ALBERONI
testaments de Richelieu^ de Mazarin, de Colbert, de LoQvois, qui avaient en beaucoup de succès en leur temps. C'était la forme historique alors à la mode. Haubert lut son ouvrage à quelques hommes de lettres de Lausanne, qui encouragèrent Tauteur à le publier. Les circonstances de sa vie ajoutaient à rintérét qu'on lui témoignait. Le libraire Bousquet acheta le manuscrit deux cents livres, qui furent employées en partie à habiller le pauvre auteur ; le reste lui servit pour aller à Berne se faire agréger dans l'Église réformée. Mais craignant que l'on ne pût dire qu'il avait vendu sa religion, Maubert refusa les cinquante écus qu'on donnait d'ordinaire aux néophytes. Voltaire fit l'éloge du Testament d'Alberoni. " J'ai cru d'abord, dit-il, qu'il avait été pu- •< blié par l'abbé de Montgon, parce qu'il y entre un chapitre sur l'Espagne, M dans lequel le ministre est peint avec des traits où il pourrait lui-même se M reconnaître. Ce chapitre est beaucoup plus vrai que toutes les rapsodies «< auxquelles on a donné le nom de testament. Je souhaiterais à l'auteur qu'il ** eût été couché sur celui du cardinal Alberoni pour quelque bonne peu- «< sion. Personne ne se serait douté que ce livre est d'un m ex •capucin, qui fait M des Testaments pour gagner sa vie ».
Voici une autre version :
Qui est l'auteur du « Testament politique du cardinal Alberoni »? se demande Auguis dans un écrit que nous aurons occasion de citer souventf et intitulé : Préface envoyée de Berlin, Et il ajoute : Le général Morgan m'a dit qu'en 1782 ou 1783, il en avait vu à Rome plusieurs pages, écrites de la main même de ce cardinal. Ce fait est peu croyable. Ce qu'on lit au sujet de ce Testament politique dans le «Journal encyclopédique » du mois de mai 1767 ne mérite pas, selon moi, plus de confiance. On raconte qu'un M. Durey de Morsan, que le dérangement de sa fortune avait forcé de voyager, s'était d'abord réfugié à Neuchâtel, avait été ensuite à Madrid, où il avait ramassé beaucoup de matériaux et un grand nombre d'anecdotes sur l'administration et sur la vie privée du cardinal Alberoni^ qu'il avait traduit en français ces différents mémoires^ et que, pour les rendre plus intéressants, il avait imaginé de faire parler Alberoni lui-même, et qu'il avait dévelopé dans toute son étendue, sous le titre de Teetament du cardinal Alberoni ^ le génie de ce fameux ministre ; que, dans un voyage que M. Durey de Morsan fit en Hollande, il lia connaissance avec Maubert de Gouvest, espèce d'aventurier qui ne manquait pas de talent; que, lui ayant montré son travail sur Alberoni, Maubert le pria de le lui laisser lire à tête reposée, et lui dit, après l'avoir lu, que c'était un ouvrage qui pouvait lui rapporter beaucoup ; que néanmoins il ne lui en donna que la misérable somme de 20 écus, et que, lorsqu'au bout de six mois l'ouvrage parut sous les initiales de Maubert, il eut l'impudence de s'en dire l'auteur. C'est M. Durey de Morsan qui raconte lui-même aux auteurs du ** Journal encyclopédique » les détails de cette aventure. Durey de Morsan était fils du receveur général des finances Durey d'Harnoncourt. Ce père, riche de 5 millions, ne donnait à dépenser à son fils, après son cours d'études, que la modique somme de 600 livres; il eut un tort encore plus grave envers ce fils, celui de lui donner de mauvais exemples sous le rapport des mœurs. Le fils contracta des dettes, et, en peu de temps, ses créanciers, ou plutôt d'infUmes usuriers, lui demandèrent 110,000 livres, ce qui l'obligea de s'éloigner pour éviter leurs poursuites. P. R. A.-s.
(t Voltaire, dit A.-A. Barbier, connaissait beaucoup Durey de Morsan, et il n'ignorait pas sans doute que le « Testament politique d'Alberoni » était plus son ouvrage que celui de Maubert ; c'est donc avec connaissance de cause