‹ Les survivants de la communeChapitre 38 sur 68 · LOUISE MICHEL · texte numérisé non relu

LOUISE MICHEL

On célébrait le 5 janvier 1881, selon le rite de la Libre-Pensée, les obsèques de Blanqui.

Quelques centaines de convaincus et cent mille badauds avaient suivi le corps. C'était presque une seconde édition des obsèques de Victor Noir.

Les députés Louis Blanc, Barodet, Gantagrel, Daumas, Amat, Vernhes, Talandier ; les citoyens Henri Rochefort, Jules Vallès, Alphonse Humbert, Edmond Lepelletier, Fortin, le général Eudes, Lissagaray, Arnold, Vaillant, Longuet, Gaillard, Courue t ; les citoyennes Marie Ferré, Léonie Rouzade, Lemelle, Gadolle, étaient là.

Et entre toutes et tous particulièrement regardée, celle dont on a tant parlé depuis la Commune, la terrible LOUISE MICHEL.

L'un après Taulre, sur le bord de la tombe, le général Eudes, au nom du parti blanquisto, le citoyen Roche, au nom de la ville de Bordeaux, le citoyen Lepelletier, au nom de la Libre-Pensée, le citoyen Sussini, au nom du socialisme révolutionnaire de Marseille, ont parlé.

Tout à coup les rangs s'ouvrent, comme au théâtre, à l'entrée du premier sujet.

Place à Louise Michel. A son approche, un brouhaha se fait.

Droite, rigide, vêtue de noir comme toujours, presque drapée dans un grand voile qu'on prendrait pour un linceul noir, elle se place sur le bord de la tombe d'oîi elle semble sortir, les grands yeux fauves tout béants, le nez taillé

comme avec un couteau au-dessous d'un front d'anachorète.

Elle lève le bras droit avec un mouvement de marionnette et de sa large bouche aux lèvres minces tombent lentement, mesurément, sur un ton de récitation, ces paroles enfiévrées que Bouchardy eût mises volontiers dans un rôle de Masanîello féminin :

— Blanqui, ta mort est une apothéose. Plus l'homme est enfoui, plus l'idée domine... Si on venait ici nous massacrer tous pour tes doctrines, tous nous serions heureux, et ceux qui ne sont pas ici s'empresseraient d'y accourir.

En étiez-vous si sûre que cela, mademoiselle ?

— A côté de nos chers morts de 1871, au nom de Rigault, au nom de Ferré, je flétrirai sur cette tombe toutes les ignominies, quel que soit leur nom, empire ou opportunisme. Je te vengerai, Blanqui I

— Vive Louise Michel ! Vive la Commune I

A ces cris, M. Blanqui fils se retire. Son départ est même très remarqué.

Un citoyen se présente au nom des socialistes de Lille. Gomme on cause bruyamment autour de la tombe, il juge à propos, ce dont nous le

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remercions, de clore son discours qui avait pourtant commencé par un grand effet :

— Blanqui est morf . Vive la Révolution sociale I

Louise Michel reparaît. Nous allons apprendre pourquoi l'on causait tant tout à Theure.

Citoyens, dit-elle, Paule Minck devait venir parler sur cette tombe. Je le sais I Elle avait reçu des dépêches de tous les départements de France qu'elle était chargée de représenter en ce lieu solennel. Il a fallu qu'on Tait empêchée de parvenir jusqu'ici. Elle y est pourtant puisque j'y suis et que je me charge de remplir son mandat, etc..

Après deux autres discours de comparses, la cérémonie est terminée. Alors commence une bousculade inénarrable. Les uns voudraient se retirer. Les autres voudraient approcher. D'oîi deux courants opposés, furieux.

Le citoyen Lepelletier a la bonne idée de conseiller de faire une trouée en règle. Un autre montre comment il faut opérer. Aussitôt chacun prend dans ses bras celui qui le précède, et l'on s'avance en poussant. Gomme elles sont solennelles, ces grandes cérémonies populaires !

