‹ Les systèmes itératifs Leur importance en ÉlectrologieChapitre 10 sur 58 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En 1935, l'Administration de l’Assistance Publique, à Paris, a créé des places d’internes dans les services centraux d’électro-radiologie. Cette réforme comporte un intérêt général ; elle permet au gastroentérologue de se familiariser avec les images radiologiques des lésions de l'appareil digestif, elle permet au phtisiologue d’acquérir facilement les principes de base qui permettent une lecture correcte des clichés; elle permet, enfin, au neurologue, un contact étroit avec la pratique de l’électrodiagnostic.

Pour nous, qui nous destinions à l’électro-radiologie, cette réforme est survenue au moment opportun. Nous ignorions à peu près tout de l’électrologie. Nous étions étonné de la multiplicité des courants utilisés en thérapeutique. Nous ne saisissions pas leurs rapports physiologiques, chaque auteur insistant sur ce qui distingue la forme de courant qu'il préconise, au lieu de l'intégrer dans un groupe distinct.

Nous sommes particulièrement reconnaissant à notre Maître le Docteur Delherm d’avoir été notre

premier guide en électrologie et de nous avoir montré

les indications précises des traitements électriques et leurs bases cliniques.

L'année suivante, étant l’interne du Docteur Bourguignon, nous avons appris ce que de patientes recherches éclairées par un sens clinique aiguisé, pouvaient tirer de l’application de la méthode chronaxique chez l’homme.

Dans le service de la Pitié nous nous étions familiarisé avec la pratique de cette méthode. Nous la connaissions théoriquement grâce à l’enseignement du Professeur Lapicque, du Professeur Strohl et du Docteur Bourguignon.

Nous nous sommes intéressé particulièrement à l'étude du rythme et du nombre de stimulations dans l'excitation, étude que MM. Delherm et Fischgold avaient abordée, à la suite des travaux de L. Lapicque et de son école en électrophysiologie.

La plupart de nos mesures ont été effectuées avec nos amis les Docteurs H. Fischgold et J. Bernard. Is ont été nos coilaborateurs de tous les instants. Qu'ils trouvent ici, en hommage de cette amicale collaboration, l'expression de notre vive reconnaissance.

Grâce à l’organisation du centre d’électro-radiologie de la Pitié, à la liaison qui existe avec les autres services, nous avons pu poursuivre les longs examens que nécessite la méthode de l'excitation itérative.

Que la surveillante du service, Mlle Lachiver, et ses

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collaborateurs, trouvent ici l'expression de nos remerciements. Nous remercions aussi de son obligeance la dévouée manipulatrice Mie Lecrocq, grâce à qui nous avons pu faire quelques recherches à la Salpétrière en utilisant l’appareillage du Docteur Bourguignon.

‘Les pages qui suivent, sont consacrées à l’exposé des résultats que nous avons obtenus. Il nous a paru nécessaire de les intégrer dans une vue d'ensemble des systèmes itératifs et de leur mode de fonctionnement.

L'importance de nos résultats paraîtra bien mince en regard de la masse de travaux qu'a suscité l’étude de ces systèmes. Mais il serait vain de tenter d’exposer actuellement le fonctionnement itératif sans tenir compte des magnifiques travaux d’ordre chimique et physique qui permettent de préciser la connaissance du fonctionnement du système nerveux.

Nous étudierons successivement

19 l’excitabilité itérative,

20 les systèmes qui relèvent de l’excitabilité itérative chez l’animal et chez l’homme,

39 les rapports de l’excitabilité itérative avec la transmission chimique des excitations et avec le fonctionnement rythmique du système nerveux.

Ceci nous amènera à concevoir d’une part la théorie de l’excitabilité itérative, d'autre part l'importance des systèmes itératifs et de leur excitabilité pour

l’électrophysiologie médicale.

L'EXCITABILITÉ ITÉRATIVE

Historique et définitions

Depuis longtemps, de nombreux physiologistes, à la suite des Weber, de Claude Bernard, de Vulpian, utilisaient pour l'excitation des glandes, pour celle du pneumogastrique, pour celle du sympathique cervical, le courant faradique dit tétanisant que donne le chariot de Du Bois-Reymond.

On sait en quoi il consiste : c’est un courant induit dans une bobine secondaire par l'ouverture et la fermeture du circuit d’une bobine primaire ; les ondes d'ouverture sont brèves et {rès intenses, les ondes de fermeture sont lentes et peu intenses, ces deux ondes sont de sens inverse ; l'intensité est réglée par l’engainement’ des deux bobines ; un interrupteur fait varier le nombre des oscillations de 50 jusqu’à 3.000 par minute. Le courant faradique tétanisant est tel que les ondes excitantes se succèdent assez rapidement pour entretenir une contraction musculaire soutenue, tétanique.

