‹ Les Supercheries Litteraires Devoilees (volume 5)Chapitre 165 sur 205 · LE GRAND PRÊTRE GHARYOZ · texte numérisé non relu

LE GRAND PRÊTRE GHARYOZ

Il faut reconnaître que la France est un pays bien favorisé par la Providence en fait d'apparitions surnaturelles et de miracles.

(i) L'acte de naissance de ce soi-disant prophète ne porte point les noins de Pierre-Michel; mais ce sont, d*aprës lui, ceux par lesquels le nommait renvoyé céleste 1 ' ,

UIS PIËRRE-MlCHËL

Presque chaque année, on nous en signale quelques-uns» non dans les grandes villes, car là les ficelles des metteurs en scène sont trop tôt vues, n^ais dans des villages bien inconnus, où les fabricants de miracles peuvent trouver de simples habitants qui, sans avoif besoin que des preuves leu)r soient fournies, peuvent aflBrmer qu'ils ont vu, ou cru voir; tandis qu*au contraire en Orient, berceau du christianisme, le paradis laisse passer au fil de l'épée des infidèles/ des populations cbrétieniies entières. Les fabricants de miracles veulent boos faire croire que de toutes les parties du globe, Dieu affectionné plus particulièrement le petit ooin habité par les Français, et qu*ii est indifférent à toute autre région. Charlatans imiMes !

f On sait que dès les premiers siècles du Christianisme» il s'est élevé des visionnaires qui ont voulu préf^érer leurs inventions ridicules à la simplicité dé Tobéissanceévangélique, et cet espnl dIUusion, né pour ainsi dire avec l'Église, n'a ce«é de se r^nroduire sous différentes faces jtisqn^à nos jours, est sorte que éeçmB les Millénaires et les Moritanistes, jusqu'aux CogmlsiuBnatret et aut Qttiétistes, on retrouve avec une variété smgulière, et sodveBt avec une shigtillère simlKtode, une suite d'erreurs d^autant.pios défavorables qdVBes paraissent plus absurdes et plus ridicules quand le totnps de Tengouement est passé. Qui ne sourit de pitié aujourd'hui en voyant le grave Tertullien se mettre à la remorque d'un Montan et d*une Priscilie ? Qui ne s'étonne que, dans un siècle éclairé, on ait pu croire aux folies et aux turpitudes des convulsions t Mais, hélas, il faut bien le reconnaître, les folies de nos pères ne préviennent pas toujours les nôtres, et nous allons en voir un triste exemple dans l'OËuvre de la Miséricorde, ou plutôt dans l'œuvre de perdition dont nous avons à faire un court examen •.

« Dieu, quand il veut opérer de grandes révolutions religieuses dans le monde, se sert ordinairement d'organes et d'instrotnenis respectables par leurs vertus, et surtout parfaitement en accord avec l'autorité visible et infaillible qu'il a établie sur la terre* Ainsi les apôtres n'étaient pas savants, mais ils étaient d'une intégrité de mœurs au-dessus de tout soupçon ; ainsi les Thérèse et les Brigitte étaient favorisées de hautes révélations, mais elles soumettaient, comme des enfants, leurs moindres pensées à l'Église. En ebt-il de

PIERRE-MICHEL til%

même par rapport aux auteurs de la nouvelle secte? Leur premier chef aujourd'hui est un nommé Pierre-Michel Vintras i (1).

Tous les feuilletons et les comptes-rendus qui ont été publiés jusqu'à présent sur le. prophète Yintras et ses adeptes, ne les présentent que comme une association formée dans le but unique de faire prévaloir des idées religieuses ; cependant il n'en a pas été tout à-faijt ainsi : leur but principal» au contraire, paratt avoir été politique. La religion, dans la pensée d'un grand nombre des sectateurs de Vintrasi n'était qu'un moyen employé pour arriver à la rtoonnaissance de Charles- Guillaume Naûndorff comme duc de Normandie et fils de Louis XYL

Il est très vraisemblable que l'idée politique et l'idée reUgieuse même ne furent» pour beaucoup, qu'un prétexte d'exploitation « mais il est certain aussi qu'elles étaient devenues pour d'autres une voie qui conduisait à la reconnaissance de Naûùdorff comme duc de Normandie et fils de Louis XVI ; ils étaient d'autant plus portés à w faire illusion sur la possibilité de l'avènement de Ce prétendu prince, qu'ils étaient persuadés qu'ils y trouveraient une position sociale qui leur était refusée dans tout autre ordre de choses.

Leur intérêt les rendait très peu difficiles sur la nature et la force 4es preuves avec lesquelles on prétendait établir que Naândorff était véritablement Vorphelin du Temple^ le duc dé Normandie^ filé de Louis XVI, Louis XVII, énfin^ roi de France et de Na-varrCé 11 fallut qu'ils fissent prévaloir cette idée par tous les moyens; si là terre leur manquait, le ciel était là pour y suppléer ; ils regardaient môme comme très permises les fraudes qu'au besoin ils appelèrent pieuses, pour faire triompher ce qu'ils avaient intérêt à croire la vérité, et des hommes parfaitement honorables pour toute autre chose ne se firent aucun scrupule de donner la main à des mensonges utiles, à des impostures qui leur paraissanent parfaitement innocentes. Cela nous explique l'intérêt qtt'tin grand nombre de personnes» très honnêtes d'ailleurs, portent à Yintras, quoiqu'elles sachent très bien à quoi s'en tenir sur la divinité de sa mission. Ils croient ce qu'ont dit en théorie certains pnblicistes, et ce que mettent en pratique merveilleusement, de nos jours, certains hommes d'état, que}f0tsr gouverner les hommes, il fatU les

(i) M. Tabbé Caillau.

(i80 PIERRE-MICHEL

tromper, et les vintrassiens essaient de tromper en tonte conseienco pour arriver à gouverner, en tout profit poar êox ; mais ils ont le malbenr dé vonlôir détronsscr des gens en possession depuis longtemps de tontes leurs recettes. Ce qui leur manque en tout^ c'est le brevet d'irwention, c'est la priorité du perfectionnement ; car, hélas ! comme Ta dit spirituellement M. Sorbier, il n*y a pbu d* originalité, même dans Vabsurae,

Cependant il y a parmi ces sectaires polîtico-relî^enx qnelqoes hommes excentriques, qui sont dominés par la passion de ce qa'Os croient être la justice et la vérité ; ils veulent faire triompher cette passion à tout prix (1).

Yintras n'a point droit à nos égards; la justice a définitivement prononcé sur lui et l'a condamné d'abus de confiance et d'escroqueries; l'Église, de son côté, a repoussé la secte dont il est k chef ; il ne reste à flétrir que les turpitudes qn'il unit aux pins saintes pratiques de la religion, l'abominable mélange qu'il ftit des obscénités les plus grossières et des mystères les plus vénérés de la foi.

Ce Yintras a pourtant des adeptes ; il en a beaucoup. On dit qoe notre siècle est celui de la raison et des lumières ; n'est-il pas fdntôt le siècle des ténèbres et de la stupidité.

Yintras prédisait le grand monarque <i venir ; ce grand monarque fut naturellement NafindorfT; ainsi, ce dernier avait recherché l'appui moral de Martin, qui ne mêlait à ses pensées mystiques et pieuses aucune vue intéressée ; Yintras rechercha l'appui de Naûndorff, Yintras qui travaillait pour son propre compte, pour assouvir sa double soif de volupté et d'argent ; peut-être se fit-il entre les deux fourbes une association criminelle ; si elle ne fut pas expresse, il est permis de penser qu'elle fut au moins facile (2).

D'où nous vient le prophète Yintras? S'il n'existait pas un acte de l'état-civil qui établit son identité, son entourage et ses adeptes chercheraient à nous persuader que c^est un envoyé de Dieu sur terre !

(1) M. Barth. Pont, dans le « Haro de CacD », en décembre i84a.

(2) L'Univers, « les Faux Daupliins », en juillet et aoÛtiSSo.

