‹ Les tapageurs: comédieChapitre 112 sur 144 · ACTE TROISIÈME i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME i

JORDANE.

Ne m'avouerez-vous pas que vous avez été surprise vous-même de vous voir à cette redoute?

CLARISSE

J'ai cédé à un moment d'affolement, que je regrette, en vous faisant demander.

JORDANE.

Ce n'est pas là ce que je vous reprocherais.

CLARISSE

C'est cependant la seule faute dont j'aie à rougir, j'ai manqué de courage.

JORDANE.

La seule faute I Ce n'en était donc pas une d'aller là? vous aviez donc un motif ^sérieux?

CLARISSE

Je n'en avais pas.

JORDANE.

Ne vouliez-vous pas m'y surprendre?

CLARISSE

Pourquoi? J'ai eu l'ambition, en vous épousant, de devenir madame de Jordane et vous n'entendiez bien me donner que votre nom, un nom respecté et envié I J'aurais mauvaise grâce à demander davantage et il serait ridicule à moi, sous prétexte que je suis votre femme, de vouloir priver Paris du Jordane spirituel et brillant qu'il a l'habitude d'applaudir.

L'ironie vous est permise et vous n'auriez certes qu'à me railler, si vous aviez été seule; mais' le prince Orbeliani était là! mais je vous ai vue une heure entière à. son bras, devant moi I

CLARISSE

Il ignorait qui j'étais.

JORDANE.

Et vous croyez qu'il ne vous a pas devinée?

CLARISSE

Qu'importe, s'il ne m'a pas vue?

JORDANE.

Qu'importe!

CLARISSE

Personne au monde ne peut dire que j'ai été chez le prince, personne que vous, pour qui j'ai découvert mon visage.

JORDANE.

Et c'est là seulement ce que vous regrettez?

CLARISSE

Oui, VOUS ne me pardonnerez jamais de vous avoir forcé à faire votre devoir.

JORDANE.

Jamais! Vous n'êtes plus pour moi qu'im étranger.

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