Cinq tendues de tapisseries de haulte lisse restans
(1) Il est probable que cet'e suite est celle dont quatre pièces encore subsistent dans le garde-meuble do Vienne; ces tapisseries du xvie siècle ne portent pas de marque de fabrique, mais sur l'une d'entre elles se trouve un monogramme de tapissier composé d'un S entrelacé avec une croix. {Jahrbuch. . . , t. I, n° ni, p. 217, 218. — Voir aussi E. Miïntz, op. cit., p. 5.)
(2) Voir plus haut, n° 16.
(3) L'histoire d'Abraham en dix tapisseries se trouve au garde-meuble de Vienne (Jahrbuch. . ., t. I, p. 216-217, n° n). Ces tapisseries de Bruxelles portent en effet les armoiries du cardinal Charles de Lorraine-Vaudémont (*j* 30 octobre 1587^ ; elles sont photogravées dans le tome III du Jahrbuch.
des six tendues que le sr Barnet a heu charge d'achepter au Pays Bas , eu l'an 1598 (*).
82. Six pièces de tapiceriesde haulte lisse restans des 6 tendues dehaulteurenbocquagesprovenautesdu srdePullioy(**)#
83. Seize autres pièces de tapiceries de haulte lisse de trois aulnes et deray de haulteur en boccages, jardinages et chasses, pour deux tendues, venantes de Monsieur le bailly de St Mihiel (1) et (***).
(*) Au Sr Loys Bernet (Barnet), secrétaire à Son Alteze..., la somme de seize mils quatre cens vingt sept frans sept gros cinq deniers pour restitution de semblable somme qu'il a délivré à François Swertz, tapissier, demeurant à Anvers, pour l'achat de six tendues de tapisseries que, de l'ordonnance de Son Alteze, il at achapté pour le service d'icelle, ramennées et délivrées es mains de Magdelaine Rougerin, garde des mœubles du chasteau de Nancy...
» Audict Bernet la somme de neuf cens septante quatre frans trois gros que, du commandement exprès de S. A., il at délivré à Jean d'Allouette, tapissier (demeurant à Nancy), pour achapter des estophes de soye et de laine pour faire par deçà une tapisserie pour le service d'icelle... » (^Compte de 1598, B. 1255, f° 371 v°.)
(**) Le nom et la qualité de ce personnage sont indiqués dans la mention suivante, du compte de 1599 (B. 1257, f° 366 v°J ; t Au Sr Nicolas de Pullenoy, conseiller et secrétaire à Son Alteze, la somme de quatorze cens soixante cioq frans six gros pour deux tendues de tapisserie que Sadicte Alteze a faict prendre et achapter de luy, à servir d'ammeublement au chasteau de Bar, ... contenantes lesdictes tendues, l'une de six pièces, de trois aulnes de Paris de haulteur, façon de haulte lice et figures de boccages et petits personnages, et l'autre tendue estante d'une piq.ce de tapisserie de Bergame, en longueur vingt quatre aulnes et demy de Paris, et de trois aulnes de hauteur... »
(1) Bibliothèque nationale, collection de Lorraine, n° 463, fol. 31 (Inventaire de 1606) et fol. 53 (Inventaire de 1575). Les articles 81, 82 et 83 ne figurent, bien entendu, que dans l'inventaire de 1606.
(***) La mention suivante, du compte de 1601 (B. 1265,
17 mai 1575 et 22 janvier 1606.
84. Un daiz de tapisserie de haulte lisse à la queue duquel est une arche faicte en prospective, où est l'histoire de Diz et de Proserpine, le tout fait de soye fine rehaussée d'or et d'argent au champ d'or, et au fond du dit daiz est un grand rond eD prospective avec plusieurs colonnes, le champ remply d'une grotesque de mesme estoffe que dessus, au champ d'or, avec six pentes de grotesque, mesme ouvrage, les trois du dedans aux franges de soye bleue et crespines d'or, et les trois du dehors frangées de houppes de soye bleue, couvertes de crespines nouées d'or (1).
f° 309 v°) , indique le prix et la provenance de ces tapisseries : a A Monsieur de Lenoncourt, conseiller d'Estat et bailly de Sainct Mihiel , la somme de trois mils huict cens trente cinq frans sept gros deux deniers pour seize pièces de tapisseries hautes lisses, façon de Bruxelles, de trois aulnes et demy de Paris do haulteur, histoire à petitz personnages, boccages, jardinages et chasses, que, dès le mois de décembre 1600, S. A. at prins et achapté de luy pour servir à l'amceublement de son hostel. »
(1) Bibliothèque nationale, collection de Lorraine, n° 463, fol. 27 et 53. Ce dais est encore à Vienne {Jahrbuch. . ., t. II, p. 168, n° xlv) ; il est reproluit dans le tome III du Jahrbuch. M. von Birk le considère comme une tapisserie italienne. La pièce principale, le fond du dais, mesure 4m 19 de hauteur sur2m61 de largeur. Sur un riche soubassement, orné de grotesques et de mascarons, se dressent deux colonnes corinthiennes, le tout figuré en perspective de façon à produire l'illusion d'un véritable dais d'architecture. Sous l'arc qui occupe le centre sont assis Pluton et Proserpine; les angles sont occupés par quatre médaillons représentant les saisons ; la date de l'exécution de cette belle tenture est tracée dan3 les deux angles supérieurs dans lesquels on lit :
M. Darcel termine ainsi l'intéressante communication qu'il a faite au Comité des travaux historiques :
« Si nous nous attachons plus spécialement aux tapisseries nancéiennes, aujourd'hui conservées à Vienne, nous devons dire que la magnifique tenture de Moïse, bien qu'elle porte dans sa bordure les armes et dans sa lisière la croix blanche de Lorraine , nous paraît fabriquée en Flandre par des artistes flamands...
» Il n'en est pas de même de la tenture des victoires de Charles V de Lorraine qui décorent une des grandes salles du Palais impérial. Sur l'une, qui représente la
anno 1566; dans deux cartouches on lit l'inscription suivante :
SEX CVM CHARA HABITAT MENSES PROSERPINA MATRE SEX CVM DILECTO CONIVGE DITE MANET.
