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RUE MONSIEUR-LE-PRINCE

Généralités.

Les symboles furent toujours, en leurs faux décors, les paratonnerres détournant de la tête des charlatans les foudres de la logique. En notre siècle de science, ils sont encore des mannequins serviles, multicolores, que chacun habille à sa façon pour les rendre méconnaissables. Ils continuent à griser la foule de mots vides de sens, de formules bizarres, sans siguifications exactes, mais avec cette circonstance inquisitoriale : qu'il est sacrilège ou criminel de les discuter.

La sentimentalité étant Tennemie de l'action, comme la chimère est l'ennemie de la pensée, en supprimant les réalités tangibles, on échappe à la fois et à la précision et au redoutable examen.

D'un autre côté, la beauté étant variable au gré des conceptions d'une époque, en supprimant la terminologie claire, précise de Fart, on la rend vaine et par conséquent inutile. Le but de l'art religieux fut de propager la foi,

d'anéantir les doctrines adverses, non de développer la perfectibilité humaine. Dès lors, grandirent les idées basées sur de vagues révélations, sur des données accidentelles, sur des dogmes pétrifiéS;, sur des déductions idéologiques.

L'imagination, par ses mirages, ses circonvolutions, allait toujours au delà de la réalité, et les tliéologiens en profitèrent pour établir les mystères. N'ayant d'autres fondements que la fantaisie, l'ignorance ou la routine d'un préjugé, ses élans furent pris pour des révélations, au lieu d'être considérés comme des émanations putrides de cerveaux malades.

Les païens avaient les oracles, les augures, les présages et les divinations ; les chrétiens émirent les miracles les sacrements et les reliques. Et Tiiumanité évolua au milieu de ces superstitions, de ces croyances absurdes et des ensanglantements qui en furent la suite nécessaire

Les religions ne furent donc que des obstructions, elles n'étaient pas seulement la science cachée (occulta), mais la science du caché (occultati), cachant précieusement ce qu'elles avaient découvert (occultano).

Les sentimentalités étant plus puissantes sur les foules que la logique, on évoqua les spectacles, les cérémonies religieuses, pour développer l'instinct de soumission. Dès lors, naquirent les dogmes pour dominer les masses en les enivrant du plaisir de rendre hommage aux puissances inconnues par les cultes et les esthétiques.

Pour les religions. Dieu était la lumière du corps social, la raison première et dernière des choses. Elles ne sortirent jamais de ce cercle vicieux, et devinrent les

implacables ennemies de la science, qui, elle, était toute dans l'examen et la confrontation des faits, détruisant les erreurs, confirmant les découvertes. La science affirme encore, en effet, que voir les événements moindres qu'ils sont, c'est manquer de lumière, au même titre que les exagérer, c'est manquer de mesure! Son rôle est donc d'assembler des unités, de créer, de désagréger, en son mouvement évolutif^ pour aboutir à l'induction et à la synthèse.

En conséquence, il n'est nul besoin de sacrifier la réalité à l'apparence, ni d'admettre les choses qu'on ne peut démontrer, contrôler par le limpide raisonnement. La méthode suffit.

Effectivement, pourquoi chercher les sens imprécis, vagues,obscurs des choses, au lieu de la déduction palpable, basée sur les réalités acquises ? N'est-ce pas avec notre raison, notre jugement, que nous établissons les proportions, leur utilité, leurs particularités ? Dès lors, comment discerner la vérité de l'erreur, quand on affirme ce qui nest pas pour nier sans raison ce qui est ? C'est là le cercle vicieux.

Pourquoi ne pas poser en principe la sincérité et la rectitude esthétiques, pour ne grossir un fait ni le diminuer, afin d'en fixer utilement l'harmonie et d'en donner la mesure ? Pourquoi fausser l'esprit, faire dévier la logique par des métaphores, des antithèses et des bizarreries qui jettent la confusion dans les cerveaux ? Pourquoi éblouir avec des proverbes, des maximes illogiques ou abêtissantes, pour empêcher l'individu de participer à l'unisson de la vie commune sous la puissance infinie de l'art?

Avec cette donnée arbitraire, dès le jeune âge, on embrouille la cervelle de l'enfant d'une foule de fables, de contes de fées, de légendes qu'il ne comprend pas. Son intelligence est asservie, atrophiée, dominée pour toujours; elle reçoit des impressions qui prendront racine, et dont l'enfant ne se défend plus jamais, quelle que soit sa volonté ! on lui a fait Rapprendre le mot |avant de définir la chose, et l'on donne la préférence au subjectif sur Fobjectif. 11 faut libérer, non dominer les consciences.

D'un autre côté, si Fenfant arrive à comprendre les récits qu'on lui soumet, il perçoit qu'ils sont imaginaires, sans rapports avec la réalité, et que l'auteur les a embellis par caprice, tout simplement pour donner corps à sa fiction.

Le cas contraire, il sera dans la vie, un superstitieux, un de ceux qui croient à la puissance des miracles, aux terreurs de Venfer, à Vogre et au Petit Poucet, Le genre abstrait aura toute sa sympathie, pendant que la vérité, le solide, le concret, seront honorés de son indifférence.

Ces dispositions nuisibles auront plus tard pris place dans sa cérébralité et engendreront ses actes futurs. Il traînera toute sa vie le lourd boulet de la métaphysique, et il ne saura que croire et obéir, sans chercher à comprendre et à connaître.

