‹ Les survivants de la communeChapitre 31 sur 68 · JOFFRIN · texte numérisé non relu

JOFFRIN

Le 7 mai 1S82 fut un beau jour pour celui qui fut pendant plus d'une année chef actif du parti ouvrier, et qui n'a pas dit son dernier mol.

Du scrutin de ballottage, le citoyen JolMn sortit conseiller municipal de Montmartre.

D'où venait-il?

On ne le connaissait que comme orateur des réunions publiques, orateur médiocre et pla-

gîaire, dégoîsant, le soir, les rapsodîes entendues ta. veille dans d'autres réunions ou lues dans les jQUPDanx du malin.

' Or, sur les affiches, il se donnait comme le représentant du grand parti coUpclivisle ouvrier.

Il avait raison. Il est ouvrii-r. il est mécanicien. On le dit même habile. Nous nous demandons, par exemple, quand il pouvait travailler.

Chaque soir, il allait dans plusieurs réunions, dont la dernière était pniTois tenue Ibrt loin de sofn logis. Quand on se relire, entre onze heures et minuit, il serait bien étonnant qu'on ne bût pas quelques bocks collectivistes avec les amis. Il nous semble pourtant que les ateliers ont la réputation d'ouvrir d'a^^sez bonne heure.

Y avait-il un enlerremont (h^ coihmunard? Joffrin conduisait lr> deuil et parlait .ur la tombe. Encore une après-midi ponlue. Ses patrons, vraiment, devaient être fort commodes.

♦ Nous aimons mieux croire qu'on le payait bien, durant les rares heures où il daignait travailler. Il a donc, moins que les autres, le droit de se plaindre des infâmes patrons.

Car, enfin , de quoi gômit-il, le citoyen Jof[rin? Yoyons ensemble si le sort a été si cruel à son -égard. Pendant la guerre de 1870-71, il était mobile de la Seine et, si nous en croyons ses anciens

camarades du 15» bataillon, il se montra même assez froid au Bourget. Gomme tant d'autres, il ne se sentit brave que contre ses compatriotes. Il ftit, en qualité de fédéré, condamné par le conseil de guerre ; mais il* avait déjà passé la Manche quand le jugement le frappa. Il entra, comme mécanicien, dans une usine de Londres, où il gagna largement sa vie.

Au lendemain de Tamnistio, il revint h Paris et trouva tout de suite de l'ouvrage.

Non, mais, là, de quoi se plaint-il? Que veut-il?

Ce qu'il veut? Ah! ses propres amis In savent bien. Joffrin, qui flotte aujourd'hui entre trontehult et quarante-deux ans,- est dans r<\go do l'ambition. Lui aussi est piquéde la tarentule pnliliquc. Il essaye de jouer aujourd'hui l'ancien jeu de Gambetta. En 18f>9, on pouvait se faire remarquer en criant : Vive la République I

En 1885, le cri de : Vive la Commune î serait lui-môme démodé. Joffrin pousse le cri do l'avenir : Vive la Collective !

Comme' on Tapplaudit, il est content. On afflrrrie que, pour récolter plus de bravos, il forcerait encore, tant qu'on voudrait, ses sentiments socialistes.

- Il s'en faut pourtant que ses partisans Tacclameiit toujours. Cfertaîn soir, nous avons senti

passer au-dessus des têtes un de ces froids!... . Joffrin venait de dire :

— N'est-ce pas, citoyens, que vous avez assez des gens riches? N'est-ce pas, que vous voulez qu'un des vôtres représente au Conseil municipal te grand parti ouvrier? Je sais que la fonction que Je sollicite est gratuite. Mais je vous connais.

Vous serez les premiers à prélever sur vos gains la petite somme nécessaire à Vexistence de votre repré^ sentant, kraon point de vue, toutes les fonctions publiques doivent^être rétribuées. Je ne demande h représenter le parti ouvrier que parce que je suis ouvrier moi-même. Gomme tel, je gagne ma vie. Conseiller municipal, je ne pourrai plus aller à Tatelier. Mais je crois pouvoir compter sur vous comme vous pouvez compter sur moi.

On a absolument fait semblant de ne pas comprendre.

Pour être juste, il faut ajouter que Joffrin ne se trompait pas. 11 avait raison de compter sur son parti qui lui a alloué ce qu'il demandait.

Ceci nous conduit à une explication que nous tâcherons de rendre aussi peu aride que possible, mais qui est nécessaire.

