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CUIR CHEVELU

PEAU GLABRE

Total sur 500 dermatomvcoses. .

Généralités. Historique. — En 1895, je rencontrai une lois un Trichophyton d'un type tout à fait distinct de tout ce que j'avais observé jusqu'alors. C'était chez un enfant de 9 à 10 ans, atteint au niveau de la tempe droite d'une plaque ronde, large de cinq centimètres environ, de surface tout à fait impétiginisée, couverte de croûtes gommeuses, craquelées. La culture s'en développa mais avec une extrême lenteur et, à mon grand étonnement, elle acquit peu à peu des caractères analogues à ceux des cultures de l'Achorion du favus. Cependant les préparations de cheveux malades montraient un Trichophyton ectothrix, à grosses spores enchaînées, ayant les caractères microscopiques les plus typiques des Trichophytons d'origine animale, j'ai encore ces préparations.

A cette époque il fallait lutter pour faire accepter de tous l'idée de la pluralité trichophytique. J'avais déjà affirmé l'existence de dix-neuf espèces trichophytiques, en apporter une vingtième, une seule fois observée et si différente de toutes autres, si incomplètement étudiée, ne me parut pas opportun, et j'en passai la culture à mon ami, le Dr E. Bodin. Celui-ci l'étudia et fut assez heureux pour retrouver plusieurs cas nouveaux analogues; ce fut l'origine du chapitre qui va suivre, des Trichophytons à cultures favif ormes. Bodin en publia la première étude dans sa thèse sur les teignes tondantes dn Cheval et leurs inoculations humaines (J). Il publia également à cette époque une note sur le même sujet à la Société de Biologie (2). Sur des Chevaux, sur un Ane, sur un Veau, il isola, dans des lésions trichophytiques des Champignons d'espèce très analogue qu'il considéra comme des variétés l'une de l'autre, et dont les cultures étaient plus proches des cultures de l'Achorion que des cultures trichophytiques.

(') Bodin. Les teignes tondantes du Cheval et leurs inoculations humaines Wthèse, Paris, 1896, p. 90).

(4j Bodin. Sur les favus à lésions trichophytoïdes (Comptes rendus de la Société de biologie, i juillet 1896, p. 711).

398 TRICHOPHYTIES.

Observations de Bodin. - Cette question «les Trichophytons faviformes est encore peu connue, il importe de rappeler tout ce qu'on en sait.

Bodin a décrit dans sa thèse : 1° un Trichophyton faviforme à culture brune, saillante, irrégulière, originaire du Cheval ('). Un Cheval venant de Danemark avait apporté la contagion dans une écurie de Clichy-Levallois. Un mois plus tard, plusieurs Chevaux étaient déjà contaminés. L'écurie comprenait quarante Chevaux. Tous turent atteints, excepté deux vieux sujets. L'épidémie dura trois mois.

L'éruption était constituée par des plaques de cinq à six centimètres de diamètre dont la confluence dessinait de vastes placards à contours serpigiueux. Tous ces placards étaient revêtus de croûtes sèches. Cependant trois jeunes Chevaux avaient présenté des vésico-pustules sous les squames. L'examen microscopique, qui montrait à peine un poil envahi sur dix ou quinze demeurés indemnes, faisait du Parasite un Trichophyton ectothrix pur.

Chose rare et bien remarquable, Bodin put observer en outre neuf personnes contaminées, et il décrivit la lésion humaine comme un kérion épais en forme de coupole criblé de folliculites suppurées. Chez l'Homme le parasite était endo-ectothrix (2).

Les cultures lentes, pauvres, montraient en surface les contourna ments des cultures de l'Achorion (3).

Dans le même travail (*) Bodin décrivit un Trichophyton faviforme à culture grise observé chez un jeune Ane malade depuis un mois. La maladie se présentait sous la forme de placards glabres, irréguliers, de surface sèche, recouverts d'une épaisse couche de squames grisâtres, sans suppuration sous-jacente, ni folliculite, ni poil cassé. Ces placards siégeaient au cou et aux oreilles.

