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(Les survivants de la Commune à V enterrement de Jules Vallès, ancien membre de la Commune.)

Si les manifestations qui devaient avoir lieu, le lundi 9 février 1885 et les jours suivants, sur la place de l'Opéra ont avorté, il n'en a pas été ainsi de celle dont la mort de Jules Vallès fut rocçasion. Oh a pu, le jour de son enterrement, conajpter les chefs de l'armée blanquiste.

Le général Vaillant qui, se lassant d'être conseiller municipal, voudrait bien être député, avait réuni la veille ses soldats à la salle Graffart.

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Son entrée a été s^bsée parte cri aoanutneâe : • Vive la Commune ! » Gela promeitaît. /iv-

Vaillant a {^ronoqué* les réhroifitionBaAre& à prendre leur revanche aux obsèques de son. as* rien collègue de la Comniiinev éN9 9on une Mies Vallès, victime de la péliCBi

— Ce sont, en effet, âit>-il, Iw BgeàtBqat Vmi tué en allant, pendant sa' matedie', Mh^den perquisitions illégales Jusqpae daœ sonli^. Qvietoffiâ les anciens membres de la Commune, que tous les révolutionnaires viennent avec moi derrïôie le convoi, témoigner par leur seule présenbeidd leur indignation contre les manœuvres inqualifiables d'un gouvernement qui n'a plus rien h enwer à TEmpire.

Cette proposition a été accueillie par des acclamations.

A côté de la tribune, était collé le derMer numéro du Cri du Peuple qui avait paru eneadté de noir.

Après des discours dePonchet et d'Eudes j tout le monde s'est donné rendez-vous aux obsèques de Vallès. On voulait que la manifestatioûi fftt générale et réunît blanquistes et anarchiste*.

Le soir, la plupart des membres de- la • Gommune qui vivent encore se sont réunis au Crt'4u Peuple. ...

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Il a été décidé que]idfi(mr(>i i^evait cofidaiîl yar eux. ..■.-■■.'

Bans son testasoeent, Ysâlta & demandé ki bière des pauvres.

Ses amis toat^îs OBrl p«yé tme cAasse supérieure, mais n'ont empfmité à c«lle45i cpie les tentures de la portev

Et le lendemain, 16 février, veille du mardi-gras, oa a vu pour la premitee fois, en plwn Paris une manifestettion révolati^oaipe se produire en dehors de toute i^iterv^îitiôn. dç la police. Si scandaleux que le spectacle aU pu paraître à quelques-uns, je croîs; que le gouvernement a eu raison de suivre le conseil que, moi-même d'ailleurs, j'avais donné dans le Figaro.

Il est vrai qu'un immense cortège de révolus tîonnaires a promené, des hauteurs du boulevard Saint- Michel au Père-Lachaise, Tapothéose de la Commune, mais à part trois incidents étrangers au parti, il n'y a eu nulle tentative d'émeute. Tout au contraire, si les agents s'étaient montrés, on aurait peut-être eu cinquante arrestations à enregistrer.

Dès onze heures du matin, les voitures avaient le plus grand mal h circuler sur le boulevard Saint-Michel. Entre la maison mortuaire, située au n*» 77, et l'École des Mines qui lui fait face, il

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y avait bien huit mille révolutionnaires on curieux. Un grand nombre de blanquisles, ayant des immortelles rouges ou jaune» à la boutonnière, se pressaient devant la porte. Le corridor de la maison, l'escalier étaient pleins.

M. Blanck descend de l'appartement oîi est mort Vallès el monte sur une chaise :

Citoyens, dit-il, nous vous prions de ne plus essayer d'entrer. On va mettre le corps en bière. Immédiatement après, la levée aura lieu.

Pendant ce temps, les curieux, à tous moments dérangés par le passage des tramways, posent des pierres sur les rails. Le premier tramway qui veut passer, déraille. La scène devient comique. Les voyageurs, appeurés, se sauvent et sont aussitôt remplacés par deux fois plus de curieux que la voiture n'en peut porter. Derrière celle-ci, cinq ou six tramways s'arrêtent. On monté sur les roues. On envahit les marchepieds. La foulé est absolument dépourvue de recueillement. On jette du sable dans les yeux des voyageurs payants pour les forcer à descendre et pour les remplacer.

Du haut de son flacre, un habitué des réunions publiques, le cocher Mohr, récite une pièce de vers de sa composition. Il a fait entrer dans un

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;î'^texaH(trîîï le bélèbre mor : « Lô pr*oï)rîé{é,' c'est

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' r^ Gôniiu ! 8*écrié un étudiant.

