‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 108 sur 143 · KONRAD · texte numérisé non relu

KONRAD

Parlant du ciel ainsi, tu l'habites sans doute, Toi dont chaque regard éclaire ma prison ! La colère en mon cœur s'endort, quand je t'écoute; J'y sens se réveiller la voix de l'oraison.

Ta sereine beauté, chassant l'ombre et la crainte, Luit en des traits si purs qu'ils n'ont rien de mortel ; Sous ses longs cheveux noirs, ton front est d'une sainte. Dis s'il faut qu'on t'adore, et monte sur l'autel!

L'humble culte qu'il faut me rendre, C'est un peu de douce pitié.

Offre à Dieu ta ferveur si tendre; Carde pour moi ton amitié.

Mes jours, comme tes jours sans trêve, Sont pleins d'ennemis dangereux,

Et mon front n'a touché qu'en rêve Au nimbe d'or des bienheureux.

Mes pieds ont peine à me conduire Sur un sentier matériel ; Mais je suis pareille au navire, Ma force est dans le vent du ciel.

C'est le nom du Dieu que je prie Qui donne à ma voix sa douceur, Et, dans ton âme endolorie, M'annonce à toi comme une sœur.

Si mon front a quelque noblesse,

Je la reçus avec la foi ;

Je n'ai que ma chaste faiblesse

Et mon cœur qui soient bien à moi.

Dieu me vit tremblante et courbée ; Un piège était sur mon chemin, Et mon âme y serait tombée, Sans un miracle de sa main.

Si des pleurs à tes yeux je ne voyais les traces, Je te croirais un ange et n'oserais parler. Ton cœur, que la tristesse embellit de ses grâces, S'il n'avait pas souffert, ne saurait consoler.

Non moins que ta beauté cette douleur m'attire, M'apprenant que ton sein palpita comme nous.

OSA M Y STIC A.

Ce front charmant, peut-être, est fait pour le martyre : Mais il est fait, encor, pour qu'on l'aime à genoux.

Puisque de ma prison tu sais ouvrir les portes, Délivre aussi mon âme esclave en ce bas lieu ; Tends à mes faibles mains la palme que tu portes, M'élevant jusqu'à toi pour m'approclier de Dieu.

Page 1