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V. Revue trimestrielle, t. XXVI (cote 36o4 Bibl. royale

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A la monnaie envisagee comme signe, il constitue une base non plus theorique mais experimentale. II le fait avec la clart6 singuliereetle relief dont il est coutumier :

Supposons, ecrit Haeck, que deux personnes arrivent en m6me temps chez un negociant, la premiere avec cinq morceaux d'etoffe de 5 metres chacun, la seconde avec cinq pieces de monnaie de 2 francs et voyons comment va se faire la reception de ces deux categories de marchandises.

Pour Tetoffe, le negociant s'assure d'abord de sa conformite avec Techantillon-type ; puis, il verifie si chaque morceau a bien la longueur et la largeur pretendues. En fera-t-il autant pour Targent ? Le mettra-t-il dans la balance ? Non, Tidee de le peser ne lui viendra m6me pas, et, eut-il la certitude que pas une seule des pieces de deux francs qu'on lui apporte n'a le poids I6gal, qu'il les accepterait tout de m&me.

D'ou vient cela ? Haeck ecrit alors : « Si, comme les 6conomistes le pretendent, la monnaie m6tallique est une pure marchandise qui ne diff&re en rien de toute autre marchandise, prise a volont6, le negociant n'est-il pas coupable de ne pas s'assurer dans les deux cas de Inexactitude de son compte. Et ne sommes-nous pas tous aussi inconsequents, en exigeant d'une part de nos fournisseurs la quantity rigoureuse en kilogrammes, metres ou litres, des produits qu'ils nous apportent, pendant que, d'autre part, nous acceptons en

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paiement des pieces de 5 francs, de 2 francs, de

1 franc et de un demi-franc qui ne sont pas droites de poids, tant s'en faut. »

Haeck, a l'appui de cette derniere assertion, a releve l'exp6rience suivante :

Un sac de 3 000 francs en pieces de, 5 francs

— o fr. 5o,

pr^sente un deficit de poids qui varie, pour le premier sac (pieces de 5 francs), de 57 grammes a 126 grammes (suivant qu'il s'agit de pieces beiges ou de pieces francaises plus utilis6es) ;

pour le 2 e sac de 375 grammes a /117 grammes

— 4 e — 1 439 — 1 5oo —

C'est-a-dire que 3 000 francs peuvent& la rigueur se payer, se paient m6me en realite :

Avec 2 974 fr. 80 (en pieces de 5 francs) Avec 2 925 fr. (en pieces de 2 francs) Avec 2 790 fr. (en pieces de 1 franc) Avec 2 700 fr. (en pieces de o,5o cent.).

La m6me constatation a ete relevee pour les pieces de 20 francs. Si le paiement des 3 000 francs avait lieu en pieces d'or, il ne serait que de

2 977 fr. 5o.

Cependant : « Essayez done de dire a tin chancier que son debiteur le vole en lui donnant, en

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paiement, pour regler un compte de 5 francs, une piece de 5 francs trop l6gere, et alleguez en mime temps au debiteur que son obligation se trouve all6g£e, et vous verrez simultan6ment le creancier et le debiteur vous rire au nez. »

Conclusion : « Le numeraire argent, ayant conserve sa m6me valeur d'6change, nonobstant la diminution reelle de son poids, la theorie de la monnaie-marchandise, dans tous les cas, se trouve formellemejit dementie par les faits qui s'accomplissent sous nos yeux. »

Haeck ecrivait en i860 ; il eut vu,dans la suite, sa these se consolider enapparence d'un argument nouveau qui a ete relev£, notamment par M. Solvay. C'est beaucoup moins encore que donne le debiteur quand il paie en argent. Non seulement cette monnaie perd sur son poids, par usure metallique,par frai, — mais elle est considerablement depreci^e et c'est moins de 2 fr. 5o que donne en reality celui qui s'acquitte avec une piece de 5 francs.

Souscrirons-nouscependantaTopinionde Haeck, qu'il accentue encore de lafacon suivante : « Pour les partisans de la theorie de la monnaie-marchandise, la society .moderne doit sembler vivre au milieu d'une s6rie ininterrompue de miracles. Pour eux, le fait permanent de la circulation au pair des pifeces de 5 fr., de 2 fr., de 1 fr. et de o,5o est un miracle, une chose surnaturelle, inexplicable, qui choque la raison ! La circulation au pair des billets de banque a cours force est pour

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eux un autre miracle ! La monnaie de billon au pair, miracle ! »

Tous ces miracles deviennent au contraire des faits simples, de l'ordre le plus naturel, si Ton consid&re que les n6gociants et les industriels d'un m6me pays regardent la monnaie de ce pays, « non comme l'objet, mais comme l'intermSdiaire de leurs transactions, plutot comme signe d'ichange que comme matikre d'ichange ».