— Citoyens, dit-il, le mot a été dit, il est vrai, par le citoyea Proudhon, mais comme il est très : beau, j'ai cru pouvoir le mettre dans mes vers.

On rit. Les étudiants acclament le cocher Mohr. La scène èûï paru navrante aux Véritables amis du défunt, à cèut qui gardaient le corps sur le petit lit de fer OÙ il était exposé depuis la veille... Mais derrière le tramway déraillé, d'autrès voitures se succèdent. Le cocher dé celui-ci supplie la foule de l'aider à remettre le tramv^ay sur ses rails. Oh y consent, à la condition qu'il laissera attacher un crêpe à la tôLe de ses chevaux. Il se prête à cet étrange désir. On pare ses ]t)ètes, puis on Taîde. On entend enfin sonner une Heure. T.a bière est placée sur le corbillard des pauvres. On la recouvré d'un drap noir, sur lequel on dépose une couronne rouge et l'écharpe de membre de la Commune.

On forme le cortège. Le deuil est conduit par le docteur Guebhard, l'ami le plus dévoué qu'ait eu Vallès. Une jeune femme blonde, tout en larmes, s'appuie à son bras. C'est sa flaheée, l'élève et la Collaboratrice de Vallès, la célèbre

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Séverine. Derrière eux se placent les anciens membres de la Commune, restés fldèiea À la cause, les citoyens Âmouroux, Arnaud, Arwîal, Ghampy, Cournet, Dereure, Dupont Glovis, Eudes, (rôrardin, Longuet, Malon, Martelet, Pottîer, Ré- ^^èro, Rochofort, Urbain, Vaillant, Viard. Viennent ensuite les rédacteurs du Cri du Peuple^ puis MM. Arsène lloussaye, représentant la Société des go.m de Lettros, Alphonse Humbert, Gladel, Laguerre, Lisbonne, Robert Gaze, Glémenceau, Duportal, Garjat, etc.

Pendant la formation du cortège, le plus grand tumulte se produit. A tout moment, ceux doutla place a été désignée d'avance sont repoussés par des intrus désireux d'être aux premiers rangs.

Le corbillard s'ébranle. Un formidable cri retentit: (' Vive la Commune I » Tout le long de la route, principalement aux angles des rues, ce cri se fait entendre, alternant avec celui de : « Vive la révolution sociale I » Derrière les premiers groupes sont portées deux couronnas. Puis on se montre les bannières, les drapeaux, onze en tout. Les bannières sont rouges et garnies diS mentions comme celle-ci : « Les Égaux du Xl« arrondissement ». Sur l'un des drapeaux on lit : « Vive la Commune I » Un deuxième est tout roug^, sans inscription aucune. Un autre est noir. Gelui-ci

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pepirésente le parti de Louise Michel. Dix raille badauds, stationnant sur les trottoirs, regardent ce défilé sans souffler mot, quand, au milieu des bannières, se dresse, au bout d'un long bâton, une couronne de violettes attachée par des rubans rouges, noirs et blancs.

Entre les fleurs est cette inscription qui se détache en lettres noires sur un carton blanc : « Les Socialistes allemands de Paris, à Jules Vallès. »

— A bas TAllemagne 1 crie un étudiant.

Une vingtaine d'Allemands entourent cette couronne. Sur le trottoir, les étudiants se réunissent. Us délibèrent. Devant la rue Royer- CoUard, ils s'élancent, criant : « Pas d'Allemaadsl » Ils veulent arracher la couronne allemande. Les blanquistes défendent les étrangers. Des pourparlers ont lieu. Les blanquistes disent : « Gène sont pas les socialistes allemands qui ont fait la guerre, puisqu'ils sont opposés à toute guerre. » Malgré ces paroles, une lutte s'engage. Un Français d'une cinquantaine d'années s'est mêlé aux étudiants. Il est plus excité qu'eux. Les Allemands le rouent de coups et le rejettent sur le trottoir. Tel est le premier des trois incidents mentionnés plus haut. Les deux autres, bten que plus violents, hii ressembleront.

Ictune observation : Était-ce à l'heure où le

gouvememcn) Inl-môme proclamait ht liberté en laissant circuler sur les boulevanls les:em- Iilèmes de rénieutet qu'il était bien convenable de ne pas laisser aux socialistes, mème^HemaRAs, la liberté de nianifeiîler?

Puisque les porteurs de la couronne étcûent défendus par les blanquistos, il n*appartenait pas au\ étudiants, il n'appartenait & personne, patriote ou non, de les attaquer.