Yintras fit ir.tcrTcnir les habiianls du Paradis pour persuader à ses partisausqno l'escroc Naûndorfl* élait !c fils de Louis XVL Et Yintras après cela a encore des adeptes ! et Yintras fait encore des prosélytes !

PlËRRËMICHEL m

^ais il existe un acte de naissance» et de plus, un de Sies plus ferventis adeptes, l-excentrique M. Ant« MadroUc, nous affirme que le prophète n*e8t qu'un simple morteU qui n'en mérite que davantage des droits à notre yénération par t Tignominie dé sa naissance ».... 'comoie Jephté ç par son ignorance complète des lettres, même d'une école de village, etc. ; et par sa science accessoire des langues primitives, éprouvée par les premiers hébraîsants du siècle, etc. ! (i).

La préveotiott prétend avoir découvert que Vintras est un enfant illégitime né à Bayeux, le 7 août 1807, d'une fille nommée Marie Tintras, qui Téieva jqsqu'à l'âge d'environ dix ans, époque à la- <pielle elle le plaça à l'hôpital général des enfants trouvés de la , Ville de Bayeux. Elle l'avait abandonné ainsi parce qu'elle n'avait •pn vaincre les dispositions natin-elles qu'il montrait pour la sonstractioQ, frauduleuse.

L'éducation et les corrections de l'enfance qu'il dut recevoir à rbospice n'auraient produit que très peu snr ses inclinations ; a|)rès •foir quitté Bayeux et travaillé pendant trois mois à Trévières, tomme ouvrier tailleur, il épousa une demoiselle Vimard, blanchisseuse; il se fit alors marchand colporteur, mais ses affaires ne prospérèrent pas; il manqua à ses engagements et perdit là confiance. Il (lit saisi dans ses meubles à la requête d'un de ses créanciers.

11 avait demandé à être constitué gardien de la saisie pour éviter les frais; sa réclamation aVait été accueillie, mais quand on se pr^nta pour faire la vente, ou eut à lui imputer le détournement fraodirieux de tous les objets saisis. 11 fut traduit pour ce fait devant le tribunal correctionnel de Bayeux et condamné à quinze .jours d'emprisonnement par jugement du 22 janvier 1833.

£d sortant de prison, il ouvrit pn café, rue des Cuisinières, Bayeux, avec le secours d'une fille très suspecte, qui, habitant là même maison, contribuait au développement de sa clientèle. Quoi qu'il en soit, il ne i^éussit pas encore à faire honneur à ses engagements, il quitta Bayeux.

C'est^alors qu'il conçut l'espoir d*être employé dans la police dé h capitale. Il se rendit à Paris pour solliciter à cet effet ; il y rencontra un sieur Le Massoo, ouvrier sellier, qu'il avait connu en {H-ison, où il subissait une condamnation pour rixe et tapage, et

(i) M. ÀDt. Madr'olle, Lettre à M. le directeur de'la < Gazelle de France *

qai était allé s'établir k Paris ; celui-ci lai offrit géoéreiiseiiieikt «ne hospitalité qui fut acceptée sans hésitation. Mais la prévention loi impute encore, comme point de moralité, d'avonr quitté brusquement le domicile des époux Le Blassoq, emportant avec lui une somme de 41 fr. soustraite du secrétaire des braves géos qui ravalent accueilli.

De retour, il entra au service d'un »eur Guilbert, marchand de vins, rue Hamon, à Caen. Ce marchand de vins était son créancier^ et Yintras était convenu de travailler pour s'acquitter ; Hiais la sieur Guilbert fut averti que Vinlras le volait, et il le renvoya; il fat admis comme domestique dans l'hôtel tenu par les époux Faucon,; mais il fut renvoyé pour indélicatesse.

Il était au service d'un anglais à Lyon-sur-Mer, lorsque la dame Le Masson, qui était revenue avec son mari à Bayeut, alla le trouver, lui reprocha le vol de Ui fr. qu'il avait fait chez elle, et obtint ui\e restitution. Il est vrai qu'il a soutenu que cette femme, aiec laquelle il allègue avoir vécu familièrement, était venue lui exposer sa misère, et qu'il lui avait donné les /il fr. à titre de secoursi Mais la prévention c$roit pouvoir établir qu'il tenta d'arracher i'bomMnr de cette femme, après avoir attaqué son secrétaire.

Jusqu'alors, nous ne voyous pas dans cet escroc an homme i poser plus tard comme un saint homme, un prophète, comme l'appellent ses adeptes.

liaissons-là un instant Vintras pour nous occuper de M. Geoffroy père, le plus habile de V Œuvre de la Miséricorde, connu dans rassociaiion sous le nom de Frère Jean, W appartient à une famille honorable du Poitou. Il a été notaire à Poitiers et dans une assez bonne position ; mais il n'avait pas d'ordre, et il se rendit coupable d'abus de confiance, et, par suite^ fut condamné, en 1824 on 1825, ' à deux mois d'emprisonnement (1).

Il fut dès lors obligé de quitter le notariat ; mais sa réputatioD de piété porta à s'intéresser à lui la supérieure des Darnes du Sacrè- Cœut*; elle le recommanda à M. le baron de Razac, qui était mIots sous-gouverneur des pages de la maison de Charles X ; il le plaça en qualité d'agent-comptable des pages.

(i) Nous prions nos lecteurs de se rappeler que nous empruntons toutes les particularités qu'ils Usent sur les chefs de celle secle, aux deux écrits de MM. les abbés Bouix et Caillau.

PlEURË-MICilEL ' 483

M. de ilazac avait obtenir une part à ^indemnité des émigrés ; fe dernier 5«, s'élevant environ à 12,000 fr., restait encore à ion-* ciier lorsqu'il se retira ; il donna sa procuration à M. Geoffroy pour le recevoir. Il fui encaissé par ce dernier. La préVeation impute à M. Geoffroy d'avoir abusé du mandat,' an préjudice de son bienfoileur, et de ne lui avoir remis qu'une somme de 2,400 fr. Il avoua à M. de Razac qu'il avait eu tort d'employer cet argent à ses affaires; mais il crut s'en être justifié auprès de lui^ en disant qu'il s'en était confessé.

M. Geoffroy n'en est pas moins aujourd'hui l'un des principaux membres de ce que les adeptes de l'Œuvre de la Miséricorde noniment WSeptaine sacrée,

M. Geoffroy avait mis à profit son séjour et sa position à Pari^ ; mais la révolution de ISâO lui fit perdre cet avantage. Il alla à Niort, où,Jl vécut jusqu'en 1835 à la charge d'une de ses taules.

Il était cjiargé d'une famille nombreuse, des amis s'étaient intéressés à lui, elle préfet des Deux-Sèvres l'employa dans ses bureaux en qualité d'archiviste. Au lieu de conserver cette position, il s'oc* tupa d'intrigues, et se laissa entraîner par l'attrait du merveilleux.

Le prussien Naûndorff, se disant fils de Louis XVI, exploitait alors les affections et. la bourse d'un grand nombre d'habitants des Deux-Sèvres. M. Geoffroy devint le plus chaud de ses partisans ; il se fit son propagandiste et son collecteur, ,et il reçut de tous côtés de l'argent pour lui. Mais Naûndoi^ff fut poursuivi à Paris comme escroc; des pièces importantes furent saisies au domicile dé M. Geoffroy, son nom fut impliqué de la manière la plus fâcheuse (dans cette intrigue; et^ en 1837, le préfet des Deux-Sèvres se trouva obligé de le renvoyer de ses bureaux.