Le parti ouvrier de chaque arrondissement a un comité qui réunit et gère les fonds. Ces fonds sqnt constitués par le bénéfice des réunions pu-

bliques, — quand il y a bénéfice; — par des cotisations mensuelles qui sont généralement de cinquante centimes; par des souscriptions individuelles et volontaires, dont la plupart sont de vingt et de quarante sous.

Sait-on qu'à Montmartre les élections ne coiitent absolument rien aux candidats?

Ce sont les comités qui en funt tous les liais. Leur caisse est donc vite épuisée.

Tel est le cas de celle du parti ouvrier dos Grandes-Carrières. On n'a qu'à l'ouvrir pour en voir le fond.

Or, à la veille de l'éleclion de JofTrin, il lui entendu qu'on lui donnerait dix francs par yniv, tant qu'il serait conseiller municipal.

C'est le minimum de ce qu'il faut maintenant pour vivre, et l'on conviendra que Joîl'iin n'était pas trop exigeant.

Au début, tout alla bien.

On lui compta, sans se plaindre, ses trois cents francs par mois. Les semaines s'écoulèrent. A ia fin, cela sembla dur. En février 1883, les ouviicis gagnaient déjà peu. Ils avaient bien promis des cotisations mensuelles, mais, le jour oîi on venait les leur demander, ils répondaient :

— Ab ! dame! aujourd'hui; nous chômons, on paiera ça lé mois prochain.

— C'est que tout le mondo nous répond cela, et il faut payer Joffrin I

— Que voulez-vous que je vous dise? Adressezvous au comité nalionaJ.

Ce raisonnement n'était pas trop bote, car tous les comités ouvriers de i'rance sont dirigés par un comité national alimenté par eux. Dans certaines villes, il n'y a que des bénéfices avec lesquels on comble le déficit des autres.

On le comble... quand on le peut.

Ce comité national ne manque pa^i d'être fort tiraillé. Aussi est-il parfois contraint de laisser tirer la langue à ses clients.

Gela, naturellement, ne faisait pas le compte de Joffrin.

Avec ses amis, il avait fait marché à dix franc?:, tandis que, comme mécanicien, il gagnait jusqu'à douze francs par jour. Joffrin était, paraît-il, malgré ses fréquentes absences^ un ouvrier trî's recherché. Huit ans de séjour dans les fabriques d'Angleterre l'unt rendu très habile. En outre, selon une expression en usage dans les ateliers, dés qu'il est au travail, H masse. Gela veut dire qu'il abat beaucoup de besogne.

Des chiffres qui précèdent, il résulte que quand ^1 avait l'honneur d'être conseiller municipal, cet

honneur lui coûtait une soixantaine de francs par mois.

De là, ses premiers soupirs.

Il est vrai que ceux-ci ont été vite comprimés. Par malheur de nouveaux griefs ont rendu ses autres soupirs plus accentués.

Tout conseiller municipal a naturellement des dépenses extraordinaires. Un jour il faut aller à rhôpital de Bicêtre, le lendemain au Yésinet. Gela engendre des frais. De ces frais-là, on n'avait point parlé, mais Joffrin a tout de môme présenté sa note.

Les premiers mois, on a payé. Depuis, on s'est récrié. Déjà Ton avait de la peine à lui donner dix francs par jour. Payer les voitures avec cela, mais c'était la ruine I

Du coup, la ficelle s'est tendue. Bref, il est évident que si l'élection avait été à refaire, Joffrin ne se fût pas représenté et que, dans le cas où il se représenterait, il y aurait des chances pour qu'on ne votât point pour lui.

On objectera qu'en ce moment il y a beaucoup de réunions publiques , et qu'à la porte de chacune d'elles, les plateaux s'emplissent de sous.

Nous allons ici donner deux chiffres dont l'exactitude étonnera les intéressés eux-mêmes.

A la fameuse réunion où M. Clemenceau a

rendu, en 1882, compte de son mandai au cirque Fernando, les frais se sont élevés si haut que le comité électoral en a été pour soixante francs.

En revanche, à la réunion anticléricale organisée à l'Élysée-Montmartre par un citoyen à qui je ne veux pas faire de réclame, il y a eu neuf cents francs de bénéfice. Par malheur, celle-ci n'avait rien à faire avec le parti ouvrier. Ces neuf cents francs-là ont passé devant le nez de notre conseiller municipal.

Et voilà pourquoi Joffrin soupirait tant dès la fin de la première année de son mandat.

Le résultat financier des réunions de son parti est toujours des plus minces. Il faut pérorer énormément, crier, se frapper la poitrine pendant deux heures, transpirer comme un fort de la Halle pour avoir vingt francs de bénéfice.

