‹ Les tapageurs: comédieChapitre 33 sur 144 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

JORDANE.

Vous avez compris?

LE DOCTEUR

Parfaitement; vous êtes amoureux de madame Cardonat.

JORDANE.

Rien ne vous autorise à le penser.

LE DOCTEUR

Comment, rien! Elle est adorablement belle, c'est un fruit nouveau à Paris, et je vous connais !

JORDANE.

Si je vous déclare que vous vous trompez?

LE DOCTEUR

Je rendrai justice comme toujours à votre extrême délicatesse et je n'en parlerai plus, (ii vient s'asseoir.) Cependant, je vous suis trop attaché pour ne pas vous donner un conseil : mesurez bien le danger que vous allez courir.

JORDANE.

Quel danger?

LE DOCTEUR

Rien n'est plus à redouter pour un honnête homme que de tromper un mari qui n'est pas... irréprochable.

JORDANE.

Voilà une théorie nouvelle. —Alors ce sont les gens vertueux qu'il faut tromper de préférence?

LE DOCTEUR

Absolument. On se trouve entraîné à défendre le mari * envers qui on a des torts, aie soutenir dans ses... erreurs, — j'adoucis le mot, — - et Dieu sait où cela peut mener.

JORDANE.

Vous supposez le cas de ces maris complaisants qui abusent...

LE DOCTEUR, l'interrompant vivement.

Mais non, mais pas du tout, ce n'est pas ça : au contraire, je suis absolument certain que M. Cardonat...

JORDÀNE.

Encore?

LE DOCTEUR

Est incapable d'une pareille infamie, par cette raison supérieure qu*il est très épris de sa femme.

Vous savez cela aussi?

LE DOCTEUR

Et le danger n'en est que plus grand, avec un homme de votre caractère. Je me résume : étudiez toujours avec soin le mari de la femme que vous avez l'intention d'aimer.

JORDANE, se levant.

Parbleu! docteur! le conseil est amusant, venant de vous.

LE DOCTEUR, se levant aussi.

Moi! je n'aimerais jamais la femme d'un mari que je croirais gênabt... ou disposé à mourir pour me laisser sa veuve. J'étais follement épris d'une blonde adorable; elle m'a présenté son mari; il était apoplectique, je cours encore.

JORDANE.

Alors... Balistrac?

LE DOCTEUR

L'estomac n'est pas bon, mais je le soigne.

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