SCENE PREMIERE
VALLERAY, DESILLES.
M »• Valleray arrive du jardin , De ailles la suit.
V ALLER AT
Eh bien l monsieur Desilles, vous ne continues pat votre promenade ?
•EtILLIS.
Puisque vous avet interrompu la vôtre.
VALLERAY.
Vous n'allez pas rejoindre mon mari?
RESILLES.
Je craindrais de déranger Valleray dans sa cor* respondance. Blais vraiment, madame, je commença 4 me croire indiscret en prolongeant une conversation qui n'est un plaisir que pour moi seul.
MAGASIN THEATRAL
«*• VALLkRAY.
Je tous demande pardon, je U trouve fort piquante, et la nouveauté de vos théories suffirait pour me divertir : je ne dis pas pour me plaire.
DKSILLKS.
Qu’ont-elles pourtant de si étrange? Je répète, après beaucoup d’autres, que cette sympathie mutuelle, dont on fait tant de bruit dans les livres, n'existe guère dans le inonde, et que c’est tout simplement un concours de circonstances favorables qui fait naître et qui développe nos senumens. • En quelque lieu que vous fussiez, mon noceur eût volé au-devant du vôtre!» Propos d’amans qui s’abusent! L’balitude de se voir, la facilité de se rencontrer, l'occasion enfin lésa mis en rapport, et comme ils o’avaient rien qui les éloignât l’un de l’autre, ils se sont crus n«*s l’un pour l’autre. Voilà l'histoire de presque toute* les sympathies. Aussi , selon moi, madame, le» plus habiles en amour sont ceux qui savent dominer les circonstances et ménager les occasions. L* . grand art de réussir, c’est la patience.
M we VALLtRAT.
Vous appartenez , je le vois .. à celte école de moralistes qui affectent de ne pas croire à la sagesse des femmes.
dksilles. •
Pardonnez-moi, j'y crois... comme à celle des homme*. Je crois aux représailles légitime» et aux circonstances.
n* e V Al- LF. B AT.
Toujours les circonstances!
DKSILLBS.
Toujours.
vallf.say .
C’est aussi faire une lmp balle part à ce* | hommes riches et oisifs qui, comme vous, n’ont ‘ d’autre soin que de se rendre aimables. Il est tel d’entre eux dont l’idée fixe est de nou» tendre des % pièges et de méditer notre perte.
DKSILLKS.
Ab! plutôt me perdre moi-méme.
VA LL AXAT .
Monsieur!
DBSILLBS.
Excusez ce cri de révolte contre une supposition.
H«e VALLERAY .
Il suffit : laissons cela.
DKSILLCS.
Quels sont, pour ce matin, vos projeta et vos ordres, madame?
U m « VALLBBAT.
J'attends M. Fermont, le nouveau maire de Senlis. Il a promis de venir rendre compte à mon mari des chances de sa candidature.
DKSILLKS.
J’espère bien que ce cher Valleray sera nommé Ceux dos électeurs que j’ai vu» m'ont assuré de leurs bonnes dispositions.
■ VALLBRAY.
Mon mari tous saura gré de ces démarches :
elles prouvent toute votre amitié pour lui
DBSILLBS.
Il ne fallait pas moins que ce motif pour me priver si long-temps du plaisir de vous voir. Invité par Valleray à passer la belle saison dans celle maison de campagne, après un séjour de quelques semaines seulement , j’ai perdu près d'un mois, adroite et i gauche, en courses cl en visites, niais toujours occupé de vous, madame, toujours et partout publiant votre éloge. Enfin, depuis hier au soir, ine voilà de retour près de vous : il me semble que je respire l’air natal. Je vous ai retrouvés les mêmes : vous toujours belle; lui toujours bon camarade. Seulement j’ai été frappé d*un changement survenu pendant mou absence : n’ai-je pas aperçu tou t-à- l’heure, sur la pelouse du pare...
M m " VALLBBAT .
Une petite fille.
DKSILLBS.
Qui parait avoir deux ans a peine.
VALLBBAT .
Comment la trouvez-vous?
DKSILLKS.
Fort jolie, autant que j’ai pu distinguer.
M m ‘ YALLKIUY.
N’est-ce pas? Comme elle est gracieuse ! quels traits fins et délicats! et si caressante! si douce!
DKSILLKS.
Mais quelle est-elle? et comment se trouvet-elle ici?
■ VALLBBAT*
Ab! voila justement ce que vous ne saurez qu’un peu plus lard ; c’est un grand mystère, un vrai roman. Peut-être M. Fermont pourra-t-il m’aidera l'éclaircir. Jusque la il faudra que vous preniez la peine d'enchaîner votre curiosité en exerçant celle baulo faculté que vous estimez tant , la patience.
DKSILLKS.
Ah! madame, je crois que pour ne pas vous déplaire , je deviendrai* capable de toutes les vertus.
■ VALLERAY.
Je n’ai pas la prétention de faire des miracles. Mais rassurez-vous , l’épreuve ne sera pas longue.