II. Trichophyton cratériforme
Cultures de 18 jours sur gélose maltosée (en tubes).
— — (en matras).
Cultures de 25 jours — o jours, 20 joi
Cultures de 55 jours —
Cultures de 2 mois sur gélose peptonisée 5 0/0.
Forme pléomorphique duveteuse.
Culture de 20 jours sur gélose maltosée.
ai obtenu de lui par aucun moyen, sur aueu ne vieillit pas jusqu'à sa mort et des
La reproduisent toujours dans sa l'orme pr
ition de nos deux principaux Trichophytoris en<É de vue, esl bien nette. Môme en laissant de en •logiques, et à ne s'occuper que de leurs caractèr le sauraient être confondus.
niais ce moyen sur d'identification qu'est allons chercher quels sont l<
SABOURAUD. — Teignes.
Planche IX
Afasson ifc Cie, Éditeurs
Phototypie Berthaud, Paris
TRICH. ACUMINATUM. — TRICII. CRATERIFORME. 281
communs et les signes différentiels de nos deux principaux Triehophytons dans leur vie parasitaire sur reniant.
II. Étude clinique. — J. Caractères communs aux deux tondantes banales. — Les tondantes trichophytiques montrent des symptômes objectifs peu saillants, menus et difficiles à voir. De plus elles sont deux, et chacune a ses symptômes différentiels, en sorte qu'on ne peut tracer d'elles un tableau simple, équivalant à celui qu'on peut faire de la tondante microsporique.
A la vérité, l'une et l'autre sont faites de plaques petites et disséminées en grand nombre sur le cuir chevelu. Et quand ces points arrivent, par leur agglomération, à constituer de grandes plaques, celles-ci présentent des caractères qui rappellent leur mode de naissance; elles ne sont pas nettement rondes, mais de forme quelconque; elles gardent, entre elles, et sur elles, un grand nombre de cheveux sains capables de les cacher à des yeux inhabiles.
Les points malades sont constitués, chacun, par quelques cheveux, et peuvent être par conséquent difficiles à voir. Enfin tous les cheveux malades, ou beaucoup d'entre eux, étant cassés court et séparés par des cheveux sains, on ne peut jamais les épiler entre deux ongles que un par un. Ils peuvent même être cassés au ras de la peau et, dans ce cas, il faut la pince pour en extraire des fragments.
Si l'on veut faire des tondantes trichophytiques banales un tableau schématique permettant de les opposer à la tondante microsporique, on peut dire que la tondante à petites spores (microsporique) fait de grandes plaques, tandis que les tondantes à grosses spores (trichophytiques) font de petites plaques.
En dehors de ce caractère commun, les deux tondantes trichophytiques ne présentent plus que des caractères différents, ce qui doit faire présenter d'elles deux descriptions séparées.
"2. Étude clinique de la tondante trichophytique à culture acuminée. — La tondante trichophytique à culture aeuminée a été décrite, d'une façon précise, dès 1891. Au cours de mes nouvelles recherches, je lui ai retrouvé les symptômes mêmes qui lui avaient été attribués dès l'abord. Aussi suffira-t-il de reprendre sa description première, en la modifiant seulement sur les rares points que l'observation d'aujourd'hui a pu corriger. Dans cette tondante, les cheveux « se cassent au ras de la peau, comme des arbres coupés au ras de terre, et forment une alopécie disséminée en clairière » au niveau de laquelle la peau paraît criblée de points noirs. De tous les cheveux cassés, presque aucun ne fait de saillie au-dessus de la peau ; ils se sont presque tous rompus au niveau même de l'orifice pilaire. « Cependant de-ci, de-là,
