‹ Les teignesChapitre 97 sur 155 · VI. — PRETENDUES TRICHOPHYTIES DES MUQUEUSES · texte numérisé non relu

VI. — PRETENDUES TRICHOPHYTIES DES MUQUEUSES

J'ai vu quelque fois une trichophytie des lèvres et de la barbe envahir le bord rouge des lèvres et de la demi muqueuse jusqu'au joint où les lèvres fermées se touchent. Mais j'ai toujours vu les ésions s'arrêter là et je crois que jamais elles ne vont plus loin.

C'est exactement ce qu'a vu Robinson dans un cas présenté à la société de Dermatologie de New-Vork (2); je n'ai jamais vu, comme Vlalcolm-Morris, la trichophytie de la vulve et de la bouche, même en < de rares cas»» comme il l'a dit (5). Je n'ai jamais rien vu, non plus, le comparable à ce qu'a décrit Stern, une trichophytie du menton ryant envahi la face muqueuse de la lèvre inférieure et un autre cas résiculeux aigu ayant gagné la muqueuse buccale (4). Et quant à 'observation d'Alessandro Giletti, d'un cas de trichophytie primitive le la muqueuse buccale (s), je la tiens pour une erreur certaine que a planche même qui accompagne son travail suffit à démontrer. Il ;st visible que l'on a pris les arêtes cellulaires et les espaces inter- ;ellulaires de l'épithélium pour des mycéliums ramifiés, car jamais on îe voit les filaments trichophytiques suivre les arêtes mêmes des celules entre lesquelles ils passent.

(l) Mais s'il ne me paraît pas prouvé qu'avec un Trichophyton pyogène, ou non, lyant les caractères morphologiques des Trichophytons dans le poil, on puisse léterminer des godets sur l'Animal, je ne dis pas que le fait soit impossihle. laisque tout le monde sait que l'Achorion banal peut faire non seulement des fodets, mais des cercles, un Trichophyton pourrait bien produire non seulement les cercles, mais des godets. Ce qu'il faut dire, c'est que la démonstration n'en st pas faite, et que, dans des centaines d'expériences, c'est un phénomène que e n'ai jamais reproduit, que les Trichophytons les plus faviformes ne le font tas, et qu'il n'existe aucune préparation ou figuration authentique d'un godet ait par un Trichophyton.

(-) Robixsox. '224» regular meeting of the New-York dermatological Society, 1893, avec la réponse du D. Cutler qui a vu la trichophytie de la muqueuse.

(5) Malcolm-Morris. Ringworm at the light of new researches, etc., p. 7).

(4) E. Stern. Ueber einige bisher noch nicht beschriebene Formen von herpès onsurans (Arch. f. Dermat. et Syph., 1898, t. XLIV, p. 280).

(3) Alessandro Giletti. Tricofîtiasi primitiva délia mucosa boccale.

462 TRICHOPHYTIEB.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES TRIGHOPHYTIES ET MICROSPORIES

Avant de quitter l'étude des Trichophyties pour celle des favus, je crois nécessaire de résumer brièvement les lésions anatomo-pathologiques créées par les Parasites que nous avons étudiés jusqu'ici. Et comme elles sont de type peu nombreux l'étude en sera vite faite(').

Lésions de surface. — Les croûtelles qui signalent la surface d'un point du cuir chevelu atteint de teigne tondante et qui durent autant que lui sont faites, par un triple processus : à' ex foliation épidermiqum cYexocylose et d'exosérose (-).

1° Lexfoliation de la surface épidermique est le processus essentiel qui fait la squame. Il résulte d'un excès de reproduction des cellules épidermiques des couches profondes (hyper-acanthose) et d'un arrêt dans les dernières transformations de la couche cornée dont certaines cellules conservent leur noyau {parakératose) (3).

2° L'exocytose est l'effusion de cellules migratrices au travers de l'épidémie et à sa surface (fig.210).

