L'ÉDITEUR, RHE DE SEINE
Lrs
LOUÉ (Philibert), pseudonyme [Almire Gandonnière, d« Loué],aut. d'articles imprimés sous ce pseudonyme dans la « Chronique, revue mensuelle», dont il était le principal rédacteur (18/li2}.
LOUIS^ pseudon, [Denis-François Donnant, traducteur, secrétaire de la Société académique des sciences de Paris , membre de plusieurs autres sociétés savantes],
I. Considérations sur les rapports qui lient les hommes en société , ou des Éléments de l'organisation sociale ; trad. de Tangl. de John Brown, sur la 3« édit., avec un Discours préliminaire et des notes. Paris, Obré, 1800, în-8. [4287]
IL Théorie élémentaire de Statistique ; trad. de Tangl. de Williams Playfair. Paris, Valade, 1802, 1805, in-8 , 1 fr. 50 c.
IIL Abrégé de THistoire des Empereurs romains, grecs et allemands, depuis Jules-César jusqu'à François II, empereur actuel. Ouvrage cbssique qui peut faire suite aux « Révolutions romaines • de Yertot. Paris, Pillot, 1803, ia-12 de 400 pag., 2 fr. 50 c.
[4289] Réimprimé sous ce titre :
Abrégé de rUisloire des Empereurs qui ont régné eu Europe depuis Jules- César jusqu'à Napoléon, Seconde édition, comprenant Tbistoire des Empereurs romains, grecs et allemands, et augmentée des Empereurs turcs et russes : ouvrage classique qui peut faire suite aux « Révolutions romaines »» de Vertot. Paris, Pillot jeune, 1804, in-i2, 2 fr. 50 c.
Cet « Abrégé » est un manuel historique, indispensable à tous les jeunes gens qui étudient les belles-lettres. L'auteur donne des extraits fort inléressants des vies des Empereurs et des grands personnages qui ont joué un rôle dans le monde.
IV. Contemplatif (le), ou Pensées libres sur la morale, la politique et la philosophie. Paris, Balillot, 1803, in-12 de 190 pag., 1 fr. 50 c. [^290]
V. Contes de famille, ou les Soirées de ma grand* mère; trad. de Pangl. de miss Gunning, Paris, Ancelle. an xi (1803), 2 vol. in-18, fig., 1 fr. 80 c. [6291]
VI. Contes de la chaumière, ou Histoires morales et amusantes, à Tusage de la jeunesse ; trad. de Tangl. de mistr. Mary Pilkington. Paris, 1803, 2 vol. iu-18, 2 fr. [4292]
VIL Contes du château , ou la Famille émigrée ; trad. de l'anglais de mistr. Marij Pilktngton, Paris, 1803, 2 vol. in-18, 2 fr.
VIII. Éléments de Cosmographie, ou Introduction à la Géographie universelle, exposés dans une suite de lettres adressées à une jeune élève ; trad. de Tangl. de R, Tumer, sur la 9» édit. Paris, Genest jeune, 1803, in-12, orné de sept cartes, d'une nouvelle montre géographique, et de quatre tableaux, 3 fr.; — ou Paris, madame Aumont, veuve Nyon, 1822, in-12, 3 fr. [4294]
Ces Éléments contiennent la description de la Ggure, des mouvements et des dimensions de la terre ; les causes des différentes saisons de Tannée suivant le climat; les grandes divisions du globe en terre, eau, etc.; la situation, étendue des républiques, royaumes, etc.; un aperçu du gouvernement, des costumes, de la religion des différents peuples, et une courte notice sur les souverains régnants. La population de la France par déparlement ; leur distance de Paris; leur commerce, etc., etc.; et la table chronologique des événements, découvertes les plus remarquables.
IX. Éléments de Géographie, de jR. Turner; trad. de Tangl, sur la neuvième édition. Paris, Genest, 1803, in-12. [4295]
X. Manuel des classes, ou Introduction aux sciences et aux arts, de R, Turner \ trad. de Tangl., sur la 8« édit. Paris, Duponcel , 1803, in-12, 1 fr. 50 c. [4296]
XI. Vallée (la) heureuse, ou le Prince mécontent de son sort, histoire philosophique, trad. de Fangl. de Johnson. Paris, Marchand, an XI (1803), in-12, fig., 1 fr. 80 c. [4297]
X[I. Enfant {V) converti et la Ghaoaiîère galloise , on le» Enfants reconnas; trad. de TangL à' Elis. SommervUle. Paris, Pîgoreia, an xu (180/i), 2 vol. in-12, 3 fr. [4298]
XJII. Veillées (les) de la i>ension , ouvrage dédié à la jeunesse des deux sexes , et trad. de Tangl. Paris, 180&» 2 voL ip-lB, 2 fr.
[km]
XIY. Introduction à la science de la Statistique, suivie d'nn Coup d'ceil sur Tétude entière de la politique , sur sa marche et ses divisions ; trad. de i^liem. de Schli^tzer, professeur de l'Université de Gottingue, avec un Discours préliminaire , des additions et des remarques. Dédié à S. A. S. JMgr l'arcbi-chancelier de l'Empire. (De l'impr. impériale, à Paris). Paris, Galland, an xiii (1805), in-^, S fr., et sorpap. vé!., 5 fr. [4300]
Quelques uns des ouvrages que nous venons de citer portent néanmoins le véritable nom de l'auteur.
LOUIS, nom soos lequel plusieurs auteurs dramatiques ont cacbé knr participation à des pièces de théâtre , et parmi lesquels nous citerons MM. le baron de Bilderbeck, L. Gouailbac, Domergue, H. Duflaud, Tavernier et Viardot Pour la distinction de leurs parts respectives, voy. ces divers noms dans la « France littéraire».
LOUIS, auteur déguisé.
Apparitions lyriques. !<>' cahier. Paris, Ladvocat; Delaunay; Mongie ; Béchet , 1824, in-8 de 40 pag. [4301]
LOUIS (Charles- Auguste) , roi de Bavière, semi apocryphe.
Poésies de — , traduites par W. Duckett. Paris, Dureuil, 1829- 30, 2 vol. in-18, 9 fr. [4S02]
Nous tenons d'une personne que nous devons croite, de M. W. Buckelt lui-même, que sur les pièces qui composent ces deux volumes, trois ou quatre sont véritablement du roi de Bavière; mais que le reste a été fabriqué par les rédacteurs du premier «Figaro».
N. B. Uo quatrième volume des Poésies authentiques du roi de Bavière a paru ea 1842.
LOUIS ***, docteur médecin delà faculté de médecine de Perpignan, pseudon. [Adrien de La Croix].
Lettre raisonnée de — , écrite à un fameux médecin de Mont- IKîlKcr. Mai 1743, in-4. [4303J
LOUIS *******, auteur déguisé [Louis Viardot]. Laare d'Arezzo, anecdote da seizième siècle. Paris, Mongieainé, 1824, in-12, 2 fr. 50 c. [4304]
LOUIS XIII (le roi très chrétien) afocr. [ Denis Rivault, sieur de Flurance« précepteur de Louis XllI].
Préceptes diAgapetus à Justinian , mis en français par — , en
ses leçons ordinaires. Paris, Pierre Le Court, 1612, in-8 de 23pag.
[4305] « Cette traduction, faite sur une version latine, est moins de Louis XIII que de Rivault ». Nicéron, tom. XXXVII, pag. 321.
LOUIS XIY , roi de France. Ouvrages qui lui sont faussement attribués :
I. Relation de ce qui s'est passé au siège de Namur. Paris, Thiéry, 1692, in-fol., avec troiscartes gravées par ordre du roi. [4306]
Réimprimée k la suite des « Mémoires sur la vie de Jean Racine ».
Louis Racine a inséré ce morceau k la suite des Mémoires sur la vie de son père, par déférence pour l'opinion de quelques personnes , qui prétendirent que le public, trompé par un style qu*il n'attendait pas d'une plume poétique, n'en soupçonna pas l'auteur, et parut même goûter davantage l'histoire du même événement, faite dans un style très difTérent, par de Vizé.
Le général Grimoard, qui a inséré cette Relation dans les « Œuvres de Louis XIV », ne croit pas que Racine y ait coopéré ; mais il pense que Pellisson en a revu le style.
Dans le Catalogue de Bellanger, rédigé avec un soin particulier , cette Relation est attribuée au fameux de Vizé. A. A. B-r.
I[« Discours de Louis XIY au Dauphin (rédigé par Pellisson).
[4307] Imprimé dans un « Recueil d'opuscules littéraires » tirés d'un cabinet d*0rléans, et publiés par un anonyme (l'abbé d'OuvET). Amsterdam, Harrevelt, 1767, in-12.
III. Lettre de Louis XIY à Louis XY (par daude-Guillaume- Robert d'Espevih). 1733, in-4. [4308]
Cet écrit, où l'on donne une juste idée des Jésuites, avait été faussement attribué aux appelants ; il a été condamné par arrêt du parlement de Paris.