282 TRICHOPHYTIES.
deux ou trois cheveux ont gardé leur longueur absolument normale. Ces cheveux sont respectés. Et ce détail trappe extraordinairement quand il s'agit d'une fillette à cheveux longs. Quant aux très nombreux points noirs, ils représentent les cheveux malades qui se montrent aux orifices pilaires. Leur nombre t'ait ressembler la plaque à la peau d'un acnéique, couverte de comédons. Cet aspect est absolument spécial; quand on l'a remarqué une t'ois, on ne saurait le méconnaître {'). »
Les cheveux sains d'une région malade une l'ois enlevés par l'épilation, la peau « semble criblée de grains de poudre;... quand on examine sa surface, on remarque parmi les points noirs égaux quelques points plus gros : c'est l'extrémité d'un poil, horizontalement incurvée dans l'épiderme et y faisant un demi-tour de spire : on dirait l'extrémité d'un clou qu'on aurait tordu en le rivant (2). »
« On conçoit combien est impossible l'épilation de cheveux semblables. Avec des peines extrêmes, on peut enlever à la pince quelques fragments de racines, en arrachant avec elles le petit lambeau d'épiderme qui les enchâsse » (3).
A ce tableau il faut adjoindre encore un détail, c'est que l'accumulation des débris pilaires contournés, dans l'orifice du follicule, arrive à déterminer des saillies folliculaires analogues à celles de la kératose pilaire et que toute la plaque prend dans ce cas l'aspect amplifié de la chair de poule. C'est ce symptôme que la figure ci-jointe met singulièrement en valeur (fig. 102) (4).
Dans la tondante trichophylique à culture acuminée, « la dimension et la forme de la plaque sont excessivement variables. J'ai vu fréquemment une seule plaque immense. J'ai vu aussi cent plaques minuscules
(l) Trichophyties humaines, 1X94, p. 17.".
C1) Ibidem, p. 91.
(3) J'ajoutais encore : l'aspect de ces racines pilaires, incluses dans la peau, demande une description. « Supposons que l'on sème des graines sous une lame de verre. Leurs germes se dirigeant vers la lumière, mais rencontrant un obstacle qu'ils ne peuvent traverser, se contournent en tous sens suivant le plan horizontal de la lame de verre qui les recouvre. Eh bien ! les points noirs de cette tondante se forment par le même mécanisme. L'épiderme de la plaque est lisse, légèrement vernissé ; les points noirs qui sont les racines pilaires, loin de faire une saillie au-dessus de lui, sont indus dans son épaisseur. Et, en s'aidant d'un grossissement un peu fort, on peut voir que chacun est l'extrémité supérieure, aérienne, de la racine, couchée ou incurvée dans l'épaisseur de la couche cornée épidermique. Cette extrémité couchée horizontalement est rectiligne ou curviligne, le plus souvent elle ressemble à la boucle d'un point d'interrogation. Parmi ces gros points noirs, il y en a de plus petits, qui sont un cheveu cassé que l'on voit seulement par la tranche. •> Trichophyties humaines , p. 175.
(*) C'est évidemment ce type que décrivait E. Besnier, dont les plaques bronzées, grenues, présentaient une prolifération trichophvtique « à ce point luxuriante que le poil en est littéralement farci, augmenté de volume et foncé en couleur, et que le follicule en est rendu saillant. De là vient l'aspect de barbe
Fig. 102. — Tondante trichophytique à culture acuminée. Cas représentant un développemen maximum de la maladie. Remarquer les cônes épidermiques folliculaires, et, au niveau de plusieurs d'entre eux, des débris sigmoïdes de cheveux malades inclus dans l'épiderme corné.
284 TRICHOPHYTIES.
sur la môme tête, et dans ce cas les points d'attaque sont tellement petits et tellement multiples que le cuir chevelu semble atteint d'une alopécie généralisée, en clairière, chaque point montre de trois à dix cheveux cassés (1). Quand on coupera la chevelure au ras de la peau, on trouvera, hors de la plaque primitive qui comprend, je suppose, deux cents cheveux malades, cinquante points d'attaque secondaire, de dimensions minuscules. Ici dix cheveux seront atteints, plus loin il y en a cinq autres, ailleurs trois seulement. La tête entière est criblée de petits îlots, de trois à quatre millimètres de diamètre, où les cheveux présentent l'aspect spécial décrit plus haut, l'aspect de grains de poudre ou de comédons (-). »
Telle est la description que l'épidémie étudiée par moi, en 1892, à l'hôpital de Berck-sur-Mer, m'avait permis d'observer en tous détails, et dont une épidémie de quinze cas, dans la banlieue de Paris, vient encore de me retracer le tableau.