Ces deux processus sont le plus souvent mêlés et combinés (4). Ils peuvent exister sans combinaison d'exosérose. Ainsi dans les fig. 211 et 242 où l'on voit alterner les lits de leucocytes et les couches cornées feuilletées.

En général, ces processus s'observent au plus près du Parasite et au contact du cheveu infecté.

A distance, au contraire, se produit l'exosérose. On voit au sommet d'une papille une suffusion séreuse se produire qui dissocie les cellules épidermiques et crée entre elles des lacs, plus ou moins visiblement communiquants.

Ce sérum se coagulera et les jours suivants ces blocs séreux portés

(1) Sabouraud. Sur l'histologie des teignes (Annales de Dermat. et de Syphilis graphie, 1902, p. 1159).

(2) Sabouraud. The histogenesis of scales and crust (The journal of culaneow diseases. New-York, Feh. 1905, XXI, n° 245, p. 61-72).

(3) Sabouraud. Les maladies desquama/ires, p. 279.

(*) Ch. Du Bois. Pathogénie et histologie de la squame dans les teignes tondante* (Genève. Kundig, édit. 1902, p. 25). Cf. comparativement D. Mario Truffi. Ricerche sperimentali sulle ligne (Eslralo dal Giornale italiano dette ma/allie veneree e délia pelle, p. 106, 1902. Milano).

Fig. 210. — Mécanisme de la formation des squames-croûles à la surface, des plaques de tondante trichophy tique. Ch, cheveu trichophytique enclavé dans la paroi épidermique de son follicule. E, exocylose, effusion de leucocytes dans la cavité du follicule. C, croùlelle entourée dune lame épidermique cornée et faite de milliers de noyaux de leucocytes effusés. x 180.

TR1CH0PHYTIES

par l'ascension épidermique se trouveront compris dans la croûte. C'est ce que les deux figurés 214 et 215 empruntées à du Bois montrent d'une façon parfaitement claire. L'exsudation séreuse peut dépasser l'épiderme et se concréter à sa surface. C'est proprement le méca-

Fig*. 211. — Squame-croûte à la surface d'une plaque de trichophylie du cuir chevelu. C, croule faite de lits alternés rie leucocytes morts et de feuillets épidermiques cornés. Elle est comprise entre les couches cornées. Ca, couche antérieure. Cp, couche postérieure à sa formation. Pk, couchés cornées en parakératose. Hk, kyperkératose à la surface de l'épiderme corné E.

riismequi faitla croûte. Mais souvent l'effusion ne se faitpas audehors, l'infiltration est intra-épidermique (fig. 214).

Quelquefois cette suffusion se produit au niveau d'un éperon épidermique bordant un follicule. Alors cet éperon est prolongé par une croûtellé recouvrant le cheveu couché sur la peau (fig\ 215).

L'exosérose donne ainsi lieu à une sorte de capuchon demi-croûteux demi-squameux recouvrant le point d'émergence du cheveu hors de la' peau.

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Fig. 212. — Exocyiose au niveau d'une plaque de irichophylie. De très nombreux leucocytes dont quelques-uns seulement, indiqués par des traits L, L L montent vers la surface de l'épidémie, x 260.

Fig. 213. — Trichophytie du cuir chevelu. Croûtelle composée de lits alternés de leucocytes morts et de cellules épidermiques cornées à côté d'un follicule infecté. C, fragment! de cheveu envahi par un Trichophyton endothrix. x 75.

TRICH0PHYT1ES.

La tondante trichophytique démontre un processus identique, ainsi que le démontre la figure 217. L'hyperkératose, la parakératose et Lexosérose pouvant se combiner en toutes proportions. En C est le cheveu malade tronçonné, en D les strates épidermiques folliculaires autour

du cheveu ; en A, les boules de sérum coagulé entre leslitsd'épiderme hyperkératosique, et à la surface de la croûtelle les éléments qui le composent sémiettent : 13.