Il existe une volumineuse collection des « OËuvres de Louis XIV », publiées par le général Grimoard et Grouvelle, Paris, 1806, 6 gros vol. in-8. Nous pensons que plus d'un écrit qu'elle renferme pourraient être contestés à Louis XIV* Si ce grand roi n*avait pas toujours le temps de gagner des batailles par lui-même, etse reposait sur ses généraux pour lui
moissonner de la gloire, comment ses nombreuses occupations de galanteries lui eussent-elles laissé le loisir d'écrire : les ministres célèbres» ainsi que les grands écriyains qui Tentouraient, ont dû faire pour sa réputation littéraire ce que les généraux ont fait pour illustrer ses armes.
LOUIS XVI, roi de France , apocr. [Fr. Babié de Bergenay et Solpice Imbert, comte de la Platière].
I. Correspondance politique et confidentielle inédite de Louis XVI ayec ses frères et plusieurs personnages célèbres pendant les dernières années de son règne, et jusqu'à sa mort; composée par F. Babié deBercenay etSulpice Imbert, comte de La Platière, avec desnotesypar M"* Jïé/éite-iHana Williams. Paris, Debray, 1803, 2 voL in-8 . 7 fr. 50 c. [4309]
IL Louis XVI peint par lui-même, ou Correspondance et autres écrits de ce monarque , précédés d'une Notice sur la ne de ce prince, avec des Notes historiques sur sa Correspondance et ses autres écrits (par J.-B. Pvjoulx). Paris, Gide fils, 1817, in-8, 7 fr.
[4310] Voici ce que A. A. Barbier, sous le u» 3033 de son « Dictionnaire des ouYrages anonymes êl pseudonymes », S« édit., nous apprend sur cette Correspondance :
En 1809, lorsque je faisais imprimer le troisième volume de ce dictionnaire, M. Babié m*a avoué qu*il avait composé le plus grand nombre de ces lettres en société avec M. de La Platière; dans ces derniers temps, il a répété le même aveu à M. Beuchot, qui Ta consigné dans le < Journal général de la librairie », et à M. Eckart , auteur des « Mémoires historiques sur Louis XVll », lequel s'en est servi pour se justiAer d'avoir avancé que la « Lettre à M. l'abbé .... sur l'éducation du Dauphin » était supposée. La fausse Correspondance de Louis XVI a trouvé quelques faibles défenseurs ; un ministre du roi l'a citée comme authentique dans la chambre des députés en 1817. Un homme de lettres très estimé, M. Alexandre Soumet, dans son « Oraison funèbre de Louis XVI », Toulouse , 1817, in-8, pag. 39, l'a aussi alléguée en faveur de cet infortuné monarque. Les preuves de supposition n'en sont pas moins convaincantes (i).
La publication, en 1817, de Louis XVI peint par lui-même, détermina M. Beuchot à donner à la < Bibliographie de la France » des éclaircissements sur un point d'histoire littéraire d'un haut intérêt pour nous. Ils furent révoqués en doute, et il en résulta une discussion qui fit gagner à M. Beuchot les plus crédules. Voici les trois articles qui furent publiés à
(i) On les trouve réunies dans ropuscule de M. Eckart, Jntitulé : < Une Lettre sur réducatlon du Dauphin , attribuée à Louis XVI, est-elle authentique ? Et Observations sur les recueils de Lettres publiées en i8o3 et en 1817, sous le nom de ce prince ». Paris, Nicolle, 181g, in-8 de 56 pag. Le faux-litre porte : < Lettres attribuées à Louis XVI ».
cette occasion , et dans Tordre où ils ont para dans la « Bibliographie de la France »:
Les deux volumes in-8 , intitulés « Correspondance de Louis XVI > , avec desnotes par mademoiselle Williams, Paris, G.-A. Debray, 1803, ont été fortement mis k contribution par l'auteur du livre ayant pour titre : c LouisXVI peint par lui-môme » ou c Correspondance et autres écrits de ce monarque ». Paris, Gide fils, 1817, in-8. Les journaux ont fait un pompeux éloge des « Lettres de Louis XVI ». Des souverains même ont écrit à réditeur des lettres de félicitation. Eh bien ! toute la < Correspondance de Louis XVI > publiée par mademoiselle Williams et reproduite en partie dans • Louis XVI peint par lui-même > est ce qu'on appelle apocryphe ; les auteurs sont M. le comte Sulpice de La Platière, mort aux lies il y a plusieurs années, et M. B..., qui existe encore, et de qui je tiens les détails que voici :
« J'étais un jour chez Sulpice de La Platière, me dit-il; nous cherchions « ensemble le titre ou le sujet d'un livre. L'idée nous vint de faire des < Lettres de Louis XVl > ; et sur-lechamp nous nous mimes à l'œuvre. « Tous les matins, continua-t-il, je me rendais chez Sulpice deLaPlalière, « et là, en prenant du thé, et après l'avoir pris, nous fabriquions quelques « lettres; quand nous en eûmes une quantité suffisante, nous vendîmes
« notre travail à M. L , qui nous en donna cent Ipuis, que mon colla-
« boratenr partagea avec moi ».
Comment ce manuscrit est-il ensuite tombé entre les mains de mademoiselle Williams, qui a donné la première ces lettres comme authentiques? C'est ce que j*ignore.
Au surplus , le nom de M. B.... comme auteur de la « Correspondance de Louis XVI n'était pas inconnu à M. Barbier. (Voy. le < Dictionnaire des ouvrages anonymes », etc., n^ 93^2). (Bbucbot).
(15 Juin 1818).
A MM. les rédacteurs de la < Bibliographie de la France ». Messieurs , permettez-moi quelques observations sur l'article relatif à la « Correspcmdance de Louis XVI,» inséré dans le « Journal de la librairie» du 13 de ce mois.
Je ne conteste point que M. B.... vous ait dit avoir composé une « Correspondance de Louis XVI», conjointement avec M. Sulpice de La Platière. Celui-ci est mort, comme vous l'observez fort bien , et il n'est pas possible de l'appeler en témoignage ; mais ceux qui l'ont connu pourront bien attester qu'il était hors d'état de composer une seule des lettres de la collection de mademoiselle Williams. Reste ce mystérieux M. B... Ne serait-il pas possible qu'il ait avancé un fait inexact? Quand on sait que
c'est M. (Bar Bertrand Barère^ de Vieuzac), membre de la Convention
et du trop fameux comité de salut public, qui a vendu la Correspondance de Louis XVI à mademoiselle Williams ; quand on pense qu'à l'époque où elle a paru pour la première fois, le gouvernement consulaire, au lieu d'en nier l'authenticité, préféra y faire ajouter des notes où respirent le fiel et la mauvaise foi, pour en diminuer l'effet sur le public ; enfin, quand on
LOUIS XVI li
réfléchit qu^un ministre du roi a cité ce recueil à la chambre des députés en 1817, au sujet des administrations proTinciales, on est convaincu qu'il faut des renseignements pluscertains pour révoquer en doute rautbénticité de ces lettres, où respire d'ailleurs un si grand caractère de vérité. Veuillez, Messieurs, ^agréer, etc. Gidb.
Note du Bédaetetar. C'est avec plaisir que j*ai inséré cette lettre qui contredit» sans détruire, ce que j'ai avancé pag. 351-552. Mais en la pnbUant, je crois devoir mettre à la suite quelques observations.
Je remarquerai d'abord que la signature de cette lettre est celle du libraire qui a publié « Louis XVI peint par lui-même *, etc., volume pour lequel on a, ainsi que je l'ai dit, misa contribution la « Correspon* dance de Louis X\I > publiée par mademoiselle Williams; et c'est cett* « Correspondance » seule, et ce qui en a été extrait, que j'attaque. Or, peu de jours avant la mise en vente de « Louis XVI peint par lui-même •, ayant ciu occasion de voir M. Gide, et ayant appris de lui que Ton avait, pour ce volume, puisé dans la < Correspondance » publiée par mademoiselle Y^illiams, je lui racontai ce que je savais ; et ce fut d'après cet entretien que M. Gide flt ôter du frontispice de son livre les initiales des noms de l'homme de lettres qui y avait donné des soins. Gomment se faitil qu'après avoir cru ce que je lui disais chez moi , confidentiellement y sans témoins, conséquemment sans avoir à redouter aucune discussion , M. Gide révoque en doute ces mêmes faits quand je les fais imprimer dans un Journal, au risque d'être convaincu d'imposture? Je passe à l'examen de sa lettre.
1* Tùus les gens qui ont connu M. Sulpîce de La Platière peuvent attester qu*il était hors d'état de composer une seule de ces lettres. Dans ce cas tout l'honneur en reviendrait à son collaborateur. Mais sans faire la part de personne, sans rien prononcer sur le mérite de M. SulpicedeLa Platière, je rappellerai qu'un bomme dont la médiocrité est incontestée, le marquis de Caraecioli fabriqua des • Lettres deGanganelli » (Clément XIV), publiées en 1775, et qui curent une vogue extraordinaire. Tout le monde en fut longtemps la dupe.