Je dois dire cependant qu'à côté de ces cas, d'aspect typique, d'autres le sont moins, et peuvent ressembler de plus près, comme aspect objectif, à celui de la tondante à culture cratériforme dont la description clinique va suivre.
5. Étude clinique de la tondante trichophytique à culture cratériforme. — Objectivement la tondante trichophytique à culture cratériforme, lorsqu'elle revêt son aspect typique, diffère plus de la tondante trichophytique à culture acuminée que de la tondante microsporique.
Cependant ses plaques sont petites et nombreuses, la plus grande ne dépasse guère la dimension d'une pièce de cinq francs.
Sur ces plaques persistent de nombreux cheveux sains et longs (caractère différentiel important avec la microsporie). Les cheveux malades, cassés assez court, dépassent la peau de deux à quatre millimètres. Ils sont gris, plus pâles que les cheveux normaux de la même tète et ébouriffés. « Ils ne sont pas droits, mais courbes et comme cassés en bois vert, prenant la forme d'un doigt demi-plié; comme chacun est plié dans un sens différent, ils paraissent hérissés (3). »
La surface de l'épidémie, sur les points malades, n'est pas nette et lisse, elle est recouverte de squames sèches ou grasses, jaunâtres, pâteuses et demi-molles, ayant la consistance d'un carton mouillé, dans
mal rasée que présentent les tonsures trichophytique s. » Besnier et Doyon. Notes de Kaposi, t. II, p. 798).
(') Trichophyties humaines, p. 17.4.
(-) Sabouraud. La pelade et les teignes de l'enfant. Paris, 1895; cf. p. 180-181.
(3) Trichophyties humaines, p. 178.
TRICH. ACUMINATUM. — TRICH. CRATERIFORME. 285
lesquelles on trouve, en dissociant, lit par lit, les strates épidermiques, avec deux aiguilles, des débris de cheveux malades. Ceux-ci sont recroquevillés en l'orme de z ou de w, repliés en zigzag' ou contournés en boucle de point d'interrogation (fîg. 105).
Cette tondante, comme la précédente s'accompagne de nombreuses petites plaques secondes, si petites que le bout du petit doigt les recouvrirait, et qu'il faut écarter les cheveux pour les apercevoir. Chacune pourtant est signalée par un point squameux; quand on pince entre les doigts cette squame-croûte qui fait au-dessus de la peau une saillie notable, on l'enlève d'une seule pièce, et, si l'on examine alors sa face profonde, on y voit trois ou quatre racines grises de cheveux malades, pendantes au-dessous d'elles, et que l'ablation de la squame a cassées à deux ou trois millimètres au-dessous de la surface de la peau. Ce sont des racines incomplètes, qui ne montrent pas, à leur extrémité, le point noir du bulbe, caractéristique de la racine d'un cheveu sain et entier.
Le cheveu malade est gris, d'un gris jaunâtre, poudreux, moins blanc que le cheveu microsporique, mais facile cependant à confondre avec celui-ci, quand on examine un cheveu isolé. Ce qui permet, en clinique, le diagnostic de la tricho- , . , , ■
17 , . . , Fig. lOo. — Cheveux de la teigne
phvtie à Culture Cratériforme, c'est que, tondanle trichophytique extraits
à côté des cheveux saillants au-dessus de iT^™Z^S£% la peau de trois ou quatre millimètres, on couchés. x20. trouve inclus, dans les squames épidermiques, des cheveux malades contournés en tire-bouchon, faux plies et tassés entre les strates épidermiques; ce signe est caractéristique, car ce cheveu contourné ne se trouve pas dans la microsporie, avec ces caractères.