Et pourtant, h partir de cette minute, le cortège qui toujours criait: « Vive la Gômmanel'» eut fi sa droite un ^Toupede deux cents étudiedlts qui, sur Tair des Lamplomj disait: «Pas d^AlIemands ! Pas d'Allemands ! » Au nom de la liberté, rien à re])rochor îi ce cri ; mais on ne s'est

pas contenté de crier. ,

Boulevard Saînl-iierniain, devant le Théâtre- Gluny, le second incident se produit. Les deux cents étudiants se précipitent une deuxième fois sur les Allemands, essayant d'arracher la couronne !

Cette fois encore, ils furent vaincus, mais après une mêlée où l'on a vu à plusieurs reprises couler le sang. Rue Saint-Jacques, un étudiant reçoit un coup de canne plombée. lA aussi il y a du sable. On en prend. On s'en jette dans les yeux. Puis oti

Ii.B3r(SBCTAIB£8 DS LA GOl^irNe Sfji

C'80^()ursuît:/On ae ^enoontre. On tombe (}aii3 u&e

- Leo^^ Corbillard continue sa mafché.

Êtdefei delà: <c Vive la GoHïtaïuie l Vît€ Itf flé-

volution sociale I Al bas les Altemattdil » ^ •

On arrive ainsi rue de la Hoquette. Là? au coin de la rue H^rall- troisième et dernier inoident patriotique.'Miàiiàteiiimtee sont^ des pierres que l'on jette aux Allemands* Geuxncl répondent en en lançant d'autres. Gomme toujours, c'est ^in passant ino.ffeneif qui.i3Bçoit en plein ne^ «np^de.ees . dernières- ,: / ; ^ , ,

A partît de oç moment, chacun ee bâte vers le cimetière; G'est à qui y arrivera le premier, par les chemins les plus détournési ;

^IDéjà le Père Lachaise est plein de curieux dotit le nombre est inappréciable. Le caveau oïl doit être déposé le corps est situé au milieu de la première voie à droite. Jusqu'à la chapelle, l'allée est encombrée. Dans la première, voie de droite, impossible de circuler. On se demande comment le corbillard pourra pénétrer. , . , .

Jl vient cependant' Il approche . On se serre. G'est une mêlée 4ont on a pas idée. On ne peut faire un mouveilaent. On crie: « Chapeau bas I » Mais il serait impossible de lever les bras pwr

prendre son chapeau. On est encaqué. On a le corps comprimé. On ne respire plus.

A peine la bière est-elle enlevée du corbillard, dix, vingt, trente citoyens grimpent sur celui-ci. Autour de nous, tous les monuments sont encombrés. Lo^ arbres ploient sous les grappes humaines. On ne voit plus une tombe. Il n'y a plus que des curieux.

— Respect aux morts I crio quelqu'un.

— Vive la Commune I répond la foule.

Gomment les orateurs ont-ils pu approcher de

la tombe ? Mystère.

— Citoyens... crie le premier d'entre eux, le citoyen Massard, du Cri du Peuple.

A sa parole, le silence se fait.

Nous regardons la foule. Elle se compose de tous les malheureux de Paris. Le voilà, le meeting des ouvriers sans ouvrage. Pour l'instant, les manifestants sonl bien heureux. Ils se croient au théâtre. Ils se montrent, il se nomment les acteurs qui sont de vrais hommes, tous connus.

Il y a bien dans la foule trois membres de la police, les commissaires Dresch et Lejeune et l'inspecteur divisionnaire Honnorat ; mais ils sont en bourgeois. On ne les reconnaît pas.

Parlent ensuite les citoyens Vaillant, Rochefort et Longuet. Puis commence, devant la tombe,

le défilé des bannières et des délégations, qui a duré une heure.

Pendant que les anciens communards se rendent dans l'enclos des fédérés, la sortie s'effectue sans incident. On est fatigué d'avoir été pressuré. Toutefois, on suit Rochefort jusqu'à sa voiture. On l'acclame : « Vive Rochefort I »

Place Voltaire, est joué le vaudeville final.

Tout le temps, les anarchistes se sont tus. Ils n'ont pas été invités à jouer de grands rôles dans la petite pièce. Ils ne sont pas contents. Aussi veulent-ils leur revanche. L'un d'eux, se plaçant sur le socle de pierre où se dressait la statue de l'auteur de Candide, fait un discours incendiaire.

Tout à coup, les anarchistes s'élancent vers lui, le saisissent au collet. Peut-être le prennentils pour un agent provocateur. Le fait est qu'ils le conduisent au poste de la mairie et le remettent aux mains des gardiens de la paix. Par nialheur, ceux-ci ont reçu l'ordre de n'arrêter personne. Us pourchassent la foule. Tel est le dernier incident de cette mémorable journée à laquelle il n'a manqué, du commencement à la fin, que le respect de la mort.

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