M. Geoffroy vint à Caen, où il ouvrit un cabinet d'affaires dans te. passage Bellivet;

C'est à cette époque qu'il xonnut Yintras, comme lui sans emploi, et dans une position assez fâcheuse. Ils se réunirent et demeurèrent ensemble ; mais la clientèle fut insuffisante pour subvenir aux besoins de deux familles; et d'ailleurs M. Geoffroy n'était pas homme à se contenter des moyens d'existence aussi simples et aussi vulgaires, lui, l'ami du fils de Louis XVI, lui, saint homme qui avait eu des révélations pendant la nuit. Depuis longtemps, il avait ^€é initié par une dame Bouché, l'une des trois Maries de l'Érao-

Mk PIERRE-MICHEL

^ile (Marie-Magdelaiue), dont oous parlerons plus tard et qui se disait désignée de Dieu pour être l*organe d'une grande réfermation. C'est du moins ce qui a été attesté par M. le comte IX.., Mme jviauduit et la comtesse de Sérionnes, qui, disent-elles, ont reçu de Dieu le nom des Trots Marie : Marie-Salomé (la comtesse de Serionnes), Mane^Aiadeleine (M*""* Bouche j, et Marie-Marthe (M"^* Mauduit). JM"*"* Bouche, alors fort âgée, habitait Paris.

U paraît constant que M. de Razac, qui était alors en Bretagne, se disposait à aller se Gxer dans le Bordelais où il désirait acheter Une propriété.

M. Geoffroy lui écrivit pour l'engager à venir babiler la Normandie, en lui faisant voir tous les avantages qu'H y trouverai âous les rapports religieux; il le détermina, et acheta pour loi b terré et le château de Fosse^ près Saint-Sylvain. M. de Razac i« donna le nom de Sainte-Paix.

£n 1839, M. Geoffroy père s'était fait l'apui da^ docteur Liégeàrd, de Caeu. Il le détermina à acheter le moulin H papier de Tilly-sur-Seulle, par tiers avec un sieur Ch. et Geoffroy fib.

Yintras fut chargé de la direction de cette usine ani^ appomtementsde 6O0 fr. par an. La position de M. Geoffroy fils et celle. de Yintras se trouvaient fixées d'une manière stable. C'était un ooiiH mencement de succès ; mais le moulin à papier avait besoin de réparations considérables et urgentes; les produits en étaient insuffisants; il fallait un miracle pour sortir de cette difficulté; ce miracle s'opéra. C'est saint Joseph qui voudra bien fournir les moyens de pourvoir aux nécessités : c'est alors que les associés fondèrent dans cette usine un atelier de prophéties et de miracles.

M. Geoffroy père, dit-on, affirme en effet très sérieusemeot qu'un vieillard mendiant se présenta un beau matin à Yintras dans l'usine de Tilly, où il laissa mystérieusement, en même temps que ï'aumône qu'il avait reçue, une lettre que lui, Geoffroy, avait écrite dix mois auparavant de concert avec un M. de M. -F., de Caea, ao prétendu Louis XYII (Naiindorff), et qu'il avait mise à l'adresse de ce personnage à Londres, pour l'engager à se convertir.

M. Geoffroy vit dans cette aventure quelque chose de surnaturel; il n'hésita pas h l'attribuer à une inspiration divine tendant i détruire l'hérésie dans laquelle vivait Louis XYII; et dès ce mo-

PlbRRË MICHEL hf^5i

ment, dit il, il eut fo! dans la céleste mîssioii que Pierre*]\jichei était appelé à remplir.

r/estqaece mendiant n'était rien moins que ^aint Michel en personne. Le bon saint, depuis ce jour, revint fréquemment visiter Vîntras; lisse rencontraient à Tilly, à Gaen, dans Téglise Saint* Pierre, et dans beaucoup d'autres lieux. Saint Joseph ne s'en tint pas à cette grâce déjà si éclatante : il daigna mettre Vintras en rapport aviec la Yierge Marie, avec Jésus, avec l'archange saint Michel.

' Dés que le frère Jean (M. Geoffroy père) fut certain que Pierre- Michel était destiné à régénérer le geqre humain et h ramener au trone Louis XVII, il emboucha la trompette, et courut annoncer

la chose à Sainte-Paix. Il parla haut des communications de Tilly, des prédictions qui en étaient l'objet; et des hantes destinées réservées àù ûls de Louis XVI et à l'tEuvre de la Miséricorde.

Quelques prêtres mal famés du pays s'étaient joints à Vintras ; il 9 pu se faire des partisans de meilleur aloi, mais c'était en général 9U loin, et là où il n'était pas connu.

Vintras prétendait avoir des révélations et des entretiens avec saint Joseph. Ses révélations étaient des morceaux assez bien arrangés ensemble de différents auteurs ecclésiastiques; il puisait, ei|tre antres, abondamment dans Massillon.

Suivant la secte nouvelle. Dieu le père avait régné snr le monde> di'abord, c'était le mosaîsme ; Dieu le 61s était venu ensuite, c'était ie c&ristianisme ; nous arrivions au règne du Saint-Esprit, et Vin^

"^^jâras était son messie et son prophète. Ce règne du Saint-Esprit était celui de la liberté dçs enfanta de Dieu: Sous ce règne d'affranchissement, les mouvements de la concupiscence n'étaient ni bons ni vanvais; ils étaient Indifférents, et on pouvait par conséquent s'y âbsmdonner sans crime^ et le prophète nsait largement de cette fibérté. On distinguait dans l'homme, outre l'âme et le corps, Ves-

*j:Ht : l'esprit, était dans phacun de nous, un des anges déchus aii

' coinmencenient de toutes choses, mais susceptibles de rédemption ;

'l'Àiearé de cette rédemption avait sonné; c'était donc bien une œuvre de miséricorçlê.

On voit qu'il y avait là tout un enseignement dogmatique^ enseignement non moins hétérodoxe dans sa partie spéculative qu'iii^T fitohde daosr ses applications et sa pratique.

m PIERRE-MICHEL

Il n'est donc pas étonnant qne le Saint-Siège et les évêques oe soient émus, et qu'ils aient condamné la doctrine nouvelle.

Déjà le docteur Liégeard, de Caen, avait adopté cette œuvre. M. le baron de Razac y consacra sa personne et son château qui^ sous le nom mystique de Tente^ devint la succursale de l'usine aux miracles de Tilly.

L'Œuvre était donc commencée, et comme on l'a vu, elle avait un double principe d'avenir, puisqu'elle s'adressait à la fois à deux catégories de fanatiques ; il ne s'agissait plus que de la continuer et 4'en tirer parti.

Lorsque l'idée de V Œuvre de la Miséricorde (1) fut trouvée, il fallut songer à organiser l'association sur une bonne, base, et à cet effet, les fondateurs de l'œuvre créèrent, sous le nom de septaines, des centres d,'action correspondant les uns avec les autres, et travaillant en commun à propager la foi en l'Œuvre de la Miséricorde, et à lui faire des prosélytes. Des septaines furent établies à Paris, au Mans, à Tours, etc. Ces septaines, ainsi que ce nom l'indique, se CQmposaient chacune de sept individus, les gros bonnets de l'association ; une seule avait un plus grand nombre de

(i) C*est le nom que prend celte secte dont le point culminant est 1» rébellion contre l'autorité de TËglise enseignante, Tlnsultc prodiguée aux évoques, et aux prêires, pour conquérir ainsi le droit déplorable de se rire de leurs enseignements, de leurs décisions, de leurs condamnations, quoique les novateurs protestent hypocritement de leur soumission à TÉglise catholique. Pierre- Michel Vintras, ce sectaire habitant de Tiily-sur-SeUlle, au diocèse de Bayeux, se dit prophète inspiré de Dieu pour préparer ravènement prochain d'une nouyelle société chrétienne. A travers les nouveautés profanes et impies dont fourmille renseignement de cette secte, ce que Ton remarque de plus frappant, c*est le blasphème permanent lancé contre la sainte Église et contre le sacerdoce catholique, c*est Tannonce d'événements épouvantables qui vont bouleverser le monde, et après lesquels Jésus-Christ descendra visiblement sur la terre pour établir enfin le règne du Saint-Esprit ou la loi de Tamour, et créer ainsi une Ëgiise nouvelle, composée de ceux qui seront assez sages et assez bien avisés d'ici là pour entrer dans VŒuvre delà Miséricorde, Etf priant nos lecteurs, dans notre dernier Bulletin, dé se défier dés prophéties, des extatiques, des miracles, des prédictions, etc., non reconnus ni approuvés par les évêques, nous avions en vue la secte de Vintras déjà condamnée par. l'Église, mais elle n'est malheureusement pas la seule que nous ayons voulu signaler. II en est encore d'^autres que nous aurons occasion de faire connaître plus tard.

