ACTE PREMIER
l'en empêcher. Quand on a dans son passé une aventure comme celle de M. de Balislrac, on n'a plus le droit de se mettre en évidence.
CLARISSE
Il s'est compromis?
AGATHE
Nous faisions notre voyage de noces en Italie, comme tout le monde... lorsque, entre Rome et Naples, nous sommes attaqués par des brigands, et je suis enlevée.
CLARISSE
Enlevée?
Oui, ma chère, enlevée.
CLARISSE
Seule?
AGATHE
Seule!... On me fait écrire à mon mari qu'on me rendra aussitôt qu'il aura envoyé cent mille francs. (Avec indignation.) Il met huit jours à les trouver.
CLARISSE
Huit jours !
AGATHE
Je ne lui pardonnerai jamais ça.
CLARISSE
Et les brigands?
AGATHE
Un respect exagéré... c'en était presque humiliant. Mais ils avaient une excuse... je veux dire une raison. Us étaient tous mariés à des femmes jalouses, heureusement.
CLARISSE
Vous me faites frissonner de la tête aux pieds. Mais cela n'a rien de politique?
AGATHE
Vous imaginez- vous un journal de l'opposition racontant que la femme d'un député, ou d'un sénateur, ou d'un ministre ?...
CLARISSE
A été l'héroïne d'une aventure...
AGATHE
Qui a un côté si invraisemblable.
CLARISSE
Ce serait à en mourir de honte !
AGATHE
Il faut que M. de BaUstrac reste dans l'ombre.
CLARISSE
Ça lui sera bien difficile.
AGATHE
Je le compromettrais plutôt.
CLARISSE
De quelle façon?
AGATHE
En arborant des couleurs séditieuses.
CLARISSE
Lesquelles?
AGATHE
J'ai le choix, n'est-ce pas?