Sur quatre personnes qui approchaient l'Ane, trois furent contaminées. Les lésions humaines étaient de simples cercles rouges à peine squameux, semés de petites vésico-pustules pleines d'un pus blanc, crémeux. Toutes étaient semblables. Leur centre s'éteignait quand leur périphérie augmentait. Pas d'examens de poils sur l'Homme; dans les squames les formes mycéliennes étaient indifférentes. La culture, faite sur moût de bière, était acuminée, grise, grosse comme

(M Luc. cil., p. 90.

(-) Nous avons retrouvé plusieurs fois cette forme clinique avec le Tr. ochraceum, et encore une fois très récemment sur un enfant de 12 ans, six plaques toutes terminées par cicatrice.

(/"') Sur milieu d'épreuve la culture se présentait, après quatre ou cinq semaines, sous la forme d'une petite masse cérébriforme brune. Sur moût agarisé, même aspect, mais croissance plus lente. Sur pomme de terre, après trois semaines, petites colonies grisâtres, isolées, peu saillantes.

(*) Loc. cit., p. 101-110.

TRICHOPHYTONS FAVIFORMES. 399

un pois, et entourée d'une auréole de rayons immergés dans le' milieu, et en forme de feuille de fougère (').

L'inoculation sous-cutanée donnait un abcès au Cobaye ; par inoculation cutanée on obtenait l'envahissement des poils et le Trichophyton se présentait comme un ectothrix.

Ce Trichophyton que Bodin appela plus tard verrucosum (2) fut trouvé sur l'Ane, sur les jambes d'un enfant qui l'avait monté et en troisième lieu chez le Veau.

En résumé Bodin décrivit deux espèces de Trichophytons faviformes. La première, dont la culture, d'un aspect de carton pâte, est saillante sur le milieu et ne le pénètre pas.

La seconde à culture d'un gris bleuâtre est presque toute immergée et ne fait saillir que son centre au-dessus du milieu.

Depuis lors, les Trichophytons faviformes furent retrouvés par plusieurs auteurs.

Dans l'article que j'ai souvent cité, écrit en collaboration avec Blaxall, C. Fox fournit la photographie d'un Trichophyton faviforme obtenu d'un Chien (3). Au congrès de Londres, Ducrey et Reale apportèrent un Trichophyton à culture faviforme du Veau, provenant de la province de Rome. Bunch crut aussi avoir trouvé un Trichophyton faviforme aviaife (4).

Plus tard, Plaut donna l'étude d'un Champignon de provenance animale extrait de lésions en forme de kérion et d'allures faviques en culture (:;). En 1901, Mac Leod (6) trouve sur le poignet d'un enfant qui soignait des canaris, une plaque nummulaire de trichophytie dont il extrait une culture faviforme. De même Krzystallowicz, étudiant à Cracovie les teignes polonaises, retrouva quelques cas de Trichophyton faviforme, et aussi dans des kérions (Lettre personnelle).

(M Sur milieu d'épreuve maltosé c'était d'abord une petite étoile grise immergée, puis un disque arrondi, régulier, de deux centimètres de diamètre, immergé, à mamelon central aréole de gris blanchâtre, s'atténuant périphériquement en une surface grise, humide, souvent striée de sillons radiaires, et à bords nettement coupés. Sur moût agarisé, le développement de la culture était plus lent, sa surface irrégulière. Sur pomme de terre, culture lente; traînée grise, humide, peu saillante, raboteuse, quelquefois finement tomenteuse par places.

(2) E. Bodin. Les Champignons parasites de l'Homme (Paris, 1902).

(3) C Fox et Blaxall. An inquirv into the pluraîity of Fungi, etc. (British Joura. ofdermat., 1896, p. 45 et p. 60). (Cf. la fig. 6. Planche IX.)

