qu'il dit quelque chose de semblable à messieurs les ministres par équivoque, bien est vray que ne les recognoissant pas pour son magistral, il ne croioit pas d'estre obligé leur rendre compte de tout comme il feroit céans, qu'au reste il n'a rien fait à mauvaise intention et prie le conseil s'il y a quelque faute de la luy vouloir condamneretd'avoir pitié de luy et de sa pauvre famille.
A esté renvoyé sous promesse par serment de se représenter à lundy prochain*.
Ce répit est utilisé par Foigny. II présente au Conseil de Genève une requête verbale, puis écrite^ dans laquelle il se plaint d'avoir été emprisonné en compag-nie de La Pierre, alors qu'il avait remis à l'imprimeur la permission du feu syndic Jean Lullin. II a l'aplomb d'ajouter que La Pierre ne le démentira pas. Et pour cause! Foigny était homme de ressources, un gros mensonge ne l'effraj^ait pas.
Le Conseil, évidemment sympathique au prévenu, reçoit sa requête et ajourne sa décision :
Du samedi 3 mars 1677. Sieur Gabriel de Foigny ayant obtenu l'entrée céans a fait sa très humble remonstrance au Conseil, verbalement etpar escrit, au sujet de ce qu'il a esté condamné de revestir les prisons avecques La Pierre quia imprimé son livre de « La Terre Australe «veu qu'il a soustenu en avoir eu la permission par escrit de feu noble Jean Lullin, Scholarque, laquelle il a remise à l'imprimeur qui ne le désavouera pas s'il est appelle pour le déclarer. A esté remis d'en l'ésoudre à un autre jour^.
\. Archives d'Etat à Genève, procès criminel 4.391. 2. Registre Conseil Genève, 177, p. 102.
48 LA. VtE DE GABRIEL DE FOIGNY
Après dix jours de réflexion le Conseil de Genève arrête que, comme sanction à la publication de La Terre Australe imprimée sans permission, Foigny aura à quitter Genève dans un mois.
Du mercredi 14 mars 1077.
Sieur Gabriel de Foigny. Veucs les responces données céans au sujet du livre intitulé « La Terre australe » qu'il a l'ait imprimer en cette ville sans permission, a esté dit qu'on lui ordonne de se retirer avec sa famille dans un mois prochain, ce qui lui sera mandé par arrest*.
On remarquera qu'il n'est fait aucune mention dans cette décision de la suppression de La Terre Australe. La Vénérable Compagnie en reçoit seulement communication verbale par son Modérateur. Elle a des doutes sur son exécution ; des doutes surtout parce que MM. de Genève ont laissé à Foigny toute latitude d'exposer ses erreurs dangereuses, aussi délègue-t-elle Turretin, professeur de théologie, près du premier Syndic afin d'obtenir copie du texte même du Conseil de Genève ; lecture en sera faite à la prochaine séance. Turretin insistera près du premier syndic sur la suppression de La Terre Australe et la saisie de tous les exemplaires.
Du vendredy 16® de mars 1077.
M. le précédent modérateur a rapporté que ayant parlé à M. le syndic louchant le livre de Foigny de la Terre australe, ledit seigneur syndic l'a assuré que le Conseil estoit disposé aie faire sortir de la ville et même a été ajouté que mercredy dernier Nos Seigneurs ont jugé que Foigny et sa famille vuideront la ville dans le mois. Et parce qu'il a été dit que Foigny en répondant devant Nos Seigneurs a débité beaucoup de choses pour soutenir ses erreurs dangereuses contenues dans ledit livre, a esté avizé que M. Turretin, professeur de Théologie, voye M. le premier syndic pour s'informer de luy touchant le jugement de Nos Seigneurs à l'égard de Foigny et de son livre et le rapporter ensuite à la Compagnie, et enfin M. le premier syndic sera prié au nom de la Compagnie que ledit livre sera supprimé en pourvoyant que tous les exemplaires soyent rapportés^.
La Vénérable Compagnie avait certes raison de suspecter le premier Syndic. On a bien confirmé à M. Turretin la délibération contre Foigny, mais en ce qui a trait à la suppression de La Terre Australe, il lui a été répondu qu'elle était « supposée » par ledit jugement! Ce manque — volontaire — de précision dans la rédaction d'un acte aussi important inquiète la Vénérable Compagnie déjà mise