Pendant un quart d'heure , c'est une mêlée

qu'on ne saurait peindre. Il y a de ci, de là, des groupes de dix personnes dont aucune n'a pied. On dirait vraiment des flots liumains. Aux descentes, cela devient terrible. r)n a beau frémir, on est poussé tout de môme. Enfin, Ton respire. On se trouve, sans savoir comment, à la porte du cimetière.

Là, nouvelle bogarre.

Un autre courant se produit. C'est rhéroïne de la cérémonie que l'on acclame, que l'on entraîne. Elle essaie, pour échapper à l'ouragan, de monter dans un fiacre qui stationne devant l'administration du cimetière. Le cocher se refuse énergiquement à la laisser monter. Il a été loué par l'inspecteur du Père-Lachaise.

Louise Michel prend un autre clicmin. Deux mille hommes la suivent, hurlant: « Vive Louise Michel! Vive la dévolution sociale! » avec calembour, car on n'ignore pas que tel était le litre de son journal.

Alors, spectacle étrange, inouï, un des cinq officiers de paix de service au cimetière, un jeune homme au visage de créole, s'avance et lui dit :

— Mademoiselle, permettez-moi de vous ouvrir un passage.

Naturellement il y parvient.

Il fait héler un fiacre.

— Ah! monsieur l'offlcier de paix, s'écrie Louise Michel, qui est la naïveté môme, vous êtes vraiment bien gentil i

Si c'était touti mais non! Les forcenés suivent la voiture, qu'ils obligent à aller au pas et qui arrive péniblement à la Bastille. Là ils contraignent le cocher à faire deux fois le tour de la colonne et entourent le fiacre en vociférant la Marseillaise,

Louise Michel n'est rentrée chez elle qu'à la nuit, radieuse, enflammée. Blanqui était mort, mais elle s'imaginait avoir vu à ses obsèques cent mille socialistes !

Et, comme le lendemain, je racontais ces choses, la femme d'un de mes amis me proposait de me fournir sur la Jeanne d'Arc de la Commune des renseignements absolument intimes.

On ne doute pas de mon empressement à les accepter. Gomme je lui savais un joli brin de plume au bout du doigt, je la priid de les rédiger à mon intention, ce qu'elle fit avec une bonne grâce dont les lecteurs lui sauront gré.

Ils auront ainsi l'histoire de la jeunesse de Louise Michel racontée par un témoin de sa vie :

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« Il y a plus de vingt ans, -— c'est maintenant tna collaboratrice qui parle, — une institutrice qui eut longtemps une certaine réputation dans le quartier de la Bastille me présenta mademoiselle Louise de Mailly. C'est le nom que donnaient encore à Louise Michel ses amies d'enfance et les gens de son village; elle le porta à Paris assezlongtemps après la mort de son grand-père. Ces dames, catholiques pratiquantes, très charitables, plaignaient indistincterïient toutes les misères. Louise y employait l'ardeur de dévouementquil'aperdue. Je me sentis irrésistiblement entraînée vers ce cœur généreux, vers cet esprit orné, qu'un grain de folie rendait plus séduisant encore. Ce grain, devenu si énorme, est un héritage de famille. Son père et le frère de son père sont morts hypocondriaques et à peu près fous. Son grand-père vivait en savant du moyen âge, inspirant une certaine crainte aux paysans qui le croyaient bien un peu sorcier, Louise, née dans le château, y fut élevée par le vieillard comme une fille légitime. Le gentilhomme encyclopédiste et bizarre n'avait pas de préjugés. 11 fit l'éducation de sa petite-fllle par la lecture et par les conversations; il la fit toucher à toutes choses, religions, sciences, philosophies, beauxarts, mais toucher seulement, sans ordre ni réflexion. C'est au château de Mailly que Louise vît