2» Restele mystérieux M, B... Il est vrai que M. B..., étant vivant, je n'ai pas voulu imprimer à son insu, son nom dans ma note. Mais pour ne rien laisser à désirer aux curieux, j'ai dit que M. B... était nommé en toutes lettres dans le « Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes », par M. Barbier, au no 9352; j'ai mis en cela de la discrétion , mais point de mystère.
30 On sait que c'est M. Bar..,, membre de la Convention et du trop fameux comité de salut public, quia vendu la c Correspondance de Louis XVI > à mademoiselle Williams » . C'est m'apprendre ce que j'ai dit ne pas savoir, comment ces lettres étaient tombées entre les mains de mademoiselle Williams. Mais comment étaient-elles parvenues dans celles de M. Bar....? J'a*
vais donné l'historique jusqu'à M. L ; il y a toujours lacune entre
M. L. et M. Bar...; mais de ce qu'elles ont passé par les mains de ce
dernier, jç ne vois pas comment on pourrait en conclure qu'elles sont de U>uis XVL
4* À l'époque où elle (la ■ Correspondance » publiée par mademoiselle Williams) parut pour la première fois^ le gouvernement consulaire au lieu d*en nier l'authenticité , préféra y faire ajouter des notes pour en diminuer Veffei 'ur le public. Le gouvernement consulaire, que le gouvernement impérial a tant fait regretter, s'est contenté de laisser faire, et personne n'a fait attention au livre qui a été imprimé à la fois dans les formats in-12 et in-8, mais qui n*a point été réimprimé en France , qu'on n*a exhumé ni à la première ni à la seconde restauration, et que la discussion môme que l'ai élevée ne fera peut-être pas rechercher davantage.
a» Un ministre du roi a cité ce recueil à la chambre des députés en 1817 , au *ujet des administrations provinciales» Il ne s'imaginait pas que ces lettres fussent apocryphes ; il ne s'est pas rendu garant de leur authenticité. Il les a citées comme mademoiselle Williams les avait publiées, comme l'au teur de < Louis XVI peint par lui-même » les a employées , de bonne foi ; mais la bonne foi n'exclut pas l'erreur; et l'autorité d'un grand nom pouvant consacrer cette erreur, j'ai d'autant mieux fait de la signaler : je devais dire la vérité que je savais.
6o // faut des renseignements plus certains pour révoquer en doute Vauthenticité de ces lettres , où respire d*ailleurs un si grand caractère de vérité. Ce caractère de vérité ne parait pas évident, il s'en faut ; et je ne suis j»as le seul de cet avis. Lorsqu'à l'occasion du volume publié chez M. Gide, la « Gazette de France » du 31 mai 1817 cita quelques phrases de lettres qui avaient été prises dans le recueil de mademoiselle Williams , M. Feydel écrivit au rédacteur du « Journal de Paris > une lettre qui fut mise au rebut et cependant réfutée indirectement le 9 juin, mais qui vient d'être imprimée pag. 54-55 de l'opuscule intitulé: Uncahier d'histoire littéraire, M. Feydel conclut avec raison, 4e l'emploi de quelques expressions, qu'\ ces lettres ne peuvent être de Louis XVI.
Les renseignements, au reste, que j'ai donnés, sont certains, et cela est superflu dans la position avantageuse où je me trouve. Car les raisonnements (indépendamment de la vérité de mon récitj, me suffiraient pour attaquer l'authenticité des lettres en question. Les raisonnements ne suffisent pas à mes adversaires pour l'établir ; il faut qu'ils produisent leurs preuves. Ils disent que ces lettres sont de Louis XVI, je le nie. Et incumbit probatio quidicit^ non qui negat.
Mais comme je désire ne plus revenir sur cette question, quelque grave et intéressante qu'elle soit J'ajouterai encore quelques mots.
Si ces lettres étaient vraies, on les aurait eues en minute ou en original. Dans l'un ou l'autre cas, il est bien facile de m'éclairer, de me convaincre. Mais Louis XVI gardait-il, faisait-il des minutes de ses lettres ? Quant aux originaux, ils ne pourraient, ce me semble, avoir été remis que par les personnes à qui ces lettres étaient adressées. Mais comment tant de personnes auraient-elles consenti à se dessaisir de papiers aussi précieux, et se seraient- elles entendues pour s'en dessaisir en faveur d'un même personnage qu'on peut bien cette fois appeler mystérieux ? Mais si toutes celles de ces personnes auprès desquelles ont été pris des rensei-
goements s'accordaient à dire qu'elles m*ont pam ieçu ces lettres, elles ne pourraient les avoir remises. Voilà pourtant ce qui est.
Qu*ane seule personne à qui les lettres (publiées par mademoiselle Williams) sont adressées, dise : Jt les ai reçues ; c'est ce que je ne crains pas plus que de Voir représenter les originaux, qui sont indispensables pour convaincre le public de leur authenticité. Bbughot.
11 Juillet 1818.
Nouvelle note sur la « Correspondance (apocryphe) de Louis XVI », publiée par miss Williams.
Depuis ce que j'ai écrit en 1818, il a paru quelques écrits où l'on combat mon opinion, mais où Ton ne détruit pas^mes raisonnements, et où l'on n'apporte aucune preuve de l'authenticité de ces lettres. On se contente de dire qu'on y croit et qu'il faut y croire.
Ces écrits n*ont donc rien changé à l'état de la question, si l'on peut faire une question de ce qui est hors de doute.
Trois choses, toutefois, m'ont frappé dans ces écrits.
10 Une grande attention à détourner l'attention du lecteur de ce qui est r<Ajet de la difficulté ; une grande obscurité dans les explications qu'on croit donner. Pour mon compte, j'avoue n'y avoir rien compris.
S» Un singulier anachronisme qu'on Ut à la pag. 60 de la brochure publiée cette année (1); on y lit textuellement : c Je baisai ce dépôt sacré • avec le respect religieux qu'un militaire éprouvera à la vue de l'épée « de I>uguesclin qui accola François !«' en le faisant chevalier».
Quand on prend Duguesclin pour Bayard, on peut bien prendre l'œuvre de MM. Sulpice de La Platière et B... pour l'œuvre de Louis XVI.
Cependant, de la première méprise, qui n'est probablement qu'un lap^ sus ealami, ne dérive pas la seconde; je m'empresse de le déclarer, afin que Von ne croie pas que je yeuille raisonner sur de risibles inductions, et produire d'autres arguments que ceux qui sont clairs et forts. Duguesclin et Bayard n'ont ici rien à faire; et si j'ai indiqué le quiproquo, c'est pour prouver que j'ai lu les écrits que j'ai dit ne pas comprendre.
3» Et c'est ce qui ne me permet pas de me taire, on a bien voulu parler de moi dans plusieurs de ces écrits, et l'on y dit du ton le plus affirmatif fti'avoir envoyé lotalbmbnt, par la poste et franches de port, des copies de pièces relatives à l'authenticité des lettres de Louis XVI.
Comme je n'ai fait aucune réponse à ces pièces qu'on dit m'avoir été envoyées, et qu'on pourrait un jour arguer de mon silence que l'on m'a convaincu et converti, je dois expliquer ce silence; rien n'est plus facile. N'ayant rien reçu, je n'avais aucune réponse à faire :
On ne peut réfuter ce qu'on ne connaît pas.
(i) De rauthenticité des < Lettres de Louis XVI », par J.-B.-G. Drappean. Des « Notices » du chevalier de Foulalnes sur le duc de Penthièvre et sur lord Dormer, par R. de Carondeley. « Correspondance du roi martyr », dédié * P.-P. Guelon-Marc, défenseur et étage de Louis XVI; par J.-B. Bourcler (de Nantes). Paris, Migneret, i8io, In-8 de A4 pag,
Je décUro donc q\k''aucun des paquets qu*on dit m*avoir été adressés au sujet des Lettres prétendoes de Louis XVI, publiées par miss Williams , ue m'est parvenu.
L'auteur des « Mémoires historiques sur liOuis XVII », dout le nom se trouve sur la liste de ceux à qui Ton prétend avoir aussi envoyé des copies de pièces relatives à l'authenticité des lettres de Louis XVI, n'en a pas reçu plus que moi. C'est M. Eckard qui le dit lui-même, pag. 46 d'un opuscule qu'il vient de publier (1), et dont je ne puis faire l'éloge puisqu'on y fait le mien.
Je soutiens toujours que les lettres publiées sous le nom de Louis XVI par miss Williams sont apocryphes ; que ces lettres sont l'ouvrage de MM. Sulpice de La Platière et B....; et je le soutiendrai jusqu'à ce que le contraire m'ait été démontré.
Comme je n'ai dans tout ceci d'autre passion que celle de la vérité, que ce n'est pour moi affaire ni de vanité, ni de calcul, ni de fanatisme, je suis prêt à renoncer à mon opinion quand on m'aura prouvé qu'elle est une erreur. Mais ce sont des preuves que je veux; et, je le répète, je ne crains pas qu'on en produise.