(4) Dans ce cas il s'agissait d'une fillette de 13 ans présentant une tache d'herpès circiné sur l'avant-bras, tache de surface écailleuse et papulo-vésiculeuse dont l'auteur croit avoir obtenu une culture faviforme, ainsi que des plumes d'un Canari appartenant à l'enfant. Il est difficile d'identifier l'espèce en question d'après la photographie donnée de la culture, mais je crois qu'on peut, sur son aspect, écarter l'idée d'un Trichophyton faviforme.

(3) Plaut. Favusanliche oder kerionpilze (Handbuch pathologischen Microurgamsrnen. De Kalle et Wassermann, t. I, p. 633-642).

(6) Mac Leod. Trichophvtie des oiseaux (Dermatological Society of J.ondon, 17 avril 1901).

400 TRICHOPHYTIES.

Enfin le récent travail de Dalla Favera a montré la fréquence de ce type trichophytique dans la province de Parme où, sur 144 observations, les Trichophytons faviformes ont été rencontrés quatorze fois('). L'aire géographique d'extension de ces espèces paraît donc considérable.

Les Trichophytons à cultures faviformes ne sont-ils pas des Favus à lésions trichophytoid.es. — Je crois qu'il n'y a plus à discuter ce point doctrinal.

1 . - - Sans doute on peut objecter que le favus ordinaire peut s'observer avec des lésions trichophytoïdes : Favus herpeticus. Mais dans l'évolution du favus., ce qui est la règle c'est la formation du godet. Or jamais un Trichophyton à cultures faviformes n'a été cultivé en parlant d'un godet, ni d'aucune surproduction qui y ressemblât. Leur lésion à la peau glabre est toujours un cercle, ayant tous les caractères des cercles trichophy tiques, témoin les figures que nous en donnons plus loin.

2. -- Non seulement la lésion cutanée, mais la lésion pilaire de ces Parasites est trichophytique à l'œil nu, car le cheveu malade est visiblement engainé d'une manchette grise tout à fait comparable à celle que j'ai décrite dans les trichophyties ectothrix en 1892. En outre, il est de règle que, dans le favus, le cheveu vienne entier à l'épilation et que dans la trichophytie le cheveu casse. Or dans les trichophyties à culture l'aviforme, le cheveu est cassé, cassant et ne vient qu'exceptionnellement entier à l'épilation.

o. — Il semble de plus en plus prouvé que ces Trichophytons à culture l'aviforme sont des parasites ordinaires des Équidés et plus encore des Bovidés. Lorsqu'on a rencontré ces Parasites sur le Cheval, sur l'Ane et sur le Veau, ils donnaient lieu comme chez l'Homme à des lésions objectivement trichophytiques, non pas à des lésions faviques.

4. -- Microscopiquement, mêmes remarques. Nulle part dans les lésions des Trichophytons faviformes on ne trouve aucun agglomérat de mycéliums constituant quelque chose d'analogue au godet, mais, dans ces squames, on observe des lacis mycéliens comme dans les trichophyties cutanées (fig. 181 et 191) et, quant à la disposition du Parasite dans le cheveu ou autour de lui, c'est celle des Trichophytons ectothrix; ou endo-ectothrix types (fig. 185 et 192).

5. — La ressemblance des cultures était certainement l'argument le plus frappant qu'on put donner de la parenté des Trichophytons faviformes avec l'Achorion du favus. C'était presque le seul. Mais cet

(') Dalla Payera Les Trichophytons clans la province de Parme (Annale* de Dermatologie, juillet 1909, p. 453.)

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argument a perdu sa valeur depuis qu'on connaît des Achorions dont la culture est duveteuse. En outre, il y a un Trichophyton, le Trichophyton violaceum, qui est un Trichophyton endothrix dont les lésions épidermiques et pilaires sont du type trichophytique le plus parfait, et dont la culture violette, humide, dégénère promptement en une culture aussi favii'orme que possible. Les Trichophytons faviformes se rapprochent donc autant, par leurs cultures, du Trichophyton violaceum que de l'Achorion banal.