II ajoute : « Pendant que j'ecris ces lignes, je vois.passer devant ma maison une procession de femmes de menage se rendant au marchS voisin pour les approvisionnements de la maison. Avec quoi ces femmes vont-elles payer leurs achats ? Est-ce avec des pieces de 5 francs ou de 2 francs, qui n'ont pas le poids l6gal ? Ce serait un marche de dupes. Qu'est-ce done que ces femmes vont donner en echange des marchandises que les vendeurs leur delivrent ? Ne sont-ce pas les services qui ont ete rendus par leurs enfants, par leurs maris, par elles-m6mes, services dont le signe monetaire est une attestation authentique. »

Si, lorsqu'on achete et qu'on vend, on ne fait qu'6changer des services 6valu6s contre des services evalues, on peut enlever a la monnaie toute valeur intrinseque, et Ton peut admettre, ainsi que l'ecrit Haeck dans une phrase oil se trouve defini presque tout le comptabilisme, que « moyennant une organisation intelligente des institutions de credit, une grande partie des comptes prove-

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nant des transactions commerciales d'un pays pourraient 6tre balances par de simples ecritures de comptabilite ».

Est-ce k cette conclusion pratique qu'aboutit le systeme de Haeck. Ne laisse-t-il a la monnaie que sa fonction d'etalon et lui enl&ve-t-il sa fonction d'interm6diaire des echanges ?

Haeck ne donne qu'une conclusion, et elle est assez inattendue. II invite en effet la Belgique a adopter l'etalon d'or.

C'est que, de son propre aveu, la monnaie ne peut fonctionner a Tetat de pur signe que dans un paysisol6, sans relation actuelle ou 6ventuelle avec les autres pays. Des qu'on envisage les relations internationales, la monnaie n'est acceptee que comme marchandise et, quand il existe des conventions internationales qui identifient les regimes monetaires, il est encore tenu compte du frai 1 .

Un th6oricien anglais, Kitson 2 , auteur d'un ou-

i. La convention du a3 decembre i865, dite Union latine, entre la France, la Belgique, la Suisse et l'ltalie, limite la tolerance de frai a o,oo5 du poids de fabrication minimum. Sait-on combien on depense, matiere et facon, pour rendre droite de poids une piece de 20 francs fraye'e : un peu moins de o fr. 3o. Il suffit done qu'une piece de 20 francs perde moins de o fr. 3o de sa valeur pour qu'elle soit re fond ue.

2. A. Kitson, auteur de : A scientific solution of the money question (une solution scientifique de la question de la monnaie). Boston, 1895. Dans cet ouvrage, M. A. Kitson declare tout d'abord que la determination de la valeur doit £tre dominie par des preoccupations morales. « Dans le systeme monetaire id£al, subordonn£ a la justice », la monnaie doit elre d£barrass£e de toute association avec une mar-

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vrage recent sur la monnaie, a tire du jeu de la loi de Gresham un argument impr6vu en faveur de la monnaie-signe. La formule bienconnue de la loi de Gresham est la suivante : « La mauvaise monnaie chasse la bonne ». Qu'est-ce-a-dire, selon Kitson„ sinon que la mauvaise monnaie est la seule qui circule a l'interieur. Elle est done la bonne monnaie, « car, deux especes de pieces etant mises en circulation, si Tune circule librement tandis que l'autre ne le fait pas, nous sommes conduits a conclure in6vitablement que celle qui circule est la meilleure monnaie ». Kitson, par suite, declare « qu'une monnaie qui est enchainee a une marchandise est une mauvaise monnaie ».

Cette conclusion est fausse, le procede m6me de demonstration le prouve, quand il s'agit de regler des transactions entre peuples divers « soit qu'il s'agisse, disait Haeck, de solder ce qu'on est convenu d'appeler la balance du commerce, soit qu'il s'agisse de payer des achats chez les populations barbares». Pour cela, il faut une monnaie metallique.

Mais dans l'interieur du pays, la monnaie devaitelle perdreson role d'intermediaire des ^changes ? Devait-on recourir a un pur signe, Tor restant la matiere evaluatrice ? Haeck n'a propose aucun sys-

chandise d6termin6e comme For et 1'argent. La monnaie actuelle « est un instrument d'oppression contre le peuple ». Il faut mon£tiser les marchandises sans l'intermediaire metallique. V. Hector Denis, Elude sur Kitson, 1901.

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t&me de realisation pratique en ce sens. S'il en eut propose un, c'eut 6te quelque chose de n£cessairement analogue aux projets de banques d'echange developp£s par Proudhon, en i848, et dans lesquels leur auteur lui-m&me semblait avoir perdu confiance en i855.