Le cheveu microsporique est droit, plus long, un peu plus gros que le cheveu de la trichophytie cratériforme, plus blanc, et surtout, quand il a tous ses caractères, il se différencie nettement du cheveu trichophytique à culture cratériforme en ce que son écorce grise ne le revêt pas sur toute sa longueur, si bien que son extrémité colorée paraît sortir de sa gaine grise comme un poignet sort d'une manchette. Au contraire, le cheveu trichophytique à culture cratériforme est de la même couleur et du même diamètre dans toute sa longueur. 11 est
286 TRICHOPHYTIES.
gris en soi, et non pas revêtu d'une écorce grise, comme le cheveu microsporique.
4. Diagnostic différentiel. — En résumé, ce qui caractérise principalement nos tondantes trichophytiques, c'est un caractère négatif, c'est le peu d'éclat de leurs symptômes. Souvent on trouve, dans des inspections d'école, des tètes qui sont malades depuis un an et plus; les parents n'en savaient rien. A peine avaient-ils remarqué que la tête de l'enfant lut pelliculeuse, ou croyaient-ils que le cuir chevelu avait des cheveux peu serrés sans croire qu'il recelât des cheveux malades. Les points malades présentent d'ailleurs un aspect très différent suivant qu'il s'agit d'un cuir chevelu laissé sans soins, ou d'un cuir chevelu propre, d'un cuir chevelu traité, ou d'un cuir chevelu sans traitement.
Sur un cuir chevelu non traité, chaque point teigneux peut être recouvert d'un petit amas de pellicules grasses et adhérentes, englobant les cheveux malades. Et comme, sur chaque point, il reste autant de cheveux sains que de cheveux parasités, ces points isolés de pityriasis ne sont visibles que si on les cherche.
En outre, il est à remarquer que les tondantes trichophytiques sont plus fréquentes, à Paris, chez les fdles que chez les garçons, et la tondante microsporique inversement. On conçoit dès lors combien ces points minimes et isolés de pityriasis localisé sont peu visibles clans des chevelures à cheveux longs. Ils le sont peu déjà parmi des cheveux demi-courts.
Enfin, même sur la surface des plaques de tondante, beaucoup de cheveux sains persistent à côté des cheveux malades, alors il reste presque toujours, sur une plaque, assez de cheveux sains pour les masquer.
Le diagnostic objectif à l'œil nu, qui peut être déjà difficile lorsque la maladie n'est pas traitée, peut devenir plus difficile encore lorsque les parents de l'enfant ont remarqué que son cuir chevelu était pelliculeux, sans le croire malade, et qu'ils veulent le tenir propre. Ils y parviennent par des savonnages répétés et bien faits. On arrive ainsi à mobiliser tous les petits dépôts squameux, à les détacher et à les enlever, et le médecin, devant un cas semblable, est privé de son premier moyen d'information. Ce qu'il verra alors sera différent.
Dans ces conditions, le cheveu malade n'apparaît plus sous l'épiderme corné que comme un trait sigmoïde, « comme une boucle de point d'interrogation », ou simplement comme un point noir, « comme un comédon ». L'anatomie pathologique de la maladie montrera bien le mécanisme de ce processus dont on peut d'ailleurs se rendre compte à l'œil mi ou à la loupe surtout si on étudie le contenu des follicules
TRICH. ACUMINATUM. — THICH. GRATERIFORME. 287
pilaires avec une aiguille à dissociation. On parvient à faire sortir avec elle, des orifices folliculaires et de l'épidémie où ils demeuraient enclavés, des tronçons de cheveux analogues à ceux que la figure 105 représente à un grossissement de vingt diamètres.
Tous ces symptômes sont si peu de chose, et demandent à l'observateur tant de patience, pour qu'il apprenne seulement à les voir, que l'on compterait aisément les dermatologistes qui les connaissent. Il s'ensuit que ces maladies passent très souvent inaperçues ; que si un médecin en reconnaît les symptômes chez un enfant, un autre les méconnaîtra et donnera à cet enfant un certificat de rentrée à l'école. Aussi comprendra-t-on que ces affections qui d'ordinaire ne sont pas excessivement contagieuses, ni très vite contagieuses, fassent pourtant des victimes par centaines; c'est que la plupart des médecins n'apprennent à dépister ces maladies qu'après en avoir laissé se constituer une épidémie, quasi sous leurs yeux, sans l'apercevoir.