6. — L'argument mycologique n'a pas plus de valeur. Les cultures faviformes prennent cet aspect favii'orme sur les milieux de culture qui ne conviennent qu'imparfaitement à leur croissance. Cet aspect est lié à l'impossibilité pour elles d'émettre des organes de fructification différenciés. Dès lors qu'une culture sera faviforme, elle n'en émettra pas. Ce caractère négatif ne peut être retenu comme un caractère positif, pour rapprocher les uns des autres les Dermatophytes qui le présentent, surtout depuis que nous connaissons des Achorions duveteux, ayant des organes de reproduction différenciés.

En résumé, l'aspect extérieur des cultures ne paraît pas un élément assez important pour faire classer, parmi les Achorions, les Trichophytons faviformes, alors que les lésions qu'ils déterminent, leur aspect dans ces lésions et leurs mœurs cliniques s'accordent pour en faire toute autre chose que des Achorions.

J'insiste sur ce point parce que plusieurs auteurs ont voulu voir dans les Trichophytons faviformes une soudure entre le genre Trichophyton et le genre Achorions, un terme de passage entre des groupes dermatophytiques différents (l). En fait, tous les Dermatophytes sont si proches entre eux qu'il n'est pas besoin de chercher entre leurs groupes des termes de passage. En tous cas, les espèces qui pourraient jouer ce rôle seraient bien plus, pour moi, les Achorions à culture duveteuse montrant des organes de fructification identiques à ceux des Trichophytons et des Microsporums, que les Trichophytons à culture favii'orme (2).

Sur les Kérions soi-disant dus à ÏAchorion Schonleïnii. —

Les Trichophytons à culture faviforme soulèvent une question doc-

(l) « Ce groupe constitue, à mon sens, un trait d'union entre les Champignons du favus et ceux des trichophyties, puisque ses représentants participent aux principaux caractères des deux groupes entre lesquels ils jouent le rôle de soudure. » Bodin. (Les Champignons parasites de l'homme, p. 122.)

(-) Au Congrès international de Dermatologie de Londres (1896), la conviction de Malcolm Morris était que beaucoup de cas étiquetés trichophyties étaient des cas de favus, et qu'entre ces deux entités il y a une frontière mitovenne. Sahrazès en plusieurs de ses études montrait une conviction analogue. Â mon avis, cette opinion est vraie, mais lous les faits sur lesquels ces auteurs avaient voulu l'appuyer sont aujourd'hui controuvés.

k02 TRICHOPHYTIES.

trinale importante. Majocchi et Truffi ont rapporté chacun un cas de « Kérion dû à l'Achorion de Schônlein » (]). L'Achorion est-il réellement capable de causer un Kérion, ou ce prétendu Achorion n'était-il qu'un Trichophvton à culture faviforme? Bien qu'on ne puisse nier un fait qu'on n'a pas vu, je crois cette dernière opinion beaucoup plus probable que celle qu'ont soutenue les deux auteurs italiens. Je n'ai pu lire le mémoire de Majocchi, mais, dans celui de Truffi, le malade décrit présentait une vingtaine de taches dont la dimension variait de celle d'une lentille à celle d'un sou, un peu saillantes, recouverte* de croûtes molles, jaune foncé ou noirâtres.... L'examen de la culture démontraient l'Achorion. Mais le diagnostic différentiel avec les Triehophytons à culture faviforme n'est pas même indiqué.

Nos figures (PI. XXIV) montreront qu'il n'est pas si facile à faire ; et, quant aux lésions à surface impétiginisée auxquelles donnent lieu les Triehophytons à culture faviforme, elles correspondent exactement à la description de Truffi. La culture, à elle seule, ne pourrait être différenciée de celle du favus, sans expériences conduites avec des techniques parfaites. Et l'examen microscopique paraît, dans ce cas, avoir été succinct. L'anatomie pathologique de ce travail est bien traitée et démontre bien qu'il s'agissait d'un kérion, non pas d'un mélange de lésions faviques et pyodermiques. La question reste donc entière. On comprend son importance doctrinale. On comprend aussi quelle cause d'erreur, en ce sujet, apportent les Triehophytons à culture faviforme. Je me rappelle avoir, en 1802, rencontré une tache mycosique de la joue chez un enfant. J'y trouvai un poil ayant les caractères des Triehophytons ectothrix. Mais à la culture je crus avoir rencontré un Achorion, et, comme j'avais limité mes recherches aux Triehophytons, je n'en poursuivis pas l'étude.

