‹ Les supercheries littéraires dévoilées (volume 2)Chapitre 495 sur 1082 · III. RELIGION ET PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

III. RELIGION ET PHILOSOPHIE

IX. Réflexions sur l'état de l'Eglise en France pendant le xvin* siècle , et sur sa situation actuelle. Paris, Société typographique, 1808. in-8, viij et 151 nag. — Seconde édition. Paris, 1814, in-8.

Ce premier écrit de l'auteur, publié a l'époque dn couronnement de Napoléon, et à l'occasion du Concordat, révéla an monde littéraire un talent de premier ordre, et an Catholicisme un soutien de sa cause expirante. En effet, depuis que la réforme luthérienne a porté un coup mortel a l'autorité des papes, et pour parler avec franchise, à l'édifice tout entier du Christianisme, il serait difficile de citer un homme, parmi les athlètes descendus dans l'arène en faveur des croyances de nos pères, qui fut plus capable d'exercer une grande influence sur ses contemporains que M. de La Mennais. Mais, tant il est vrai que rien n'est plus nécessaire que de naître à propos t ces mêmes efforts de talent, cette même ardeur de sèle, et cet éclat d'une éloquence par lesquels un tel homme, s'il eût paru an dix-huitième siècle, eût foudroyé l'hérésie naissante et restauré l'Eglise, n'ont guère servi de nos jours qu'a le faire taxer d'ambition sans mesure et d'exagération insensée par ceux-là mAme qui étaient les pins intéressés à marcher dans la ligne qu'il a suivie. Ce double reproche, également injuste, devait pourtant lni être adressé, car il faut bien qu'âne multitude , qni ne croit pins à la foi par la raison qu'elle en est privée, trouve dans des passions purement humaines les motifs de toute direction énergique de doctrine et de conduite.

La première édition est anonyme : elle fut saisie et supprimée par la police impériale. La seconde, avec le nom de l'auteur, est de 4844.

— Les mêmes. (HT* édit.). Suivies de « Mélanges religieux et philosophiques », (et de « Pensées diverses »). Paris, Tournachon-Molin et Seguin, 1819, in-8, 575 p. 6fr.

Selon l'abbé Manet (Biographie des Malonins célèbres, p. 245), M. Jean-Marie de La Mennais, le frère de celui-ci, aurait eu quelque part a cet ouvrage.

Ce volume, ainsi composé, est considéré comme le premier recueil des c Mélanges * de l'auteur.

On a mis à des exemplaires de 4849 des titres de quatrième édition, lesquels portent pour adresse : Lesage et Méquignon-Havard, et la date de 4825.

A la tête de l'édition de 4849 de ces Réflexions, on trouve la courte Préface suivante :

t Les Réflexions sur l'état de l'Eglise, publiées en 4808, furent aussitôt saisies par la police de Ruonaparte. On n'y a rien ajouté. Il y a trop à dire sur ce qui s'est passé depuis cette époque, et sur ce qui se passe encore aujourd'hui relativement à l'Eglise de France».

« Le reste du recueil que l'on offre au public se compose d'articles qui ont paru dans les journaux, et de quelques petits écrits dn même genre, que la censure, du temps de sa splendeur, ne permit pas d'y insérer. On y a joint, sous le titre de Pensées diverses, de courtes réflexions sur différents sujets de religion et de philosophie ».

Dans une note de la 2* édition dn « Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes » de A. -A»

LÀ MENNAIS

cette façon, le maître du premier volume de « l'Essai » . L'auteur était si loin de connaître son snjet avant de le traiter, qu'il pensait d'abord à le renfermer en deux volumes (1) ; et voilà qu'il se trouve forcé d'en publier un troisième, et puis un quatrième et un cinquième, etc. ; la Philosophie, en elle-même si simple, s'étend sous sa plume, et se complique sous son intelligence, — Comme il voit partout son sujet, il ne le trouve nulle part. »

c Tout ce qu'il y a de vrai dans « l'Essai sur l'indifférence en matière de religion », avait été mille fois dit avant M. de La Mennais et mieux que par lui, même par ses contemporains. Ses meilleures pensées sont prises, quelquefois copiées et décolorées, de M. de lfaistre, de M. de Bonald, et même de H. de Chateaubriand (3). Il n'est pas jusqu'à son titre « d'Indifférence en matière de religion », qu'il n'ait emprunté, et encore à des protestants (3).

t Le désordre de l'esprit étant, plus qu'on ne le pense, une erreur, appelle l'ignorance et l'erreur avec lui. Quand je parle d'ignorance, c'est la savante que je veux dire ; et celle-là est peut-être la plus universelle et la plus funeste. M. de La Mennais a plus étudié les langues que l' Histoire, plus la Philosophie qne la Théologie (4), plus les livres et même les hommes profanes, que les hommes et les livres saints ».

De là une stérile manie de citer un long texte anglais, allemand et même grec, plutôt qu'un latin ou un français ; de copier de nombreuses pages de Rousseau et de Pascal (5) ; de là des méprises sur les faits et sur le sens des auteurs par lui cités (6).

< De là l'histoire de ses contradictions, ou, si l'on veut, de ses variations sur les hommes et les points fondamentaux de l'Histoire et de la Philosophie. Il a successivement élevé et rabaissé, par exemple, Bossuet et Louis XIV (7), M. de Bonald, M. Frayssi-

(4) Voyez l'Avertissement du premier volume.