Ainsi lorsque le cheveu est couché, il est recouvert par une squame croûte en capuchon. Lorsque sa direction est plus verticale, il détermine, en anneau autour de l'orifice pilaire, une exosérose qui p r o d u i r a une croûte en couronne (fi g. 218).

Et cet anneau d'exosérose apparaît sur une coupe verticale de l'épi* derme sous la forme de deux croûtes méniscoïdes rattachées par leur e n v eloppe cornée au follicule, siège du Parasite causal. Ces croûtes sont stériles et ne montrent pas un filament parasitaire (fig. 219).

Ainsi peuvent être résumés la nature et le mode de formation des squames-croûtes à la surface des lésions trichophy tiques. Mais ces lé-

Fig. 2U. — Exemple d'exosérose dans la Trichopliylie épidermique (d'après Du Bois de Genève). P, papille et son vaisseau central gorgé de liquide. Sp, deux lacs séreux rattachés à la papille par une coulée de sérum visible. Sp' croûte séreuse produite par le même mécanisme d'exosérose.

sions superficielles se combinent àd'autres plus profondes et que nous allons examiner.

Lésions profondes. — En ce qui concerne les lésions profondes il

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Fig. -215. — Exosérose dans la microsporie. Ch. m, cheveu malade. P, sommet de la papille. Sp, spongiose (exosérose). Hk, Hyperkératose. L, leucocytes et cellules fixes du tissu conjonctif. (D'après Du Bois de Genève.)

est curieux de constater d'abord qu'elles peuvent manquer, même à l'étal de trace, même à l'examen microscopique. C'est ce que démontre, par exemple, la fîg. 220. Coupe d'une teigne tondante trichophytique existant depuis plusieurs mois et où le parasitisme du cheveu est le seul état pathologique qu'on puisse relever; la réaction des tissus du voisinage étant absolument nulle. Nous pourrons observer par la suite tous les degrés dans le processus inflammatoire que la trichophytie pilaire peut déterminer.

Notons en passant le contournement du cheveu trichophytique dans

TRICH0PHYT1ES.

son follicule. C'est un l'ait qu'on n'observe pour ainsi dire jamais dans la Microsporie et qu'on observe presque sur tous les cheveux atteints de Trichophytons endothrix. Leur infiltration par le Parasite les a rendus mous et comme plastiques. Il sont poussés au dehors parce

Fig. 216. — Exosérose dans la tondante microsporique. P. papille. Hk. Hyperkératqse. C. veu. Ex. Exosérose Taisant un capuchon au cheveu à son émergence.

chè-

que leur papille continue de les faire croître, et ils se replient eux-mêmes en tous sens (M.

(') Je crois que ce contournement du cheveu trichophytique dans le follicule a été décrit et ligure pour la première fois par G.Tiiin. On the condition of the skin in tinea tonsurans (Vol. LXI. Of the Médiat! chirurgical transactions, mars 1878. Planche XII, fig. 1 et 4).

Ces contournements du cheveu tri chôphy tique dans le follicule, qui font fcouper dix fois le même cheveu dans la même coupe ont des conséquences qui n'ont pas été suffisamment énoncées et que A

je considère comme très impor- p

tantes car elles me paraissent

délitant; D, hyperkératose folliculaire. Carmin-orange, bien polychrome, x 80.

Fig. "217. — Orifice folliculaire d'un cheveu atteint de trichophytie à culture acuminée et constitution de la squame A qui couchera le cheveu sur l'épider me. — B, squame se

avoir donné lieu à de grosses erreurs.

Dans ces contournements, il arrive, et même assez fréquemment, que l'anse d'un cheveu fait hernie à travers un follicule (fig-. 221), jusque dans le derme.

Ainsi n'est-il pas rare de trouver, dans le derme même, et souvent au sein d'un nodule inflammatoire, quelque débris de cheveu séquestré. C'est à ce fait sans doute, qu'on doit la description de trichophyties dermiques. Car je n'ai jamais vu de trichophyties dermiques proprement dites.