Je crois que les faits de Majocchi et de Truffi ont comporté les mêmes erreurs d'interprétation.

Raisons qui ont retardé ïétude de ces espèces. — Beaucoup de raisons ont retardé l'étude de ces espèces. D'abord elles sont rares. Sur cinq cents teignes étudiées, nous avons rencontré neuf cas dus à des Triehophytons à culture faviforme, de trois espèces. Et cette proportion pourrait être supérieure à la vérité si l'on compare notre deuxième statistique (500 cas : 9 Triehophytons faviformes) à noire première (400 cas : 1 Trichophvton faviforme). Cette erreur dans la proportionnalité exacte des Triehophytons à culture faviforme pourrait provenir de ce fait que nos amis et nos maîtres à l'hôpital Saint-

(') M. Truffi. Un caso di kérion tlovuto ail' achorion di Schônlein, granuloraa del tessuto cutaneo provocato dall' Achorion (Giornale italiano délie malat£& veneree e délia pelle, 1902, fasc. 4, p. 491).

TRICHOPHYTONS FAVIFORMES. 403

Louis nous ont envoyé à plusieurs reprises leurs cas de Dermatomyeoses dès qu'ils sortaient du type ordinaire, et, parmi ces cas, trois ou quatre trichophyties à cultures faviformes.

Inversement, dans notre première statistique, plusieurs faits de culture fa vi forme avaient dû nous échapper, témoin celui que nous relatons plus haut. Sur ce point l'histoire d'un de nos cas est typique. Il s'agissait d'une trichophytie de la barbe, chez un Homme faisant le commerce des Bœufs de Nîmes à Paris. L'examen microscopique montrait un Triehophyton endo-ectothrix évident. Les cultures faites el refaites, gardées comme toutes nos cultures de teigne à la tempe rature du laboratoire, restèrent stériles en totalité, excepté une sur laquelle se manifesta l'apparence d'une frange mycosique à peine perceptible autour du fragment du poil ensemencé. Mais cette culture s'arrêta, et, réensemencée, mourut. Après trois mois, l'idée me vint de recommencer ces cultures et de les mettre à l'étuve à 28°, où elles poussèrent de suite, non pas très vite, mais peu à peu, jusqu'aux proportions que la photographie montrera. Peut-être avons-nous laissé de côté autrefois certaines cultures demeurées stériles, sans comprendre le pourquoi de leur stérilité. Je me rappelle certaines cultures d'onychomycoses dont j'ai cru le Parasite incultivable et qui étaient peut-être dues à des Trichophytons faviformes, de même une certaine Trichophytie siamoise dont je ne pus obtenir la culture. Les Trichophytons faviformes sont du reste les seuls Trichophytons dont la culture bénéficie de l'étuve.

En tous cas, les exemples de trichophyties à culture faviforme restent certainement rares en nos contrées. Et non seulement elles sont rares, mais d'espèces multiples, et l'une, de culture apparemment si proche des cultures de favus, qu'un observateur non averti ne manquerait pas de les confondre.

Leur rareté, leur difficulté de culture, leur apparence favique ont contribué certainement à retarder les progrès de leur étude. Le chapitre qui va suivre cherchera à combler certaines des lacunes qui persistent dans leur histoire.

Les Trichophytons à culture faviforme sont des Parasites des Bovidés. — Pour aucun Dermatophyte, l'origine animale n'est aussi évidente que pour les Trichophytons à culture faviforme. Nous en connaissons trois espèces ; pour les trois la même origine est avérée. Dans la majorité des cas, le contact direct avec les Veaux, les Vaches, peut être relevé sans peine, et, le plus ordinairement, le patient accuse ces Animaux, même quand on ne l'interroge pas à ce sujet.

