‹ Les supercheries littéraires dévoilées (volume 2)Chapitre 401 sur 1082 · J. N. M. [Marnièbe · texte numérisé non relu

J. N. M. [Marnièbe

Essai sur le crédit commercial, suivi du prospectus de la traduction de l'Essai sur les finances d'Angleterre de John Sinclair, par — . Paris, Petit, 1801, in-8.

JOANNY, nom de théâtre [Jean-Bernard Brisebarre ( J ), né à Dijon, le 2 juillet 1775, célèbre tragédien, ex-sociétaire du Théâtre- Français].

La carrière théâtrale de Joanny est très-connue. On sait qu'après avoir longtemps parcouru les provinces, dans lesquelles il avait joué avec beaucoup de succès « Venceslas », les c Templiers *, « l'École des pères », « Dupais et Desronais », etc., il fut engagé à l'Odéon, ou il joua les principaux rôles dans le « Paria » , « le Comte Julien » et les c Machabées* » ; il passa ensuite au Théâtre-Français , dont il était sociétaire lorsqu'il quitta la scène. Là, il créa encore plusieurs grands rôles. Mais Joanny homme de lettres est peu connu , parce que ce qu'il a écrit n'a été destiné qu'à un petit nombre d'amis. Inutile de dire que tous les opuscules qu'on lui doit sont anonymes : sa modestie se refusait à ce qu'il se posât en poète. Du reste, il faut l'avouer, chez Joanny, le poète n'est point à la hauteur du grand tragédien que nous avons vu; il n'a jamais en la prétention d'être poète. C'est un écrivain de cœur et d'une charmante naïveté, ce qui compense bien de l'absence de vers ronflants.

Sur trente-six pièces de poésie composées par Joanny et dont ses amis le pressent de faire imprimer le recueil, sept seulement ont vu le jour, encore fort incomplètement, car l'auteur a fait à chacune d'elles de nombreuses corrections et additions. Voici dans Tordre de dates l'indication de celles qui ont été imprimées.

I. Un Enterrement au village. (En vers.) Paris, juillet 1844, in-8, 4 pag.

II. L Epouse modèle. (En vers.) Paris, septembre 1844, in-8, 4 pag.

(1) Et non Brisebanne comme on l'a souvent imprimé. '

Brisebarre nous apprend dans l'une des notes de son opuscule intitulé : « Ma Confession » , comment il est arrivé à ce changement de nom. « C'est comme devant être peintre que j'épousai une femme veuve, madame N"*. Mais lorsqu'un fol enthousiasme m'entraîna au théâtre , tout se brouilla avec ma famille et surtout avec la sienne; il fallut même quitter le nom de mes pères. C'est alors que je pris l'un de mes prénoms latinisé. Si je recommençais ma vie, je n'aurais là-dessus aucune discussion avec personne ».

III. Les Conseils de l'expérience. (En vers.) Paris, novembre 1844, in-8, 3 pag.

IV. L'Apothicaire et son Curé. (En vers.) Paris, novembre 1844, in-8, 4 pag.

V. Biographie véridique, ou Histoire d'un pauvre acteur, écrite par lui-môme. (En vers.) Paris, typogr. Lacrampe et O, 1843, in-8, 24 pag.

Au verso du faux-titre d'un exemplaire, nous trouvons écrit de la main même de l'auteur cet avis au lecteur :

Ne cherchez point l'esprit dans cette bagatelle: L'auteur, en l'écrivant avec simplicité.

Ne s'est proposé qu'un modèle,

Ce modèle est... la vérité.

Joanny partit, en 1792 , comme volontaire, n'ayant point encore dix-sept ans accomplis. En 1793, il passa dans le 7* régiment de hussards; il fit partie des escadrons qu'on envoya de l'armée du Nord à celle de l'Ouest, et qui revinrent ensuite à l'armée de la Moselle. Ce fut là que, dans une attaque nocturne, il reçut dans la main un coup de feu qui le mit hors de combat. Il fut réformé, et retourna dans sa famille. Avant son départ poar l'armée, Joanny avait commencé l'étude de la peinture dans l'atelier de M. Vincent, de Dijon ; à son retour, il reprit ses pinceaux ; mais là n'était pas sa vocation. L'artiste lui-même, dans la c Biographie véridique », p. 10, nous dit avec une naïveté charmante comme il advint que d'étudiant peintre il est devenu artiste dramatique.

Me voilà donc dessinant le modèle, Quand, tout à coup, un lumineux rayon De son éclair traversa ma cervelle.

Qui le croirait? ce fut un vieux bouquin, Que de notre atelier recouvrait la poussière.

Qui de notre illustre Lekain

Me fit embrasser la carrière.

Ce vieux bouquin, presque en lambeaux ,

Etait pourtant grande merveille ; 11 renfermait les extraits les plus beaux

De Racine et du grand Corneille.

Me consolant ainsi de mes tristes revers.

En les lisant, je me sentais renaître.

Quand d'antres déjeunaient, loindes regards du maître.

J'en récitais les beaux vers.

Nous sommes assez heureux pour posséder un exemplaire de cet opuscule qui, au verso de son litre , présente une strophe inédite faisant suite à la précédente, écrite tout entière de la main de l'auteur; la voici :

Ah!... j'adorais la tragédie, Et j'en perdais l'appétit, le repos;

Je sentais mon âme agrandie

Aux fiers accents de ses héros 1...

Après ce don sublime et de plaire et d'instruire,

Du poète attributs divins,

Sur la scène les reproduire Aux yeux du spectateur qui, charmé, bat des maiasj

Transmettre à la foule enivrée

Le feu des nobles passions,

Ou des douces émotions

Dont l'âme se sent pénétrée ; Des antiques vertus retracer le tableau. .. Ahl cet art, parmi tous, me semblait le plus beau!

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