L'Abbé André, bullclin religieux du • Pays »,«<> du 28 novembre iS5o.

1>I£RUK-MICUEL /i81

tnembres, c'était la Septaine sacrée, dont le siège était è Tilly-fiur- SeuUe. £lle primait toutes les autres, et avait pour Q|bjet de maiar., tenir Tuoité d'action et de prévenir tout schisme dans l'œuvre. £lle avait à cet effet le don de i'iilMlibilité ; ses dédsions devenaient; actes de foi. Les autres ne pouvaient rien arrêter, rien conclure ;< tout ce qu'elles recevaient devait être envoyé à la Septaine-sacrée» afin que celle-ci décidât souveraineàient sur ce qu'il fallait en rejeter.

Cette Septaine se composait de :

MM. l'abbé Gharvoz (Aménéraël). curé de Mont-Louis, président, auquel on promettait la mitre.

Liégeard {Askmanoraël), docteur -médecin, vice-président ;

Yintras {Sthratkattaël), %.

Geoffroy père (le frère Jean).

L'abbé Maréchal, de Versailles {Ruihmaèl), auquel le prophète, promettait le chapeau de cardinal, aussitôt que Louis XVII (lo^ fpurbe Pfaûndorff), serait remonté sur le trône. . .

Bérardi de Pont-Lieu (Athzeraël), avocat du barreau de Pi^ris..

Cravoisier, dentiste à Caen.

Hébert {Thoméraël), tourneur à Caen.

Lemeneor fils (Stridoël)^ président des archanges (sans être* archange).

M'"* Maqduit, de Paris {la patriarche sœur Marthe),

Lemeneur père, membre suppléant (Ij.

. Au dessus de cette Septaine , se trouvait une sorte debaule junte dont elk formait le oonseil, et qui se composait de Pierre-Michel^ de Geoffroy père et de Geoffroy fils.

(i) Tous les membres des septaines, et même tous les adeptes avaient leurs noms d'anges, que saint Joseph révélait à Vintras qui les, faisait connaître U «evxqui le désiraient. Il indiquait avec la même facilité les noms de», persooDts décédées dans la grâce, ainsi que l'ordre dans lequel elles étaient, pla^cées dans Tautre monde : légions, trônes, dominations, etc. Tous les noms ,^e ces bienheureux avaient la terminaison hébraïque en aèl.

Il est d'observation que d'autres secttîs de fanatiques donnaient également des noms particuliers à leurs adeptes. Ainsi le^ convulsionnaires du cimetière Salnt-Médard s'appelaient l'Invisible , l'Aboyfuset V Imbécile , la Miaulante, etc. ' Note de l'abbé Bouix,

Là « Voix de la Septaine », publiée par cet étrange cénacle, nous fournit quelques autres noms d'adeptes dont nous ne pouvons donner ici les ntfm$. mortels : tels sont ceux Azanaël et ThéodoraéL

fifllpctffflOTtUiMMi MtflMto :^« mmè^ fMnrt<iM^iii^ÉaftiiiMi ttoiir iHH^ MNiMkiMrf ^<ïfftÊmàà iiriiirt<ii«'ni<i rnlliilii d'tpMigitliipniinirà hiiej^ 4e.nMrlicte fl^Ja ,tt»iv*Ui»i}ô jub m

MM '4iCfvdl' sur otm ;dUre: tf 4é|iDnÉli|lli^lUadglMtMrfi# inîttetti^qiit ijuvcpt» qa'il anil rcciwiÛtolfcAMiBM rwwiiwia^ iftb j 4Dè|Mb «839^ m peift iiioiilln!li«tk|ta^^ ^

SéJÉte, i qfÉèli»BwwiJde'QfcB^ JE^ dwtM IgwJMtf iaililMMia,> la JUhÊ$aUm^ k point uatqo»'JglifliiJt»fiipaii^ . i«Rd)0fteiMifinM«ocie 4b lumti^^ 0W|oat,i|^b«VMwv)^ omttbniwMNrd^ii coatnHOMlM de b ptÊmftmfmmÊmÊk Méém aiichêi*Viacn», iprta de coavririoteiiafcytipri t iliiiii up^iwmipifi

éà^^ màpSÊmi amémdMfi itmkx^mafftoiàktéilk mfiHÊÊi ^ Évangile, Jasez noÉifcrtMyiiNi^

' ghttei €ifrai»^^^^Bw»afcfrtlMii^>4a^ ÉlqiÉw |iii»liÉ

filles de Caen, le- Mans, Roued;»: ttM, 'Aagfa<^f^paffg»r0i>nift|ii Albf . Gaen, saM doiiftt pariMr'i;iMr Aql «n^iiiCipiiophèterin iBa[*Ftflit en ibornlc très peu. ... ., ^. ■,-

C'est à Vintras, c'est à^Geoffroy^ le second propbèM, de kgranda réformation, bien digne de son chef, que a'est voué^ oorpi «t ftaK^ un prêtre autrefois respectable et qui eût mienx fait; pour aon salai et celui des autres, de continuer à édifier TÉglise et à sanctifier ks âmes. M: Alexandre Gharvoz. Cet ecclés^stique, originaire dniié^ cèse de JSaittt- Jean de Mauriemie en Savoie^ Tint Mre se^élÉim dé' théok^e au grand séminaire du diocèse dé Tour», auquel il*lbcincorporé. Élevé au sacerdoce, il passa quelques année» à pfb* .

iilâsër la rhétorique au petit fliéqiinaire) puis fut préposé à b pa-.

(i) L*abbéBou1x, p. iAeti5. '

(a) M. Georges Mancel, le savant bibliothécaire de la ville de Caen.

(3) Voyei; sur cet Imposiciir, rariicle « Loujs-Cliarljss de France » de ce vre.

^ PIERRE-MICHËl 4S9

roîssede Mént^-Loois» cure de canton. Coinaie cbei queiquegaiiCres prêtres,: depuis un certain lampe, Tesprit de révolte contre TsMitorité ecclésiastique et l'ambition s'étaient èreiHés en Ini : avec les aonveaux^ illominés, ses passions pouvaient être satisfaites. L'Œuvre de Ai. Vin-^^ tras dut être divine, et il se mit à la propager avec le zèle le plosar- . dent. « Ce fut Tabbé Charvpz qui fit paraître une brochure anonyme imprimée chez Locquin, en 18/il, et intitulée : O/m^cu/e sur des communications .annonçant C Œuvre de la Miséricorde (sans date, ni nom de vendeur). Ce fut la première publication des « Enfants de TGEuvre », ainsi qu'ils l'appell^t (1). M. Moriot, évêque de Tours, gémissait de cet égaremeut, lorsque M. Cfiarvov^ vint lui demander la permission de s'absenter pendant quelques semaines de sa cure. Le prélat la lui accorda^ à condition que pen*. dant son voyage il ne s'occuperait pas de VŒtwre de la MUèri^ corde. La condition parut si dure à ftl. Charvoz, qu'il offrit sa dér mission. Elle fut acceptée, et M. Charvoz, denieuré ainsi san» {dacCi s'adonna tout entier à son triste apostolat

« A partir de ce moment, les disciples de Vintras inirent au joor plusieurs brochures collectivement rédigées qui se résomèrjent^ khffin de 18(i2 en une publication périodique nommée la Voit dtflaSeptuine dont il parut quaranterhuit livraisons formant k vol^- 'in^)« et qui ne cessa qu^en 1846 (2).

Revenu^ ;en 1849« dans le. diocèse de Tours, Ti^bé Charvoz se mit à dire la messe chez quelques-uns de ses anciens confrères.; Mgr Morlot,en étant informé, écrivit à l'un îles ecclésiastiques qni avaient cru pouvoir user de cette condescendance, que M. Charvoz u'avait.pas la permission de célébrer dans le diocèise.