On ne lui a pas dit ; « Pense, aime, observe, agis » mais seulement : Crois sur parole ceux qui sèment les impossibilités, les mystères, les symboles, pour troubler Fentendement des foules ignorantes.

L'Etat, la religion, la famille, Técole, lui prêcheront avec un touchant accord, en faveur de sainte habitude ,

laquelle dispense de penser et d'agir, en vertu du principe théologique : qu'il est plus facile de conduire un troupeau docile que des hommes libres.

C'est en souvenir de ce priacipe que les alchimistes du moyen âge s^entouraient d'une grande mise en scène pour donner plus d'importance à leurs travaux. Ils cherchaient à frapper les espr-its par dss apparences qui troublaient la raison des ignorants. Les alchimistes se disaient voués à la science hermétique, cherchant la pierre philosophale sous la direction des esprits ténébreux.

On les appelait nécromam, et ils se vêtissaient d'une longue robe de velours noir, cherchant à se faire passer pour des suppôts de Satan ou d'un démon particulier. Ils se faisaient aussi dénuder le front par des pâtes épilatoires, afin de faire entendre qu'ils avaient vieilli dans les études et les recherches.

Les esprits les plus forts de l'époque ne franchissaient ces laboratoires qu'en tremblant, ce qui n'empêchait pas cependant les grandes dames de la noblesse de pénétrer dans l antre de V enfer pour y exercer des vengeances à rencontre des rivales ou bien pour y aller chercher des philtres qui devaient les faire adorer de leurs amants. Ces mensonges, lesquels se payaient très cher, avaient d'autant plus de force qu'ils étaient basés sur les craintes populaires. Les parades, les mystères, émerveillent toujours les ignorants et surtout les cerveaux faibles, qui en espèrent soit de précieuses grâces, soit de fades épanouissements.

Ces officines de V enfer eurent une grande influence sur l'esprit humain, car les alchimistes tenaient leurs laboratoires dans de vieilles tours, des endroits isolés.

(Quelquefois répugnants, afin que le populaire, en voyant dans la nuit le reflet des fourneaux, n'hésitât pas à croire que là se trouvait quelque chose d'extraordinaire.

De nos jours encore, où l'instruction est plus démocratisée, où le livre explique et où la pensée poursuit les horizons sans bornes, il ne croit plus, le bon peuple, aux sorcières chevauchant dans les airs sur un balai, aux maléfices, aux jeteurs de sorts, mais il croit encore à Dieu, au Diable, à la Providence et enl'au delà. Ce sont ces croyances aveugles, illusoires, qui font la force des dogmes.

Les symboles sont donc un restant de vieilles idolâtries, et s'ils ont pu entraîner les masses crédules dans les superstitions, leur action cessera dès qu'on en aura compris le vide et Tinanité.

Un dogme n'existant pas sans discipline morale, on imposa la hantise des esjjrits, la récompense des bons, la terrible punition des méchants, puis on exploita les terreurs que peuvent produire la foudre, les éclairs et toutes les voies collectives de la nature. Ce fut plus habile que généreux.

Le cerveau humain étant l'œuvre graduelle du passé ancestral, il garde, logiquement, la trace des phases qu'il a traversées au cours des développements antérieurs. C'est ce que lès spirites appellent la préexistence.

L'avenir se dressera sur les ruines amoncelées de tous les dogmes, par Févaporation des symboles et les développements de l'altruisme.

En principe, nous sommes contre les symboles, mais

nous ne sommes pas contre les harmonies imitatives ou figuratives. Loin de là, et nous comprenons les magies de la couleur, la beauté des images, pour exprimer des sensations, mais qui ne sont pas des symboles. Nous concevons fort bien qu'on emploie des figures, des ornements, pour donner des tournures à la phrase, mais nous n'admettons pas que ce soit au détriment de la vérité et de la clarté.

Les vérités représentatives sont des efforts de la concentration du talent et de ses effets constants en vue de la perfectibilité humaine. Elles sont les points initiaux de la vie.

Nous sommes loin de vouloir diminuer les attirances, les splendeurs, les sublimités, puisque nous déclarons que les tendances utilitaires ne doivent pas river au sol et empêcher la pensée de prendre son essor dans les espaces de la fantaisie.

Les lois de la pensée ne s'imposant pas, elles se forment naturellement dans le génie d'une langue, si elles répondent à un besoin, tels que l'ébranlement évolutif, les démonstrations expérimentales, le corps à donner aux créations réalisées. La pensée peut s'étendre au delà de la vérité visible, pour scruter l'horizon, mais elle ne peut se fixer sur une hypothèse pour en déduire des conséquences, comme on le ferait pour une vérité expérimentalement admise.

L'esprit se transforme graduellement, et le progrès n'est que l'accumulation des détails d'organisation et de structure réalisées sous les formes ou les faits successifs qui frappent nos existences.

Ainsi nous admettons l'image qui imite un bruit quelconque, comme la foudre qui gronde^ le flot qui clapote, le murmure des vagues, les bruissements du vent, le feu qui pétille, le cliquetis des armes, les glouglous de la bouteille, qui sont des onomatopées imitant le bruit de la chose qu'ils représentent. Ce sont les éléments mêmes de notre langue.

Une ville géante assise sur le bord Baignait dans Veau ses pieds de pierre,

(Victor Hugo.)

Ma vie en longs soupirs s'enfuit à chaque haleine,

(Lamartine.)

Pousser des chants au ciel dans des taureaux d'airain,

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