Le plafond du dais et sesborduras ornées de franges sont de la même fabrique que le fond.
« L'inventaire de 1575 mentionne (n° 84) un magnifique dais de tapisserie qui est la plus belle et la plus riche tapisserie du xvie siècle que nous connaissions. L'auteur du catalogue illustré des tapisseries de Vienne l'attribue à une fabrique italienne, bien à tort assurément. Nous avons découvert, en effet, dans la lisière de la queue de ce dais , la marque si connue de Bruxelles, qui était cachée sous un galon rapporté. La date de 1566, inscrite dans un cartouche, rend encore plus précieuse, au point de vue de l'histoire de la tapisserie, cette œuvre, qui a dû être exécutée d'après un peintre flamand, tout imprégoé de la Renaissance italienne, mais laissant percer son origine sous le naturalisme ou la vulgarité de quelques scènes spécifiant les saisons. Ce dais n'est donc italien que par l'influence générale exercée par la péninsule au nord des Alpes pendant le xvie siècle. » (M. A. Darcel.)
délivrance de Vienne par Sobiesky, nous avons relevé cette double mention : à gauche , par où l'on a commencé : fait à la Malgrange, 1724, et à droite, par où l'on a terminé : fait à la Malgrange, 1725. Or, la croix de Lorraine se trouve sur la lisière d'une des pièces en magasin qui porte en outre la marque C. M. E., qui est celle du tapissier Charles Mitté, et la date : Nancy, 1705. On sait de qui sont les cartons de ces tapisseries, lesquelles sont d'un style quelque peu banal. C'est peut-être pour ce motif que leur reproduction a été négligée dans le catalogue illustré publié par ordre de l'empereur. Plusieurs des pièces de cette tenture, exécutées sous le duc Léopold , qui avait épousé la sœur du régent, portent les armes de Lorraine et d'Orléans. Enfin, la fleur de lis de France et les croix de Lorraine alternent sur les miroirs qui composent la bordure.
» Une troisième tenture, qui n'a pas encore été publiée dans l'inventaire , nous ne savons trop pourquoi, car plusieurs pièces d'un médiocre intérêt y ont pris place à son détriment, est composée de portières aux armes de Lorraine et d'Orléans. Elles sont signées : F. JosseBacor, 1719, ou A. F. J. Bacor S. M. (*), et appartiennent au plus bel art ornemental français des commencements du xvnr2 siècle.
» On y reconnaît l'art que Claude Audran a inauguré
(*) Ce monogramme est celui de Sigisbert Mengin, ou Mangin, associé à François Durand pour l'exploitation de la manufacture des tapisseries de Nancy, créée en 1699.
Le compte de la dépense de l'hôtel pour l'année 1725 (B. 1676, n° 272) porte une somme de 3250 livres a au Sr Mengin tapissier, pour une pièce de tapisserie de basse lisse représentant la Chasse du cerf ».
dans les portières des Eléments et des Saisons ; les figures y sont remplacées par des armoiries ; mais si les détails de l'ornementation diffèrent, le principe est le même.
» On voit, par le nombre et par la qualité des tentures sorties des ateliers de Nancy, quelle en était l'importance et l'on ne peut que s'étonner qu'on en ait si longtemps ignoré l'existence. »
A compter de la fin du xve siècle, époque à laquelle remontent nos plus anciens documents , on voit des tapissiers attachés à la maison des ducs. En 1480, c'est un nommé Etienne Savoye , auquel il est assigné une pension de six resaux de blé sur le cellerier de Nancy ; il est qualifié « garde de la tappisserie de Monseigneur le duc » (1). — Il est remplacé, en 1492, par « Jaiquemart de Tries, tapissier du Roy », qui touche la même pension « pour cause de tendre et mectre à point et nectoyer la tapisserie du Roy » (2). — Vient ensuite David Regnauldin, ou Renauldin, « tapissier et brodeur de Monseigneur » , dont la pension est portée à douze resaux (3).
Son nom se rencontre, depuis 1515 (4) dans chacun des comptes des trésoriers généraux de Lorraine , les-
quels renferment, à dater de 1529, un chapitre intitulé: « Parties de tapissiers et brodeurs ». Avec Regnauldin figure, cette année, Fiacre, qualifié aussi « tapissier de Monseigneur ».
En 1550 (1) , ce titre est donné à Jean Ghapperon, probablement originaire de Paris, et qui semble avoir été plus qu'un simple ouvrier. En 1566 et 1567, diverses sommes sont payées à Jean du Bois , marchand tapissier à Paris, procureur des héritiers de feu Jean Ghapperon, pour « certaines parties » et pour « parties de tapisseries » que celui-ci avait fatales et fournies pour le service de Monseigneur en 1560, 1562 et 1563 » (2).
Le compte de l'année 1565-1566 mentionne , au chapitre des « Valetz de chambre et de garderobbe et aultres de la suitte de la chambre », Jean Rogerin, ou plutôt Rougerin, « tapissier de la chambre de Monseigneur », et Louis Rogerin, « tapissier du chasteau de Nancy », chacun aux gages de 60 fr. ; — et au chapitre des « Parties de brodeurs et tapissiers », le même Jean Rogerin, et Frantz, « tapissier de Son Alteze » (3) . à propos de la fameuse tapisserie de l'histoire de Moïse.
Jean Rougerin paraît n'avoir été qu'un tapissier ; mais il n'en est pas de même de Louis, à en juger par la mention suivante du compte de l'année 1572- 1573 (4) : « A Loys Rogerin, tapissier de Monseigneur, la somme de cinq cens frans que mondict seigneur a heu ordonné luy estre délivrez pour subvenir à l'entre-
(2) B. 1143, i° 243 v°, et B. 1148, f° 259.
(3) B. 1143, f°> 111 et 264.
tenement des compagnons lappissiers qui lors travailloient avec luy pour le service de mondict seigneur ».
L'année suivante, il lui fut délivré la somme de 1452 francs 1 gr. « pour reste et parpaye de plusieurs parties de son art, icelles montantes à 1952 fr. 1 gr. », sur lesquels il avait reçu 500 fr. (1).
