IL LES ASSEMBLÉES AU DÉSERT
Les reproductions de la gravure faite en 1775 par Billotti, d'après Storni, et de l'estampe plus connue de Benoît-Louis Henriquez, d'après un dessin de Joseph Boze (1785), donnent assez exactement l'image d'une assemblée au Désert, dans la seconde moitié du XVIII<^ siècle.
C'était en 1780. Tout péril avait cessé. Les religionnaires de Nîmes se réunissaient en foule, en hiver, au pied des rochers de l'Ermitage, et, en été, à l'ombre des carrières de Lèques, près de la ville. On vivait sous un régime de tolérance tacite. Le peintre Boze, le futur peintre du Roi, fit, à cette date, un voyage dans le Bas-Languedoc et descendit chez un de ses amis de Nîmes, négociant protestant. M, Gibert. Son séjour fut très-agréable, et il en conserva un si parfait souvenir qu'il forma même plus tard le projet de revenir: «Vous nous rappelez ces doux moments qui sont bien faits pour nous donner la plus grande envie de vous revoir, à condition que nous logerons dans les mêmes appartements.» Il accompagna Gibert au Désçrt, fut frappé du curieux spectacle qui s'offrait à ses yeux, et en prit un dessin. Quelque temps après, il le fit graver. «...Vous n'avez sûrement pas oublié, écrivait-il en 1785 à son hôte, le projet que j'avais pendant mon séjour à Nîmes ; je viens de l'effectuer. J'ai enfin chez moi la planche de la gravure qui représente la fameuse assemblée des protestants de Nîmes; je n'attends plus que l'inscription qu'il faut mettre au bas de la gravure pour en tirer des estampes Et il ajoutait en post-scriptum : «C'est l'assemblée d'été dont les rochers escarpés font dans le tableau un effet pittoresque. La planche est gravée par un habile graveur de l'Académie royale de Paris ; il a su rendre par son burin l'ardeur du soleil, le ciel du Languedoc, le costume du pays, enfin le portrait le plus fidèle du lieu, à croire qu'on y est. On y voit une grande multitude de personnes 2.»
On ne possède que ces deux estampes. Les lettres, les mémoires, les documents de toutes sortes, relatifs aux assemblées, sont très-nombreux. On réimprime ici, comme texte explicatif des gravures de Storni et de Boze, une plaquette qui parut sous ce titre : Lettre de Monsieur de .... capitaine d'infanterie, A Monsieur le chevalier de .... officier de la maison du Roi, touchant les assemblées des Huguenots 3. Elle est datée de 1757. Mais bien qu'antérieure à l'œuvre des deux artistes, elle en est la fidèle explication. Depuis 1740 jusqu'à la fin du siècle, toutes les assemblées au Désert se ressemblèrent.
' Cependant la gravure ne porte aucune inscription ni date d'origine. C'était plus sûr.
2 Voy. Bulles, t. XVI, p. 552.
3 Curieuse plaquette de 8 pages, in-40, d'impression assez incorrecte. Le récit dans lequel l'auteur a encadré ses impressions est assurément de pure imagination. Le chevalier de . . . n'a pas existé, et le capitaine d'infanterie est probablement un religionnaire, pasteur ou laïque, qui tenait k faire connaître au public ce qu'étaient en réalité ces assemblées dont on se faisait, en France comme h l'étranger, de fausses idées et contre lesquelles même les esprits les plus sympathiques aux protestants conservèrent longtemps de vives préventions.
APPENDICE