Les tondantes sont des maladies infantiles, mais leur âge est l'âge de l'école; elles sont rares chez le nourrisson (') et rare après quinze ans, sauf comme reliquat d'une contagion datant de plusieurs années. Cependant j'en ai observé à 18 ans, à 22 ans et même un cas parfaitement caractérisé (Trichophyton crateri forme) chez une femme de 65 ans qui avait contracté sa tondante de sa petite fille. Ce sont là des exceptions fort rares, et qui n'infirment nullement la règle qui veut que les tondantes soient des maladies cliniquement limitées à la seconde enfance (-*).
(') Ebstein, de Prague a vu plusieurs fois la trichophytie chez les nouveaunés. La contamination avait dû se produire aussitôt après la naissance, mais l'origine de la maladie est souvent demeurée inconnue. Douze jours après sa naissance, un enfant assisté présentait, au pli naso-labial, une lésion circinée de contour net qui se développa pendant que des lésions analogues se produisaient au visage et au cuir chevelu. L'examen microscopique et la culture furent probants. L'espèce trichophytique ne fut pas différenciée. — Cf. également, S. Toch, Ueber Herpès tonsurans bei Neugeborenen. Archiv fur Dermatologie und Syphilis, XXXII, p. 365, 1895.
J'ai observé plusieurs fois la trichophytie de la peau ou du cuir chevelu chez l'enfant du premier âge, mais presque toujours elle résultait d'une contagion par le frère ou la sœur plus âgés. J'ai remarqué que la trichophytie pilaire du nourrisson guérissait plus vite que chez l'enfant plus âgé. Sa durée dépasse rarement une année, même en l'absence de tout traitement. On verra plus loin que j'ai- observé, sur un nourrisson de quinze jours, une lésion trichophytoïde causée par YAchorion gypseum.
(*) C. Pellizari a observé pendant trois mois une femme de quarante-quatre ans atteinte de trichophytie du cuir chevelu : trichophytie par îlots disséminés formant indéfiniment des plaques rondes, étendues, régulières. — C. Pellizari, Bicerche sul Trichophyton tonsurans, Giornale italiano délie malattie vener. e délia pelle, mars 1888. — Aldersmith a montré à la Dermatological Society of Lon- 'luii (8 déc. 1897) un cas de teigne tondante chez un homme de vingt-trois ans qui l'avait contractée de son frère. Le type objectif était banal ; le type microscopique était celui des Trichophytons ordinaires.
288 TRICHOPHYTIES.
A Paris, les garçons présentent plus souvent la tondante microsporique et les filles la tondante trichophy tique. Ce fait, que j'avais observé en 1894, reste vrai en 1907. W. Dubreuilh semble avoir fait la même remarque à Bordeaux en 1891 ('), et Lefebvre l'a faite plus expressément à Bruxelles en 1905 (-). Ce dernier n'aurait même jamais observé de tondante trichophytique chez les garçons.
Les mœurs des tondantes, leur contagion, en font le type des maladies familiales. Il esl rare dans une famille de plusieurs enfants de n'en trouver qu'un seul atteint, il est beaucoup plus fréquent de les trouver tous teigneux.
5. Marche, durée terminaison. — L'évolution spontanée des deux tondantes trichophytiques ne se distingue pas. Toutes deux durent des années. Les tondantes trichophytiques de culture acuminée ou de culture; cratérif orme finissent toujours par guérir toutes seules, lorsque le sujet atteint 15, 1 i, 15 ou 10 ans, plus rarement 18 ou 20 ans. On en voit qui guérissent plus tôt.