De 1568 à 1574, un autre tapissier, Philippe Macquet, est surtout chargé de » racoustrer » ou « rabiller » la tapisserie « de la maison de Monseigneur » (2).
Vient ensuite un nommé Jean Allonnette, Lallonet ou Dallouette, tapissier, demeurant à Nancy, qui travaille avec son « guerson », pendant 355 jours de l'année 1582, aux tapisseries de Son Altesse (3).
En 1598, Christophe Milson est « tapissier de la chambre de Son Altesse » (4), et on le voit, en 1603 et 1605, toucher différentes sommes « pour façon et besogne de son art » ou « pour parties de fournitures et façons de son art » (5).
En terminant ce qui concerne la période du xvie siècle et le commencement du xvir9, il convient de mentionner une fabrique de tapisseries d'un genre particulier, qui existait près de Nancy, et dont les produits vinrent en-
(2) B. 1152, 1156, 1158, 1160, 1164. — Il y avait à Saint- Dié, en 1602, deux individus, Adam Raillart et Jean Trottet, qui faisaient le métier de « renouvelleurs et ralumineurs de vieilles tapisseries ». Il leur fut payé, cette année, 300 fr., à compte de 524, « pour besogne, façon et fourniture de leur état » qu'ils avaient faites pour l'hôtel. (B. 1268, f» 402 \°.)
(o) B. 1274, f» 270, et B. 1285, f» 270.
richir le garde-meuble ducal. On lit dans le compte de Tannée 1599 (1) : « A Jean Ragage, tapissier, demeurant à Sainct Nicolas, la somme de huict cens trente six frans que luy restoient dheus pour une tendue de tapisserie en dix pièces de cuir argenté , façonné de bleu, qu'il a vendu à Son Alteze et délivré à la garde de ses mœubles (2)... »
Et dans le compte de 1607 (3) : « A Jean Ragache, tapissier de cuyr doré, ... la somme de neuf centz quinze frans deux gros pour une tapisserie de cuir doré, garnie de toille, qu'il a faicte, fournie et délivrée pour le service de Son Alteze... »
Le 7 octobre 1613, Pierre Fouccault fut nommé « tapissier de la chambre et du cabinet », à la requête de René, son père « tapissier et contrepointeur de l'hôtel » depuis seize ans (4). Ce dernier, qui était natif de Paris, avait été reçu bourgeois de Nancy en 1597, c'est-à-dire depuis l'époque où il exerçait son office. Il figure encore en 1614, parmi les « artisans de l'hôtel », comme tapissier et « contrepoinctier », aux gages de 100 fr. par an (5).
Christophe Milson continue, en même temps, à remplir ses fonctions, pour lesquelles il touchait encore un traitement de 60 fr. en 1633.
(2) Madeleine Rougerin, a garde des meubles du Rond de l'hostel », à laquelle il fut délivré, en 1603, 104 fr. « pour façon qu'elle a faicte à la garniture de trente cinq pièces de tapisseries dudit hostel ». (B. 1274, f° 270.)
Ain i qu'on vient de le voir, parmi ces tapissiers, les uns étaient de simples ouvriers chargés d'entretenir les meubles de l'hôtel et d'en fournir de nouveaux au besoin ; les autres, tout en remplissant cet office, étaient encore ou des restaurateurs ou des fabricants de tapisseries, dont les ateliers se trouvaient dans les dépendances du Palais ducal.
Le plan de cet édifice, tel qu'il existait en 1698, joint aux Essais sur la ville de Nancy, par Lionnois, indique, sous le n° 35, la Manufacture des tapisseries de la Couronne. Le même bâtiment est figuré sur la planche de Claude Deruet représentant le Palais du temps de Charles IV ; il se trouvait à l'extrémité nord de ce qu'on appelait le Parterre (aujourd'hui jardin du Gouvernement), du côté de la Carrière ou rue Neuve.
A partir du règne de Léopold , les documents deviennent plus nombreux et plus explicites qu'auparavant. Voulant, sans doute, faire choix d'un artiste qui fût en état d'exécuter les projets qu'il avait conçus, ce prince appela aux fonctions de tapissier de l'hôtel le sieur Charles Mité (1), qui s'était probablement fait connaître par des ouvrages remarquables. Le brevet qui lui fut délivré témoigne de l'importance qu'on attachait à son offico.
« Aujourd'huy quatrième aoust 1698, S. A. S. estant à Lunéville et ayant égard à la très humble* supplication qui luy a esté faite de la part de Charles Mité,
(1) Et non Mittê, comme on l'a toujours écrit.
demeurant à Nancy, à ce qu'il luy plût le retenir pour tapissier de son hostel , le gratiffier des advantages et privilèges qui sont attribuez à ceux de semblable estât, et de luy en faire expédier ses lettres sur ce nécessaires, Sadite Altesse estant bien informée des sens, fidélité, suffisance , expérience au fait des tapisseries et de l'affection à son service dudit Mité, a iceluy retenu et eslably pour tapissier de son hostel pour en faire les fonctions ordinaires fidellement, ordonnant, par cestes, qu'il jouira de tous les droits, privilèges, prérogatives, franchises et exemptions qui y sont attachez, tels et semblables dont ceux de pareille retenue ont jouy, pu et deu jouir de droit à cause d'icelle, et des gages, profits et émolumens qui seront cy après par elle réglez sur Testât général de sa maison. Mande et ordonne Sadite Altesse au Sp marquis de Lamberty, bailli dudit Nancy, aux président et gens de la chambre du Conseil et police de ladite ville et à tous autres ses officiers, hommes et sujets qu'il appartiendra, que de l'effet des présentes ils fassent et laissent jouir ledit Charles Mité plainement et paisiblement, sans y mettre ny permettre y estre mis aucun trouble ou empeschement au contraire. Car tel est son plaisir. En foy de quoy Sadite Altesse a le présent brevet, signé de sa main, fait contresigner par l'un de ses conseillers secrétaires d'Estat, commandemens et finances, et apposer son scel secret. Donné à Lunéville, les an et jour susdits. Signé : Léopold , et plus bas : Mahuet, et cacheté en placart du scel secret de Sadite Altesse.