Qu'on ne s'imagine pas toutefois que je demande des preuves d'une espèce extraordinaire. Sans doute, le public (et j'en fais partie) a le droit, si l'on veut qu'il croie, d'exiger la représentation des autographes. Pour mon compte, je serai plus accommodant.
Plusieurs des personnes à qui sont adressées ces « Lettres » prétendues < de Louis XVI i existent encore. Eh bien ! Qu'uue seule dise avoir reçu l'une de celles que contient le recueil de miss Williams, voilà tout ce qu'il me faut
C'est faire de bien fortes concessions, je le sais. Peut-être môme, en me les voyant faire, quelques personnes qui s'intéressent à la cause que je défends ont-elles conçu quelque inquiétude. Qu'elles se rassurent ; ce que je demande est bien peu de chose, mais ce peu de chose est impossible.
Beuchot.
31 Juillet 1819.
Une Lettre secrète de Louis XVI à Frédéric-Guillaume^ roi de Prusse, réimprimée, en 1833, à la tête de « TOpinion de Georges Couton, membre de la Convention nationale, sur le jugement de Louis XVI ; précédée de quelques réflexions par A. Havard, et d'une lettre ... ». (Paris, Prévost, Olivier, Rouanet, Grimpelle, in-8 de 32 pag.) , a été l'occasion d'un nouvel écrit de M. Eckard, intitulé • « Au nouvel éditeur d'une lettre attribuée à Louis XVI ». (Versailles, de l'impr. de Dufaure, 1834, in 8), qui établit la fausseté de la « Correspondance politique et confidentielle de Louis XVI », publiée par mademoiselle Williams ; et reproduit ou cite les articles imprimés au sujet de cette Correspondance, dans la « Bibliographie de la France ».
(i> Une Lettre sur l'éducation du Dauphin, attribuée à Louis XVI,.. déjà citée dans une précédente note.
LOriS XVIII 15
LOUIS XVIII, roi de France, apocr, [M. le baron deLAMOTHE- Langon].
Mémoires de Louis XVIII, recaeillis et mis en ordre par M. le duc de D***. Paris, iVlame-Delaunay ; Thoisnier-Desplaces , 1832- 33, 12 vol. in-S, 90 fr. [il311]
L'ouvrage ne devait former primitivement que six volumes.
Ces Mémoires ofTrent une lecture intéressante. Les auteurs ont su reproduire, d*une manière assez fidèle, le style de Louis XVIIL Nous ignorons les noms des littérateurs qui ont refait le livre du baron de Lamothe- LangoD, comme cela est arrivé pour maintes publications de ce trop fé cond écrivain.
Louis* XVI H était un bomme d*esprit. Non seulement nous avons plusieurs opuscules qui portent justement son nom (Voy* la France littéraire à Louis XYIIl), mais encore on lui a attribué la meilleure part dans quelques compositions dramatiques dont il a abandonné la paternité à d'autres. Nous ne connaissons d'ouvrages qui aient été faussement publiés sous son nom, que les Mémoires que nous venons de citer , et encore plusieurs imitations d'HoRACB, imprimées,publiées et répétées dans les Keepsakes et les Almanacbs littéraires de la Restauration, et qui sont dues au bibliopbile Paul Lacroix.
Nous en reproduisons une ici, qui a été imprimée dans le no du 4 octobre 1829, du < Cabinet de lecture, » paraissant alors in-folio.
Voici sous quel titre a été donnée cette pièce apocryphe : Manuscrits Ode tCHorace. Avec cette épigraphe : Pastor cum traheret per fréta navibus Ode XX, liv. 1, Traduction par Louis-Stanislas-Xavier de France^ décédé Louis xrill. {Extrait de la traduction sous presse).
Quand, parjure à la fol de rhospHalité, Le berger phrygien sur Torageuse plaine Entraînait avec lui cette fiëre beauté,
L'orgueil de Sparte et de Mycëne , Des aquilons Nérée enchaînant la fureur De ce terrible arrêt frappa le ravisseur.
Sous quel auspice aflreu^ conduis>-tu cette proie , Que les Grecs conjurés, sous les remparts de Troie , « Viendront chercher armés du glaive et du flambeau , Résolus à briser de ton hymen infâme
Et du monarque de Pergame
LetrOne antique et le berceau?
Dieu ! quels flots de sueur coulent dans les batailles ! Que de larmes de sang, combien de funérailles Va coûter aux Troyens ta criminelle erreur !
Déjà, le cœur brûlant d'une j<^e homicide, Pallas prépare son égide, Son char, son casque et sa fureur.
L'intrépide Teucer et t'appelle et le presse ; Au fort de ces périls, au fort de ta détresse, Tu connaîtras aussi le fougeux Mérion « Vois-tu pas accourir, tout bouillant de colère.
Ce fils plus vaillant que son père.
Diomède, effroi d'Ilion ?
Et toi, comme à l'aspect d'un loup dans la prairie Fuit le cerf, oubliant l'herbe tendre et fleurie , On te verra, fuyant un farouche agresseur. Accourir éperdu, tout pâle, hors d'haleine. Pour désabuser ton Hélène Des serments de son défenseur.
L'Inflexible courroux de la flotte d'Achille
Retardera la mort d'une superbe ville
Et le deuil éternel des mères des Troyens.
Mais, les temps accomplis, par tes mains de la Grèce La flamme ardente et vengeresse Détruira les murs phrygiens.
De l'appui de Vénus en vain tirant ta gloire , Sur tes chevaux dorés tu promènes l'ivoire ; Vainement, au milieu d'un essaim de beautés. Ta faveur tour à tour leur accorde un sourire, Ou leur partage sur la lyre Le plus doux chant des voluptés ;
Vainement, dans ta couche à l'amour consacrée ,
Tu fuiras les Cretois et leur flèche acérée.
Ou le rapide AJax et son dard menaçant :
Ton front (trop tard hélas !) viendra l>aiser la terre ;
Et ta chevelure adultère
Se parfumef a dans le sang.
Tourne les yeux ; voici les fléaux de ta race, Ulysse avec Nestor, son émule d'audace; Pour te frapper, AJax devance ces gu^riers ; Près de lui Sthénélus, également habile
A lancer la flèche docile,
A modérer de fiers coursiers.
LOUIS-CHâRLëS 17
LOUJS-GHARLES, Daupbinde France, num pris par deux des derniers imposteurs des plus remuants^ se disant fils de Louis XYI (i)%
C'est 110 délit que d'obtenir, en usurpant un faux nom et une fausse qualité, un in^ térét qui s'exprime en numéraire.
ÀVANT-PKOPOS.
§ !• De quelques xnvposteurs politiques de ce siècle.
a Tous les peuples ont vu des imposteurs revendiquant Thonneur d'une illustre origine, et les droits qui pouvaient y être attachés. Un grand nom s'éteint rarement sans devenir l'objet d'une spéculation pour quelque ambiticur obscur. Combien de fourbes n'ont pas réclamé la succession d'un conquérant mort sans postérité! Combien n'ont pas essayé de faire revivre à leur profit l'héritier d'un empire ! »
Avant le dix-neuvième siècle, on n'avait pas heureusement vu en France de ces hommes audacieux qui, profitant de quelque ressemblance avec un prince enlevé par une mort tragique, se soient présentés comme y ayant échappé, et favorisés par des mécontent? et par l'amour des peuples pour la nouveauté, prolonger les troubles qui les avaient vu naître, ensanglanter la terre et expier sur l'échafaud leurs tentatives criminelles.
Toutefois, en 1596, on arrêta un jeune homme de 22 à 23 ans, qui se disait fils de Charles IX et qui était ailé à Reims pour être sacré roi. Il faisait beaucoup valoir certaines révélations que lui et un laboureur de Vaux, en Champagne, prétendaient avoir eues, circonstance que Thomas Martin et le nouveau prophète Pierre-Michel on fait revivre en faveur d'un imposteur récent. Quelques seigneurs donnaient ou feignaient de donner dans ces chimères, et fournissaient libéralement, par compassion, disaient -ils, à son entretien, ainsi que cela est arrivé plus particulièrement pour deux autres imposteurs de ce siècle. Dans les conjonctures criiiques où se trouvait l'État, le parlement de Paris confirma la sentence du juge royal de
(i)L'uo de ces imposteurs ne connaissant pas bien Tordre des noms de baptême du fils de Louis XVI, signait Charles^Lows.
Reims par laquelle Laraniée, c'était le nom de cet imposteur, avait été condamné à être pendu. Il fut exécuté sur la place de Grève.
Pendant plus de deux siècles, aucune fourberie de ce genre n'avait eu l'occasion de se produire. Mais noire siècle nous en réservait toute une série.