Oh! comme il soupirait, Joffrin!...

Nous avons connu un temps où les ouvriers, après le travail manuel de la journée, pouvaient aller, le soir, dans les écoles municipales transformées en chaires d'éducation secondaire, étudier les sciences exactes, le dessin, la littérature.

Au commencement de 1882, le conseil municipal a changé tout cela.

Il a autorisé les clubistes à ouvrir des réunions

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publiques dans les écoles. Vous comprenez que, maintenant qu'on a le choix, il n y a plus d'hésitation. A Talgèbre on préfère tout naturellement le tapage politique.

C'est Joffrin qui a inauguré la chose dans les écoles de la rue du Poteau, des Grandes-Carrières, et de la rue I^pic.

Aux Grandes-Carrières, j'ai vu, certain soir, un véritable tableau de Rembrandt.

Au milieu delà haute salle enfumé!.^ imo petite ta])le devant laquelle est assis le buiv.iu. Un long tuyau do poôle passe au-dessus ;?.- hHc-. Dans un angle, un escalier en échelle ap^Uiqur contre le mur. Tous leô bancs de la clasSv*, loutos les marches de l'escalier portent un niunde invraisemblable. Là où il y a do la place pour dix, on est quinze. C'est qu'on va dire du mal des bouryeois. Quelle fête !

Ces réunions sont organisées par le parti ouvrier socialiste, dont le grand leader est précisément le mécanicien Joffrin qui dévoile a.-sez crûment les desiderata de ce parti.

Ce que veulent les adhérents de Jolîrin, c'est :

1° La lutte sur le terrain des classes et la création d'un parti exclusivement ouvrier, en opposition aveo

tous les partis purement politiques, y compris le parti radical socialiste, suspect, lui aussi, de bonrgeoisisme.

Ici une p.'ironlliô^o. Pour le parti ouvrier, cou^mêmes qui, jusqu'à ce jour, oui défendu >ia cause, ne sont que d'allrcux bourgeois qu'on ne doit plus laisser spéculer sur le socialisme. Ainsi, Henrv Maret n'est plus le citoven Mnret, mais monsieur Maret. L'ouvrier seul a le dr -il de s'appeler citoyen. Mais, continuons :

2° ConqiKHe des fonctions électives dans la commune et dans l'Etat, afin d'arriver à :

3<* La socialisatioïi dos instruments de travail, fabrique, usines, gros outillage, sol et sous -sol, champs et mines.

Joffrin dil :

— Le travailleur, est fatigué de son éternel rôle d'exploité. Il est le collaborateur du patron. Il doit participer aux mûmes bénéfices que lui. Plus de salaires! Des gains. Le salariat est un vol... Le peuple veut la véritable rémunération de son travail, c'est-àdire l'abolition du salariat!... Aux dernières élections, nous étions vingt-deux mille. Nous serons trente mille aux prochaines. Quoi qu'on fasse, l'avenir est à nous.

Songez qu'autrefois on se montrait un libéral. Les libéraux sont devenus républicains, puis radicaux, puis intransigeants. Aujourd'hui déjà, tous voyez des bourgeois se dire socialistes. Patience. Réunissons-nous souvent comme ce soir. Attirez vos amis, et bientôt Paris qui est à nous, puisque c'est nous qui faisons ses maisons, ses voitures, ses habits, ses livres, Paris nous donnera toute .la France. Commençons par réclamer ensemble la socialisation des fabriques. Bientôt nos frères de la culture se mettront avec nous.

Si nos gouvernants se donnent la peine de lire ces liijçnes instructives, qu'ils tirent eux-incmes la conclusion I Qu'ils mesurent la proibndenr de l'abîme qui nous est chaque jour creusé par leur faiblesse, lis comprendront oîi peut nous mener cette guerre au salariat.

Hélas I plus d'un bourgeois de Theure présente sort (les anciennes classes du soir, où il allait sous TEmpire. Est-il besoîndese demander quelles gens sortiront des tristes écoles que l'on vient d'inaugurer I

Quant au style dans lequel Joffrin débite ses élucubrations ouvrières, il ferait la joie des lettrés.

Joffrin traite la langue française comme il voudrait traiter la société.

Sur ses affiches de mai 82, figurait la belle

phrase suivante : « Ce n'est donc pas eux, que

«DUS avons à convaincre; ils le sont. »

r Et les membres de son comité, marchant sur

ses traces, allaient même jusqu'à bouleverser

l'orthographe des noms célèbres.

■ L'un deux, donnant son adresse, écrivait : rue

Oudon,

Ahî Montmartre a pu se vanter d'être élégamment représenté !

