LES JEUNES FILLES
Vois, là-bas, sur cette gerbe,
Nu dans l'herbe, Ce lutin blond et vermeil; L'enfant, déjà si folâtre
Près de l'àtre, Qu'il est gai sous le soleil!
Vois briller sa grosse joue;
Comme il joue !
De foin le voilà couvert.
On dirait un pavot rouge
Quand il bouge, Un pavot dans le blé vert.
Son jeune chien, fou de joie,
Court, aboie, Lèche ses mains, son cou blanc:
Dans l'herbe qu'ils éparpillent
Ils sautillent Et roulent flanc contre flanc.
Le marmot est tout en nage ;
Son visage Au grand air s'est empourpré;
Le bel ange, Quand on fauche dans le pré !
Pourquoi t'enfuir, à perdre haleine, Vers ces sommets, à l'horizon, Quand on est si gai dans la plaine, Quand le feu flambe à la maison !
Voici la nuit, le ciel se couvre, Le dernier char vient de partir; Vois, là-bas, la grange qui s'ouvre ; L'éclair brille pour t'avertir.
Viens donc, un râteau sur l'épaule, Comme nous, joyeux et chantant, Respirer, sous l'ombre du saule, L'odeur des foins que j'aime tant.
Les chars et les faucheurs sont rentrés à la ferme : Sur le pré ras tondu le buisson se referme; Mais du gazon plus vert renaît le bouton d'or, Et l'immense bercail va se peupler encor.
Les vaches, les taureaux, détachés de la crèche, Las de l'obscure étabîe et de la paille sèche, Mugissent de plaisir, et, pressant leurs pas lourds, Frottent leurs bruns naseaux sur le sol de velours. Sautant de leur cavale à l'inculte crinière Qu'enivrent l'air plus tiède et l'odeur printanière,
Les pâtres étourdis, voleurs de nids d'oiseaux, Tressent à leurs captifs des prisons de roseaux. Le chien jappe aux jarrets de la génisse blonde, Le groupe des chevreaux s'éparpille à la ronde; Et là-bas, au soleil, s'étend, calme et serein, Et dort le taureau noir luisant comme l'airain.