‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 102 sur 143 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

i\ cet âge où, des sens brisant la verte écorce, La fleur de l'âme éclate et brille dans sa force, Où tout prend une voix et, d'un accent vainqueur, Parlant hier aux yeux, frappe aujourd'hui le cœur, Écolier, dans les bois il marchait plein de rêves. Respirant le soleil et le parfum des sèves, Il oubliait son livre entre ses mains ouvert, Et lisait le printemps aux pages du désert.

C'était un jeune sage; en ces riants portiques Tout à l'heure il songeait des demi-dieux antiques : Soldat, il triomphait aux champs de Marathon, Ou, vaincu, libre et fier, tombait avec Caton ; Poète, il ravissait, près de la source ardente,

Le rameau d'or cueilli par Virgile et par Dante; Entre ces deux lauriers s'exerçait à choisir, Et sur les grandes morts il pleurait de désir.

Le jour, filtrant par goutte aux voûtes des allées,

Sème de diamants les mousses constellées,

Et, jaspant de vermeil le tronc du chêne obsc :r,

Fait sourire, à ses pieds, la pervenche, œil d'azur.

C'est midi ; la forêt croise en détours sans nombre

Ses chemins, clairs sillons tracés sous des flots d'ombre.

Au hasard l'enfant marche, absorbé tout entier

Dans son rêve sans terme ainsi que le sentier.

Bientôt, avec l'odeur qui sort de chaque tige,

Il subit du printemps l'invincible vertige,

Les folles visions, voltigeant par essaims,

Rompent en lui le fil des austères desseins.

Parti du Capitole, épris des vieux trophées,

Le mobile songeur s'égare chez les fées.

Il touche à ces jardins où s'endort la raison

Sous d'attrayants rameaux dont l'ombre est un poison.

Un murmure joyeux l'invite! il va sans crainte,

Il fait un dernier pas vers le noir labyrinthe.

Mais tout à coup, tenant une rose à la main, Grande et belle, une femme a barré le chemin. Au doux vent de ses pas la feuille à peine bouge, Et s'embrase aux reflets de son vêtement rouge; Le concert de sa voix, des grâces de son corps, De ce printemps perfide étouffe les accords; Elle parle et sourit, l'éclair de sa paupière Brille et du ciel ardent éclipse la lumière.

BliATRIX .

Reconnais-moi! je donne au cœur des ailes d'or. Nul à ces grands sommets dont tu cherches la voie N'atteindra, si mes yeux n'éclairent son essor.

J'apporte à mes élus la force dans la joie ;

Et, sous des noms divers, je viens pour eux du ciel,

Leur frayant le retour vers le Dieu qui m'envoie.

Je suis la Béatrix aux paroles de miel, Révélant les secrets du bienheureux empire; J'y prépare, à qui m'aime, un laurier éternel.

Beaux combats et beaux vers, c'est moi qui les inspire.

Ayant dit, à l'enfant elle adresse un regard

Qui dans le vif du cœur pénètre comme un dard,

Et sur ce front tremblant, d'un doigt calme, elle applique

La rose préparée à ce baiser mystique.

Soudain, les lits de mousse et l'églantier vermeil,

Le chêne aux feuilles d'or miroitant au soleil,

Les magiques appels des fleurs et de la brise,

Ces doux pièges des bois par qui l'âme est surprise,

Toute la terre, enfin, disparaît. Le rêveur,

Saisi par Béatrix dans ce baiser sauveur,

Plus haut que la nature, en son essor paisible,

Monte, et ses yeux guéris s'ouvrent sur l'invisible.

Il voit le paradis, le bonheur des élus Embelli, ce jour-l.'i, par un amour de plus.

Une âme y vient de naître, une vierge innocente, Gardant du sein de Dieu l'empreinte éblouissante, Rayonnant à la fois de force et de douceur, Pareille à Béatrix comme une jeune sœur. Un rosier sans épine est son lit; deux beaux anges De leurs robes d'azur ont fait ses premiers langes. Le chant des séraphins, mélodieux ruisseau, Coule comme un lait pur autour de son berceau. Quatre saintes, debout, marraines et patronnes, Filant l'or de ses jours, en tressent des couronnes, Et, lui versant les flots dont on baptise aux deux, Répandent leurs vertus sur ce front gracieux.

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