La plupart des écrits en faveur de l'Œuvre sont dus à la plume e:^ercée de M, Charvoz; c'est lui qui, sous le pseudonyme de, l'abbé La Paraz, a publié les Prisons d*un prophète actuel pour-^ ptivijHur tous les pouvoirs (Caen, 1846, itt-12). « Ce volume terminait. alor^ la série des œuvres données par la çiecte ; il est le résumé de ses travaux, en même temps qu'il donne d'assez longs, aperçus sur son chef principal, Pierre-Michel Vintras. Hélas! 1§ gloire que l'écrivain promettait à son héros a élé bientôt éva-r ipouie ».

■ * ■ . : :; tt.

(i) M. Georges Mancei.

^2) M. Georges Maoccl.

Ji90 PIBKRE-MICUEL

M, . À. CbarvoK est allé à Londres f)our convertir Lan» X^U (^auuduFiï), mort hérétique, mais qui, d'après les prédidioiis de Yintras, devait se convenir et devenir le grand roi» et riostrumeot de la régénération nouvelle par le Saint-Esprit.

La dernière publication de ce prêtre renégat isst son Livre et Or (Paris, 18^9, iu-8), qui a excité l'indignation de la saine majorité du clergé français, et qui a motivé des condamnations répétées de TŒuvre, soit par les ofûcialités diocésaines, ou tribanaux ecclésiastiques, soit par les prélats, ainsi que de nombreuses: dépositions de prêtres assez imprudents pour s'être prêtés à la propagation de cet ouvrage déplorable (i), où la piété se mêle à chaque p^ avec le blasphème, et où l'éditeur n'a pascraintde se faire lepatroi des hérésies les plus évidentes et les plus monstrueuses ••

« Il semble qu'il suffirait pour la confusion de cette œuvre d'inh quité d'avoir présentement de pareils (iirccteun:^ et qu'il n'était pas nécessaire d'aller chercher dans le passé de nouvelles causes de mépris et d'opprobre. Mais, qui le croirait? M. Charvoz a voolo tracer la généalogie de son œuvre pour y (aire entrer tout ce qai pouvait achever de la couvrir de honte ». -

On ne se douterait guère de la curieuse filiation que M. Viotras et M. Charvoz assignent à leur œuvre. Voici ce que nous e» lisons dans le Livre d'Or y pages 15 et suivaiites :

* Plus une période est importante, plus aussi le Seigneur la prépare de longue main. L'ère de régénération qui s'ouvre a donc été Tobjet d'une prophétie continuée par bien des organes.

c Outre les apôtres qui ont tant parlé du rétablissement du

(i) Telles que celle de M. l'abbé Desbois, curé de Beaugency, par Tofficialité d'Orléans; celles des trois frères Baillard, par rollicialité du diocèse de Nancy, ces derniers pour avoir adhéré à la secte pernicieuse de Vintras, dont ils sont aujourd'hui les fervents adeples, et tant d'autres.

« Un autre prêtre, dans un diocèse voisin de Paris, rivalise de zèle avec M. Charvoz pour la propagation de la secte. S'il n'a pas entraîné ses vicaires et d'autres ecclésiastiques, ce n'est pas faute d'avoir travaillé à répandre le Livre d'or (voy. le n» XVI). Nous ignorons si ses supérieurs ont commencé des informations et pris des mesures pour arrêter cette propagande; mais nous savons que le curé dont nous parlons ne s'est malheureusement pas rendu aux paroles pleines de force et de charité qu'un évêque a eu occasion de lui adresser.

I/aObc lioiifx, C(Muwe de la Miséricorde^ p. 3a.

PIKRRE-MÏCHEL 491

royaume d'Israël ; sans citer tels passages de Saint-Paul, dont on nous contesterait à tort l'application , on l'apocalypse de Saint-Jean, livre encore fermé jusqu'ici él qui commence à s'ouvrir avec les temps qui en sont spécialement l'objet; sans mentionner les milleuaires qui ont sali ce règùe mystérieux par des erreurs que l'Église a condamnées avec raison, bien des plumes ont été inspirées de jeter quelques iueurs sur cette époque attendue.

€ La preqoiière révélation bien connue dont il nous reftte des écrits certains, cocbmence à 1772. Saint Jean-Baptiste, le Précurseur du Christ souffrant, le Précurseur encore du Christ glorieux, apparaissait fréquemment à un nommé Loiseaut, de Saint-Mandé, près Paris, lui manifestant rénorme culpabilité de la terre, l'épuration qui en allait être faite, les desseins de la Miséricorde divine, la coopération ou le travail des esprits célestes et des martyrs avec les justes de la terre, pour la préparation et l'appel du règne de Dieû.

• Sons cet organe il s'est formé une société de personnes pieuses, dirigées par ces révélations, et pour cela connue sons le nom de Société de Saint-Jean- Baptiste, A leurs réunions assistaient le saint Précurseur, toujours visible au voyant, et quelquefois à tous les membres. Là se répétait ce qui avait été montré ou enseigné à Torgane ; là se faisaient les prières liturgiques indiquées par Saint- Jean, telles que les psaumes prophétiques du règne annoncé, dont il. donnait l'explication ; là les membres participants à la révélation se formaient à cette vie nnitive par laquelle l'homme livré à Pesprit de Dieu, coopère avec lui, concourt à seô desseins, en prépare l'accomplissement par la prière et les œuvres, et lui fait comme une Jérusaletn naissante. -

« Loiseaut étant mort en punition de ses découragements, un saint prêtre fut choisi à sa place pour être l'écho de la révélation. U ne le fut pas longtemps ; voulant s'appartenir un peu, il fut rejeté. Alors |e saint précurseur alla prendre dans une campagne une femme au cçeùr droit, mais simple et ignorante, dont il fit une lampe parfaite devant cette société qui grandissait dans le mystère qaand déjà s'avançait l'orage de la révolution de 1792.

« C'est le jour de la Saint-Louis, en 1788, que la sœur Françoise (née le 15 novembre 1730, morte le l®' avril 1803, épouse d'un nommé André, membre aussi de cette société de Saint-Jean),

/j92 PIERRE-MICHEL

fut appelée k ce ininislère prophétique. Le saint homme, c*est aiâsi que le précurseur était nommé, liiî apparaissait souvent. Il la condubait souvent hors de Paris, en des lieux sanctifiés par le sang des. martyrs des premiers âges de TÉglise, tel que Montmartre, et c'est sur leurs, cendrés qu'il lui donnait ses sublimes instructions sur favenir, sur les moyens de mériter la miséricorde pronàîse et le règne du Saint-Esprit; sur lé perfectionnement des membres de

là société, pour les rendre participants de la nature diVine.

«c Comme la sœur Françoise Audré ne savait pas éprirr, le saint bonume lui avait adjoint un frère aussi capable que parfait devant Dieu, M. Oucy, à qui elle exposait les visions et rend^it.les instructions avec une fidélité miraculeuse, et celui-ci lisajt è la Société, lors de ces réunions, ce qu'il avait écrit sous la dictée de la, Voyante.

c La sœur André étant morte le i" avril 1803, la parole, fut donnée à un des frères de la Société. Dans les derniers jours de la maladie de cette sainte femme, saint Jean-Baptjste se montra, près de sou Ut, et choisit pour lui succéder dans ce ministère prophétique, M. Legrois,

« Celui-ci, préparé déjà par bien des faveurs spirituelles,- eat ordre de bâtir une mdison en un lieu qui lui fut désigné, rue Basse-Saint-Pierre^ au Marais, exprès pour servir de temple à cette église, dont il devenait le conducteur. La maison se fit,: et c^est dans la chapelle qu'il y disposa, que s'assemblèrent depuis tous les initiés à cette révélation.

