LE CHEVALIER BAVARD
u Toi qui veux, à tout prix, la grandeur de ton âme, Prêt h tous les périls, dédaigneux de tout blâme.
Ferme en ton droit chemin; Toi q«i fais de l'honneur et ta vie et ton rêve. Viens baiser avec moi le tronçon de ce glaive
Tout sanglant dans ma itaain.
' Je te prête un moment ce fer que ton enfance S'essayait à tirer en invoquant ia France,
Ce glaive en qui tu crois ;
Arme du vieil honneur, Gd^e et bien trempée,
Que l'on peut au combat brandir comme une épée
Baiser comme une croix, o
Héros et demi-dieux dont l'histoire est le temple. Honneur des anciens jours qu'enfant je poursuivais,
Vons offrez vainement la lumière et l'exemple A qui respire encor l'air de ce lemps mauvais.
La vertu n'a plus d'aile et do sainte folie ; Tout conspire à courber, h briser l'homme fier ; Le destin est complice ; et sous sa main de fer . Devant toute bassesse, il faut qu'on s'humilie.
Le beau s'est retiré de tout,... mâme du bieu I
Oh 1 dites-moi , l'esprit que votre amour élève, Qui vit de votre culte, et n'aspire à plus rien. Qu'il rester digne encor de vous et de son r6ve.
Par où doit^il marcher dans cette épaisse nuit ? Tous les chemins frayés nous mènent à l'abtme. Toi dont le livre ardeat m'exhorte et me conduit, Parlel un dernier conseil, poêle magnanime,
Car de tous ces grands morts les cœurs te sont ouverts. Tusaisà quel foyer s'alluma leur courage; Leur vois grandit encore en prenant ton lang;age ; Leur ftme et leurs vertus ont passé dans tes vers.
Réponds I quand chacun tremble et détourne ta tète , Près du juste ébranlé par les -derniers adieux , Et qui marche au combat, certain de sa délaile. Comment payer sa dette à l'honneur des aïeux f
a Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux. ■
Tu le sais bien t il est, sous le chaume et dans l'herbe. Des fleurs et des vertus sans nom cben les humains, Hais qu'à l'égal du cbêne et du laurier superbe Dieu cbérit dans son cœur et pèse dans ses mains.
11 est, près du foyer, des travaux magnanimes, Des luttes corps à corps avec la passion , D'invisibles combats, des victoires intimes, Assez beaux pour suffire à les ambitions.
Pour la foule, à grand bruit, l'hérofeme étincelle ; Hais, dans un humble efibrt, le cœur pur et constant. Le flambeau du manoir qui luit dans la chapelle Éclipse devant Dieu ces clartés d'un instant.
Sans faire au mal du siècle une guerre inféconde , Où de plus 6ers que toi subissent le vainqueur. Reste armé de ce glaive impuissant sur le monde Pour frapper sur toi-même et régner sur ion cœur.
Pourquoi rêver d'atteindre h ces gloires banales , Et d'allumer ta lampe à leurs lointains soleils ? Tu portos dans ton cœur de plus sûres annales, Et Ces chers souvenirs sont les meilleurs conseils.
[| t'est bon d'aspirer, parfois, dans la tourmente. L'esprit de ces grands morts et le vaste horizon ;
386 IDYLLES HËROIQUEB.
Usis ma pensée i moi chaque Jour l'alimenle, Et , comme l'air vital , elle emplit ta maison.
C'est là qu'est la vertu , ta grandeur, ton asile , ' U , plus fort et livrant des combats glorieux. Tu peux, libre et vainqueur dans un monde servile, Ennoblir arec toi tes Sis et tes aïeux.
Là tu peux, chaque jour montant d'une victoire. Humble comme je fus, sans sortir du réel, Dépasser ces sommets du globe et de l'histoire Que je n'ai pas connus,... mais qui sont loin du ciel 1
Hon front triste étincelle au feu de ta parole Comme les noirs sapins sous ce rayon vermeil , Chère âme d'une sainte, et ta douce auréole A réchauffé mon cœur, plus que ce beau soleil.
