ÉPILOGUE
Je croyais découvrir ce que j'ai tant cherché.
« Vis sans remords, disais-je ; il n'est point de péché.
Celle qui vous créa n'est jamais assouvie
De bruit et de clarté, de tumulte et de vie.
Bien qu'elle vous dédaigne, et que ses calmes yeux
Contemplent loin de vous un but mystérieux,
Aime celte Nature aux ruses féminines
Qui triomphe de tout par les formes divines. »
J'ai vu s'évanouir ces rêves éclatants,
Suscités par l'esprit des races et des temps.
J'en souffre : leur départ m'attriste comme un blâme.
Tous eurent leur beauté; tous manquent à mon âme;
Et je me suis armé d'un courage cruel ■
Pour étouffer en moi l'espérance du ciel.
Ah ! peut-être que sous d'impénétrables voiles
Un juste Dieu respire au delà des étoiles,
Et que ces mêmes yeux, aveugles aujourd'hui.
Pendant l'éternité se repaîtront de lui !
Mais il faut renoncer à des efforts stériles.
Si je ne suis point fait pour les luttes viriles.
Je me sens soulever par de nobles élans ;
Et je marche, guéri de mes songes troublants.
Du moins il me fallait quelque puissante idée
Par qui mon âme fût longuement possédée,
Un magnifique amour, je ne sais quel bonheur
Pour exalter ma vie et me grandir le cœur.
Et, lorsque j'eus goûté sur la terre fleurie
Des heures de suave et tendre rêverie.
Puis caressé le songe éternellement beau
D'un mystique hyménée au delà du tombeau,
Je compris que le peuple inquiet de mes frères.
En proie aux sombres flots, battu des vents contraires.
Mais qu'un sublime espoir vient parfois ranimer,
Par-dessus toute chose est ce qu'il faut aimer.
Ne te lamente pas, homme des nouveaux âges, Parce que dans les yeux des voyants et des sages Les rêves du passé ne resplendiront plus. N'épuisant point sa force en labeurs superflus, L'esprit, plus sûrement, maîtrisera le monde. Nous pouvons nous unir dans une foi profonde. Avant que les trésors du temps nous soient ouverts, Croyons que dans les flancs du robuste univers Rien ne peut dessécher les germes de la vie. Homme, que désormais ton âme glorifie