A côté des mémorables événements, si divers, des grands faits et des folies (jui, en France, ont marqué la première moitié du XIX*" siècle, il faut donc placer, comme une autre teinte du tableau, les tentatives, parfois criminelles, le plus souvent insensées, d'hommes qui. par imposture, ont voulu s'approprier d'illustres noms et les plus hautes positions qui ne leur appartenaient point. La France, terre classiques des choses extraordinaires et incroyables, devait voir naître le {Ans grand nombre de ces excentricités, qui n'ont pour résultat que de semer le trouble dans la Société ou d'exploiter la crédulité publique, au profit des monomanes et des charlatans qui se rendent coupables d'impostures. Aussi la France, seulement depuis le commencement de ce siècle, a-t-elle vu surgir un assez bon nombre de ces prétendants fous ou fripons.
Le premier fourbe dans Tordre des dates, quia paru, est un personnage qui se faisait appeler Louis'Joseph Xavier (Voy. ce nom). U prétendait être le duc de Bourgogne, fils aîné du Dauphin, père de Louis XYI. Sa mère^ disait-il, ayant consacré son premier né à Dieu, l'avait fait sortir secrètement de France, pendant qu'il était encore au maillot, avant même qu'il eût reçu le baptême. Ceux qui avaient été chargés de cette mission l'avaient amené an village de Frapecu, près de Namur, où ils Tavaient abandonné. Heureusement pour la réputation de la Daupbine, les documents plus officiels que la parole du sieur d'Aché ou Dachet, ainsi se nommait ce personnage, prouvent qu'il était né à Namur, en 1748. Ce prétendant se fit religieux. C'est alors que sa folie paraît avoir commencé. Ce que voulait le sieur d'Aché, c'était moins le troue de France encore que le baptême ; il demandait le baptême à tous ceux qu'il rencontrait, et on ne sait comment il s'est fait que personne n'ait entrepris de le guérir en feignant de le lui administrer. D'Aché doit être mort dans un hôpital d'insensés.
De tous les princes qui disparurent dans une tourmente révolutionnaire, aucun n'eut autant de sosies que le fils de Louis XVI. On en compte jusqu'à quatorze ou quinze ! et c'est d'eux plus particulièrement que nous allons avoir à nous occuper, tout en signalant
néanmoins plusieurs autres fourbes, d'espèces différentes, appartenant à notre époque.
£n 1800, un écrivain, M. Regnault-Yarin, s*empare d'événe* ments récents, il y entremêle des aventures romanesques, et l'ouvrage est lu avec intérêt parce qu'on y retrouve quelques traits ie$ hantes infortunes de Louis XYI et de la famille royale. Bientôt ce roman, « le Cimetière de la Madeleine » , devient la source à la-, quelle une foule de personnages puisent, le plus grand nombre, des connaissances historiques y et les antres, les moyens d'abuser et d'exploiter ^ leur profit les esprits faibles et crédules, en s'emparant* à lenr tour, d'un prétendu enlèvement et en affirmant l'existence de Loms XYIL
Le premier faux dauphin qui parut remonte au temps du Con-* sulat# Ce fut Jean -Marie Bervagault y fils d'un tailleur à Saint-LÔ (Manche), en 1802. Il était âgé d'environ vingt ans; doué d'une figure intéressante^ d'un son de voix persuasif, il joua son rôle avec assez d'intelligence. Convaincu de s'être , à l'aide de faux nomf;, procuré de l'argent, des vêlements et des égards qui ne lui apparte* naient pas, Bervagault fut condamné par jugement du tribunal criminel séant à Melun, le 3 avril 1802, à quatre années d'emprisonnement. Il est mort à Bicêtre, le 8 mai 1812.
J>an8 un autre ordre de fourbes , nous trouvons le forçat évadé Coçniard, transformé en comte Pontis de Sainte-Hélène, qui faisait le wisth de Louis XVIII et prenait les empreintes des serrures. Ce lieutenant-colonel, de si haut nom^ avait eu le malheur d'habiter OA peu le bagne dans sa jeunesse, et là on voit, en général,'as$ez mauvaise compagnie. On se trouve lié avec des personnes dont la moralité n'est pas, toujours irréprochable ; on cbt souvent attaché à quel*qu'un qui vous rappelle plus tard cette intimité, souvent fort gênante. Voilà précisément ce qui perdit M. le comte de Sainte- Hélène. Il avait quitté le bagne sans dire adieu à personne, pas même à MM. les directeurs et greffiers de l'établissement. C'était un homme ingénieux pour ces sortes de choses, que M. Pontis de Sainte-Hélène. Il était sorti en costume d'abbé , donnant sa béné« diction à tout le monde. Le garde-chiourme , qui n'est jamais béai par personne , même par ses pensionnaires, baissait la tête devant l'homme évangélique qui lui imposait les mains. Or, un garde^ chiourme qui baisse sa tête ne regarde pas, et l'œil vaut autant que le bras pour cette profession ; enfin, bénissant, bénissant toujours et
partout, IVL Cogniard prit la clef des champs, et, toujours abbé, trouva le moyen de s'embarquer pour une sainte mission. Arrivé h la Martinique , il devint le directeur spirituel de la cuisinière de M. le comie Pontis de Sain le- Hélène. La condition était bonne. Il vivait comme un chanoine. Une cuisinière qui a des velléités pieuses et qui ne sépare pas la créature du Créateur, a toujours des consommés et autres fortifiants au service de son directeur. Cogniard était donc comme Tartuffe,
Gros et gras, le teint frais et la boucbe vermeille,
quand arriva presque subitement la mort de JVl. le comte de Pontis de Sainte- Hélène. La pieuse cuisinière et son respectable directeur firent main basse sur tout ce qu*il y avait de valeurs empochables et même sur les titres de famille du comte. La justice vint ensuite^ il ne restait plus que ce qu'on n'avait pu prendre.
Par un singulier hasard, l'ancien forçat ressemblait à peu près à M. le comte de Sainte-Hélène ; il revint en France, où avait servi celui dont il portait le nom ; il fut admis dans un régiment en Espagne, s'y conduisit avec une sorte d'énergie , et obtint le grade de lieutenant-colonel. La Restauration le trouva dans cette position. C'était un adroit personnage, qui se mit bien en Cour en trouvant beaucoup d'esprit à Louis XVIII; il répétait ses mots et lui attribuait tons ceux qu'on disait alors, et on en disait beaucoup. C'était là un temps spirituel; on s'occupait peu d'affaires publiques; l'opposition se bornait à quelques traits malins , on n'en était pas arrivé à faire, de la conversation des salons devant les femmes, une déclamation de lieux communs politiques. Avec cinq ou six idées qui forment le fond des choses aujourd'hui,, on parle, pendant six heures, depuis l'Assemblée nationale jusqu'aux boudoirs des lorettes. Enfin il paraît que nous sommes des hommes sérieux I Â la bonne heure I
Tant est que Louis XVIII, qui aimait qu'on le trouvât l'homme le plus piquant de son royaume, prit beaucoup de goût pour le comte Pontis de Sainte-Hélène , qui fut admis au jeu de S. M. Tout allait pour le mieux du monde, honneurs, argent, réception à la Cour et à la Ville, c'était pour l'ancien forçat un rêve doré qui devait pourtant bientôt s'évanouir. Dans les revues, dans les visites officielles, il avait été reconnu par d'anciens camarades de Toulon. On vint chez lui, il donna d'abord quelques secours. Des exigences^ accompagnées
d« grossières meuaces, survinrent ensuite. Le comte était dans TEnfer. Enfin, par une transaction qui prouve qu*ii y avait encore du sang de voleur mêlé aux habitudes aristocratiques , Gogniard consentit à faire une société en participation pour l'exploitation des serrures du faubourg Saint-Germain , et comme disent ces messieurs, il préparait les affaires.
Un ancien ami , qui n'était pas entré dans l'association et qui trouvait la chose injuste, dénonça cette commandite à M. le préfet de police. A une revue de la place Vendôme, où défilaient des condamnés, on arrêta M. le comte de Sainte- Hélène, qui fut confronté avec ses dénonciateurs. Il fut bien démontré qu'on avait affaire à Gogniard, qui s'était évadé du bagne de Toulon. Lui seul n'en voulut pas convenir. A Toulon, il était encore dans l'impénilence, et ses nouveaux camarades l'appelaient ironiquement Al. le comte (1).
Au commencent du règne de Louis-Philippe, une aberration d'esprit fit descendre dans l'arène des imposteurs jusqu'à une noble dame. Nous voulons parler de la dame que nous avons connue en France sous le nom de Maria Stella^ néedeJoinville (voy. ce nom), presqu'aussitôt après la llévolution de juillet. On a fait justice de la fable ridicule de lady Maria Stella Newborough , baronne de SteJnberg, sur la substitution du fils d'un geôlier de la petite ville de Modigliana, nommé Chiappiu (depuis Louis-Philippe), à la fille du duc et de la duchesse de Ghartres. Le procès d'Affenaer, jugé en i8/i5, a fourni la preuve que les bons Pères jésuites faisaient leurs délices de cette Maria Stella. Le parti prêtre, les grands et petits séminaires, ennemis nés du gouvernement de Juillet, recherchaient beaucoup la lecture de ce roman.