(2) Il a pris à ce dernier le chapitre X de son premier volume sur « l'Importance de la religion par rapport à la société, etc.; » et il existe d'assez bonnes preuves que le premier volume tout entier, en ce qu'il a de bon, est autant de M. Tessière, trop tôt ravi aux Sulpiciens, que de lui.

(3) Voyez le « Traité contre l'Indifférence des religions », de Pic te t, 4042; et «l'Indifférence inexcusable en fait de religion », de l'évêque anglais Squire,

(4) La « Tradition de l'Eglise sur l'institution des évêques », 4844, 3 vol. in-8, est presque tout entière de son frère.

(5) Dans le premier volume, il cite jusqu'à dix pages consécutives des < Pensées de Pascal » , qui sont pourtant assez communes, ou du moins assez connues.

(6) A cet égard , il a été relevé en partie par M. l'abbé Flottes dans diverses brochures. Les derniers efforts de l'érudition de l'écrivain ne sont pas plus heureux que les premiers. 11 cite à l'appui de son système de la souveraineté du peuple, dans sa * Réponse > au P. Ventura, des textes courts ou isolés de saint Thomas, de Suarès, de Liguori, de Fénelon, et même de Bossuet, qui ne disent pas même ce qu'il leur fait dire, et qui, les deux derniers, ont foudroyé, ex profttio, son système tout entier, dans leurs toits recueillis par le célèbre Emery, sous le titre de « Principes de Bossuet et de Fénelon sur la souveraineté » .

(7) c Ou fut redevable à deux prélats illustres, à deux grands hommes, Bossuet et Fénelon, de l'intervalle de calme qui se prolongea jusqu'à la mort de

nous (i) les jésuites et les jansénistes (2), et, comme nous le verrons, les déclarations gallicanes, l'indépendance de l'Eglise et ses concordats. »

« De là enfin, pour tout dire dans une observation unique, ses détractations successives de la philosophie libérale et de la philosophie religieuse, de la révolte et de l'obéissance, du système individuel et du système d'autorité, et, ponr parler comme son école dernière, de la liberté et de Dieu. ■

< Voulez-vous apprécier la logique de l'écrivain dans la conception même de son grand ouvrage? Vous la verrez plus vicieuse encore. Il divise, ainsi qu'on sait , les indifférents qu'il veut attaquer en trois classes : les indifférents (voyez la seule table des chapitres) qui ne croient la religion nécessaire que pour le peuple; les indifférents qui ne reconnaissent de religion incontestablement vraie que la religion naturelle où ils sont nés ; et enfin les indifférents qui admettent une religion révélée , de manière néanmoins qu'il soit permis d'en rejeter certaines vérités. Et cependant ces trois hypothèses, qui sont les trois fondements de rouvrage, sont trois chimères : car 1° nul homme n'a jamais dit sérieusement que la religion était nécessaire au peuple seulement, sans la regarder comme nécessaire à luimême ; 2° nul homme n'a jamais regardé comme incontestablement vraie une religion, par cela seul qu'il y est né ; 3° et enfla nul homme non plus ne fut jamais assez contradictoire, d'une part, pour admettre une religion révélée, et de l'autre pour rayer une partie de ce qu'elle enseigne. A la seule vue du plan He « l'Essai sur l'indifférence », il faut dire que l'écrivain n'entendait rien à son sujet : il n'a pas même fait un essai, n voulait élever un monument, et il n'a pas su poser la première pierre ! Il a fait comme je ne sais quel philosophe indien, qui supposait le monde sur une tortue, et la tortue sur le vide (3) » .

Nous placerons ici un quatrième aphorisme (voy. les n*> II et IX), oublié par II. de La Mennais. tiré du livre en question, pour établir que les opinions de l'auteur des ■ Paroles d'un croyant ■ et du rédacteur du * Peuple constituant » n'ont pas été constamment celles d'un vrai sage.

« Les peuples ont aussi leur volonté, leur intérêt, leur otgueil plus terrible que celui d'aucun tyran. De là, une haine secrète contre le pouvoir qui les gène et les humilie, haine qui s'étend du pouvoir à toutes les institutions, à tontes les lois, à toutes les distinctions sociales ; et si on leur laisse un moment sentir leur force, ils en abuseront pour tout détruire, et courront à l'anarchie en croyant marcher à la liberté » .

Louis XIV ». (« Réflexions sur l'état de l'Eglise ». 4819, pag. 45, et encore pag. 425.)

(1) Il avait appelé M. de Bonald, qu'il a depuis ravalé si fort, « le plus profond philosophe que la France ait eu depuis Malebranche ». Il a écrit de M. Frayssinous dans le t Conservateur », qu'H rendait la vérité vivante, et il le compare à Luther dans des brochures.

(2) « L'ordre tout entier des jésuites, dit-il dans un de ses ouvrages, ne fut qu'un grand dévouement à l'Humanité et à la Religion. Qui pourrait compter tous leurs bienfaits? Qui les a remplacés dans nos chaires? Qui les remplacera dans nos collèges?.... Et plus de doue pages employées à développer cet éloge I » — Et ensuite : « Le jansénisme, enfant honteux de la réforme, es vain désavoue sa mère, etc. »

(3) Noos avons dit précédemment que vingt propositions des t. IH et IV de « l'Essai » ont été censurées par les supérieurs de M. de La Mennais.

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LA MENNAIS

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