» Et sur le replis est escrit : Gejourd'huy 5e aoust 1698 , Charles Mité , dénommé au présent brevet , a preste serment entre les mains de S. E. M" le mareschal
comte de Garlinford , grand maistre de l'hostel de S. A. S., etc., de faire fidèlement les fonctions de tapissier de l'hostel de Sadite Altesse , en laquelle qualité il luy a plu le retenir. Ce que je soubsigné, conseiller secrétaire d'Estat. des commandemens et finances, présent à ladite prestation de serment , certifie véritable. A Lunéville, les an et jour cy dessus. Signé : Mahuet. »
Le brevet fut entériné à la Chambre des Comptes, après toutes les formalités d'usage, le 30 juin 1699 (1).
Les gages de Mité n'étaient pas très élevés, puisqu'il ne touchait que 45 livres par quartier, soit 180 livres par an, mais il avait en outre un logement au Palais et des « profits » qui devaient former une somme assez ronde. Ils consistaient dans le paiement des ouvrages qu'il exécutait comme tapissier (fourniture, réparation ou entretien de meubles), et surtout comme restaurateur et fabricant de tapisseries.
Son premier travail connu est indiqué dans le compte du receveur de Nancy (2), qui lui délivra, en 1700, la somme de 280 fr. « pour avoir dégraissé, remis en couleur' et raccommodé les trous d'une tenture de tapisserie de sept pièces de Flandre, qui est actuellement en la Chambre du Conseil de ville » (3).
Les autres mentions qui le concernent se trouvent dans les comptes du trésorier de l'hôtel de Léopold. Il lui est payé, en 1703, 1944 livres « pour cent huict pieds
(1) B. 189, no 183.
(2) Archives de Nancy, CC. 272.
(3) Il s'agit très vraisemblablement de la tapisserie communément appelée la a tente de Charles-le-Téméraire », qui, de l'ancien Hôtel de ville, fut transférée au Palais-de-Justice, d'où elle est venue au Musée lorrain en 1861.
— aide tapisserie qu'il a fait et réfectionné à la pièce de F Adoration du veau d'or » ; — en 1704, 2511 livres « pour trente neuf pieds et demy d'ouvrage qu'il a fait à une des riches tapisseries » ; — en 1705, 1296 livres pour travail qu'il a fait aux riches tapisseries de la pièce représentant le Serpent d'airain » (1).
Ces riches tapisseries étaient celles de F histoire de Moïse, témoin les deux épisodes de la vie du prophète, dont il vient d'être parlé.
A dater de 1710 , Mité fut chargé de travaux plus importants, dont le détail se trouve dans une série de documents que je vais reproduire suivant l'ordre des dates.
« De par Son Altesse Royale
» Il est ordonnée Me Jean Gayet, receveur général de nos finances , de payer à Charles Mitté , tapissier ordinaire de nostre hostel et l'un de nos valets de chambre (2), demeurant à Nancy, la somme de cinq mils huit cents soixante six livres unze sols trois deniers,
(1) B. 1563, 1566 et 1572. — En 1732, une somme de 225 livres est payée « aux Poix » , tapissiers, pour raccommodage d'une pièce représentant « Moyse au mont Sinay ».
(2) Mité ajoute à ces qualifications celle de « garde meubles de S. A. R. » dans la requête par laquelle il demande, en 1710, l'acensement d'un terrain entre les portes Saint- Georges et Notre-Dame pour y planter de « la gaude (guède ou pastel) et autres herbes propres aux couleurs des teintures et soyes pour les tapisseries de S. A. » (B. 11045, n° 42.)
La même qualification lui est donnée dans l'acte de mariage (15 juillet 1709) de sa fille Anne, âgée de 16 ans, avec Francesco Bibiena, originaire de Bologne , âgé de 40 ans,
qui luy reste deuë des vingt deux mils cinq cents soixante six livres unze sols trois deniers, à quoy monte le prix des trois tapisseries de haute lisse qu'il a faittes par nos ordres et pour nostre service, suivant les trois partyes controllées et vérifiées les 27 décembre 1709, 10 avril 1710, et le 12 dudit mois, cy jointes, le surplus de laditte somme luy ayant été payé, sçavoir 900 livres le 6 décembre 1705, 6000 le 27 janvier 1707, 600 livres le 14 septembre 1708, 400 livres le 11 mars 1710, 800 livres le 22 dudit mois, 4000 livres le 12 avril 1710 , et 4000 livres le 11 juin de laditte année, en exécution de nos ordonnances... Car ainsy nous plaît. Donné à Lunéville le quinziesme juillet mil sept cents dix.
» Léopold. »
Suit la quittance de G. Mité, datée du 1er août.
A ce mandement sont jointes « les trois partyes » vérifiées par M. Magnien, contrôleur de l'hôtel, et la pièce suivante, qui en donne le résumé :
« Etat de ce qui est dû au Sr Charles Mitté, tapissier ordinaire de S. A. R., pour les trois tapisseries qu'il a faittes par ses ordres et pour son service, sçavoir :
» Pour la tapisserie faitte sur le tableau de Du Rup (1) peintre , représentant le Siège de Bude , con-
premierintendantdesbâtimentsde S. M. I. Ce futlui qui donna le dessin et dirigea la construction de la s «lie d'Opéra que fit construire Léopold (1707-1709) dans les dépendances du Palais ducal.
(1) « Du feu paintre du Rup » , porte le mémoire. Il était peintre du Roi.
Les premiers tableaux des Victoires de Charles V avaient été peints par Charles Horbel, héraut d'armes de Lorraine, auquel il fut délivré en paiement, au mois d'août 1701 , une
lient 19 aulnes 5/16 (1) à 325 livres l'aulne, délivrée par ledit Mitté au Bureau de l'hostel le 27 décembre 1709, suivant le mémoire controllé et vérifié le 11 février 1710 62761 ll83d(
» Pour celle que ledit Mitté a délivrée audit Bureau le 10 avril 1710, représentant les conquestes de Charles Cinq , et contenant 34 aunes en cinq pièces travaillées en or et en soye, à raison de 260 livres l'aulne, suivant le mémoire controllé et vérifié le 12 dudit mois d'à-1 vril ^0,22066» il- 3
» Et pour celle qu'il a fournye audit Bureau ledit jour 10e avril 1710, représentant les 12 mois de l'année, en six pièces contenantes ensemble 49 aulnes 2/3, à fond de soye blanche, sur le pied de 150 livres l'aulne, suivant le mémoire controllé et vérifié ledit jour 74501
» Sur quoy il a reçu 8700
« Partant reste dû audit Mitté , le 12 avril 1710, treize mils huit cents soixante six livres 118 3d, cy 138661 H8 3d
somme de 4,000 livres (B. 1551). Léopold fit exécuter ces tableaux en tapisseries qui décoraient les appartements du château de Lunéville, où elles furent détruites dans l'incendie de 1719.