Non, ce n'est pas un rêve, un fantôme, une Qamme Que mon ivresse allume et qu'éteindront les vents I Esprits qui me parlez vous' 6les bien vivants ; Je vous vois, je voua sons au toucher de mon âme I
Je dépouille à vos pieds ma faiblesse et mon denil ; Sur l'échelle d'aïur que vous avez gravie Vous me tendez la main,... et j'ai touché le seuil Du monde où vous vivez la véritable vie.
LESPR1T DBS SOUHETS
Rends-toi mes ailes d'or et marche désormais
Sur la route commune ; Et va combattre, armé de l'esprit des sommets,
La foule et la fortuDo.
Lorsque errant, comme toi, sous l'arceau des sa;
Ofl fument les résines.
On a mêlé son cœur dans mes temples alpins,
A tant d'âmes divines;
Que les saiots et les forts et l'ange des hauteurs Vous ODt parla sans voiles ;
Qu'on a de l'infini respiré les senteurs Et lu dans tes étoiles...
On retourne sans crainte an poste du devoir. Et, d'une main plus forte.
On y fait hardiment son œuvra jusqu'au soir, Vainqueur ou Dora, qu'importel
Oui, vous m'avez armé, sommets d'où je descendi L'esprit qui parle en vous au coinbat me ramène. Et dti souftle divin j'emporte, en frémissant. Tout ce qu'en peut tenir une poitrine humaine.
J'écoule encore en moi vos chênes murmurer.
J'entends bruire encor l'essaim des bons génies ; Il fait rendre au désert toutes ses harmonies, Ctiaque fois qu'il s'y pose et vient uous eRleurer.
J'ai li, toujours ouvert, votre livre, où j'éfrelle, Aui pages de mon cœur , l'artiste souverain , Le soleil, a Gxé sur mon docile airain, A fixé des hauts lieux cette image élernelle.
Avec la saine odeur des pins mélodieux , Avec les chauds rayons et les fraîches haleines, J'emporte les conseils, l'âme des demi-dieux , Je la sens pénétrer et courir dans mes veinFO.
Du Gel de ma tristesse il ne reste plus rien Dans mon sang réparé par ces divins Guides ;
HOD <M£ur s'est enrichi de ces cceurs intr^ides, Leur battement sublime est devenu le mien.
Le laboureur d'en baut fit en moi ses aemaîltes; Le sol renouvelé cache une ample moisson ; Le maître, en extirpant la pierre et le buisson. Pour me fertiliser déchira mes entrailles.
' En vain sur mes sillons par lous les vents battus, L'hiver déchaînera son lugubre cortège , El les froides vapeurs et le doute et la neige... Les épis jailliront et les fortes vertus.
Venez donc m'assaillir avec toutes vos armes, Apres ambitions, plaisirs, lâches frayeurs I De toute servitude étemds pourvoyeurs, Usez, pour ma défaite, usez de tous vos charmes.
J'attends et je suis fort ; moi, » débile hier, ^
Je suis prêt à vous vaincre en un combat suprême, A briser votre joug, k rester pur et Qer...
De plus vaillants que moi combattront en moi-même.
Par ses grands souvenirs mon cœur est défendu ; Mon cŒur est habité comme une citadelle.
Les béros que j'implore en mon culte assidu Sauront garder leur temple et leur humble chapelle.
A défaut de ces dieux lointains et triom)diant9. Toi, range maternel, toi, simple et forte femme, Qui veilles, de là-haut, l'aïeul et les enfants, Tu peux m'aider i vaincre, b toi seule, ô grande Amel
Non, tu n'interdia pas ces sommets ï ton fila: Aux maîtres les {dus fiers devant moi tu t'y mêles. Et ta voix me commande, au pied du crucifix, D'aller chercher partout des armes et des ailes I
Los hauts lieux m'ont ouvert leur magique arsenal , Je m'y suis revêtu de granit et de cbëne ; Leur souffle en moi s'agite et leur feu s'y déchaîne, EL mon cœur débordant n'attend plus qu'un signal.
Voici, voici l'assaut promis à mon courage!
La foudre a terrassé mes sombre tentateurs... Et le dieu que j'aspire autour de ces hauteurs, Le<yeu dontje suis plein jaillit dans cet orage.