« Une sorte de ministère sacerdotal, c'est-à-dire récitant leS: prières liturgiques de la messe , moins la eonseci^ation, te! était Tobjet de ces réunions qui ont continué jusqu'à sa mort eu i8t(2, ce que M. Charvoz trouve fort bien, ce qu'il appelle une oeuvre pour VÉglise, dans la foi^ dans les sacrements, dans Vesprit de V Église^ quoique inconnue au ministère ecclésiastique. » Où ne peut aller l'aveuglement î

« Soit pour donner une preuve divine de sa Providence, soit pour éveiller dans^ le roi-philosophe, Louis XYIII, ks remords de la conscience, Dieu choisit un paysan de la Beauce, le laboureur Thomas Martin, de Gallardon, pour avertir ce roi de son iuîqufté çpvers riiérilicr direct du trône, et lui donner la preuve du m:-

racle, en lui faisapt révéler, par la bouche de ce laboureur, de

vieux cdiQes bien secrets dont b^l n'avait la confidence.

/a La mission de Martin appartient donc aussi è PŒuvre de la

Miséricorde.

. « Une autre voix de révélation, ce fut madame Bo{iche, née Marguerite- Thérèse des Isnard, à Avignon, le 2^ décembre 1759 (1). Nous passons Tapostolat de Martin, de Gallardon, qui n*a jamais eu aucun rapport avec J'œuvre, mais que Ton tâche d*y rattacher pour faire un peu 4*iilusion, et nous en venons aux prophéte^ses de notre temps. La principale fut madame BoucKè, née Marguerite Tiiérëse des Isnards, qui se crut, dès 18(0, destinée à régler le sort de tons les empires de TUnivers, courut une partie de l'Europe, s*adressa à toutes les couronnes et se fît partout éconduire, surtout pa^ le Nonce qui finit par la chasser «i peu près de chez Int. Elle s'était associé deux autres femmes, madame de Sériônne et madame Mauduit, en sorte qu'on les appelait les trois Marie : Alarie-Salômé, Ïlarie-Marthe et Marie-Madeleine. Nous avons éfïit^ leis mains iine volumineuse correspondance manuscrite ée M^ Boucha, avec une dame d'Orléans qu'elle avait travaillé à endoctriner, et le résumé de cette correspondance peot se borner à ces observaliops : l"* M"*' Bouche était jj^uvre et parle souvent de ■'.ses imérêts; elle aurait voulu que les trois Marie, et mêmâ^ une . quatrième que nous nous abstenons de nommer, mais (pi'elle avait ^'ajoutée aux trois autres, pussent se réunir dans unç même ouiison pour vivre ainsi toutes ensemble, système très avantageux pour celle qui n'a rien ; 2® elle recommande toujours de se méfier des prêtres et de ne pas les consulter, comme incapables de connaître cette œuvre toute spirituelle; 3^ deux fois elle parle le langage janséniste, même dans un endroit où elle prétend se justifier d'avoir les opinions de la secte, en assurant qpe Jésus-Christ est morxpour plusieurs; 4'' elle fait le plas grand éloge dé son directeur i Paris, I ■■»■ . . , I ■ - . ■ ■ ■ I ■ ^

(i) D*après la généalogie de l'œuvre par M. Gharvoz, c'est en JuiUet ^^io.^e plen fit entendre .«a parole à M"* Bouche dans IVglise Saint-Pierre d'Avignon. Il lui annonça quMl allait se servir d^elle pour Ja inahifesttiirûn de ses de*>selns, et qu'il l'éprouverait par miltè tribulaltons. €e n'était pfts tel pi«mièire fols qu'elle était l'ot^ct de laveurs spirituelles, maia c*«st ici qu^ sa mission prend da(e< Dans Jes comnunicalioos. M"* Bouche .est ccganji^e sous le nom de sœur Salora^.

ti9k PIERRE-MIGBEL

et ce directeur qu'elle nomme, ce directeur dont nons tenons entré les mains une lettre d'enthousiasme pour madame Bouche^ était un prêtre de Saint-Médard, presque en enfance, pour ne rien dire de plus sur son compte, ainsi que nous nous en sommes aasoré par d'eractes recherches ; 5^ les prophéties on réTéiations qui se trouvent parsemées dans ces lettres, et soigneusement marqnées par des guillemets, smit un composé de phrases sans saite, sans ordre, sans signification, que la pauvre madame Bouche voulait faire imprimer, et qu'il est heureux pour elle que l'on ait hissé dans l'oubli (1).

« Après une sorte de consécration prophétique que reçut IMl°^' Bouche, continue le généalogiste de l'CEuvre, elle poursuivait sa mission,* aidée de deux saintes femmes formant avec elle les trois Marie de l'Evangile jusqu'au jour où il lui fut dit : ce Mainte-^ nant repose-toi, un autre va succéder à ce même ministère. »

(( C'est au mois d'août 1839, que le Verbe faisait entendre cet paroles ; c'est alors que l'archange Saint-Michel faisait les premières ouvertures à cet ouvrier de Tilly, £,ugène Yintras, connu sons les prénoms de Pierre-Michel, par lesquels le nommait l'envoyé céleste. Le ciel ménagea une circonstance qui mit cet homme de Dieu ei présence avec le porte-voix qu'il allait remplacer, pour établir la succession de la mission prophétique.

« Voici donc le dernier chaînon de cette prophétie ; mais celuici doit être, plus que les précédents, le Christ représentatif et soo image plus ressemblante, non qu'il était dans son passé plus parfait que les précédents : héraut plus rapproché des temps de la Miséricorde, il confesse qu'il en avait plus besoin ; mais il sera, par les communications pleines, vastes, lumineuses, la représentation du Christ enseignant ; par les persécutions qu'il éprouve de la part des Pilâtes gouvernants et, des pharisiens nouveaux, la représentation du Christ persécuté. Ses persécutions auront des caractères analogues, et seront puisées dans le même esprit qui a poussé les pharisiens d'autrefois ; et par ses trois épreuves du corps, de l'ame et de l'esprit, qui seront connues en leur temps, la représentation du Christ dans la grotte des Oliviers.

(i) M. l'abbé Gaillau, p. 7 cl «.

^ u Voici doinc un temps qui s'ouvre, une ère qui est à son aurore, et qui s'appellera Tëre ou le règne du Saint-Esprit.

« Il est manifeste que nul n'échappera au cataclysme, s'il n'appartient à i'CËuvre de la Miséricorde, formellement ou en esprit. (Livre d'Or, p. 26).

Noos venons de donner des particularités sur les antécédents de» principaux personnages qui composent, au dire des nouveaux illuiftinés, la Septaine sacrée. Revenons un peu à Tilly, pour nous y occuper plus particnlièrement du prophète et de son compère Geof* froy, non que nous veuillons les suivre dans leurs momeries et jongleries qui ont été suffisamment stigmatisées dans les piquants chapitres de l'opuscule dé M. l'abbé Bouix, intitulés : Costumes, em blêmes f amulettes (ch. IV); — Travaux et opérations de Pierre- Michel; — l* Oracle en défaut (ch. V); — la Maison aux miracles (ch. VI); — l'Histoire des hosties ensanglantées (ch. IX), mais djnsf leurs actes publics.

Vintras, après la vie vagabonde qu'il avait menée, pouvait vivre tranquille avec les 600 fr. qu'il avait comme contre-maître au moulin à papier de Tilly-sur-SeulIe, mais il continua son ancien métier de honteuse cupidité.

Dès le mois de novembre 1839, dans l'église de Tilly, saint Joseph apparut à Pierre-Michel, et lui enjoignit de prendre au plus vite la plume et de tenir bonne note, ne varietur, des communications qu'il recevait, afin d'en faire part à ses frères, et de retremper leur énergie. C'eût été d'ailleurs agir en égoïste, que de garder pour lui seul la connaissance de choses aussi importantes.

A partir de ce moment, non seulement saint Joseph, mais l'archange saint Michel, la sainte Vierge, Dieu lui-même^ venaient tour à tour inspirer Pierre-Michel Vintras. Dieu lui avait donné la mission, sous le nom de Sthrathanaël,^e faire entendre la parole divine à ses frëres, et de les sauver en les rattachant à VŒuvre de ta Miséricorde. De grands miracles, des miracles inouis s'opérèrent dans le mouliu à papier de,Tilly-sur-Seulle. Ce lieu devint le rende2-vous des étrangers dont, selon la prévention, on exploitait habituellement la piété, la foi, la crainte, les affections politiques et sur* tout la bourse.