Lorsqu'un cas marche vers la guérison spontanée, le poil se détache aisément à l'épilation et vient entier. Ce cheveu peut dès lors être considéré comme guéri . Mais un certain nombre des cheveux qui tombent ne sont dans la suite jamais remplacés. C'est un axiome dermatologique (et une erreur) de dire que les tondantes guérissent spontanément par restitutio ad intègrum. Beaucoup des cheveux trichophytiques d'une plaque ancienne, lorsqu'ils sont éliminés, sont remplacés par une cicatrice. Et il est tout à fait rare, même en l'absence de toute thérapeutique destructive, qu'on ne puisse, sur une tête guérie, retrouver la cicatrice arrondie, signalant une plaque de tondante tri chophytique ancienne. Beaucoup de cheveux sains persistent à sa surface, mais beaucoup de cheveux manquent définitivement.
0. Herpès circiné. Trichophytie épidermique . — Les tondantes trichophytiques banales peuvent, dans des cas rares, s'accompagner d'une légère inflammation dermique, qui reste toujours médiocre et passagère.
On a dit que les Trichophytons banals pouvaient causer toutes les modalités trichophytiques et particulièrement la trichophytie de la barbe. A la vérité, j'ai rencontré une fois une trichophytie de la barbe
(') W. Dubreuilh. De quelques formes rares de la trichophytie du cuir chevelu. Annales de la policlinique de Bordeaux, 1895, p. 279. L'auteur décrit, sur un cuir chevelu de fdlette, des îlots pityriasiques disséminés, dans les squames duquel on trouve un tronçon de cheveu enroulé qui se casse, s'enlève avec la squame et est infiltré de spores. Des cheveux semblables s'observent isolément ou par groupe de trois ou quatre. Dubreuilh n'a jamais rencontré cette trichophytie que chez les filles, jamais chez les garçons. Il croyait que le sexe jouait un rôle dans la forme de la maladie.
(-) A. Lefebvre. Annales de derniat., de syph. et d'iirol., de l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, 1894, n° 1, p. 24.
TR1CII. ACUMINATUM.
TRICII. CRATERIFORME.
causée par le Tr. acuminatum ; elle copiait d'ailleurs intégralement les symptômes de la tondante infantile causée par ce parasite. Mais je n1ai jamais trouvé, dans les trichophyties de la barbe, le Tr. crateriforme. Plusieurs auteurs ont cru l'y avoir rencontré. Ce qui a dé-
Fig. lui. — Herpès circiné de la joue, dû au Trichophyton acuminatum.
terminé cette erreur c'est qu'il existe un Trichophyton de culture pseudo-cratériforme (Tr. cerebri forme) qui cause une des trichophyties de la barbe, les plus fréquentes, mais son espèce, déjà décrite il y a treize ans, doit être soigneusement distinguée du Tr.craleri forme ('), avec lequel elle ne présente que d'apparentes ressemblances.
(') Trichophyties humaines, p. 187 ; cl. atlas, p. 56, figures 121-125. Voir ce volume p. 521.
TRIGHOPHYTIES.
Toutefois les Trichophytons acwninatum et crateriforme peuvent causer sur la peau glabre des lésions épidermiques circinées plus grandes et beaucoup plus caractérisées que celles qu'on observe au début des lésions pilaires des tondantes.
Voici (fig. 104), sur la joue d'une enfant de quatre ans, une lésion cutanée typique due au Trichophyton acuminatum : lésion rose ourlée de rouge, squameuse au centre, finement vésiculeuse au pourtour, nettement ronde et nettement délimitée. Pour un dermatologiste, une
Fig'. lOo. — Herpès circiné du cou, dû au Trichophyton crateriforme.
telle lésion impose1, au seul aspect objectil, le diagnostic de trichophytie. Cependant, même pour le spécialiste, elle ne saurait imposer le diagnostic de l'espèce trichophy tique causale. C'est la tondante, quand elle existe au cuir chevelu du même sujet, qui peut donner une présomption l'ondée concernant l'espèce parasitaire causale, et la culture seule donne une preuve sans réplique.