Un autre imposteur, dont le nom se rattache à l'histoire militaire de la France par la luile qu'il voulut soutenir contre nos armes
(i) C'est avec cette singulière existence d'homme que le théâtre de la Gatté a fait un drame représenté pour la premiërefoisleaâ mars iSAg, et imprimé sous le titre de le Comte de Sainte-IIélèney drame en cinq actes et sept lableanz, par MAf. Charles Desuoyer et Eugène Nus. Les auteurs ont^illustré cette déjà vieille anecdote de tout ce que le mélodrame a de plus usuel en combinaisons, depuis le Faux 3tartingueire , que Ton jouait il y a quelque trente ans, jusqu'au Bfanoir de Montlouvier^ ainsi que Fualdès^ qu'on joue encore quelquefois, li nous st-mblc qu'on devrait chercher ailleurs que dans les greffes de la Cour d'assises pour divertir ou intéresser le public, dans un temps comme celui où nous vivons.
victorieuses en Afrique, est un Arabe. Taudis que le Téritable Boti-Maza expiait au Ham, comme prisonnier de guerre, la faute de s*êire fait chef de fanatiques qui avaient proclamé la guerre sainte contre les Français, un autre Bou-Maza« un faux Bou^ Maza surgissait pour continuer l'œuvre commencée par celui dont il usurpait le nom. Le chérif Si-Boucif commençait à acquérir sons ce surnom une énorme influence parmi les tribus du Jurjura. Mais ses succès ne furent pas de longue durée. Le mardi 2 octobre 1849, cet impost(Hir étant descendu dans la vallée de l'oucd-Sahel, à la tête de 4 à 5 mille kabiles, fut attaqué, mis en déroute et tué par M. Beauprétre, sous-lieutenant de Zouaves, adjoint au bureau arabe d*AumaIe, qui n'avait avec lui qu^environ mille cavaliers indigènes.
D'après l/e calcul des probabilités, l'avenir nous tient en réserve plus d'un visionnaire qui se prétendra le duc de Reischtadt, échappé au joug de l'Autriche, à la surveillance de ses gardiens, an moment où l'on faisait pour lui le simulacre d'un enterrement. Les journaux de Paris, du lundi 23 et mardi 24 juillet 1849 (1) , ne nous ont-ils pas déjà fait connaître que le 23, à midi et demi, un individu en uniforme de lieutenant-général , avec le grand cordon de la Légiond'Honneur, s'est présenté chez IVl. le général Ghangarnier. La figure de ce général étant inconnue aux officiers d'état-major de service^ on Ta prié de vouloir bien écrire le motif de sa visite pour qu'on pût le transmettre à M. le général Ghangarnier , qui était occupé dans ce monient. « Annoncez S. M. l'empereur des Français, roi de Rome, protecteur de la Gonfédération germanique ». A ces titres pompeux, on a bientôt reconnu qu'on n'avait affaire qu'à un fou. Il a été arrêté et mis à la disposition de M. le préfet de police. Si le duc de Bordeaux mourait jeune, nous aurions à choisir entre une douzaine de Henri V , rançonnant les âmes charitables en attendant la vacance, la restitution ou la restauration du trône de ses aïeux.
Les races d'imposteurs et de conspirateurs ne peuvent hélas s'éteindre tant que les mauvaises passions parleront à l'ambition de certains hommes.
Nous nous apercevons que nous nous sommes éloignés de notre sujet principal, qui est de passer en revue les imposteurs qui ont
(i) Voyez parllculiërcuiciil le journal le Droit, des 23 et 2H juillet iSâo*
prislestitresdetifi^rcie Nor mandie et ûe Dauphin de France, maisc'est qae toas les fourbes dont nous venons parler, se rattachent à notre histoire d'une manière très directe. Pourtant, nous allons rentrer dans notre sujet.
Lors de la chute du glorieux empire de Napoléon, il surgit tout à coup plusieurs Louis XYII, il en parut encore avant la mort de Louis XVIII, comme au temps de Charles X, et personne n'a encore oublié le sabotier Mathunn Bruneau (né à Yézins, Maineet-Loire, le 10 mai 178^). Les fauteurs et les dupes de ce grossier personnage, auquel la malignité affecta de donner de Téclat, publièrent des Mémoires, dignes d'eux .et de lui II fut condamné à cinq années d'emprisonnement, etc., par le tribunal de police correctionnelle, à Rouen, le 19 février 1818, pour avoir, en faisant usage de faux noms et de fausses qualités, escroqué des effets et des sommes considérables (1).
D'autres individus, à force de songer sans doute que le dauphin existait, se sont détraqué le cerveau au point de se considérer euxmêmes comme étant ce prinœ. Le 18 février 1818, un homme se présente aux Tuileries, et demande à parler au roi, qui, disait-il, le reconnaîtrait pour Charles de Navarre à une marque particulière, à une cicatrice qu'il lui montrerait. On te conduit k l'état-major du maréchal de service, où se rend M. le comte de IMontsoreau, grand prévôt de la maison du roi , et l'on découvre que le prétendu
(i) Sur les deux premiers faux dauphins Hervagaultet Malliurin Bruneau, il existe :
i« Faux (ie) Dauphin (Jean-Marie Hervagault) , actuellement en France (rédigé sur pièces officielles); par Alph. be Beadghâmp. Paris, Lerouge, an xi (i8o3), 2 vol. in-12, avec un portr.
2<* Histoire et procès complet du faux Dauphin, — Mathurin Bruneau, prévenu de vagabondage, d'escroquerie et d'usurpation de nom. Paris, Piliet i8i8, in-8 de 128 pages, avec le portr. de Math. Bruneau, représenté devant la Cour de Rouen, coiffé d'un bonnet de coton en pain de sucre, et un bras allongé. *
30 Histoire des deux faux Dauphins (Hervagault et Math. Bruneau; par M. Alplionse de Beauchamp. Paris, Germ. Matbiot, 1818, a vol. in-12 ou 1 vol. in-8 de 5A6 pages, 6 fr.
h'* Notices sur Hervagault, sous le Consulat, et sur iUfo/A. Bruneau, sous la Restauration ; par A.-F.-V. Thomas.
Imprimées dans le livre de l*auteur, intitulé : < Naûndorff, ou Mémoire à consulter sur l'intrigue du dernier faux Louis XVII ». Paris, i837, in-8, pag. 2^9 à 300.
2& LOUIS-CHâRLES
Louis XVII est Jean-François Dufresne^ le nevea de M. Dufreâae de Saint-Léoii, sujet à des accès d'aliénation mentale.
Deux ans après, et encore dans le mo's de février, an sieur i^..., huissier de la ville d'Uzès , se trouvant à Paris, fut de même arrêté aux Tuileries. Cet autre fou se disait aussi le fils de Louis XYI ; mais il prétendait être envoyé du firmament pour se faire reconnaître. 11 avait demandé dans quelle partie du château était Ic^é son oncle Louis XYIII, et il débitait mille extravagances.
En 182^, ou vit paraître aux États-Unis Victor Persat, ancien militaire (1). Une balle reçue à la tête, d*autresj>lessures et le froid excessif dans la retraite de Moscou avaient causé un dérangement sensible dans les facultés de ce brave. Il lança des proclamations répétées dans quelques journaux français et promettait ses Mémoires. Sa respectable famille s'empressa d'éclairer le public.
Un des plus récents prétendants, juge compétent en matière d'imposture, le soi-disant baron de Richemont dans les Mémoires qu'il a fait paraître en juillet 1831, nous révèle le nom d*un nouveau fourbe nommé Foniolive, qui surgit à Lyon, vers 1830. Ce doit être le personnage dont'parle l'ancien préfet de police de la Seine, M. Gisquet^ dans les piquants Mémoires qu'il a publiés sur la bohème politique au temps de son administration.
« Un sixième Dauphin arrive fort à propos pour nous tirer « d'embarras ; quel bonheur si c'était le véritable frère de la du- « chesse d'Ângoulême ! Voyons I Nous sommes *à la fin d'octobre « 1831 ; nous assistons à une audience du tribunal de police cor- « rectionnelle de Pontarlier ; on amène Louis XVII; maisô abomi- « nation des abominations ! on le condamne à quatre mois de prison « pour vagahondagey et Ton prouve qu'il a été tour à tour dragon, « maçon et garçon de salle à Vhonpice de Bicêtre. Si ce pauvre c homme était chargé d'un service quelconque dans le quartier des « fous, là sans doute il aura gagné leur maladie ».
« Nous voilà retombés dans le doute ».
Il faut qu'un voile longtemps impénétrable ait caché l'origine du comte Diehitsch Sahalkanski, feld-maréchal des armées russes, puisque la politique a cru possible d'accréditer l'opinion qu'il était
(i) Sur cet autre faux dauphin, voyez dans « Paris révolutionnaire, » édition ln-8, tome IV, le cliapilrc intitulé : « les Proscrits de ia Restauration, » par V ,Fréd. de Dcgeorgc.