(1) « Elle se trouve en longueur, dit le mémoire, cinq aunes quinzes seiziesmes de Paris sur trois aunes etunquar de hauteur, faisant dix neuf aunes cinq seiziesme en quaré».
A la suite de l'« Etat » est un mandement de Léopold, du 12 avril, ordonnant au receveur général de payer à Mité la somme de 4,000 livres, ce qui réduisait sa créance à 9,866 livres 11 s. 3 d. Sa quittance est datée du 14 de ce mois.
Le 11 juin suivant, un autre à compte de 4,000 livres fut versé entre les mains de sa femme, dont le reçu est signé : « Louis Hanry famine à Mitté ».
Les deux derniers mémoires, dont le second porte la date du 10 avril (et non du 12), contiennent quelques détails intéressants ; le premier est ainsi conçu :
« Mémoire de la tapisserie que le sieur Mité tapisier de S. A. R. a faicte pour le cabinet de Saditte Altesse Royal, contenante cinq pièces, represantant les Conquettes de Charles Cinq, faicts en or de Paris et soye délivrée au Bureau de l'hostel le 10e avril 1710.
» lre... 1 pièces represantant Bude contenante en longueur 1 aune 1/4 aune 1 au. 1/4
» 2e. . . 1 p. represantant le Sacagement de Bude contenante 3 » 1/2
» 3e. . . 1 p. represantant la Bataille de Mohates contenante 2 « »
» 4e. . . 1 p. represantant la Transsilvanie contenante 2 » 3/4
» 5e... 1 p. represantant le triomphe de Gharle Cinq contenant 3 » 1/3
5 pièces contenante en longueur * 12 au. 5/6
» Sur deux aunes deux tierres, cy 2 — 2/3
34 au. 0 Le second mémoire porte :
« Mémoire de la tapisserie. . . apellée les Grotesques
du Raphaël (1) contenante six pièces a font de soye blanche . . .
■ 1 p. apellé les moys de janvier et febvrier contenante 3. 3/4 de longueur sur 2. 2/3 de hauteur faisant. • 3 » 34 aunes
» 2 mars et avril contenante
de longueur 3 » »
» 3 may et juin contenant. . 1 » 3/4 »
» 4 juillet et aoust 3 » 1/2
» 5 septembre et octobre.. 3 » »
» 6 novembre et décembre. 4 » »
» 6 pièces contenante en longueurs aunes. 18 au. 2/3
sur deux aunes deux thierres
de hauteure 2 » 2/3
49 au. 2/3 (2)
« Depar Son Altesse Royale » Il est ordonné à Me Dominique Anthoine , receveur général de nos finances, de payer à Charles Mitté, l'un de nos valets de chambre et nostre tapissier ordinaire, la somme de trois mils livres à compte des tapisseries qu'il a faittes par nos ordres sur les tableaux de Martin et Guyon, peintres des victoires remportées sur les Turcs par S. A. S. Gharle Cinq , nostre très aimé et très honoré père. . . Car ainsy nous plaît. Donné à Lunéville le vingt cinq avril mil sept cent treize. j> Léopold. »
(1) C'est la tapisserie des douze mois.
« J'ay receu de Mr Anthoine Trésorier de S. A. R. la somme de trois milles livres portée au présent mandement fait à Nancy le 28me advril 1713.
» G. Mité. »
« Depar Son Altesse Royale
» Il est ordonné ... de payer à Charles Mitté , notre tapissier, la somme de trois mille livres à compte des tapisseries qu'il fait , représentant les victoires de Charles Cinq . . . Donné à Lunéville le septième juin 1713. »
Suit la quittannee, datée du 1er juillet suivant.
« Depar Son Altesse Royale » Il est ordonné ... de payer à Charles Mitté ... la somme de deux mille cinq cent sept livres seize sols trois deniers pour l'entier et parfait payement de celle de 26507 livres 16s 3d qui luy estoient dus pour les trois pièces de tapisseries qu'il a faites par nos ordres sur les tableaux des S" Martin et Guyon, peintres , sçavoir la Levée du Siège de Viennes, la Réduction de la Transilvanie et les Siège et Bataille de Barcan , suivant le mémoire d'autre part ... ; le surplus de ladite somme luy ayant esté payé en conséquence de nos ordonnances des [7 octobre] 1710 et 31 octobre de laditte année, 10 febvrier, 12 juin, 15 octobre et 6 décembre 1711,
20 avril, 8 juillet, 28 septembre et décembre
1712, 25 avril et 7 juin 1713 (1). . . Donné à Lunéville le dixsept aoust mil sept cent treize. »
(1) Ces deux dernières ci-dessus.
Suit la quittance, datée (de Nancy, comme les précédentes) du 13 novembre 1713, et le mémoire mentionné plus haut.
« Mémoire de la livraison de trois pièces de tapisseries, de S. A. R. faicte par le sieur Mité, represantant listoire de feu Charles Cinq de glorieuse mémoire , sur les tableaux des Srs Martin , et Guion, paintres veus et livré par le soubsigné Magnien premier contrôleur de lhostelet maison de Saditte Altesse Royal ce jourd'huy 16e mars 1713.
» La pièces represantant la Levée du siège de Vienne contient 5 aunes 15/16 aunes de longueur sur 3 aunes 7/8 aunes de hauteur faisant sans bordure 22 7/8)
Deux bordures livré cy devant de 5 au.)