J'en pourrais dire autant de la lésion suivante (fig. 105) : Placard d'herpès circiné trichophytique de la région du cou chez une grande fille de neuf ans. C'était un médaillon ovale, rose et squameux en son centre, largement liséré et cerné de rouge. Sur toute sa surface, la peau était hyperkératosique et écailleuse, criblée de petites acuminalions qui représentaient des vésicules sèches. Pour
TRICH. ACUMINATUM.
TRICH. CRATER1F0RME.
trouver des vésicules, il fallait les chercher sur le bord du placard, au niveau du liséré rouge, où elles apparaissaient aussi fines que les vésicules d'une miliaire sudorale.
Il y a quelque variété, d'ailleurs, d'un cas à l'autre, principalement dans le degré d'inflammation, de réaction dermique, épidermique, de vésiculation et d'exfoliation. La même lésion passe aussi par des aspects différents, suivant qu'elle est jeune, et alors plus rose et vésiculeuse, ou, sur son déclin, et alors plus sèche et exfoliative.
III. Étude microscopique. — 1. Examen microscopique du parasite dansl'épiderme corné. — L'examen microscopique de la squame de l'herpès circiné trichophytique et du cheveu trichophytique est facile.
Dans la squame ces parasites sont constitués par des articles mycéliens courts, agminés en filaments (fîg. 106). Ces filaments vivent
^.sy^,^" \
jf
106. — Squame prélevée au bord d'un cercle trichophytique de la peau glabre (Tr. crateri forme). Bleu de Sahli x 260.
exclusivement dans l'épidémie, au niveau de ses couches cornées. Ils s'insinuent entre les couches cellulaires horizontalement et y constituent peu à peu, par leurs bifurcations successives, un véritable réseau (fîg. 107) que l'on aperçoit bien sans coloration, mais que la coloration met en valeur.
Dans l'épiderme, les éléments cellulaires du parasite affectent presque tous la forme carrée ou rectangulaire, en sorte que les filaments mycéliens ont des parois rectilignes et paraissent rubanés. Ces articles sont toujours faits d'une enveloppe cellulosique que les colorants indi-
292 TRICHOPHYTIES.
quent à peine, tandis que leur contenu protoplasmique, très condensé,
Fig. 107. — Autre squame provenant cle la même malade. Bleu de Sahli x 260. Le carton x 750.
est coloré par granulations (carton de la figure 107). Ces cellules mycé-
liennes ne montrent aucun noyau.
2. — Examen microscopique du parasite dans les cheveux des deux tondantes trichophy tiques. — Lorsqu'on connaît bien les deux types inverses de cultures que donnent nos tondantes trichophytiques ordinaires, on s'attend à ce que l'examen microscopique montre des différences reconnaissables et constantes entre les cas dont les cheveux donneront lieu à la culture cratéri l'orme, et ceux dont les cheveux fourniront la culture acuminée. C'est bien ce que j'avais avancé en 1892-95 et schématisé en disant : « Les Trichophytons qui font les deux tondantes...
se différencient en ce que le Tricho-
Fig. 108. — Trichophyton à culture cratériforme dans le cheveu. Remarquer la régularité des articles qui composent les filaments mycéliens et leur forme quadrangulaire. Sans coloration, x 260.
TRICH. ACUMINATUM. — TRICH. CRATERIFORME.
phyton à culture cratériforme présente dans le cheveu des filaments mycéliens résistants, tandis que le Trichophyton à culture acuminée présente dans le cheveu un mycélium fragile dont les articles sont facilement déhiscents. »
Ce qui est vrai, c'est que ces deux Trichophytons sont endothrix, et ils le sont complètement et exclusivement dès qu'est passée la période d'envahissement du cheveu, lequel s'opère par le dehors, comme nous le savons.
Pour le reste, la vérité est moins simple.
Sans doute, il arrive que mon affirmation d'autrefois se justifie; ainsi que le montrent la figure 108 représentant le Trichophyton à culture cratériforme et la figure 109, le Trichophyton à culture acuminée.
Fi». 109. — Trichophyton à culture acuminée dans le cheveu. Remarquer que les filaments mycéliens sont presque tous rompus et qu'ils étaient composés de cellules arrondies. Sans coloration, x 2(30.