«jOuîs XVII ; croyaoce que des gazettes étrangères ODt répandue et que des rêveurs en France ont accueillie. Il était du même âge que le prince, puisqu'il naquit le 13 mai 1785, au village de Gross-Lews (Silésie), d'une des plus anciennes familles de cette province.
Vraioient, il vient autant de ducs de Normandie que de véritables chapons du Maine... il en pleut des Louis XYII depuis trente ans... Nous nous croyions délivrés de ces apprentis qui arrivent trop tard, et quand la place est occupée. Mais pas du tout! en voici encore un qui ne sera peut-être pas le dernier; celui-ci est le bon, le vé-* ritabie duc de Normandie. Il a bien soin de vous prévenir qu'il ne faut pas le prendre comme ses confrères ou prédécesseurs pour un faussaire, un charlatan ou une bête. Allons donc !
A la suite de la révolution de juillet qui substituait sur le trône un prince de la branche cadette à un roi de la branche aîné, nous pouvions du moins croire que les prétendus fils du roi martyr renonceraient à leurs espérances. Il en fut autrement.
Louis-Philippe était à peine parvenu au trône, que surgissaient à la fois deux nouveaux fourbes réclamant au même titre que le sabotier Mathurin Bruneau, le nom et l'héritage du père qu'ils s'étaient choisi : l'horloger allemand Naûndorff et le soi-disant baron de Richemont. Ces nouveaux prétendants publièrent leurs Mémoires avant d'oser se mettre eux-mêmes en évidence, et des journaux annoncèrent qu'en France et en Allemagne, d'autres étaient sous presse. Chacun d'eux avait eu le temps d'étudier son rôle, de s'ap- )roprier les événements et de prévoir les objections des incrédules.
N'allez pas croire que les personnages dont nous venons de parler soient les derniers candidats à la royauté I Ce serait une grave erreur. La France est assurée contre cette disparition. Il n'est pas une de nos provinces qui ne soit assez heureuse de posséder une apparence quelconque de rejeton de l'ancienne famille de nos rois. Marseille en possède deux pour son compte, qui en attendant que la providence veuille bien leur mettre le trône sous le nez, daignent extorquer à la crédulité des femmes de marchés de cette ville, des moyens d'existence. Lyon en possède un autre. £nûn, Paris où la place est assez grande pour contenir au moins un autre prétendant à côté du trop remuant baron de Richemont, le possède efîectivement; moins ambitieux que son confrère de la capitale, ce dernier est au demeurant bon prince, ne demandant à son peuple que de lui laisser la liberté de se croire le véritable fils de Louis XVL
Cet homme long, manchot, à face enluminée et qui est Teffroi de toutes les belles promeneuses du jardin du Luxembourg, à cause de Texpression luxurieuse de son regard, est un ancien professeur du nom de Varney, et qui demeure rue de Seine, n. 60 (1).
Jusqu'alors la France et FAllemagne avaient joui du triste privilège de nous fournir de ces pauvres fous et de ces dangereux saltimbanques politiques; mais voici que rAmérique veut avoir son tour dans l'exhibition des pseudo-dauphins. Quelques journaux de Paris, de la première huitaine de février 1850 , nous ont donné la traduction d'un article d'un journal paraissant à Philadelphie, qui annonce la découverte d'un nouveau fils de Louis XYL Que va devenir le remuant Richemunt à cette nouvelle , lui qui avait poussé ses affaires assez loin , jusqu'à l'impudence de faire assigner la duchesse d'Ângoulème devant les tribunaux du département de la Seine, pour que la princesse eût à le reconnaître pour son frère ! Evidemment, aux yeux de Richemont le prétendant d'Amérique ue peut être qu'un imposteur ! Mais au moins ce dernier a un nom unique qu'il avoue, et uiie belle position qui nous rassure contre les démarches qu'il pourrait faire en France, pour la revendication, au moyen d'intrigues, du trône de son père. Voici la traduction de l'article du journal de Philadelphie que nous empruntons au <( Constitutionnel » du 8 février, colonnes 9 et 10 :
PHILADELPHIE. — Il paraît ici un journal quaker intitulé : TVie Friend (l'Ami). Ce journal a rendu compte, dans ses derniers numéros, d'une visite faite par quelques quakers aux Indiens ménomines, chez lesquels ils ont trouvé, disent -ils, le fils de Louis XVI, chef indien et missionnaire. M. T. Wistar avait été chargé, par le président, de tenir conseil avec les Indiens ménomines snr le mode le plus équitable de distribution d'une somme d'argent entre leurs cousins les ménomines mélangés. M. A. Cope, négociant estimé à Philadelphie, obtint la permission d'accompagner M. Wistar. Ses amis eurent à cette occasion une entrevue avec un personnage mystérieux qu'on suppose, par divers motifs, être le dauphin de FVance. Il est dépeint comme un homme petit et fort, ayant l'air franc et ouvert, annonçant beaucoup d'intelligence et de bonté, avec cette affabilité qui caractérise le prêtre catholique européen. On lui don-
(i) Auteur de deux articles de critique pliilosoptiique daos la Revue encyclopédique : 1^ sur les Études de THomme, par fionsletten (t. XIII) et sur le Rapport de la Nature à rHoiumC) par le baron Massias (t. XVIII).
nait Je nom d'Eliezer Williams^ et ce qui était plus étonnant, le titre de chef des Indiens Saint-Régis et de ministre de l'élise épiscopale. On disait qae c'était an homme très versé dans les lettres et les sciences, qu*il avait formé ane bibliothèque précieuse contenant beaucoup de volumes des missionnaires jésuites et des voyageurs qui ont les premiers visité la contrée du Lac. Il avait fait longtemps des recherches se rattachant à l'histoire ancieufie des nations indiennes du N.'O. , et confia à ses amis qu'il avait formé le projet de composer un ouvrage historique sur cette matière. Il avait déjà puUié quelques essais ; des journaux les avaient imprimés, eu l'on ae pouvait plus se les procurer.
Quelques circonstances nouvelles augmentent l'intérêt qui s'attache à ce personnage remarquable, sans lever le mystère qui plane sur sa vie. Cette entrevue inspira le plus vif intérêt auï deux quakers. Le journal ajoute qu'il y a quelques années, un Français âgé, mourut à la Nouvelle-Orléans, et fit, en présence de témoins dignes de foi, la déclaration singulière qui suit : « J'étais en France à l'époque de la première révolution et en rapport avec quelques chefs éminents du parti populaire. On n'a jamais pu savoir positivement ce qu'était devenu le dauphin de France : on croyait généralement ga'fl était mort ; mais des personnes, indignées du traitement cruel qu'éprouvait le malheureux enfant, l'arrachèrent des mains de Simon, et le lui confièrent, à lui, sous la promesse solennelle de le conduire hors de France, de l'établir dans un pays où l'on n'entendrait plus parler de lui, et de garder le secret. En conséquence, il avait conduit le dauphin en Amérique, et l'avait remis à une tribu d'Indiens, en le confiant à la sollicitude spéciale d'un chef, qui l'avait adopté pour fils. L'enfant était devenu homme, et était alors missionnaire chez les Indiens Oneida. Il se nomme Eliezer Williams ».
Voici une antre version : « Un Français, M. Bélanger, récemment décédé à la Nouvelle-Orléans, a déclaré au moment de sa mort que dans Tannée 1795 il conduisit de Paris le dauphin de France, fils de Louis XVI, par la Hollande et l'Angleterre, aux Etat-Unis,, et le confia aux soins d'un chef iroquois, nommé Thomas Williams, du Canada. Eliezer Williams parait avoir maintenant de soixante-trois à soixante-cinq ans, il a cinq pieds neuf pouces (cinq pieds trois pouces français), et parait pencher vers Temboupoint. Il a le teint brun, mais pas autant que beaucoup d'Américains, et surtout d'Eu-
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topéens du continent ; ses ycax sont d'une couleur foncée, mais non pas noirs, au-dessus du sourcil gauche ii a une cicatrice. Il a le nez aquilin et la lèvre supérieure saillante : c*est le caractère distinctif de la maison d'Autriche ».
(( C'est remplir un devoir d'honnête homme en faisant voir clair, une fois pour toutes, dans les manœuvres de ces prétendus Dauphins de France, qui abusent des souvenirs les plus sacrés et insultent les noms les plus respectables. La morale pnblique ne peut souffrir plus longtemps la coupable industrie de quelques spéculateurs qui se livrent impunément à une fourberie qui cherche encore à multiplier le nombre des personnts abusées, parce qu'elle vit de leur crédulité ; à un genre d'escroquerie politique que les lois ont prévue et que le pouvoir devrait réprimer. Puisque l'autorité, dans cette circonstance, est restée inactive, puisqu'elle n'a pas cru qu'il lui appartenait de faire cesser le scandale, il est bon qu'à son défaut, on puisse s'adresser à la presse ».