Mais on utilisait le courant faradique sans appro-

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fondir ses caractères physiques, non plus que le mécanisme de son action physiologique. Une controverse entre Vulpian et Claude Bernard, à propos des glandes salivaires, illustre le peu d'importance que l’on attachait à la nature du courant utilisé; Claude Bernard n'avait pu faire secréter des glandes en les excitant directement : « Je ne prétends pas, écrit-il, que ce résultat ne puisse s’obtenir; toutefois, jusqu'ici, j'ai vu la galvanisation de la glande produire de la douleur mais pas de salive, et l’on n’a encore pu faire sécréter les glandes que par l’excitation au moyen de la galvanisation des nerfs qui s’y distribuent ».

Quelques années plus tard, Vulpian s'étonne de cet échec : « Je ne sais pas trop à quelles circonstances attribuer les résultats négatifs de Claude Bernard... car j'ai toujours vu la faradisation directe déterminer une sécrétion assez abondante ».

Setschenow (332) avait pourtant, en 1868, montré l'importance de l’addition des excitations. II étudiait la production du réflexe médullaire par excitation électrique du nerf centripète, et, le premier, il signalait le fait que des excilations inefficaces à l’état isolé pro-

duisent un effet par leur répétition.

« Au moyen d’un appareil d’induction, dit-il, ce phénomène se laisse démontrer d’une manière éclatante ; on cherche d’abord la limite supérieure de l’intensité pour laquelle un choc isolé laisse encore l'animal immo-

Do

bile ; ensuite, on détermine avec le trembleur en marche la plus petite intensité qui commence à exciter l'animal. Il se manifeste alors une grande différence dans la distance entre la bobine secondaire et la primaire, attendu que le nerf centripète, si peu sensible aux chocs d’induction isolés, se montre, pour une série de chocs, presque aussi sensible que le nerf moteur ».

Il donne à ce phénomène le nom de sommation, et en fait une propriété des centres nerveux :

« La sommation repose sur la propriété qu'ont les centres nerveux de conserver pendant quelque temps sous forme latente les impulsions qui leur arrivent ».

Dès 1886, Morat (292) fixa avec une admirable

clarté les conditions particulières de « l’excitation des

nerfs moteurs de fonctions spéciales » c’est-à-dire des

nerfs de la vie végétative.

« Lorsqu'on excite un nerf de la vie organique sim- ‘plement dans le but de manifester son mode d’action de la façon la plus évidente, on a recours de préférence aux courants ou décharges d’induction employés en excitations sériées aux courants dits tétanisants. Une seule décharge, même forte, lancée dans un nerf de cette espèce, y produit généralement une excitation nulle ou beaucoup trop faible pour qu’elle se manifeste par un résultat évident (contraction, sécrétion, arrêt). Au contraire, la même quantité d'électricité distribuée dans le nerf sous forme de décharges répétées, bien que peu intenses, déterminera un résultat beaucoup plus apparent. Cela s'explique par une propriété qui, bien que n'étant pas absolument spéciale aux éléments gan-

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glionnaires, est chez eux très développée, celle qu'ils ont d’additionner les excitations qu'ils reçoivent et de les convertir en une excitation unique ou d’effet uniforme. Nous venons de faire remarquer justement que les nerfs moteurs de la vie végétative sont des nerfs ganglionnaires. Le phénomène de l’addition ou de l’emmagasinement des excitations doit être rapporté à la présence des cellules nerveuses que celles-ci traversent et aux modifications qu’elles leur font subir. L’excitation des nerfs sécréteurs, quand elle est pratiquée à l’aide d’une seule décharge d’induction, ne donne pas lieu à un écoulement de liquide de sécrétion, ainsi qu’on

l’a observé sur les glandes sudoripares (Hermann et Luchsinger) ».

En 1894, Mulert, à la suite de Langerdorf, étudie l'influence du nombre des stimulations et de leur rythme sur l’excitabilité du sympathique cervical pupillodilatateur (293) ; il utilise la bobine d’induction.

Les auteurs que nous avons cités ont ainsi découvert le rôle de l’addition des stimulations dans l’excitabilité des réflexes médullaires et des systèmes de la vie végétative. Ils admettent implicitement que ce phénomène d’addition se produit dans les « centres nerveux », dans les « cellules » et non sur la « fibre » où porte l'excitation. Ils le dissocient de | « addition latente » de Charles Richet, dans laquelle l'addition des excitations se fait directement sur le muscle il s’agit d’une « somumation indirecte » (L. Lapicque).

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