Montmartre? Permettez. Il y a 7,217 électeurs inscrits. Joffrin a eu en tout l,50i voix. Il ne représentait donc que le cinquième des électeurs. Quelle belle loi que la loi électorale I

Et trois mois après, le 25 août 82, nous avions sur le mont des Martyrs le triomphe de Joffrin, rendant compte h ses électeurs de sa noble conduite.

Tant de labeur méritait son pavois !

Théâtre du triomphe : la salle des écoles de la rue Lepic, un bâtiment qui fait face au pavillon occupé alors par un auteur dramatique, M. Louis Davyl. C'est bien cela. Comœdia I Semper Comœdia I

Donc, là où, dans la journée, les instituteurs élèvent .les enfants, Joffrin, le soir, instruit le peuple.

Et cela, sous les yeux vigilants du président

102 LES SURVrV'ANTS DE LA COMMUNE

Charpentier. Rien de commun avec l'éditenr connu.

Citoyens, dit Joffrinje viens vous rendre compte du « peu de travail » que j'ai pu faire au Conseil municipal. Parlons d'abord du budget de la police. J*ai refusé de le voter. Ce n'est pas à nous de cootinuer les traditions de l'Empire. Au lieu de Piétri, nous avons Camescasse et ses cas?e-têtes. La différence n'est pas sensible. Je ne suis pas votre représentant pour nourrir ces gens-là.

Pendant qu'on l'applaudit, c'est le moment de tracer enfm le portrait de Joifrin. Il a un défaut de prononciation, il zézaye, mais il n'est pas mal. Il a une tôle de réactionnaire. Je vous le jure. Front carré qui pense. Joues pleines. Menton grassouillet, coupé 'en deux par une petite fossette. Un menton de propriétaire pas Lete. Moustaclies blondes d'ancien soldat,

Joffrin, uaoB ami, prenez garde. Vous appartenez à uH parti où l'on n'aime pas les gens si dodus que cela. De plus, votre nez pointu dit votre ambition. Pensez à Gambetta, à Lullier, à Lîssagaray. Vous n'en avez pas pour longtemps.

Je ne vous marchanderai donc pas. votre trio<i]ipihie^ . ,. ; ■ .

Flétrissez, tant que vous le voudrez, la République bourgeoise.

On ne tardera pas à vous traiter, vous aussi, de boiirgeois. Déjà votre ventre a sa chaîne à breloques, que vous aimez à faire danser, en parlant au peuple.

Puis vous êtes trop proprement mis. Gela vous coûtera cher.

Ert attendant, Joffrin traite, comme suit, de la question ouvrière :

Citoyens,, il ne faut pas qu'on fasse une classe dans notre classe. Parmi vous, quels sont les heureux? Les ouvriers de bâtiment que le.Conseil municipal favorise ! Il leur octroie de 8 à. 9 francs par jour. J'ai protesté, car •il n'est pas juste que des ouvriers, — qui ont du mal, je le sais, — gagnent tant, quand les cordonniers, les tailleurs, en travaillant jusqu'à dix-sept heures par jour, ' ont beaucoup de peine à atteindre leurs 5 francs. Tant ^u'on verra un Conseil municipal favoriser une secte «ans rien faire pour les autres, on entendra mes protestations. Il ne doit pas y avoir de privilèges dans le traraik Personnellement, je n'en admets pas.

Applaladîssements enthousiastes .

Eti Joffrin en récolte de semblables, en pariant delà Compagnie dû gai qu'Alphonse Humbert, dit-il, a été le seul à attaquer, probablement parce

que les autres se sont laissé « éclairer » par la Compagnie.

Rires approbatifs.

Successivement il parle de tout, de la guerre égyptienne qu'il flétrit, du ministère qu'il raille, de Gambetta qu'il daigne plaindre, de ceux-ci et de ceux-là. Et, tout le temps, on applaudit.

Gomme c'est bon de monter au Gapitole î

Mais l'heure des bocks est proche. Contre un mur, le meilleur ami de Torateur, le citoyen chansonnier J.-B. Clément rédige un ordre du jour conçu à peu près dans ces termes :

Les électeurs du citoyen JolTrin, après avoir entendu ses explications, le remercient de son dévouement à la cause du parti ouvrier, et déclarent coutinuer à lui accorder leur confiance.

Cet ordre du jour est voté à l'unanimité.

Pauvre Joffrin î Combien de temps ce succès durera-t-il?

Si Shakespeare vivait de nos jours, il ne dirait plus : Perfide comme l'onde... Il dirait : Perfide comme une réunion publique...

