LES SEMAILLES
Les vapeurs de novembre et le soir qui commence
Répandent leur fraîcheur daos notre plaioe immense.
Ud reste de clarté, sur un nuage ardent,
Découpe le proEl des grands monls d'occident.
A l'abri des sommets baignés de vapeur rose.
Le soleil, déjà las, s'incline et se repose.
Uais l'homme, infotigable k l'œuvre du labour,
Proûte jusqu'au bout de sa force et du jour ;
Il pousse, avec lenteur, ses bœuh dont le poil Tume.
Dans l'air qui s'épaissit tout blanchi par la brume.
On entend des bouviers traîner le long refrain.
Ahl qu'il est beau de voir sur le même terrain,
Foulant du même pas les herbes disparues,
Six paires de grands bœu& traînant leurs six charraesl
176 IDYLLBS HËROIQUES.
Comme Abb chars de guerre , ils marchent alignés, S'efforcADt BOUS te joug , ardents et résignés ; Si doux qu'on les excite avec une caresse.
Inutile au bouvier, l'aiguillon se redresse.
. Mille oiseaus à l'enlour, dans les sillons ouverts, Attardés par l'appât, vont becquetant les vers. Linot, bergeronnette et mésange hardie Sous les pieds des taureaux courent à l'étoijrdie, Voltigent sur leurs fronts, efOeurent leur poitrail. La paix règne entre tous, dans ce champ du travail.
Aux vent frais de la nuit, le bois prochain frissonne
Et jett« au sillon noir l'or des feuilles d'automne.
La sorbe aux grains ambrés tremble au bout du buisson.
Le seul bruit qui domine est la vieille chanson ,
La voix du laboureur, lancée à toute haleine,
Qui plane et qui s'étend jusqu'au bout de la plaine.
Il est noble, il s'assied près des anciens du bourg, Le bouvier qui commande aux taureaux de labour .
Domptés par sa main vigoureuse ; De l'antique charrue il lient le gouvernail, Et le grain sortira, fruit de son dur travail.
Du sillon large et droit qu'il creuse.
PBANTZ. — LES SEMAILLES.
Il est vaillant jouteur du poing et du bâlon ; C'est lui qui dans la lice , aux fêles du canUtn,
Lance au but les folles cavales; Du village enoemi son bras est redouté; Près de lui, beau danseur rayonnant de galté,
Toutes les Rlles sont rivales.
S'il part conscrit, bien vite il est fait grenadier. Honneur aux hommes forte I au solide bouvier :
Sa place est partout la première.
A table avec son maître, assis au mâme banc, II a sa bonne part du cidre et du pain blanc,
Servis des mains de la fermière.
Plus loinl creusez encore un plus vaste sillon. Mes fiers taureaux , avant de rentrer à i'élable : Ma voix excite encor d'un paisible aiguillon Votre lenteur infatigable.
Le travail presse, ai [| faut de l'héritage Avant que ce somme!
I il faut qu'il dure encor, 'oir atteint les bornes, cache le globe d'or
Qui luit en faca entre vos cornes.
Retournons bien ce sol du levant au couchant; Qu'il offre un lit fécond au grain que l'on y sèmel
Je veux, pour de longs jours, fertiliser mon champ, Avant de m'v coucher moi-mâme.