D'ailleurs, remarquons-le, en concluant que la monnaie, parce qu'elle n'a pas en fait toute sa valeur legale, peut n'en avoir aucune, Haeck d6passait de beaucoup les constatations faites. La monnaie metallique a une valeur, c'est indiscutable. Cette valeur peut etre inferieure a la valeur legale, soit ! Mais peut-elle etre nulle ?Rien ne le prouve.

La valeur nominale d'une monnaie d'argent est de nos jours particuli&rement superieure a la valeur reelle du lingot. Aussi bien l'argent ne circulet-il plus que comme monnaie d'appoint. II ne peut servir que dans certaines limites a liquider une dette. Pour For, c'est tres exactement la valeur marchande du lingot qui determine la valeur legale de la monnaie. Lefrai, seulfacteurde depreciation d'une piece d'or, est assez insignifiant pour qu'on n'en tienne pas compte. Et cependant il suffit qu'il soit de tres peu d'importance pour qu'on refonde la piece. L'inconvenientdeces refontes est si reel que, pour eviter l'usure des pieces, on a propose (notamment pour les pieces de 10 francs, le plus sujettes a se frayer) de les faire racheter par la Banque de France et de les remplacer par des coupures de papier du m&me chiffre.

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En ce qui concerne reorganisation g6n6rale du credit qui a ete la preoccupation dominante de Haeck, comme de Vidal, il faut reprocher a nos deux auteurs une confusion tr6s grave.

Le syst&me de Haeck est un systeme theoriquement bon, si on ne Tenvisage, comme il doit T^tre, que comme un systeme d'organisation du credit a long terme. Or ces banques mutualistes nous sont donnees par Haeck comme supprimant toutes les banques d'actionnaires, m6me les banques de circulation. II y a Ik une confusion entre les conditions du credit a long terme et celles du credit a court terme. Haeck parle constamment de ces capitaux qui vont gratuitement aux banques et dont devraient profiter gratuitement les emprunteurs. Mais il meconnait le veritable caractere de ces pr6ts faits aux banques : ce sont des depdts. Les banques de circulation ne recoivent que les capitaux qui refusent de se placer. Elles sont leur coffre-fort provisoire, une bourse generale dont on peut a chaque instant vider le contenu. Elles ne peuvent des lors que sur prevision et calcul approximatif, disposer, pour un temps tres court, d'une partie des sommes qui leur sont confiees. Elles le font en escomptant des effets de commerce. L'erreur de Haeck est d'avoir cru que les capitaux de placement s'offri-

Aucuy. 1 8

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raient aux mutualites dans les conditions ou s'offrent aux banques les capitaux de roulement. En fait, les mutualites n'ont rendu de reels services qu'en penetrant dans des milieux donts'eloigne la grande banque de credit parce qu'elle n'a pas en eux une confiance suffisante. A cot6 de Torganisation mutualiste, m^me generalisee, il semble qu'il devrait toujours rester place pour des banques de circulation, obligees par mesure de protection de pr6lever un escompte.

Vidal a commis une erreur inverse, mais oil se revfele la mime confusion entre les conditions particulieres aux deux sortes de credit. II a voulu faire des banques d'emission des organismes de cridit a lang terme . L'origine de Terreur de Vidal est toute proudhonienne. Elle est dans la meconnaissance absolue du caractfcre du billet de banque considere comme pouvant cesser d'etre remboursable a vue.

Si nous laissons de cote cette erreur par suite de laquelle les deux auteurs trouvaientplus directement leur place legitime dans cette etude, nous voyons qu'en ce qui concerne Forganisation du credit proprement dit (ou credit a long terme), Vidal commettait deux erreurs de technique qui constituent encore de nos jours des dogmes socialistes essentiellement actifs. II voulait que l'organe distributeur du credit fut : i° Un etablissement central ; 2 Un etablissement d'Etat.

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De m6me M. Jaures, en 1897 S l° rs de ^ a discussion relative aForganisationdu credit agricole, proposait « d'instituer une banque centrale de credit, charg6e de faire dans l'inter6t du progres et de la production agricole des operations 6tendues ». Gette banque centrale devant 6tre la Banque de France, pr6alablement transformee en banque d'Etat, on voit qu'il ne manquait a cette proposition, pas mftme latroisi&me erreur de Vidal : celle qui consiste a confier a une banque de circulation l'organisation du credit a long terme qu'est par necessity le credit agricole.

Quelle est la these qui fut opposee a celle de M. Jaures, par le president du conseil M. Meline*? Celle de Haeck precisement : Le credit vient d'en bas et doit &tre accorde par des organismes inde-

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