» A trois cents vingts cinq livres laune en quaré faisant la somme 90591 7 6
» La pièces represantant la Réduction de la Transilvanie contient pareille longueur et hauteur 27 aunes 7/8 aunes. . . 9059 7 6
» La pièces represantant le Siège et la Bataille de Barcan contient en longueur avec les bordures y attachés 6 2/3 de longueur sur 3 7/8 aunes de hauteur faisant 25 aunes 13/16 daunes a 325 livres laune caré cy 8389 1 3
» Somme total à quoy se monte les trois pièces de
tapisseries d'autre part a la somme de vingts six milz
et cinq cents septs livres seizes solz trois deniers bien
veu examiné contrôlé et réglé à la ditte somme sauf a déduire les payemant faict a Nancy au Bureau de l'hostel ce 16e mars 1713 (1).
» G. Magnien (2). »
« Depar Son Altesse Royale » Il est ordonné à Me Dominique Anthoine... de payer à Charles Mitté, notre tapissier, la somme de quatorze mil nonante six livres dix sept sols six deniers pour le prix des deux tapisseries des victoires de feue S. A. S. Charles 5 , . . . représentantes Strigonie et le passage du Danube , conformément à l'état d'autre part. . . Donné à Lunéville le vingt septième juillet mil sept cent dix sept.
» Léopold. »
Suit le reçu de Mité, daté de Nancy, le 7 octobre.
« Estât de la livraison faite par le soubsigné des deux pièces de tapisserie de lhistoire de Charles Cinq faictes par le Sr Mité tapissier de S. A. R. sur les tableaux des S" Martin et Guion paintre Le 17e mars 1717.
(1) Ces ouvrages furent sans doute exécutés au Palais ducal. L'accusé de réception, par Mité, des deux tableaux de Martin et Guyon représentant la Bataille de Mohatz et la Victoire remportée sur les Turcs qui venaient renforcer l'armée assiégeant Vienne, est ainsi conçu : « Je certifie avoire receu les deux tableaux mentioné cy desus faits par les sieurs Martin et Guyon, par ordre da Monsieur le baron de Mahuet, pour le service de leurs A. R. pour es'tre exécuté en tapisserie de haute lisse fait au château de la Cour ce 19cme décembre mil sept cens quatorze ». (B. 1616.)
» La pièce represantant le passage du Danube contenait cinq aunes cinqhuictiemes de longueur sur trois aunes septs huictiemes de hauteur faisant vingtes et une aunes septs huictiemes de Paris en quaré a raison de trois cents vingtes cinq livres launes cy 71091 7 » 6
» La pièce represantant Strigonie contenante cinq aunes trois huictiemes de longueur sur trois aunes septs huictiemes de hauteur faisant vingtes et une aunes et demis en quaré a raison de trois cents vingtes cinq livres launes de Paris cy 6987 » 10 »
» Somme total montes a la somme de quatorzes milz quatres vingts saizes livres dix septs solz six deniers suyvant le traité fait A Nancy ce 17e mars 1717.
» G. Magnien »
» Depar Son Altesse Royale » Il est ordonné à Me Dominique Anthoine ... de payera Charles Mitté ... la somme de quatorze mil deux cent dix huit livres quinze sols pour le prix de deux tapisseries des victoires de feue S. A. S. Charles 5,. . . représentantes le retranchement de Mahatte et le passage du pont d'Esseque, conformément à l'état d'autre part . . . Donné à Lunéville le vingt sept juillet mil sept cent dix sept.
» Léopold. »
Suit le reçu, daté de Nancy, le 7 octobre.
« Estât de la livraison . . . des deux pièces de tapisserie de listoire de Gharle Cinq faites par le sieur Mité . . . sur les tableaux des S" Martin et Guion paintre, le 19e janvier 1717.
» La pièces des retranchemant de Mahatte, contenant cinq aunes trois huitièmes de Paris , sur trois aunes septs huitièmes de hauteur, faisant vingtes aunes et demis en quaré a raison de trois cents vingtes cinq livres laune comme celle cy devant réglé faisant la somme de 66621 10»
» La pièces du passage du pont Desseque contenante six aunes de longueur sur trois aunes septs huitièmes de hauteur faisant vingt-trois aunes un quar a 325 livres laune cy 7556 » 5 »
» Totalle quatorze milz deux cents dix huicts livres
quinze sols veu livré calculé et aresté a laditte somme
suyvant le traité, faict à Nancy au Bureau ce 14e jan-
vir 1717.
» G. Magnien (1). »
c Depar Son Altesse Royale » Il est ordonné au Sr Louis de Barbarat, conseiller entrant en nostre Conseil d'Estat et thrézorier général de nos finances en exercice, de payer à Charles Mitté, nostre valet de chambre et tapissier en haute lisse , la somme de vingt trois mil quatre cent quarante livres
douze sols six deniers pour le prix des tapisseries énoncées au mémoire cy joint... Donné à Nancy le neuviesme mars mil sept vingt.
» Léopold. »
Le reçu, signé : « Louies Henry Mité » , est daté du 6 août.
Suit le mémoire :
« Estats de la livraison faitte par le soubsigné Magnien nommé pour ce faire, avec feu Monsieur le baron de Mahuet, de touttes lhistoire en tapisserie de feue Charles Cinq, dheureuse mémoire, et des trois pièces restantes de dixhuit pièce qui compossent laditte histoire, faitte par le Sr Mitté tappissier de S.A. R. sur les tableaux des Srs Martin et Guion peintres. Le 28e octobre mil sept cent dix huit , » Scavoir
» La pièces représentant la Deffaitte du secour de Bude, contenante six aulne trois quart et demy de longeur, sur trois aulne trois quart et demy de hauteurs, faisant vingt six aulne et demy, et demy quart aulne de Paris en quarré a raison de trois cent vingt cinq livres l'aulne de Paris en quaré faissant la somme de huit mils six cent cinquante trois livres deux sols six deniers cy 86531 2. 6.
» La pièce représentant le Leopolstadt contenant cinq aulne trais quart et demy de longeurs, sur trois aulne trois quart et demy de hauteur , faisant vingt deux aulne trois quart a raison de 325 livres comme cy devant l'aulne en quaré
A reporter. . . . 86531 2. 6.
