‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 110 sur 143 · KON'RAD · texte numérisé non relu

KON'RAD

Ah! lorsque je révais, dans mes saisons bénies, De planer dans la sphère où s'allume le jour, De plonger jusqu'au fond des choses infinies, En traversant le ciel dans un essor d'amour;

L'ange qui m'entraînait sur ses ailes de flamme Avait ces yeux, ce front, ces lèvres, cette voix... La rencontrai-je, enfin, cette sœur de mon âme, Tardive Béatrix, est-ce vous que je vois ?

Venez-vous me ravir, éperdu, sur les cimes De ce chaste idéal objet de mon tourment ; M'apportez-vous la fleur des voluptés sublimes Que je veux respirer jusqu'à l'enivrement ?

Au nom des promesses divines Je viens pour t'aider à souffrir; Ma tendre couronne d'épines Est la fleur que je dois t'offrir.

De mon front qui saigne et se penche, Pour la partager si tu veux, J'en vais détacher une branche Et l'enlacer à tes cheveux.

Le Dieu clément qui nous l'impose, Pour des jours bientôt révolus, De chaque dard fait une rose Et la fixe au front des élus.

Donne-moi, donne-moi ce pâle diadème, La ronce aux mille dards dont ta chair a saigné; Son charme a pénétré dans ma douleur que j'aime: De fleurs et de parfums je sens mou front baigné.

Oui, c'est là Béatrix ! ses pleurs et son sourire Réveillent en mon cœur d'ineffables accords; Et l'éclair de ses yeux, dardé pour nie conduire, Me lance vers le ciel et m'arrache à mon corps.

Qu'importe le passé! je sens tomber mes chaînes; Comme d'un frais berceau je sors de ma prison; Je respire, déjà, dans les saisons prochaines, Un souffle d'infini qui passe à l'horizon.

Partons, ô Béatrix, je te suis dans la nue!

Mais je veux, pour ta gloire, écrire, auparavant,

Sur les murs du cachot où je t'ai reconnue :

« Entré mort en ces lieux, Konrad en sort vivant. »

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