SCÈNE XIX
CARDONAT, JORDANE.
CARDON AT, entrant avec Jordane, qui parait contrarié.
Je regrette que vous ayez quitté pour moi la personne avec laquelle vous étiez.
JORDANE.
. Elle est très bien placée et le concert l'intéresse beaucoup .
Moins que votre conversation.
JORDANE.
Flatteur!
' CARDONAT.
Je ne me crois pas assez votre ami pour entrer dans vos secrets, mais j'allais vous prévenir qu'on vous a vu lui presser la main et qu'on a dit à côté de moi : « C'est Jordane et sa nouvelle maîtresse. »
JORDANE.
On a mal vu et on s'est trompé. Voilà ce que nous attire une mauvaise renommée. Tout le monde sait que j'ai de temps à autre une maitresse'en titre, pour la galerie.
CARDONAT, souriant.
Pour la galerie! Eh bien ! et votre femme?
JORDANE.
Ma femme, c'est pour la morale. Quand on vit toujours dans le monde officiel, on éprouve le besoin d'avoir
quelquefois une jolie fille, — une Zoé quelconque, — à ne pas respecter, (vivement.) tout en restant gentilhomme.
CARDONAT.
. Oui, vous rhonorez de votre mépris.
JORDÀNE.
C'est le mot. Et alors, en me voyant passer avec une femme masquée. . . — Mais la personne avec laquelle je causais est une Espagnole qui a désiré voir une redoute... en tout bien tout honneur.
CARDONAT.
J'ai cru devoir vous prévenir.
JORDANE.
Et je vous en remercie, (a part.) Diable! il faut être prudent.
CARDONAT.
Je voulais vous prier aussi de me donner l'occasion de causer avec le prince. Je lui ai été présenté assez maladroitement...
JORDANE, vivement, en lui pressant la main.
Tout ce que vous voudrez, mon cher Cardonat, tout ce que vous voudrez. Que dites-vous de la fête du prince?
CARDONAT.
C'est très parisien.
JORDANE.
Oh! parisien jusqu'à la corde... Le trait caractéristique de ce que nous appelons, avec quelque orgueil, le Parisien, c'est le sentiment de la mesure et du ton. Voilà ce qui manque toujours aux étrangers qui croient nous imiter; ils forcent la note, et alors... c'est un autre air. Vous voyez ce soir.