‹ Les suspects en 1858: étude historique sur l'application de la loi de surété généraleChapitre 57 sur 60 · TAH.N · texte numérisé non relu

TAH.N

Le préfet de ce département était M. MonUtis, Nous croyons savoir qu'il y a eu dans >e Tarn in n quatre Iransportations. Nous n'avons pu, malheureuse^ ment, nous procurer des renseignemeots que sur ^atre. Ce sont :

Abssehac, arocrt h Castres.

Jean Bartbës, propriétaire à Mazamet pROissAC, fabricant de chapeaux k Albi.

Auguste Fohtespiebke, fabricant de briques A Albi.

AussBNAC était un avocat disUngoé qui, après le coup d'fitat, avait subi uae déteuticNQ d« plasMun vaxiéem A Belle-IsIe-en-Mer. Sa peine subie, il rentra à Gasb:«i, afe

il reprit sa robe d'avocat et trayailla beaucoup. De 1854 à 1858» il est constant qu'il ne s'occupa point de politique, qu'il évita même toutes les occasions d'en faire ou d'en parler, à ce point qu'on s'en étonnait, et qu^on remarquait beaucoup qu'un ancien républicain^ comme lui, rest&t ainsi, au moins en apparence, complètement étranger à tout ce qui se passait.

Quelques jours après l'arrivée aux affairés du général Espinasse, ayant ouvert les fenêtres de sa ciiambre au point du jour, comme il avait l'habitude de le faire, il aperçut les gendarmes à la porte d'entrée de sa Maison. Il comprit sans peine, pria de ne pas donner l'alarme à sa famille, descendit lui-même ouvrir et se livra à la gendarmerie <

11 fut écroué dans la prison de Gastrea, où il resta ditsept jours au secret. Il fut de là transporté à la maison d'arrêt d'Albi.Puis, une voiture cellulaire vint le prendre poor le conduire à Marseille et de là en Afrique. Il fut interné à Tlemcen, où il exerce encore atljourd'htli sa profession d'avocat.

JiaU Barthâs était d'une honorable et nombreuse famille de Mazamet. Sa vie, depuis lé coup d'État, dt sa mort en 18^8 ne sont qu'une longue et triste odyssée. An S déeembre, il avait été déporté à Gayenne. Ayant au bout 46 quelque temps obtenu une commutation de peine, 11 fût porté avec cfoelques^uns do ses eo-détenus dans une colonie hollandaise, où on refiUMi de les feeevoir ^ le gou^

maMT KftsA dèdarè aa commanduit du navire que, ■ pÛMpie la PriDU avait coodamné ces bommes, elle devait les raeeroir a|>rës leur sortie de Cayenne. • Ds IsraDl 4e BOvrean tnnsportés à Gayenne, pois de U à Bodiclact, et 4q U encore k la NoaTelle-Orlëans, oii on ha Jeta à lOTC sans ressources, accablés par la maladie, eMvB rti jÊtr la fifeïre, à ce point que quatre d'entre &a ttûaat morts peodant la traTersée. Le hasard fit que Jeaa Baittaès, pnsqoe mort de faim, fut recueilli par un oos^atriote établi depuis longtemps à la Nourelle-Or- MoauNepiMmot Tirre dans ce pays fiévreux par excellencB, B dnt & h générosité de son hâte de pouvoir se fain tmspotter à BarctJooe.

De Bandooe, le citoyen Bartbès se rendit en Algérie, où il obtint l'autorisation de séjourner et où il s'établit bientAi aTcc sa famille. Au bout de quelques années, sa femme mourut, et lui-même, abîmé par le climat d'Afrique, obtint de retenir à If azamet chei son geadre, où il arriva, environ on mois avant l'attentat Orsini, dans un état voisin de t'a^nie.

Lorsqa'eut lieu l'attentat du 14 janvier, il n'était pas encore sorti de sa chambre, mats, néanmoins, une amélioration notable commençait h se faire sentir. Au mois de février, un commissaire de police vint l'arracher à son lit de douleur d'entre les bras de sa fille et de son gendre, et le conduisit à la prison de Castres, à la grande stupéfaction de tout le monde.

Personne ne pouTait soupçonner la raison de cette persécution y et nous ayons sous les yeux une lettre écrite à son gendre par un habitant de filidah, lettre timbrée de la poste, et qui montre dans quelle situation il se trouyait et de quelle cruauté on usa yis-à-yis de lui. Nous croyons deyoir la citer textuellement :

< Blidahy 1«' mars 1858.

fi Monsieur,

« M. H. ...y ainsi que M. yotre beau-frère, ont reçu yos lettres relatiyes à l'arrestation inattendue de yotre beaupère.

