SCENE XIII
M®* VALLERAY, LOUISE.
Elles sc regardent quelque temps avant de parler. m«* v aller av, à part .
Figure douce, maintien réservé.
looise, à pan.
Celle femme est belle 1
M®* VALLERAY.
Nous sommes seules, mademoiselle; parlez, quel est le sujet qui tous amène chez moi?
LOUISE
Je voudrais, madame, que vous pussiei le deviner.
VALLERAY.
Quoi 1 vous n’osez pas me le découvrir; remettez-vous : votre démarche, je le suppose, n’a rien dont vous deviez rougir.
LOUISE
Non, madame.
«® e VALLERAY, se levant.
En efTet, votre extérieur, vos manières annon- I cent une personne bien née.
looise, lentement.
J’ai reçu de l'éducation, madame, plus peutêtre qu’il ne convient à ma situation présente. Mon ! père et ma mère ont perdu leur fortune qu’ils | avaient confiée à un négociant, ils en sont morts do chagrin ; presque seule dans le monde, car il ne me restait qu’un frère, un marin, qui voyageait au loin, j’ai vécu quelque temps de mon travail, et d’une bien faible pension que le spéculateur qui avait ruiné ma famille me légua en mourant. Des circonstances cruelles m’ont forcée de quitter le lieu de ma naissance, il y a près de trois ans. Peu à peu mes ressources se sont épuisées, mon travail a cessé de mo suffire, et je me vois obligée aujourd’hui de descendre à une condition pour laquelle je sais que je n’étais pas faite.
M®« VALLERAY.
Pardon, je crains de ne pas bien comprendre; do quelle condition parlez-vous?
locisb, avec hésitation.
Depuis deux jours, il y a dans cette maison... une place...
U*® VALLERAY.
Celle de femme de chambre?
LOOISE.
Je viens vous la demander.
M“ e VALLERAY.
Yous! est-il possible? Qui donc vous a adressée chez moi?
LOUISE
Personne, madame.
■ VALLEE AT
Comment! personne ne s'intéresse à vous?
LOUISE
Je suis seule et pauvre, et jusqu'à présent je n'ai pas eu de maîtres ; je me trouve sans famille, sans amis, sans protecteurs.
M®* VALLERAY.
Je regrette qu’il en soit ainsi, car votre langage m'avait intéressée vivement ; mais je Depuis prendre à mon service que des personnes recommandées.
LOUSIB.
Ah ! madame, vous qui connaissez le monde, attachée- vous sérieusement quelque prix à ces sortesdo recommandations presque toujours arrachées par l'importunité et accordées par l’ insouciance? aurez*
MAGASIN THEATRAL
vous moins égard aux prières d'une pauvre fille j
■ ® p VALLF.RAY.
Comme elle estémuol Voyons, ne vousdécoura- i gea pas: il est des maisons d’un accès plus facile, ] et quant à présent, si quelques secours pouvaient aider votre patience...
locise, avec dignité.
Je vous remercie, madame.
M m * vallebay.
Je n'ai pas voulu vous offenser.
LOUISE
Je consens fi servir dans celte maison, mais pas ailleurs.
■®® V ALLER AT
Pourquoi cela ?
LOUISE
Mais pour ne pas m’exposer deux fois fi un refus.
M®° VALLEBAY.
Vous êtes fièreî
LOUISE
Et pourtant je vous implore.
M®« VALLEBAY.
Mais enfin, si je consentais à vous recevoir, quelle garantie m’offririez-vous T
LOUISE
Ma conduite ; gardez-moi seulement quelques jours, et vous verrez si je suis digne de votre intérêt. C’est un asile que je vous demande, et rien de plus ; le respect qui vous entoure sera pour moi une protection. Vous vous taisez... ah! je m’éloigne.
M®* VALLEBAY.
Attendez; si j’hésite encore, c’est pour vous seule : vous ignorez les désagrémens d’un service nouveau pour vous ; les maîtres ont des momens d’humeur, des vivacités , des caprices... moimême...
LOUISE
Je supporterai tout, madame.
M m ® VALLEBAY.
Vous ignorez aussi une partie des devoirs qui vous attendent; nous avons ici depuis quelques semaines...
LOUISE
Un jeune enfant.
U®* VALLEBAY.
Abl vous savez déjà...
LOUISE
Je l’ai aperçu en arrivant.
U m * VALLEBAY.
H ne nous appartient pas, mais nous voulons qu’il soit élevé avec le plus grand soio. Quand désirez-vous entrer chez moi T
LOUISE
A l’instant même.
M®° VALLEBAY.
Vous n’avez rien qui vous retienne?
LOUISE
Rien au monde.
M rac VALLEBAY.
Je vous accepte, voilà qui est conveno, et j’espère que je n’aurai pas à m’en repentir.
LOUISE
Jamais, madame, s'il dépend de moi.
M®° YALLEBAY.
Fort bien. ( Elle appelle .} Prosper.