« On s'est trop lié jusqu'ici au ridicule pour faire justice de cette œuvre de mensonge. Sans doute l'intrigue des faux Louis XVII ne peut s'étendre à de vastes proportions, ni devenir un danger pour l'État, parce que de semblables manœuvres sont un danger pour les intérêts particuliers, et une insulte pour la conscience pu-* blique. Quand le uofitbie des personnes abusées serait encore {Jus restreint, quand il n'y aurait qu'un seul individu, en France, qui pût croire à Texistencc d'un fils de Louis XVI , méconnu par les siens, repoussé par ceux qui devraient l'accueillir, caserait trop encore, fl faut, sur ce point, ne laisser aucun refuge à l'erreur, aucun prétexte à l'inccrtitud^i et au doute, pour les esprits prévenus ».
a On est indigné en lisant les mensonges, que les pamphlétaires de ces intrigues ont fait circuler, parmi ceux qu'ils trompeht , et ont cherché à accréditer dans les classes populaires. Telle est, en effet, la triste condition de ces imposteurs qui, pour soutenir leur fable, sont obligés d'attaquer tous les princes de la branche aînée, dont la loyauté est respectée par les plus ardents ennemis de la mai* son de Bourbon, et de calomnier, dans la personne de la fille de Louis XVI, la vertu elle-même. Certes les noms que nous venons de prononcer sont trop haut placés pour être atteints par des allégations qui partent de si bas, et ces princes sont assez défendus par la vénération qui les entoure, contre les libelles clandestins de semblables aventuriers.... Pour croire que Louis XVII existe, il faut
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oser croire que Ja fille de Louis XVI est une sœur dénaturée. Or, c'est un horrible malheur, presque une impiété que de soupçonner madame la Dauphine » (1).
Louis XVIII et Charles X étaient, aux yeux de tous ces dauphins, des usurpateurs. La France, disaient-ils, avait détrôné celuici pour rétablir la ligne de Louis XVI. Aussi le prince Louis-Charles de Bourbon, dauphin de France (le soi-disant baron de Richemont)^ se hâte-t-il de protester contre Télection du roi Louis-Philippe. Un autre prince qui signe Charles-Louis de Bourbon, dauphin de France (NaundorfiT), et dont les droits ne sont pas moins incontestables, protesta à son tour contre la monstruosité de la séance du 7 août 1830; puis on nous fait distribuer une proclamation signée par le duc de Normandie , autre dauphin, datée de Bruxelles, 25 mars 1831, accompagnée d'une précédente, imprimée à Luxembourg, le C janvier 1830.
Enfin, Ton adresse aux fidèles sujets de Louis XVII, vingt mille exemplaires d'une constitution libérale qu'il daigne octroyer à la nation française. Ce dernier document est précédé d'un colloque entre deux personnes, dans kquel l'un des interlocuteurs démontre Texistence de Louis XVII, et raconte comment il s'était évadé du Temple. On colporte ces imprimés dans nos départements, on en dépose secrètement des paquets aux bureaux des journalistes, pour leur satisfaction personnelle, et pour qu'ils ne manquent pas d'éclairer leurs concitoyens. *
Si les prétendants au titre de dauphin s'étaient bornés à leurs innocentes protestations ; s'ils se fussent du moins contentés de publier des char: es, des proclamations ; s'ils n'avaient pas voulu nous apporter le trouble, l'anarchie , Ils auraient pu jouir paisiblement de leurs succès auprès des crédules et se complaire dans leurs illusions. Mais en attendant le vote d'un budget légal, tous ces Louis XVII se composaient une espèce de liste civile à l'aide d'escroqueries. C'était 1 .'ver par anticipation des impôts, avec une irrégularité que l'administration et la justice ne pouvaient tolérer.
En outre, ils employaient fort mal l'argent de leurs contribuables : un de ces Louis XVII (Naîiudorff) se trouvait mêlé quelquefois aux mouvements du parti carliste et soudoyait un journal de cette
(i) A. F. V. Thomas. « Naûndorff, ou Mémoire à consulter... » Paris, i837, n-8, p. 2 et suiv.
couleur, tandis qu'un autre (Ricbemont) se faisait, successive* ment légitimiste et républicain, suivant l'intérêt qu'il pouvait trouver à prendre tel ou tel masque pour fermenter h discorde^
Dans plusieurs circonstances où les désordres avaient pris un caractère sérieux, la coopération mystérieuse de ces personnages com- «pliquait la difficulté de remonter k la cause première.
Les instruments qu'ils faisaient agir n'étaient ni franchement républicains, ni ouvertement légitimistes ; l'on ne pouvait expliquer leur conduite en prenant comm^ point de départ des opinions indéterminées ; il y avait là du louche, des doutes, bien difficiles à résoudre. Il restait toujours une lacune dans les investigations de la jiistice, comme dans l'ensemble des propres connaissances du préfet de police sur les éléments constitutifs des parties.
Les manœuvres de ces conspirations amphibies étaient parvenues à créer une coterie incolore, qui prêtait son appui & toutes les factions, et salariait la révolte sous toutes les formes (1).
§ II. Du Dauphin et des Pseudo-Dauphins.
Le dauphin est-il mort au Temple ou bien est-il parveiu à s'en évader? C'est là une question qui ne sera probablement jamais tranchée et qui pourra servir de pendant au mystère impénétrable du Masque de fer. En effet, d'un côté on trouve un acte de décès, un procès-verbal d'autopsie signé par MM. les docteurs Pelletan et Du<* mangin ; en outre le geôlier du Temple, Lasne, a déclaré devant la justice, le 30 octobre 183iï, qu'il avait conduit au cimetière et vu, de ses yeux, mettre en terre le cadavre du dauphin (2). M. le docteur Pelletan a fait plus ; il a conservé le cœur du (ils de Louis XYL, * ■ ■ I I II * . I ■» I I
(i) Gisquety ses Mémoires, t. III, ch. II, pag. 29 a 59 (i84o).
(2) Un fait jusqu'à ce jour inconnu, c*est que le prêtre cliargé de l'inhumation était ungénovéfain du nom de Renard, qui ne tarda pas à quitter les ordres et à se marier. Renard établit une maison de librairie dans la rue Gaumartin, et parvint par son esprit et ses manières à se former la plus belle clientèle que jamais libraire de Paris ait possédée. Non-seulement il fournissait tous les membres de la famille impériale, mais encore les ministres de Napoléon, et les seigneurs de la Cour. La première restauration lui fit perdre cette belle clientèle, mais ce qui le désespéra davantage, et qui lui fit perdre presque la raison, ce fut la crainte qu'on ne découvrit que c'était lui qui avait inliumé le Dauphin : il redoutait les persécutions des Bourbons. Si Renard avait cru n'avoir mis mettre en terre qu'un simulacre de dauphin, il n'eût pas été aussi tourmenté. Sa veuve vit encore.
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l'a mis dans Tesprit-de-vin, et après la restauration il en a fait hommage à madame la duchesse d'Ângonlême. La mort du duc de Normandie serait donc indubitable.
Mais les partisans de Louis XVII répondent que le dauphin serait mort le 8 prairial et que cependant on trouve à la date du 14 du même mois, dans les actes de la Convention, un décrefqui ordonne de poursuivre, sur toutes les routes de France, le fils de Capet ; ils montrent un discours adressé, sous les murs des Sables d*01onne, par Charette à son armée ; le général vendéen dit à ses soldats : « Voulez-vous laisser périr l'enfant miraculeusement sauvé du Temple comme ont péri ses augustes parents ». Enfin le proeèsvcrbal d*autopsie dressé parMM. PcUetan et Dumangin contient cette phrase : c On nous a représenté un cadavre qu*ON nous a dit être celui de Charles-Louis, duc de Normandie, t. Ainsi les médecins ont bien réellement fait au Temple l'autopsie d'un enfant, mais ils ne constatent nullement l'identité de cet enfant avec le dauphin, et de plus une discussion fort vive, et qui a amené la publication de plusieurs brochures, s'est engagée entre M. Pelletan et Dumangin. M. Pelletan, qui conservait le cœur de Louis XVII dans l'esprit-devin et qui devait l'offrir un jour à madame la duchesse d'Angoulème, soutenait naturellement l'identité, M. Dumangin la niait énergiquement Un enfant d'une dizaine d'année aurait donc été substitué au dauphin, et c'est le cadavre substitué que M. Lasne« gardien du Temple, aurait accompagné à sa dernière demeuré.
Voici les principaux arguments donnés à l'appui de chaque opinion ; nous le répétons, que faudrait-il donc penser ? Dans ce monde tout est possible ; mais quelque intérêt qui puisse s'attacher à la question considérée au point de Tue historique, les lecteurs des Supercheries pensent bien que nous ne voulons pas la traiter (1). Des écrivains honorables et bien informés ont éclairci ce qu'il y a d'obscur sur la fin du malheureux fils de l'infortuné Louis XVI, et nous croyons devoir rappeler ici les écrits qu'ils ont publiés afin que l'on puisse bien étudier cette page de nos néfastes annales.
(i) Illustration, no du 3o août i845.
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