11 y a des abcès trichophy tiques dans le derme, mais ils sont toujours primitivement causés par la présence d'un cheveu trichophy-

Fig. 218. — Schéma expliquant la fig. 219. Croùtelle annulaire produite par exosérose autour d'un follicule contenant un cheveu trichophytique.

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TRICHOPHYTIES.

tique que l'on trouve encore en son centre. Et comme la culture du pus dans ce cas est toujours positive, on est bien forcé d'admettre qu'il y existe des éléments parasitaires, d'ailleurs à peu près impos-

sibles à reconnaître au milieu des leucocytes vivants ou désintégrés. En tons cas je n'ai jamais observé d'éléments mycéliens ayant pénétré activement dans les tentes lymphatiques comme certains auteurs en

ont décrit. Et quand on rencontre des éléments du Trichophyton dans le derme, c'est au sein d'un reste de cheveu issu de son follicule et ayant fait hernie dans le derme. Nos recherches appuient donc tout à fait l'opinion de Georges Thin, qui vérifiait déjà l'affirmation portée en 1855 par Kuchenmeister, que le Trichophyton est un hôte exclusif des couches cornées (').

Ces contournements du cheveu trichophytique ne sont jamais plus fréquents que dans la trichophytie à culture acuminée, et à l'orifice même du follicule (figure 322).

11 n'est pas inutile de remarquer une i'ois de plus, dans toutes ces préparations, à quel point l'endothricité du parasite esl un fait précis et constant. L'épiderme folliculaire qui réagit pourtant à distance ne contient aucun élément parasitaire ; il en est de môme des squames de surface, une fois la tondante constituée. A partir de ce moment, les squames ne représentent plus que de simples phénomènes réactionnels de voisinage; quand on y trouve Fig. 220. Cheveu et follicule pilaire dans la

des Spores c'est au sein des tondante trichophytique à culture cratériforme.

, i' i 'ii " En A, le cheveu dans son follicule. Il y est rare-

trOIlÇOns de Cheveux quelles ment droit, souvent oblique, quelquefois couché

englobent en travers- Remarquer l'endothricité absolue du

r?. ' Parasite. Gram-picrocarmin. x 80.

Bien qu'une tondante trichophytique due aux Trichophytons endothrix puisse ne s'accompagner d'aucune réaction inflammatoire quelconque, néanmoins des

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(') J. Thin. Path. and tieatment of Ringworm (in-8", 87 pages. Lon.don 1887). Cf. également :

Ziemssem. Syk. paras, s. Mentagra. Greifstvalder mal. Beitràge. Bd l2. Lknin. Ueber par. Sye. Charité- Annalen, I, 1874).

TRICH0PHYT1ES.

lésions inflammatoires peuvent exister histologiquemcnt, même dans les Trichophyties banales qui ne montrent pas à l'œil nu de symptômes inflammatoires visibles. Au dessous ou à côté des croûtelles de surface, dont nous avons d'abord étudié la forme et la disposition, il n'est

Fig.x221i — Coupe verticale du cuir chevelu clans une tondante trichophytique. A, cheveux parasités. A' cheveu malade faisant hernie dans le derme à travers la paroi du follicule. B, Écorce épidermique du follicule. C, collection leucocytaire effusée. D, squame-croûte, x 7§j

pas rare de rencontrer dans l'épidémie même, de petits abcès intraépidermiques (fig-. î22o) et un fort afflux leucocytaire dans le derme, autour des follicules contenant les cheveux malades et jusque dans la cavité même de ces follicules. Ce sont des phénomènes qu'on y observe à tous les degrés.

Il va de soi que lorsque l'inflammation retentit sur le corps papil-

laire, « les papilles sont œdématiées, souvent de manière très notable.