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Fig. 110. — Cheveu de Trichophyton acuminatum : trousseau de filaments mycéliens sorti d'un cheveu pendant la préparation par la potasse. Les filaments ont conservé leur forme et les articles sporulaires leur adhérence réciproque. Remarquer cependant la forme ronde ou ovale de ces éléments. Sans coloration, x 260.
TRIGHOPHYTIES.
Mais, tandis que le Trichophyton à culture cratériforme garde presque toujours sa même forme élémentaire sur des spécimens normaux et bien préparés, car sa morphologie dans le cheveu est remarquablement fixe, il s'en faut de beaucoup que Ton puisse dire la même chose du cheveu qui donnera lieu à la culture acuminée. Si j'avais
examiné autrefois, par exem- ' • ": •;"
pie, la préparation qui a fait :.■.)•/ *.^V.* .
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Fig. 111. — Cheveu (le Trichophyton craleriforme : filaments composés d'articles quadrangulaires, formant ries mycéliums en rubans. Sans coloration, x 260.
Fig. 112; — Cheveu de Trichophyton acuminatum : filaments composés d'articles ordinairement ovalaires, formant des mycéliums moniliformes ou en chapelet. Remarquerai! contraire la forme ruhanée de quelques mycéliums extrapilaires. Sans coloration, x 260.
la figure 110, j'aurais pensé voir un Trichophyton craleriforme. Et il
TRICH. ACUMINATUM.
TRICH. CRATER1F0RME.
s'agit d'un Trichpphyton acuminatum. C'est que le stade, représenté par le mycélium fragile composé d'articles sporulaires déhiscents, correspond, semble-t-il, à un stade de maturité du Parasite. Ce stade de maturité est précédé d'un autre, dans lequel les cellules mycéliennes, incomplètement tonnées, sont beaucoup plus adhérentes entre elles et gardent la forme filamenteuse.
La distinction des cheveux trichophytiques par espèce, suivant la résistance à la rupture des articles mycéliens qui le
Fig. 113. — Tronçon de cheveu renvahi par le Tr. cratëriforme. Remarquer la régularité de disposition des filaments parasitaires et la l'orme quadrangulaire de leurs éléments. Bleu de Sahlix 260.
Fig. 114. — Tronçon de cheveu envahi par le Tr. acuminatum. Remarquer l'irrégularité de disposition des filaments parasitaires, la forme ronde ou ovale de ces éléments et leur déhiscence à maturité. Bleu de Sahli x 260,
composent, doit donc être considérée comme schématique et ne cor- (!) Trichophyties humaines, 73.
296 TRICHOPHYTIES.
réspondant pas à la vérité dune façon assez constante pour que ce
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Fig. 115. — Fragment de la figure 113. x 750. Fig. 116. — Fragment de la figure lli. x 750.
caractère puisse assurer un diagnostic différentiel.
J'ajoutais, dans ma description première, que le filament mycélien de la culture cratéri forme avait, dans le cheveu, la forme d'un ruban, et celui de la culture acuminée, celle d'un chapelet. Les figures ci-contre appuient ce détail ; des préparations colorées mettent mieux en opposition les caractères des cheveux trichophytiques suivant leur espèce (fig.
113 et 114), surtout lorsqu'on les examine à un très fort grossissement (fig. 115 et suiv.).
Mais les différences observées entre le mycélium qui donnera la
Fig. 117 et 118. — Éléments du TV. crateriforme dans le culture acuminée et cheveu (117) ou sortis du cheveu (118) examinés dans la . .
potasse 40 pour 100. Sans coloration, x 750. celui qui donnera 1|
(') Trichophyties humaines, 1884, p. 74; cf. atlas, fig, 71.
TRICH. ACUMINATUM. — TRICH. CRATERIFORME.
culture cratéri forme ne sont pas de celles qui s'affirment d'elles-mêmes et dans tous les cas, et la culture est le seul moyen sans réplique de différencier les deux espèces trichophytiques qui font, à Paris, nos tondantes banales.