Combien de temps ce succès a duré?

Deux ans à peine.

Joffrîn, lui, pourrait dire aussi : Perfide comme le suffrage universel.

Au commencement de 188 i, il redevenait d'actualité. Il venait d*être blackboulé, injustement d'ailleurs, aux élections municipales.

Le 15 mai, on parlait de lui dans tout Paris. Il était malade. Je le vis aussitôt. Il me dit :

— Ne me blaguez pas trop !

— Non, citoyen, je ne vous blaguerai pas. J'admire quelquefois les vainqueurs, mais je plains toujours les vaincus. Dans les circonstances présentes, il serait infâme d'être cruel.

Le chef du parti ouvrier était alors intéressant sous diirérents aspects. Les prêtres de jadis faisaient leurs sermons en trois points.

Procédons de môme. Premier point : Causes de l'insuccès de Joffrin. Deuxième : Sa maladie. Troisième : Son avenir.

Les causes de l'infortune politique de l'ancien conseiller municipal sont multiples. Certains électeurs vous diront : 11 s'occupait trop de politique et pas assez des intérêts locaux. D'autres : 11 a perdu des voix en troublant et en empêchant, avec ses amis, une réunion privée ouverte par son adversaire. D'autres encore : Il a eu le tort de croire le parti ouvrier trop puissant et d'écrire

aux journaux purement radicaux que, désirant se passer de leur concours, il les priait de ne pas le mettre sur leurs listes. Enfin, puisqu'il faut faire entendre toutes les cloches , ses amis soutiennent que c'est son succès môme au premier tour qui a été cause de sa chute au second. Il avait quatre cents voix de majorité. Il faisait un temps magnifique, le matin du second tour. On est parti h la campagne, ou on est allé travailler sans remords en se disant : « Il est sûr d'arriver ^>. Dernière cause : On a reproché au parti ouvrier de ne pas se désister dans les quartiers où il n'était pas premier et où ily avait ballottage. Les partisans du parti radical ont ajfi de môme à Montmartre et ne se sont pas désistés en faveur de l'ouvrier triomphant. Il se peut, au fond , que chacune de ces causes ait contribué au résultat final. Mais à quoi bon discuter sur les faits accomplis?

Le lendemain de l'élection, JofCrin, qui, depuis quelque temps, avait un bobo à la lèvre, alla consulter un docteur. Celui-ci lui reprocha d'avoir négligé ce mal et l'envoya chez des médecins spéciaux, qui reconnurent une épithélioma. C'est ainsi que l'on nomme une décomposition du sang à la surface du corps.

Ils déclarèrent une opération nécessaire. On

résolut de le faire entrer à l'hôpital. L'opération n'a eu rien d'agréable. A l'aide d'un fil de platine rougi à blanc, qui taille et cautérise à la fois, on lui a coupé une veine dans la partie gauche de la lèvre inférieure. Je me souviens que, la veille, je lui ai demandé : « Vous vous ferez endormir? » Il m*a répondu : « Jamais de la vie. Il faut apprendre à soullrir. »

D'après lui, cotte maladie renn'.ntaitàlxTl. l-^ilo était la conséquence d'une bles^jure qu'il ror;:it au môme endroit pendant ia Gomnumo.

On a proposé h JoiFrin de le faire niotti!.» à la maison Dubois. Il a répliqué qu'ouvrier il devait aller, comme ses iVèros, à i'iiospioc. Cr-t peutêtre bien de l'exajfération politique î

A-t-il désanué au sortir de l'Iinpilal? Xnn pas. Il attenfl impatiemment de nou\clI<^- l'W.M'tions, — continuant à s'occuper de sou pai li. à parler dans les réunions, à écrire «^ nour l'imuiieur » dans le journal Ir Pro!>'^fftriot,

Nous avons parlé de l'allocation que', connue conseiller municipal, il recevait dupu'li ouvrier.

Les sous-chefs du parti voulaient continuer à lui fournir cette somme pour lui permettre de donner tout son temps à la politique active. Il n'a pas consenti.

Avant d'être conseiller municipal, il était, nous lavons dit, ouvrier mécanicien, ayant la spécialité des machines à coudre. Il a repris son état.

En tout cas, il faut reconnaître que, comme conseiller municipal, il n'a jamais rien eu à se reprocher. Il a assisté, tant qu'a duré son mandat, à toutes les séances du Conseil, moins une, parce que, cette fois-là, il faisait une conférence à Lille.

Joffrin reviendra sur Teau possibiliste.

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