Sur l'ordre de saint Joseph de recueillir ses communications, faute d'argent sans doute pour les faire imprimer, on s'empressa de

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faire des copies à la main du livre où les conmoaicalioDS étaieiil conservées d'nne manière aathentigne^ On adressa ces oopiéi anx personnes qni avaient le çœnr droit, — selon la volonté de saioi Josq[)h — et la bourse bien garnie^ ce qni était sans doute nu par effet du hasard, qui a une si grande part dans les affaire» d'ici-bUL Les copies se vendirenti Ces révélations annonçaient le prochiii triomphe de Louis XVII ; Louis XVIII, Gharies X et surtout Louis- Philippe étaient loin d*étre dans les bonnes grâces da saint. Oa prédisait les catastrophes qui allaient bouleverser l'Univers, maisqai épargneraient sûrement les enfants de VŒucre de la Mùericaràty et ceux principalemem qni étaient à Tiily-snr-SeoDe et an châteat de Sainte-Paix, chex M. de Razac. *

Vintras ne deinandait pas, il est vrai, mais il recevait; et qnaad il craignait d*étre importun comme homme, il faisait intervenir h divinité. Il tombait alors en extase au milieu d'un cercle choisi, doit faisaient toujours partie M.Geoffroy père (/irère/éoii) < et Geoffroy fik U^nnuDçait alors qu'il était en communication soit avec saint Joseph, soit avec la sainte Vierge, soit avec Jésus-Christ. Il disait I hante voix les sacrifices que Dieu demandait, et (toajoars sek» h prévention) tout aussitôt les bourses s'ouvraient et les personne se dévouaient avec bonheur. Car tous ceux qui ont cm à TCEnvre de Vintras sont des personnes honorables, pleines de charité, de piété et parfaitement dévouées an eu lie de Dieu.

Des incrédules ayant fait des avanies à Caen, pendant que la Septaine sacrée y tenait ses séances chez Tkoméraél (Hébert, toumeor), on songea à procurer à rCEuvre un cénacle spécial. On prétexta les désagréments auxquels on était exposé, on fit même intervenir saint Joseph, comme dans toutes les conjonctures où il y avait quelque accroc, et aussitôt, par Tinfloencc de Tabbé Maréchal, auquel le prophète n'avait pas sans motif promis le chapeau de cardinal, dès que les temps seraient accom[ffis (que Louis XVII serait monté sor son trône], les demoiselles Garnier, de Saint-Cloud^ achetèrent pour 20,000 fr., à Tilly, une maison que convoitait Vintras. C'est là que le cénacle alla s'établir, ainsi que la famille de deux membres de la Septaine sacrée.

Ce furent aussi les denioisclies Garnier qui, sor Tordre de Diea, trausmis par le prophète, donnèrent 3,000 fr. pour Timpressioa de V Opuscule sur les communications de l'Œuvre de la Miséricorde.

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Les frais d'impression ne s*étaiit élevés qu'à 1,500 fr., les associés Vin^ras et Lemeneur mirent 1,500 fr. dans leurs poches.

La jastice cependant n'a dû s'émonvoir que quand elle a cru voir qu'on se servait des miracles pour faire des dupes et opérer la ^liation sur une vaste échelle. C'est alors qu'elle a fait main-mise sur les sieurs Yintras et compagnie^ et qu'elle s'est, livrée aujc investiga-tions sur leurs antécédents et sur la conduite qu'ils ont tenue dans J'affaire des miracles et des révélations.

Il advint qu'un jour nos illuminés durent compter avec la justice. Quatre d'entre eux durent paraître devant la Cour de Caen, le 19 août 1842. Les prévenus étaient : Pierre-Michel-Eugène Vintras, âgé de trente-cinq ans^ né à Bayeux, fabricant de carton ; Jean- Ferdinand Geoffroy, licencié en droit, ex-notaire, âgé de cinquante ans, né à Poitiers; Napoleon-Gésar- Auguste Lemeneur, licencié en drpit, ancien magistrat, âgé de trente-neuf ans, né à Falaise ; Jean- Aaptiste-Âlexandre Geoffroy, fabricant.de carton, âgé de vingt-sept ans. Tous qus^tre demeurant à Tilly-sur-SenlIe. Ils étaient prévenus : i^ Yintras, d'avoir : l*" depuis moins de trois ans, détourné à son profit et dissipé une somme d'environ 800 fr. au préjudice de la Xlame Gassini, laquelle somme ne lui avait été confiée qu'à titre de dépôt, et à la charge de la représenter ; 2^ de s'être fait remettre aussi depuis moins de trois ans, à l'aide de manœuvres frauduleuses, pour persuader l'existence d'un pouvoir et d'un crédit imaginaires, la somme de 50 fr. par le sieur Héry, curé à Vandargues (Hérault); Z^ de s'être fait remettre, par les mêmes moyens, une somme de 200 fr. parle sieur Justus, demeurant à Paris ; 4^ de s'être fait remettre, toujours par les mêmes moyens, une «oaune de 3,000 fr. par la demoiselle Garnier, demeurant à Saint-Gloud. Le» trois derniers faits constituant le délit d'escroquerie. -- Subsidiairement d'avoir détourné et dissipé, au préjudice de la demoiselle^arnier, partie de ladite somme de 3,00u fr. qui ne lui avait été confiée que pour un emploi déterminé ; 5* et de complicit^é dans le fait suivant, imçuté à Geoffroy fils.

Geoffroy fils, de s'être, conjointement avec Yintras, fait remettre à l'aide de manœuvres et des moyens énoncés par l'art. 405 du Code pénal, une somme de 80 fr. par M. de Neuville, propriétaire à Angers,

Geoffroy père, d'avoir détourné ou dissipé, au préjudice de i^I. de in 32

/i9S FIERRE-MICHBL

Hazac, d'abord une somme de 5,000 fr., pais une aotre sofluie de 500 fr. , qui ne lui arait été remise qu'à' titre de mandat . Lemeneur, d'afoir détourné et dissipé, an préjndice de Pierre- Michel Vlntra?, aoe somme de 200 fr. qui lui avait été remise poor un emploi déterminé.

Les prévenus curent pour défenseur M* Bérard, de Paris, qui fint partie de FOEuvre de la Miséricorde, sous le nom d'AthzeraS. Le siège du parquet était occupé par M. Bonfiet, procureur du roL Un assez grand nombre d'avocats en robe remplissaient la barre q«i leur était réservée.

Le ministère public avait fait assigner dix-huit témoitis à charge qui répondirent à l'appel, à l'exception de M. de Neuville, d'Angers, qui s'était excusé pour raison de santé ; du siear Béry, curé de Vandargues (1), qui n'avait fait parvenir aucune excuse, et sar lequel le tribunal eut à surseoir à prononcer. Il en fut de jnêBEia do sieur Justus, de Paris. Les prévenus appelèrent, de leui: côté, nii assez grand nombre de témoins à décharge.

Malgré la plaidoirie de maître Athzeraêl (Bérard), Pierre-Micfael Vintras fut condamné à la peine de cinq ans d'emprisonpement et lOO fr. d'amende pour abus de confiance; Geoffroy père à depxan de la même peine pour délit d'abus de confiance, et 100 fr. d'amende.

Le tribunal acquitta Geoffroy fils et Xemenenr.

finiras fut déclaré coupable : i^ d'avoir détourné, au préjudice de M""*" de Cassini, qne somme de 800 fr., sur le dépôt de 2,000 fr. qu'elle liïi avait confié; 2** d'avoir, en employant des manœuvres frauduleuses pour persuader Texistence d'un crédit imaginaire oo faire naître la crainte d'événements chimériques, escroqué uae somme de 3,000 fr. aux demoiselles Garnier.