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deux fois Victor Hugo ; à son admiration pour le poète se joignit une alTection passionnée, que je puis certifier au-dessus de toute suspicion. Une correspondance assez suivie développa Texalta- Uon généreuse de ce cerveau mal équilibré. Peu à peu les théories humanitaires du maître, agrandies par les mystérieuses et mystiques formes qu'il emploie pour les hausser au ton prophétique, remplacèrent les grandes croyances et les humbles vertus chrétiennes ; la jeune fille rêva de se dévouer au salut de l'humanité; Torgueil latent au fond de notre pauvre espèce lui souiïla, non pas la passion de Théroïsme, mais l'ambUion d'être une Jeanne d'Arc ou une Gharlotic Gorday. L'abominable politique complétant toujours les leçons de la philosophie moderne l'a conduite aux abîmes. Lorsque je connus Louise, elle n'en était pas là, elle dirigeait et soutenait de son talent et de son dévouement la maison d'une très vieille institutrice, préparait avec zèle ses élèves à la première communion. Ses jeunes filles rem-^ portaient les premières places au catéchisme; Louise très savante, était fort appréciée des catéchistes, bien que les notes qu'elle prenait aux instructions fussent illujgtrées de croquis humoristiques dont ils riaient les premiers. Elle leur composait de jolie musique pour les cantiques de

circonstance, elle en faisait quelquefois les paroles. Les enfants l'adoraient.

» Après ses classes, elle allait faire la lecture à un vieillard aveugle et courait à la Bastille lorsqu'elle n'avait pas à visiter quelque malade ou quelque infirme. Toujours prête à rendre service et à ouvrir la main, même aux indignes, elle plaidait leur misère avec tant d'éloquence qu'on finissait toujours par donner ce qu'elle demandait. Elle avait une manière irrésistible de dire certaines phrases qu'elle soulignait d'un regard plein de reproches de ses yeux de velours, éclairant alors un front d'une blancheur nacrée, et couronne de cheveux châtains d'une extrême finesse.

» Quels ravages la passion et la folie ont faits sur ce visage ! Louise écrivait une bonne partie de la nuit; elle possédait des qualités éminemment poétiques, Tinvenlion, le sentiment et le souffle; mais il lui manquait l'esprit de suite et la réflexion. Ce qu'elle a commencé de travaux est inimaginable; aucun, je crois, ne fut terminé. Elle avait cependant un certain ordre, mettait au net dans un livre de copies tous ces commencements de poésies ou de prose, laissant entre eux des pages blanches» qui ne furent, hélas! jamais reanplies. H y avait là des pensées puissantes et

d'un grand jet. Entre les meilleurs morceaux, la Mort de John Broivn est à citer.

j) En dehors des travaux pédagogiques, ses qualités de prosateur sont médiocres; il faut de la mesure et de la suite pour bâtir la moindre nouvelle. Quelque brillante que soit l'imagination, cela ne suffit pas; il faut une fin qui se rapporte au commencement.

» Elle rêva cependant de faire un livre ; et je crus, pendant plusieurs mois, qu'elle le mènerait à sa fin. Elle pensait, ce qui est vrai jusquàun certain point, qu'il n'est pas d'intelligence, si enfermée qu'elle soit dans la matière, qu'une autre intelligence, animée d'un grand amour du bien et d une ardente volonté, ne puisse pénétrer d'un rayon. N'ayant point de goitreux sous la main, elle expérimentait sur les animaux, et quels animaux I Une couleuvre, une tortue et une souris blanche, logées dans la cheminée de sa classe, dans un jardin de mousse soigneusement caché derrière le paravent, car la vieille institutrice, qui l'aimait beaucoup cependant, ne supportait guère ses enfantillages- Elle nous ensorcela si bien que nous commençâmes une espèce d'association pour donner une partie de notre temps à l'éducation des idiots. Nous comptions sur le livre pour attirer sur notre œuvre quelque chose

de pins nécessaire encore que la bonne volonté; hélas I les Lueurs dans V Ombre eurent à peine quelques chapitres , les premières pages en furent seules Imprimées, sous le nom ô!£njolràs. Ij^q Misérables venaient de paraître, l'auteur les lui envoya par un pontife de la libre pensée, qui la mit en rapports avec les généraux en chef des frères et amis. De ce moment, la politique commença de troubler cette imagination vagabonde, et il n'y eut plus de malheureux sur la terre que le peuple. Il fallait instruire le peuple , écrire pour le peuple. Tant que la maison d'éducation de la rue du Ghâteau-d'Eau resta aux mains de la Vieille institutrice, Louise ne voyait que rarement ses nouveaux amis ; mais les infirmités obligèrent la maîtresse de pension de céder. Louise la suivit et la soigna jusqu'à sa mort avec son dévouement ordinaire. Heureux de mettre la main sur une proie si facile, ces Messieurs lui procurèrent des leçons et commencèrent à s'en servir pour attirer d'autres esprits avancés parmi les femmes. Les républicains en manquent toujours. Un des professeurs de la Société d'instruction de la rue Hautefeuille, M. Francolin, s'en empara et là fît marcherj Dieu saitl II se faisait alors un, grand mouvement scolaire. En dehors de l'utopie des femmes médecins et députés, les femmes .vrai-?

