M1CK-NOEL
laires. Or, comme le sieur Michelot, oolre l'avantage il'ane éducation distingué*, possède en effet celui d'une rare facilité d'éiocution, il ne larda pas à porter la conviction dans quelques esprits, et, en s'agrégeant a des jeunes gens qui, de leur côté, étaient disposés à fonder un club, il fut porté à la présidence du Club de la Jeune-Montagne, désigna sous le litre de Club de la Sor bonne, du nom de l'édifice où se tenaient ses séances.
Bientôt Micbelot, qui s'était fait dans le quartier des écoles d'assez nombreux partisans, se présenta comme candidat aux élections de l'Assemblée nationale ; il se consacrait en même temps à l'organisation du club dont il était président, et dont un des premiers actes fut, sur sa motion, de décider qu'une manifestation serait faite près du Gouvernement provisoire, pour exprimer la résolution de la population parisienne de ne pas recevoir de garnison armée dans son sein. Il cherchait en même temps à user de l'influence qu'il avait prise comme chef de club pour solliciter d'une manière impérative sa nomination a quelque place importante et lucrative.
Ce fut celte démarche qui le perdit: avant de prendre une décision, on se trouva naturellement amené à prendre des informations sur sa moralité, sur ses antécédents ; et ce fat alors qu'avec une extrême surprise on reconnut qu'il paraissait y avoir identité entre le postulant, qui prenait le nom de Juin-Michelot, et un sieur Juind'Alias, natif de Champagne-d' Allas (Charente-Inférieure) contre lequel la police avait exercé, mais en vain, d'activés recherches en 1836, 1837 et 4838. Ce Juin-d'Allas, auquel les plaintes portées contre lui et les mandats de la justice décernés sous prévention d'escroqueries et de banqueroute frauduleuse donnaient la qualité de prêtre et d'homme de lettres, n'avait échappé que par une rare habileté aux agents mis à sa poursuite ; il était (tassé en Angleterre.
Juin-Michelot était-il le même que le contumace Juin-d' Allas? Il était sans doute difficile de s'en assurer, mais bientôt les présomptions que l'on avait à cet égard se changèrent en preuves.
Il ne resta plus aucun doute sur l'identité de Michelot, et alors seulement le préfet ordonna son arrestation, a laquelle procéda un commissaire de police.
Michelot, dont le nom réel est Augustin Juin, natif de Champagne-d' Allas, se trouvait placé, non-seulement sous la menace de poursuites et de mandats a l'exécution desquels il s'était soustrait en fuyant en Angleterre, mais encore sous le coup d'un arrêt de la Cour d assises du département de la Seine, en date do 20 juin 1840, qui le condamne en vingt années de travaux forcés jwur banqueroute.
C'est pour purger cette condamnation, prononcée contre lui par contumace, qu'il était amené, en 1848, sur les bancs de la Cour d'assises, alors présidée par M. le conseiller Foucber.
Les débats ont été féconds en incidents curieux : le président a d'abord examiné la conduite de Jnin-d'Allas comme prêtre, et a montré son immoralité dans les cures de Mello et de Verberie, qu'il a successivement occupées. Passant i sa conduite comme homme politique, comme chef de club, il lui a rappelé qu'il avait jadis travaillé à la Quotidienne, qu'il s'était montré d'un royalisme effréné. A l'appui de cette assertion, le président a donné lecture des fragments d'ouvrages imprimés sur son manuscrit, lecture qui a causé dans l'auditoire une vive surprise.
Voici ce qu'écrivait en 1826 ce prêtre qui, après fé-
vrier 1848, fondait le club de la Montagne et en devenait le président :
c Fidèle aux traditionsdu jacobinisme, cette poignée de révolutionnaires audacieux, déguisés sons le nom de libéraux, continue, avec une persévérance infernale, l'institution subversive que lui ont léguée des hommes qui avaient été les amis et les complices de Robespierre. Au sein du comité directeur existe un bureau de propagande jacobine ; les plus enragés démagogues le composent: le besoin de détruire est le lien de cette réunion monstrueuse ! Voyez-les se précipiter avec rage dans la carrière des démolitions politiques, sans être arrêtés par les crimes à commettre, ni par l'argent à répandre ! A ces fanatiques est commis le soin de choisir et d'endoctriner les émissaires qui vont porter aux provinces les bienfaits du libéralisme. Les qualités essentielles aux candidats sont d'avoir mérité d'être pendus, ou d'avoir au moins subi quelques flétrissures, d'être aveuglément dévoués à la faction, d'avoir fait preuve, dans des écrits incendiaires, ou par quelque action énergique, d'une haine forcenée contre les rois et les prêtres ; de n'avoir de goût que pour le vice, de répugnance que pour la vertu ; en un mot, d'être prêts £ i à tout, soit qu'il faille accréditer des mensonges, ou ' rendre de faux témoignages. Plus on est abject, plus on offre de garanties aux desseins du libéralisme».
La surprise augmente à la lecture du passage suivant :
« Lorsque ces ouvriers d'anarchie sont parvenus, chacun dans le district qui lui est assigné, à inoculer à un certain nombre le virus révolutionnaire, ils fondent dans le lieu même un club, avec un président et des orateurs. Le club est, en naissant, affilié à tous les clubs du royaume. Comment retracer la violence des discours dont ces odieux repaires retentissent à chaque
instant dans toute l'étendue de la France Jugez
quelle effervescence doivent produire ces discours forcenés dans un auditoire composé d'enthousiastes, d'esprits faux, d'hommes crédules, de jeunes gens sans défiance. »
La partie des débats qui a porté sur les faits constitutifs de la banqueroute frauduleuse a présenté, comme toutes celles de même nature, peu d'intérêt. Le jury ayant prononcé contre l'accusé un verdict de culpabilité sur la double question de banqueroute frauduleuse et de soustraction de livres, la Cour a contamoé Juin-d'Allas (Augustin) dit Michelot à cinq années de travaux forcés. '
-h MICHENSKY (A. de) [Alexis Somov, auteur d'un article contrôla v Vérité sur la Russie», du prince Pierre Dolçoroukov, imprimé dans le « Courrier du Dimanche», numéro du 29 avril 18G0].
Voy. sur M. Alexis Somov « la Vérité sur le procès du prince Dolgoroukov », par un Russe. Londres {Bruxelles), 1862, gr. in-32. p. 79-80.
-hMICK-NOEL [Loreau].
ï. Histoire du grand Cocombrinos. Paris, 1862, in-8.