Fig. 222. — Un orifice folliculaire contenant un cheveu malade dans la irichophylie à culture acuminée. — A, fragments du cheveu malade contourné, sectionné suivant un même plan; B, parakerato.se épidermique constituant la squame; C, strates épidermiques cornées folliculaires entourant le cheveu. Remarquer autour du follicule une réaction leucocytaire assez intense dan.s le derme et le corps papillaire. Carmin orange, bleu polychrome, x 75.

TRICHOPHYTIES.

Leurs cellules conjonctives fixes sont hyperthrophiées et leur protoplasma est basophile. Dans les mailles du réticulum conjonctif, élargies par l'œdème, s'infiltrent des polynucléaires et des mononu-

'ig. 225. — Tondante trichophytique banale. A.B, cheveu trichophytique, C, un fragment de sa partie extra-folliculaire. D, Ecorce- épidermique cornée du follicule. E, abcès intra-épidermique de voisinage, x 7 .

ig. 224. — Coupe du cuir chevelu dans la tondante trichophytique banale. A, tronçons de cheveux parasités. B, afflux leucocytaire dans la cavité du follicule. C, afflux leucocytaire à distance. D. squame-croûte, x 75.

cléàjres, les vaisseaux sont dilatés, leur endothélium est tuméfié, et ils sont entourés d'un manchon de mononucléaires (') ».

Folliculite aiguë suppurée. — Lorsque le processus inflammatoire s'exagère autour des cheveux trichophytiques, il aboutit a créer une folliculite suppurée. Le follicule, dans lequel affluent de plus en plus les polynucléaires, se transforme en une pustule au centre de laquelle flotte un fragment de poil ou de cheveu encore bourré d'éléments

(') Rubens-Duval. Xnlr manuscrite.

mycéliens. Cette pustule folliculaire peut être régulière ou irrégulière, lobée ou partagée par des étranglements, en plusieurs étages (fîg. 225). Jusque-là la paroi de la pustule est faite de cellules épiderraiques qui

ne présentent que des altérations mécaniques de compression et par places, témoignent de l'exocytose.

Mais la pustule ainsi faite s'ouvrira et s'évacuera au dehors ou bien elle pourra se rompre dans l'épaisseur même du derme. Le follicule est alors détruit en tout ou partie (fïg. 226). A la pustule folliculaire fait suite l'abcès dermique, au centre duquel un tronçon de poil parasité atteste seul le siège initial de la collection suppurée.

Celle-ci n'est plus circonscrite ; elle n'a plus de paroi propre, et, tout autour d'elle, des polynucléaires infiltrent les espaces conjonctifs du derme. « C'est une lésion suppurative massive et pure. Elle aboutit à la guérison rapide par ouverture au dehors et expulsion du pus parasitaire, ou bien elle passe à la chronicité, et, dans ce cas, des mononucléaires se disposent autour de la collection, la circonscrivent et lui forment une paroi, ébauche de réaction inflammatoire chronique qui fait la transition entre la folliculite aiguë suppurée et la folliculite chronique (') dont la description va suivre.

Fig. £25. — Abcès folliculitique autour d'un cheveu atteint de Trichophylon faviforme. x 75.

A, abcès supérieur. P, poil parasité. B, abcès situé à mihauteur du follicule. C, abcès situé à la base du follicule.

Folliculite chronique. — La folliculite chronique fait suite à une lolliculite aiguë suppurée rompue dans le derme. Voici la description laite par Kubens-Duval d'une de mes préparations.