ment instruites et pratiques essayaient de renouveler le mode d'enseignement, tout à fait insuffisant et défectueux. Nous souhaitions surtout établir l'enseignement oral, tel qu'il se pratique aujourd'hui |dans les cours. Après quelques menées plus ou moins avouées, ces Messieurs de la rue Hautefeuille envoyèrent une circulaire à toutes les institutrices de Paris, les invitant à une conférence ayant pour but de s'entendre afin de chercher les moyens pratiques d'arriver au ré" sultat désiré. Nous y allâmes en grand nombre. Des noms justement estimés pourraient ôlre cités. Ces messieurs firent patte blanclie ; chacune de nous souscrivit pour les premiers fiais de l'association.- Jour fut pris pour la lecture dos statuts. Entre temps on se consulta, on se demanda : Où veulent-ils nous conduire? On alla écouter les statuts, mais la séance fut orageuse. On ne trompe les femmes que lorsqu'elles le veulent bien; nous découvrîmes le bout de l'oreille et l'école sans Dieu. Il y eut une troisième séance. Louise fut obligée de m'avouer qu'elles n'étaient pas dix. Elle n'en resta pas moins attachée h Y Instruction populalre et le Francolin lui persuada de recruter des institutrices pour faire des lectures aux femmes du peuple, après leur journée, dans tous les quartiers de Paris. Ce que nous tentâmes pour la dis-

suader de ce beau projet fut inutile ; elle lit des lectures à Montmartre et y commença sa carrière publique.

» De ce moment je la vis de moins en moins.

J'en éprouvai un grand chagrin, mais je désespérais de la sauver. Elle prit une pension à Montmartre. Je la rencontrai deux ou trois fois aux examens et je la trouvai chaque fois plus descendue. Ses manières et son langage se ressentaient du milieu qu'elle hantait. La guerre vint. J'appris par la rumeur publique ses folies et ses crimes, et je ne puis penser à elle sans une douloureuse émotion. Il est toujours cruel de voir tomber une âme. Lorsqu'elle tombe par l'exagération de tant d'aimables qualités, cela est encore plus pénible. Je ne saurais assez remercier l'écrivain honnête homme qui flétrirait comme ils le méritent ces prétendus sauveurs de la société, ces amis du peuple, habiles h se servir des cœurs généreux qu'ils dupent, et qui ne craignent pas de répondre à ceux qui osent leur reprocher de perdre la vie d'une femme, et de s'en faire un drapeau : Que voulez-vous, il faut bien que quelqu'un marche en avant, il nous en faut comme cela pour entraîner les masses (Textuel).

» Aucun de ceux qui ont connu Louise, je parle du passé, ne pourrait l'accuser d'un défaut; elle

n'a jamais eu Tombre de coquetterie, elle vivait de rien, s'occupait constamment, soit de la main, soit de la plume. Ses amies seules avaient le droit de se plaindre des impôts qu'elle levait sur leur bourse, surtout après la mort de sa vieille amie.

» Elle arrivait h huit ou neuf heures du soir, après ses leçons et disait naïvement :

» — // n'a pas dîné.

» Si le garde-manger était vide, un pot de confitures faisait l'affaire. Du café noir, quand il n'y avait que cela. Elle ne fit jamais, je pense, d'autre cuisine, elle ne vivait guère que de cafo. Elle en prenait en cachette, sa vieille amie couchée, et le fabriquait dans une cafetière fantaisiste cachée dans un coin de sa ménagerie.