Parmi nos malades, l'enfant Tribot... arrivait de la campagne où il gardait les Vaches; le malade Laga ni... convoyait à Paris des Bestiaux

kOii TRICHOPHYTIES.

de province. ; Léona D rie... gardait les Vaches dans le Jura ; Jules Sim.*'i de même ; Louis Périr... était toucheur de Bestiaux, Marcel Léser... tueur de Bœufs à la Yillette, et Gustave C/t art... garçon de ferme. Arsène Lej..., Camille Je... et Mme Pica... seuls ne pouvaient dire d'où leur lésion était venue. En somme, on trouve rarement des commémoratifs aussi précis dans l'histoire clinique des autres Trichophvtons, même de ceux dont l'origine animale est le plus certaine.

Bodin a vu la lésion sur le Veau vivant. Je ne l'ai vue que sur la tête d'un Veau mort, conservée il y a quelques années à l'Institut Pasteur par MM. Matruchot et Dassonville. On sait combien les lésions cutanées changent à la mort, je n'en puis rien dire. Les lésions du poil étaient encore très nettes, chaque poil engainé d'une gaine crayeuse, blanche, haute d'un à deux millimètres, collée au poil et rappelant étrangement ce que l'on voit être le cheveu de la microsporie chez reniant. Tel nous avons vu d'ailleurs le poil de la barbe de l'Homme lorsqu'il est atteint par les mêmes Parasites.

Espèces connues de Trichophytons à culture faviforme. — Je décrirai trois espèces de Trichophytons à culture faviforme et il est bien difficile de décider si les unes ou les autres correspondent aux deux espèces que Bodin a décrites.

Bodin n'a fourni un véritable état signalétique qu'à l'espèce qu'il a nommée : Tr. verruGosum et le voici :

« Sur les milieux peu azotés, dit-il, le Tr. verrucosum se développe pauvrement.

« Sur gélose ou moût de bière, en un mois la culture forme un petit gâteau, en partie immergé dans l'agar, dont la surface est irrégulière, verruqueuse, humide et grise.

« Sur la gélose peptonisée maltosée, culture à surface grise, eu partie immergés dans le milieu avec acumination centrale également humide et grise.

« Sur la pomme de terre, en quinze jours, le long de la strie d'ensemencement, il se produit une traînée grisâtre, humide, légèrement saillante et irrégulière sur laquelle il se forme parfois par places de petits îlots de duvet blanc, court et fin ('). »

Le Trichophyton que j'ai nommé ochraceum correspondrait assez bien à ce signalement, mais sa culture sur gélose maltosée forme des boutons saillants d'un jaune d'ocre éclatant, et sur aucun milieu sa culture n'est grise.

Quoi qu'il en soit, les trois espèces que nous présenterons oui chacune des signes particuliers capables d'assurer dans l'avenir leur reconnaissance et leur identification.

(') E. Bodin. Loi:, cil, il., p. 123.

THICHOPHYTONS FAVIFORMES. 405

La première : Tr. orhraceum cultivée sur milieu d'épreuve présente

Fig. 180. — Eruption due au Tr. (faviforme) album.

des cultures d'abord en forme de boutons, ensuite acuminées, glabres

TRICHOPHYTIES.

et d'une couleur ocre jaune; la seconde : Trich. album, sur milieu d'épreuve présente des cultures tellement identiques à celles de l'Achorion banal qu'on pourrait les confondre avec elles, n'étaient le duvet blanc très court de ses bords, la disposition parasitaire du Trichophyton à culture faviforme autour du poil dans la lésion, et la l'orme de sa lésion elle-même qui est essentiellement trichophy tique. La troisième que nous avons cru longtemps n'être qu'une variété de la précédente s'en est différenciée pourtant d'une façon si constante et définitive que nous devons forcément en faire une espèce spéciale, sous le nom de Tr. discoïdes. Elle se présente sous la forme d'un disque parfaitement rond, glabre et humide présentant en son centre un petit umbo comme les boucliers. Sa couleur est d'un gris jaunâtre.

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