« Personne ici n'a pu comprendre cette arrestation d'un moribond qui rentre en France par ordre de la Faculté, pour échapper à une mort certaine dont le climat d'Afrique le menace depuis longtemps. Cependant on a pensé que fabsence^ à Vappùi du passeport délivré, du certificat des médecins, avait pu motiver cette mesure très -poli" tiq%Le sans doute, mais à coup sûr fort inhumaine. Je me suis donc rendu à Alger, dans les bureaux de la préfecture, où j'ai appris que ce certiGcat était resté pour être adressé au ministre de la guerre, parmi les pièces de comptabilité des passages ou trayersées gratuitement accordés.

« On m'a conseillé enfin, et c'est ce que je yiens de faire, de lever un duplicata du certificat des médecins de l'hôpital de Blidah, constatant la maladie de votre

boau-père el la besoia pour lui de rentrer en France on m'a assuré que ce duplicata, visé à l'intendance, lèverait toutes les difllcgitéi.

■ C'est ce duplicuU '{ue je vous adresse ci-joint, pour être remis au prélet do votre diipartemeot, qui le coni' muniquera au parquet.

" Je ne sais si votre beau-père a eu le temps de vous dire combien l'Algérie reste étrangère à la politique, combien, par compensation, elle prend part aux questions d'humanité. Aussi, vous pouvez assurer le pauvre père Barthès que les mesures dont il a éié l'objet à son arrivée en France lui ont attiré toutes les sympathies dans tous les lieui: où il est connu, sans acception des civils, militaires ou l'onctjounaires publics. Ou reste, la persécution a toujours eu pour résultat d'exciter la pitié en faveur des persécutés et l'opprobre contre les persécuteurs.

> Tous les amis du papa Barthès, toutes ses connaissances, l'engagent au courage, à la patience, en lui témoignant re>poir de son prompt rétablissement, en mâme temps qu'ils lui assurent leurs sentiments de bonne et cordiale amitié.

« Quant à moi, il sait à quoi s'en tenir sur mon compte....

• Recevez mes saluts empressés, • X.... >

Ce n'était paa le certificat des médecins qui maiuiuait.

c'étaient les sentiments de rhumanité la plus vulgaire qui étaient foulés au pieds, c'était la statue de la justice qui était voilée î

De Castres, Barthès fut conduit à Alby, puis à Marseille en voiture cellulaire. C'eji était trop, pour ce courageux citoyen, autrefois renommé pour son énergie. Rongé par la maladie, écrasé par les mauvais traitements, il ne put être embarqué pour l'Afrique. U mourut k Marseille le quatrième jour de son arrivée.

Il est mort en brave, dévoré comme tant d'autres par l'amour sombre et jaloux de la république et de la liberté I

Nous savons qu'un arrêté de transportatlon fut aussi notifié au citoyen Puech, médecin à Alby. Mais il ne put être mis à exécution, car Puech qui, en 1852, avait été transporté en Algérie et détenu à la Casbah de Bône en était revenu à demi paralysé et, depuis Tétait de tous ses membres.... Depuis dix-huit mois il n'était pas descendu de son lit.

Nous dira-t-on quil était un danger pour la France?

Le citoyen Henri Bayrou était vétérinaire à Castel- Sarrasin. Dans la nuit du 33 au 34 février 1858 (la date est à peu près partout la même) , une brigade de gendarmerie, coDdaite par le capitaioe de l'arFondissenieot, cenia sa maison. A la pointe du jour, le maréchal des logis frappa discrètement à.la porte de service, le vétérinaire croyant qu'on le demandait pour une visite, va ouvrir pour répondre à ce client un peu matinal, il trouve un mandat d'amener et sans plus de façon est conduit en prison an grand étonnement de la ville tout entière.

Après avoir subi yingt-deux jours du secret le plus rigoureux, il fut conduit à Hontauban. Dans le tnget, on voulut lui mettre les menottes, mais il résista si énergiquement qu'on n'insista pas. Un gendarme se contenta de lui passer au poignet la dragonne de son sabre.