» Toujours au dépourvu, avait-elle des lettres à écrire, elle les écrivait dans un coin.

» Il n'a pas de papier. // n'a pas de timbre, et cela coûtait quelquefois plus cher que le dîner.

» Rarement elle empruntait de l'argent; il arrivait quelquefois qu'on lui en donnât pour un besoin urgent. C'était un tort. Il y avait toujours à sa porte un malandrin ou une drôlesse qui l'en débarrassait.

» Si maintenant elle dîne tous les jours, si elle porte une rotonde fourrée, c'est que quelqu'un

s'occupe de sa toilette et de sa cuisine. Quant à l'argent qu'elle gagne, croyez que ce n'est pas elle qui en profite. Elle est incapable de gouverner même la bourse du Juif errant. »

Ici s'arrête le récit de ma collaboratrice.

A Tappui de ces notes, je dois publier les renseignements suivants :

Cest à Vroncourt, Haute-Marne, arrondissement de Chaumont, canton de Bourmont, que Louise Michel est née en 1830, /e29 mai, à 5 heures du soir.

Voici d'ailleurs l'extrait de naissance qui a été relevé sur les registres mêmes de l'état civil :]

N° 6 Michel (Louise)

L^an mil huit cent trente, le vingt-neuf du mois de mai, à Theure de huit heures du soir, par devant nous Etienne-Charles Demahis, maire de la commune de Yroncotirt, canton de Bourmont, département de la Haute-Marne, est comparu Claude-Ambroise Laumond, âgé de quarante ans, docteur en médecine^ domicilié à Bourmont, lequel nous a déclaré que le vingt-neuf du mois de mai, à cinq heures du soir, la demoiselle Marie, Aaae Michel^ femme de chambre,

demeurant au château de Vroncourt, est accouchée dans ladite maison d'un enfant du sexe féminin qu'il nous présente et auquel il donne le prénom de Louise et le nom de Michel, lesdites déclarations et présentations faites en présence de Josepli-Kenoît Girardin, âgé de trente-quatre ans, coutelier, domicilié à Vroncourt et de Claude-Desgranges, âgé de trente-quatre ans, propriétaire, domicilié à Vroncourt et ont, le déclarant et les témoins, signé avec nous le présent acte de naissance après qu'il leur en a été fait lecture,

Dkmaîiis, a. Laumond,

GlKAKDlX, DeSGHANGES.

« Vroncourt, a-t--on écrit au Figaro, est un polit pays de 130 habitants environ, fort coquclteinent établi au flanc d'un coteau.

» Avec ses toits couverts les uns délave, et les autres de tuiles, avec ses pignons blancs, il forme, sur le fond sombre des vergers, une mosaïque du plus piquant elîet.

» Quant au château oii est née Louise Michel et qui appartint autrefois aux Glermont-Grôvexœur, c'est une ruine.

» C'est un grand bâtiment carré, flanqué de quatre tourelles malades et assiégé par une végétation gourmande qui se glisse sous la porte mal jointe, et escalade sans peine les fenêtres. Quel-

LES FEMMES DE LA C0MMXJN:2 1 iT

ques pots de moineaux sont suspendus comme des verrues aux murailles. Tout autour, un grand parc abandonné.

» La commune de Vroncourt et les petites communes avoisinantes, Couches, Audeloncourt, Gouvernes, Guermantes, sont pleines de légendes sur les origines de la célèbre anarchiste.

» Ainsi on y donne comme certain que sa mère a été livrée à la bestialité d'un châtelain idiot, dans le but d'améliorer l'état mental de celui-ci 1 1 !

» D'où... Louise Michel. »

Elle avait vingl-trois ans quand elle tenta publiquement sa première œuvre politique.

Très connue dans le pays où ses débuts en poésie l'avaient fait appeler la Muse d' Audeloncourt, patronnée par M. et par madame de Froidefond, elle lança une souscription pour la création d'un bureau de bienfaisance dans chaque commune y et de nouveaux chantiers et ateliers de travail en tous genres.

Sur la première liste publiée par YÉcho de la Haute-Marne^ le 27 septembre 1853, et dont je possède un exemplaire, on lit :

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