Report. . . . 8653» 2. 6.
faisant la somme de sept mils trois cent quatre vingt treise livres quinze sols cy. 73931 15s
» La pièce représentant la prisse de Vaccia contenant cinq ^ulne trois quart et demy de longeur sur trois aulne trois quart et demy de hauteur faisant vingt deux aulne trois quart, faissant pareillement a la pièce cy dessus la somme de sept mil trois cent quatre vingt treise livres quinze sols cy 73931 15s
» Veu livré réglé et arresté les trois pièces de tapisseries y dessus a la somme de vingt et trois milz quatre cents quarante livres douzes sols six deniers,... suyvant le pris qui en a esté convenu, faict a Nancy au Bureau de l'hostel ce 29e octobre 1718.
» G. Magnien (1). »
» Depar Son Altesse Royale » Il est ordonné à Me Dominique Anthoine, receveur général de nos finances, de payer à Alexandre Germain, tapissier de nostre hostel, la somme de cinq cent quarante huit livres sept sols pour le parfait payement et restante due de celle de quatre mil huit cent cinquante livres neuf sols six deniers, à laquelle revient le prix de la tapisserie que nous avons fait faire en haute lisse, représentant le siège de Vienne; le surplus ayant esté
payé des deniers de nostre cassette, sçavoir à Bacor (1) deux mille cent livres, et audit Germain, directeur des ouvrages de laditte tapisserie , deux mille deux cent sept livres deux sols ; laquelle somme de 5481 7' 6d sera distribuée par ledit Germain à ceux à qui elle est due, suyvant les mémoires et reçus cy joints . . . Donné à Lunéville le 8 novembre 1724.
» Léopold. »
» Estât des deniers deslivrez par ordre de Son Altesse
Royale aux tapissiers de la Malgrange.
Sçavoir
» Le 28 juin 1723 à Jean Bacor » 6001
» Le 28 aoust au même » 600
» Le 10 décembre au même » 600
« Le 14 janvier 1724 à Edme Pinot, l'un
desdits ouvriers » 300
» Le 15 février au Sr Germain, tapissier. » 300
» Le 14 mars au même » 300
» Le 15 avril au même » 300
» Le 15 may au même » 300
» Le 15 juin au même « 300 17s
» Le 18 septembre au même » 300
» Et le 21 octobre au même » 406 5
» En tout » 43071 2S
Suivent les sept quittances de Germain portant: «J'ai reçu la somme de . . . pour les tapissiers de la Mal-
Ci) Celui-ci avait reçu, en 1717, 800 livres pour deux portraits de Léopold. (B. 1629.)
grange » ; puis, à la suite l'une de l'autre, deux quittances de Bacor, ainsi conçues, et dont la signature seule est de sa main : « J'ay receu de Monsieur Vaultrin, secrétaire du Cabinet de Son Altesse Royale, la somme de six cent livres tournois à compte des ouvrages de tapisserie que je fabrique pour Son Altesse Royale. Fait à Lunéville le 28 aoust 1723 (1).
» Iosse Bacor. ».
« J'ai receu de plus à compte desditz ouvrages la somme de six cent livres. A Lunéville le dixième décembre 1723.
» Iosse Bacor. »
Ces deux pièces sont précédées, dans le dossier, d'une requête adressée à Léopold, et dans laquelle Iosse Bacor, « hautelisier de la Malgrange », lui dit qu'il « meure de fain et tous ses garçons si Vôtre Altesse Royal n'a la charitable compation de luy faire accorder des moyens à supsister, en luy faisant payer seulement les ouvrages qu'il a fait et fourny dont le Sr Germain vôtre tapisier a vue et examiné... »
Suit une quittance datée du 14 janvier 1724, signée Edme Pinot , portant qu'il a reçu pour le Sr Bacort, à compte de ses ouvrages, la somme de 300 livres.
Une nouvelle quittance de Pinot est ainsi conçue : « Nous avons resue de Monsieur Germaint tapisié gardemeuble de Son Altesse Royal la somme de 405 livres 5 sols faite a Lunévile le 21e octobre J724.
» Edme Pinot..»
(1) Le 28 juin précédent, il avait déjà reçu 600 livres touruois à compte de3 ouvrages « qu'il devait fabriquer ».
Jean Depoix touche, le 12 juillet 1724, 28 livres « pour de la chaisne » qu'il a vendue à M. Germain « pour la pièce de tapiserie de hautelice qui se fait à la Malgranche ».
Enfin , un reçu de Dieudonné Goclet, chargé de peindre la bordure de la pièce de tapisserie en question , nous apprend qu'elle représentait le Siège de Vienne (1).
Les autres ouvrages exécutés postérieurement, à la Malgrange, sont indiqués dans les mentions suivantes des comptes de l'hôtel de François III (2) :
« Le comptable fait dépense (en 1731) de la somme de 126 livres au SrAnthoine, trésorier général des finances, pour remboursement de pareille somme qu'il a payé à Coclet, peintre , pour ouvrages faits pour les tapissiers de la Malgrange.
» De celle de 625 livres au comptable pour pareille somme qu'il a payé aux tapissiers de la Malgrange pour restant du prix de la pièce de tapisserie représentan le mois d'avril.
» De celle de 113 livres à Goclet, peintre, pour ouvrages de peinture qu'il a fait pour les models de tapisserie que l'on fait à la Malgrange, représentant le mois de may.
» De celle de 1500 livres audit comptable pour pa-
(2) Le n° VI du catalogue von Birk nous apprend qu'en 1730, Louis XV avait donné à ce prince une suite précieuse de Représentations mythologiques , en huit pièces , d'après Coypel, fabriquées aux Gobelins.
reille somme qu'il a fait état au Sr Anlhoine,... qui les avoit payés aux tapissiers de la Malgrange, à compte de leurs ouvrages, pendant l'année 1730 (1). »
» De celle de 4811 livres 18 sols aux Srs Goster et Villiez (marchands à Nancy) pour prix de soye et laines pour les tapissiers de la Maigrange, en aoust 1734(2). »
A part les Douze mois, dont les cartons paraissent avoir été faits par le peintre Goclet, les comptes ne font pas connaître les sujets des autres tapisseries ; mais le docteur von Birk (n° IX de son Catalogue) dit que dix-neuf pièces des Victoires de Charles V furent exécutées à la Malgrange.
