‹ Les symboles. Nouv. sérieChapitre 2 sur 19 · VI P R E F A C · texte numérisé non relu

VI P R E F A C

reUu'd. 11 porte, dans le texte mèn'ie, la date de ma (rentième année; et je n'ai déjà plus, de cette année décisive, qu'un souA'enir assez confus. Je ne crois pas que l'on me prêterait la fantaisie de vouloir me rajeunir. Mais l'esprit d'un homme peut varier beaucoup en un court espace de temps, et ce n'est pas sans un peu de honte que, le plus souvent, on relit ses vers oubliés. La conclusion, purement morale, du présent volume est bien celle où je me suis arrêté, bien que je ne songe pas à me raidir contre toute influence religieuse qui pourrait me pénétrer; mais le chemin tortueux que, dans mon livre, j'ai suivi pour arriver à cette conclusion est loin de me satisfaire. Je fais allusion surtout aux deux poèmes : Le Divin et Vers V Amour. Peut-être la forme à demi symbolique de l'un et de l'autre leur enlève-t-elle le caractère de « confidences » qui cho({uerait en un livre consacré à de graves sujets. Pourtant ils contiennent trop de mes rêveries intimes, et en même temps il s'y mêle trop de factice pour que je n'éprouve pas cpelque gêne à les publier. Si je m'en délivre hâtivement dans un livre fragmentaire, c'est surtout parce que cette gêne augmenterait chaque jour.

Je voulais d'abord expliquer, par des notes placées à la fin du volume, en quoi les poèmes qui devaient terminer les Symboles me semblent critiquables à divers points de vue. Mais je crois bon d'épargner au lecteur des notes volumineuses, qui auraient paru attribuer à mes poèmes une importance exagérée. D'autre part, il n'y a pas lieu de continuer pour ce volume le travail de vulgarisation que j'ai

PREFACE Ml

fait pour le preniior (I). Je me borne donc à cette préface, où je montrerai que les poèmes dont je m'occupe procèdent d'un autre esprit que l'ensemble des Symboles (dont une grande partie reste à faire) et qu'ils ne sauraient en être la conclusion naturelle.

J'ai raconté, dans la préface du premier volume, à la suite de quelle évolution j'avais entrepris un travail peut-être audessus de mes forces. J'y ai noté aussi les variations de ma pensée. Toutes les croyances, après avoir été pnur moi comme des voiles splendides, laissant transparaître une lueur de l'Ineffable, ne m'inspirèrent bientôt plus qu'une sympathie désintéressée. Ayant renoncé, du moins pour un temps, à chercher la solution de problèmes réputés insolubles, j'aimai les religions de tous les âges et de toutes les races pour la pénétrante poésie, la grâce, la splendeur de leurs rêveries, pour la paix qu'elles surent donner à tant d'âmes, et surtout pour le puissant apiiui qu'elles prêtèrent aux idées morales.

En notant les phases de mon évolution, je ne remarquai pas assez nettement que les Symboles, conçus dans un certain esprit et commencés dans un autre, avaient été continués dans un troisième. Je m'étais cru d'abord en possession d'une Vérité, fort trouble à coup sûr, mais qui vivait en moi par ses contradictions même. La personnalité de Dieu s'y accommodait avec un panthéisme effréné ; la paix éternelle

(1) Il me suffira de dh'e que le C/irist aux Limbes est la paraphrase d'un évangile apocryphe, et que, dans Allah, j'ai voulu résumer le Coran.

Vm PREFACE

n'y excluait point un éternel effort ; les passions teri>estres y survivaient à l'étreinte de l'Absolu. M'accable qui voudra de faciles railleries ! Chacun accorde comme il peut ses tendances contradictoires. D'ailleurs, presque tous les poèmes que j'ai composés dans celte phase de mon esprit me semblent, à présent, fort médiocres. J'en ai conservé un seul : La Ro)>e d'Or, recueil de petites pièces qui font suite à mon livre : VAurore, pour en être, si l'on veut, la conclusion apaisée. Dans ce recueil, qui m'étonne aujourd'hui par le mystique entrelacement des idées, l'amour de la créature devait être un acheminement vers l'amour de Dieu et un symbole de cet amour.

On voit en quel sens j'avais pris d'abord le titre du livre projeté. D'autres symboles empruntés aux couleurs, aux parfums ou à la musique, telle (euvre d'art, tel mythe, telle légende, devaient tour à tour vêtir une conception toujours à peu près la même, bien que flottante et imprécise. Mais, après quelque temps, mes rêveries me parurent trop inconsistantes; je renonçai à formuler une métaphysique personnelle. C'est alors que je me tournai vers l'élude des religions, non point pour résumer, comme j'ai plus lard tenlé de le faire, ce qui m'a paru être leur sens vrai, mais pour exprimer par elles ce qui survivait en moi de croyances à l'état de rêve ou de désir. Je renonçais à accorder ensemble des termes inconciliables, et je ne me décidais pas non plus à opter pour un système plutôt que pour un autre ; cependant, je croyais toujours avec autant de ferveur à la vivaiile réalité de l'Ktre inexprimable. Mon tilre changea qucKpie

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