Geoffroy père (2) fut déclaré coupable d'avoir détourné au pré-

(i) Ce prèlre égaré était un partisan de l'œuvre. Il avait envoyé à Viatras une somme de 5o fr., en lui donnant de pieux conseils, et en le priant de lui dire où étaient placés dans l'autre monde tous les membres de sa famille, et les noms de ceux de ses parents admis au nombre des bienheureux! Depuis il s'est lout-à-fait séparé de rÉglise, et la preuve en est dans sa publication du Précurseur de V avènement intermédiaire de Jésus-Christ,

(2) C'est l'habile de l'association; il paraît que ce fut Geoffroy père (le frère Jean) qui mit M^e» Bouche, Mauduit et la comtesse de Sérionnes (Iw trois Marie), ayant de la crédulité et de l'argent, ce qui était doublement avantageux à rOFUivre, en rapport avec Pierre-Michel.

PIERRE-MICHEL àl^

jtidiceâe M. de Razac; d'abord ane somme de UMO fr., et en second lieu mie somme de 500 fr. qn'ii n'avait reçue qu'à titre de mandat,

Nons en appelons à tout esprit raisonnable. Un coup d*œil seulement sur l'origine de cette Œuvre n'est-il pas suffisant pour en ins^ pirer le plus souverain mépris? Quelques illuminés, faisant toujours bande à part, rédtmt des piaumés avec saint Jean-Kaptiste ou une messe sans consécration avec un laîqbe, des femmes se faisant propbétesses, des hommes sans proltàté recueillant par intérêt cet hér!* tage d'iniquité et, signalant leur apostolat par des escroqueries qui les conduisent devant les tribunaux où ils ont été ignominieusement condamné!? ! En vérité , est-^-ce là une réfc^rmatioit , une œuvre divine, un don surnaturel envoyé à la terre pair la Miséricorde éiviiïe(l).

Tdlà les fanatiques qui nous lancent la menace d que nul n'éch^)pcra au cataclysme s'il n'appartient à TCKuvre de la Mi^éricdrde ftrmellement ou en esprit (i) d.

Le prophète, en sortant de prison, trouva son troupeau dispersé. Ses agneaux étaient devenus des loups dévorants qtii se déchiraient entre eux. Im partisans de TCEuvre qui se trouvaient è Paris se séparèrent en assez grand nombre, il y a environ quatre ans, da prophète Yintras. C'est ud Polonais qui devint leur chef. La poli<^ obl^ea, dit-on, cet autre prophète à quitter la capitale; il ie retira eÉ Belgique, puis en Suisse. Les croyants allaient en pèlerinage a'édifler aoprès^e lui : ils prétendent lui avoir vu opérer les ini-^ racles les i^us éclatante et les plus incontestables, il paraît qu'on aiseï grtnd nombre de Polonais avaient suivi cette fraction de la secte. Un de leurs rendez-vous était dans l'églii^ de Saint-Séverltt, où ils âitretenaient une lampe ardente devant un tableau de là Yiérgë.' M. le curé de Saint-Severin fit cesser cette pratique dès qo'il en connut le but.

La section séparée de Paris compta parmi ses membres un proftasBor célèbre de la capitale, qui mit au service de l'Œuvre son zèle ec son talent.

Vintra^ commence à s'entourer d^ouailles nouvelles, le mouHn a

(i) M. Tabbé Gaillapj, p. 8.

(9) M. Charvoz^ Livre d'Or, p. aO.

été transformé en une jolie maison de i^aisance» et U fortune do prot^é du ciel Ta prendï^ une rondeur confortable poor la seconde fois, si la police, qui ne respecte pas même les prophètes, ne s'en mêle pas de nonveiaa (1), car, malgré les nombreuses condanwatioiis de rOËQvre par les prélats et même par le pape Grégoire XYI, la secte s'augmente de personnes non moins honorables qae faoati- 4ioes. M. l'abbé Héry, page 52 de son écrit, nons cite 1^ noms de trente-sept personnes qni, en 1848, étaient présentes aa moment oà le prophète Yintras opéra, dit-il, des prodiges à Tilly. On y trouve des noms comme ceux-ci : le baron de Razac, M">* la comtesse d'Armaillé, M. ie vicomte d'HoziGr* M"'* la marquise de Sourdis.

Mais il est arrivé ce qui arrive avec le temps dans tontes les sectes : la doctrine s'altère. Outre la scission qui eut lien parmi les partisans de l'œuvre, arrivée lors de l'emprisonnement du prophète, on a parlé depuis de hideuses orgies qui se commettent à Tilly. Ces sectaires auraient-ils s^opté, comme une autre société de fanatiques (les Béguins), la devise : e Yive la lumière ! à bas la pudeur! » Ce qu'il y a de certain, c'est que M. A. Gozzoli, Fnn des plus chrads adeptes de Vintras, a publié un écrit itititulé les Saints de TUhfsur-Seulle, portant cette épigraphe : « Ils ont élevé un autel ao démon de l'impureté, et ils en ont fait leur Dieu », et cela dans le but de ramener ses confrères à leur devoir, afin qu'ils remplissent mieux leur mission divine. L'auteur de cette brochure ne reproche pas moins aux Yintrasiens que de fe vautrer dans la fange det plus criminelles impudicités. Voyez ce que nous disons de cet écrit sous le n° XI de la partie bibliographique de cette notice.

« L'Univers », dans son numéro du 28 juillet 1850, nous a appris que le Piémont a ses Vintras. « Nous voyons dans les journaux de Turin que le tributial de Casai vient de condamner à dix ans de réclusion un prêtre appelé Grignoschi, qui, depuis 1842, a fondé dans ce pays une secte abominable. Quatorze de ses complices ont été condamnés à de moindres peines. Cet homme est parvenu à leur persuader qu'il est Notre-Seigneur Jésus-Christ, revenu sur la terre pour y être crucifié de nouveau. Le notaire Joseph Provana a exposé la doctrine du maître dans le Ifvre intitulé : Crux de Cruce (qui vient d*êlre mis à l'index), c Le divin

(i) M. Georges Mancel.

agneau, y est-il dit , doit de nouveau porter la croix , non pour racheter riiomme du péché, mais pour délivrer l*ÉgIise de i'esclavage et des erreurs qui l'assiègent. Par la Passion du nouveau Christ, l'Église sera réédifiée, au prix de sa croix et de son sang, de la même manière qu'elle a été fondée. Si le Christ a pu se constituer sous les espèces sacramentelles, il peut, an lieu de pain et de vin, prendre un homme et s'incorporer en lui ; le sacrifice de l'autel cessera. Le culte chrétien sera aboli sous peine de mort. Le Christ régira en personne son Église et Pié IX. ne verra pas finir 1869 ». Devant le tribunal de Casai, trois prêtres, une ex-reli-« gieuse et une autre femme que les sectaires appellent la Madone^ ont protesté qu'ils étaient prêts à isubir le martyre plutôt que d'abandonner Grignoschi ».

BIBLIOGRAPHIE VINÏRASIENE.

I. Doctrine céleste, ou TÉvangile de N.-S. Jésus-Christ dans toute sa pureté primitive. Genève, 1839, in-12. [5830]

Ouvrage imprimé sous le oom de Charles- Louis ^ duc de Normandie, mais il doit être d'un de ses fidèles, car c'est ainsi que NaûndoriT et le soi-disant baron de Richement ont qualifié leurs dupes. Cet ouvrage doit avoir été .écrit par un membre de « l'Œuvre de la Miséricorde », toute dévouée à la cause de Naûndorff.

n. Exposé historique de Tœuvre de la Miséricorde. — i Antécédents de Yintras. — Organisation de l'œuvre. — Costumes, emblèmes, amulettes, travaux et opérations de Pierre-Michel. — l'Oracle ea défaut. [5831]

. Imprimé dans le journal ■ l'Univers », n^ du ^8 août 1842 , et reproduit à la tête de l'écrit de M. l'abbé Bouîx, intitulé VCEuvre de la Miséricorde, pages 7 à 21.

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