M. Muntz termine son travail par les lignes suivantes, qui complètent l'historique des ateliers du Palais ducal et de la Malgrange :
« Si la prise de possession par le duc François III de son nouveau duché, la Toscane (1737) , porta un coup fatal à l'antique manufacture de tapisseries de Florence,... en revanche, la renonciation de ce prince à ses Etats héréditaires semble n'avoir que développé son attachement pour ses anciens sujets. Une de ses premières mesures fut de fermer, l'année même de son avènement , la manufacture médicéenne ; on pouvait croire l'art de la tapisserie à jamais banni de Florence, lorsque, vers 1740, le même prince fit reprendre les travaux : seulement, cette fois, des tapissiers lorrains
(1) B. 1714, f°s 62, 66 v°, 72 v° et 95 v°. — Les comptes des années 1731 et 1732 font, en même temps, mention de sommes payées « aux Poix » et à Le Coq pour raccommodage de pièces de tapisserie représentant divers mois de l'année.
(2) B. 1745, fo 45.
avaient remplacé, sur presque toute la ligne, les tapissiers italiens...
* En 1742, les métiers de haute lisse établis à Poggio Impériale, près de Florence, sont tous entre les mains de Lorrains. Ce sont des Lorrains également , Roch le jeune et Charles Depoix, qui s'occupent , au Palais Vieux, des travaux de rentraiture. Deux Lorrains enfin, Alexandre Germain (1) et Joseph Vauthier (Giuseppe Vauthier, pure Lorenese), président à ces différentes entreprises avec le titre de chefs du Garde-meuble... »
Henri LEPAGE.
Extrait
du Journal de la Société d'Archéologie lorraine
Octobre-Novembre 1886.
TYPOGRAPHIE G. CREPIN-LEBLOND
A PROPOS DE LA « NOTE SLR LES TAPISSERIES DES Dl'CS DE LORRAINE ». — LA FABRIQUE DE LUNE VILLE.
Les lecteurs du Journal voudront bien me pardonner d'ajouter encore quelques lignes au très long article que j'ai publié dans le dernier numéro ; mais il s'agit d'une importante rectification, que je serais coupable de passer sous silence.
Au sujet des articles XXVI à XXVIII du Catalogue von Birk, mentionnant 24 portières : « fabrique de la Malgrange ou de Lunéville , signées Josse Bacor, 1719 », j'ai dit(l) qu' « aucun de nos documents ne parle de tapisseries fabriquées à Lunéville ». C'est une erreur, ainsi qu'il résulte des lettres patentes ci-après, de Léopold, données à Nancy, le 16 janvier 1720 (2), et qui avaient échappé à mes précédentes investigations :
« Léopold. etc.... Josse Bacor et Sigisbert Mengin, nos tapissiers associez pour la fabrique des tapisseries de hautes et basses lisses , nous ont très humblement fait remontrer que , par lettres patentes du 15 février 1715, nous aurions accordé le privilège à Charles
(1) Page 7 du tirage à part de mon travail, note (**).
Mitté (1), l'un de nos valets de chambre , tapissier et garde meuble, d'établir en notre bonne ville de Nancy une manufacture pour y faire fabriquer et façonner, à l'exclusion de tous autres, pendant vingt années, touttes sortes de tapisseries de haute et basse lisse, bien conditionnées ; lequel privilège n'a pas eu d'effet, puisque ledit Mitté n'a pas trouvé à propos d'établir cette manufacture de tapisserie qu'il avoit projettée ; que, comme ledit Bacor et son associé ont actuellement sur pied des métiers en notre ville de Luné vil le, et qu'ils y fabriquent des tapisseries de hautes et basses lisses, craignant d'être dans la suite inquiettés dans leur établissement par ledit Mitté , sous prétexte du privilège cy dessus à luy accordé, ils nous ont très humblement fait suplier de vouloir le déclarer commun avec eux, avec la clause d'exclusion pour tous autres. Et voulant traiter favorablement lesdits Bacor et Mengin , et les mettre en état de soutenir leur entreprise,... nous avons déclaré lesdits Bacor et Mengin participais au privilège accordé audit Mitté ledit jour 15 février 1715 ; voulons que, comme commun entre eux et en vertu d'iceluy, tant letit Mitté que lesdits Bacor et Mengin puissent séparément établir chacun une manufacture de tapisseries
(1) Celui-ci expose, dans sa requête à l'effet d'obtenir ce privilège, qu'il a « acquis , par une expérience consommée, la connoissance de faire et fabriquer toutes sortes de tapisseries de haute et basse lisse, tant figures que verdures d'histoires fines et grosses de toutes façons ». Léopold, en faisant droit à sa demande, interdit la fabrication des tapisseries à toutes autre? personnes , « sans néantmoins exclure les marchands d'en faire venir des pays étrangers et les vendre et débiter à l'avenir ainsy qu'ils ont fait du passé ». (B. 137, f<> 41.)
de hautes et basses lisses , soit en cette ville , en celle de Lunéville ou dans telle autre de nos Etats qu'ils jugeront à propos, et ce à l'exclusion de tous autres, et aux peines y portées , et qu'ils jouissent, pendant ce qu'il reste à écouler des vingt années portées audit privilège, de toutes les franchises et concessions y contenues... »
Ce document, tout en rectifiant l'assertion que j'avais émise , faute de preuves du contraire , complète , en même temps, l'intéressant travail que M. Mùntz a publié dans nos Mémoires de 1883. Il convient, toutefois, d'ajouter que la manufacture de Bacor à Lunéville ne semble pas avoir subsisté de longues années , ou que son exploitation, peu fructueuse, à en juger par la supplique qu'il adressait à Léopold , ne Pabsorbait pas entièrement, puisqu'on le voit, en 1723, employé aux ouvrages des tapisseries qui se fabriquaient à la Malgrange (1).
(1) V. p. 43 et 44 de mon travail.
Extrait du Journal de la Société d'Archéologie lorraine, Novembre 1886.
Nancy, imp. Crépin-Leblond