Au chemin de fer, il trouva le citoyen Manau de Moissac, et tous deux escortés de quatre gendarmes arrivèrent ainsi à la gare de Hontauban où ils trouvèrent encore force gendarmes et force agents de police.

En prison, ils rencontrèrent le citoyen Manau, un des avocats distingués des barreaux du Midi, ancien secrétaire de Ledru-RoUin, et le citoyen Bergis, brave ouvrier menuisier, qui tous deux avaient été également arrêtés à Hontauban.

Le 18 mars, ils furent, tous les quatre, descendus à la geôle, où on leur notifia la pièce suivante :

Préfecture de Tam-et-Garonrte.

« An nom de S. M. l'Empereur.

« Le Ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur et de la sûreté générale.

< Yu Fart. 7 de la loi du 27 février 1858, ainsi conçu :

c Pfut <lrfi int«mji ilans nn an départ«tnenti de l'emplr« ou Mt Algérie, ou eipulM^ du territoire, lutit Indtrfdn qui H m soll condamna, soU intn'fié, eifralsâ oo transporté par unv mciiire do sùret«S générdk k l'ocrasion doa 6Ti-ni<inenU Ae nui et juin 1848, de juin 1S49 oa do d^ cFOibre 1861, et qae des faits gravts si^ruxteraUnt de nou- 1WIH fontnw danyrreiix pour la ii^uriti publique. «

Vu l'article O de la même lo), ainsi conçu : ■ Tout individu interné en Algérie on expulsé du territoire, ijni rentre en France sans autorisation, peut être placé dans une colonie pénitentiaire, soit en Algérie, soit dans tout itfire possession françaisR. »

Vu la décision de la coinmission mixte, instituée dans le déparlomont da Tani-«t-Garonne, en exécution de l'in- •truction miiiistârinllu du 18 janvier IB53, en vertu de laquelle le f leur Itayrou' (Henri), vél'^rinaire & Caste)-. Sarrasin, avait ^ti^ soumis yùr mesure de sûreté générale, à l'occasion des événements de décembre 1851, à l'in- (ernenwnt;

Vu l'avis du préfet de Tam-str-Garonne, du général qui y commande, et du procureur général;

Considérant que des faits graves^ signalent de nouveau tindîvidu ci-dessus désigné comme dangereux pour la sûreté publique;

1. Chaque pièce noUfiêe cocietiait on Dom diUïrent. 3. Noua nMrUoiu an difl qu'on ta du un seul I

Arrête :*

Le sieur Bayrou, Henri, vétt'rlnaîre à Castel-Sarrasin, sera interné en Algérie.

Fait à Paris, le 15 mars 1858.

Signé Espinasse.

Pour ampiiation,

Le chef de division :

Signé Dismazb.

Pour copie conforme,

Le Préfet,

Signé Lorette.

Pour expédition conforme et signiflcation au sieur Bayrou (Henri), vétérinaire.

Mantauban, 18 mars 1858.

Le commissaire central,

Signé Sabreste.

Les quatre détenus devaient être transportés à destination par la voiture cellulaire n"" 4. Celle-ci, en effet, arriva le 26 mars à Montauban, apportant de Gahors les citoyens Larroque, Clary etBailly.

Mais, dans la journée, arriva de Paris Tordre de re-

— 31Î — lozer les âtoyens Haoau et Bayrou. La voiture qui était allée preadre ceux du Tara, et qui devait partir chargée des dooie victimes des trois départements (Lot, Tarn-et- GaroDoe el Taro}. oe partit qu'avec neuf, trois ayant été relaxés.

Le citoyen Hasac, qui était alors avocat à Montaoban et qui est aujourd'hui un des membres éminenta du barreau de Toulouse, n'eut pas besoin de la transportation pour être frappé aussi durement que ses compagnons. Sa jeune fille, âgée de quinze ans, en voyant arriver à Hontauban la voiture cellulaire qui devait emmener son père en Afrique, fut frappée d'un coup de sang, et cette malheureuse enfant est restée estropiée pour sa vie; elle peut à peine marcher. Quant à sa mère, Mme Manau, qui était gravement malade lors de l'arrestation de son mari, elle quitta son lit pour se rendre à Paris où elle obtint, après des démarches surhumaines, l'ordre de faire relâcher celui-ci, ordre qxii n'arriva qu'au dernier moment. Mais sa santé ne se releva pas de ce terrible coup, et elle mourut peu Je temps après.

A ces courageux citoyens, quel fut aussi leur crime? L'amour de la justîce.

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