‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 93 sur 143 · BER T II E · texte numérisé non relu

BER T II E

Vois ces garçons frais et joyeux; Le plus beau, c'est encor le nôtre ; Comme il sourit de ses grands yeux !

Comme il nous cherche l'un et l'autre !

Depuis que Dieu me l'a donné, Ce fils, ta souriante image, Je crois dans mon coeur étonné Que je t'aime encor davantage.

Oui, notre âme agrandie est plus pleine d'amour.

Dieu nous a fait largesse.

Ma maison et mon cœur ont reçu dès ce jour

La suprême richesse.

Sois bénie à jamais avec ton fruit charmant, O branche maternelle !

Viens t'enlacer au cou du père et de l'amant, Viens, tous les jours plus belle !

Baise aux bras de l'époux notre ange au front vermeil

Ce fils qu'on nous envie, Et qui fait rayonner d'espoir et de soleil

L'automne de ma vie.

L UN F A NT. x

L'enfant est roi parmi nous

Sitôt qu'il respire; Son trône est sur nos genoux

Et chacun l'admire.

Il est roi, le bel enfant! Son caprice est triomphant

Dès qu'il veut sourire.

C'est la gaîté du manoir,

Jadis solitaire; Ses yeux éclipsent, le soir,

Notre lampe austère.

C'est la primeur du verger, L'agneau blanc cher au berger,

La fleur du parterre.

Il fait de ses cheveux d'or L'anneau qui nous lie ;

Il fait qu'on espère encor, Il fait qu'on oublie.

Lorsqu'un orage a grondé,

Que les pleurs ont débordé, Il réconcilie.

C'est pour lui qu'on a semé, Qu'on remplit la grange ;

Le pain blanc reste enfermé Pour le petit auge.

C'est pour lui, joyeux garçon,

Que chacun dit sa chanson, Pour lui qu'on vendange.

UN VliNDANGEUR.

Fêtez les raisins mûrs! venez de toutes parts, Enfants! Sur les tonneaux qui sonnent dans les chars

Grimpez, ô blonde fourmilière!

C'est votre fête, à vous, quand on cueille ce fruit ; C'est le jour du fou rire et des chants et du bruit...

Venez, ceints de pampre et de lierre.

Dansez, garçons joufflus, une grappe à la main; A la cuve, au pressoir ne manquez pas demain ;

Suivez la vendange à la trace.

Tendez l'écuelle au vin qui jaillit violet : Le raisin doit donner, bientôt après le lait,

A boire au fils de bonne race.

Pour qu'il soit brave, un jour, à la guerre, au travail, Mouillons, dès qu'il est né, sa lèvre de corail

D'un vin pur; il faudra qu'il l'aime.

Le vin fait notre sang plus riche et plus joyeux.

IDYLLES II li ROIQUE S.

Apportez-nous l'enfant! et d'un flot de vin vieux Donnons-lui gaîment son baptême.

ux SOLDAT.

Un feu sacré, sur nos coteaux, Jaillit des fermes aux châteaux, Et le cep aux longs bras s'élance.

Les bons soldats et les bons vins Sont issus de nos champs divins, Les soldats et les vins de France.

Tant que la France et le soleil Produiront ce fruit sans pareil, Que la vigne sera féconde, Les premiers en guerre, en amour, Nos enfants seront, tour à tour, La joie et la terreur du monde.

Je suis soldat et vigneron ; Si, demain, le bruit du clairon Vient encore à se faire entendre, J'ai sur mon bahut de noyer Sabre et fusil, près du foyer; Je saurai bien les y reprendre.

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