« Le follicule a totalement disparu, 1'épiderme s'est même reformé au-dessus de lui en revêtement continu sensiblement normal. Le pro-

(') Rubens-Duval. Xole manuscrite

TRICH0PHYT1ES.

cessus inflammatoire réactionnel s'est circonscrit. En dehors du foyer trichophytique, tous les tissus sont revenus à la normale, à part quelques capillaires sanguins, dont l'endothélium est tuméfié et qui sont entourés d'un infiltrat composé de mononucléaires et de Plasmazellen. Il s'est organisé : ce n'est plus une suppuration diffuse à pus plus ou moins bien collecté, c'est un véritable abcès à paroi nettement différenciée. »

« On reconnaît le siège initial, folliculaire, de la lésion, à ce qu'elle est centrée par un débris de poil. Entre les cellules cornées de celui-ci

Fig. 22(>. — Abcès triahophytiq.ve subaigu. En A, la niasse de l'abcès trichophytique, qui, à droite, s'est rompu dans le derme. En P. le tronçon de poil trichophytique, centre de l'abcès, et poils du voisinage parasités. En A, cratère de l'abcès, x 75.

des files de grosses spores cubiques apparaissent nettement. Le fragment de poil est englobé par du pus constitué en majeure partie par des polynucléaires neutrophiles. A ceux-ci se joignent, en assez grand nombre, des macrophages, les uns en pleine activité phagocytaire et renfermant dans leurs vacuoles de nombreux débris de polynucléaires, les autres, frappés de dystrophieerythropb.de et à protoplasma homogène. » « Ce pus est contenu dans un abcès à paroi épaisse différenciée en plusieurs couches. La couche interne (qui provient des modifications des mononucléaires que nous avons vus entourer la folliculite aiguë suppurée passant à la chronicité), est formée de cellules conjonctives

ANAÏOMIE PATHOLOGIQUE DES TRICHOPHYÎ1ES. 477

qui, hypertrophiées mais frappées de dystrophie érytlirophile, se conforment en cellules épithélioïdes et en cellules géantes. Certaines d'entre elles conservent encore dans leur protoplasme des enclaves cellulaires qui témoignent des fonctions macrophagiques qu'elles accomplissaient antérieurement. Les cellules épithélioïdes uninucléées sont beaucoup

plus nombreuses C

que les cellules géantes multinu-

cléées. Elles forment à peu près exclusivement la paroi interne de l'abcès, se disposant en une couche continue — simple assise en quelques points — double ou triple, le plus souvent . »

« Au-dessous de la couche des cellules épithélioïdes se trouve une zone œdémateuse formée de grandes cellules conjonctives fixes anastomo tiques et de grêles faisceaux conjonctifs disposés en un réliculum lâche à

mailles élargies par le liquide d'cedème. Les cellules conjonctives fixes sont en réaction inflammatoire simple; elles sont hypertrophiées et leur protoplasme est basophile. Un certain nombre parmi elles sont frappées de dystrophie érytlirophile, leur protoplasme s'accroît encore, mais, de basophile, devient acidophile ; en môme temps leurs noyaux se multiplient. Elles se conforment ainsi en cellules géantes. Ces cellules géantes sont disséminées çà et là dans la zone œdémateuse et, contrairement à ce qui s'observe dans la couche interne, elles sont nombreuses, tandis que les cellules épithélioïdes sont rares. »

Fig. 2-27. — Folliculile chronique trichophylique. En P, débris de poil parasité centrant l'abcès. S, En I, infiltrât, périphérique. x 55 reproduit x 200 en carton. C, cellule géante.

478 TRICHOPHYTIES.

« Dans les mailles du réticulum conjonctif ainsi modifié sont infiltrés de nombreux éléments cellulaires, assez clairsemés toutefois pour que l'état œdémateux reste appréciable, Ces éléments sont surtout des polynucléaires neutrophiles, mais il s'y joint aussi d'assez nombreux mononucléaires, surtout des moyens mononucléaires. »

« Dans cette couche œdémateuse les capillaires sanguins de néol'ormation sont nombreux. Leur endothélium est tuméfié, leur paroi généralement épaisse et souvent infiltrée de nombreux leucocytes. »

« Au delà de la zone œdémateuse, on trouve une zone de sclérose en évolution. De volumineuses cellules conjonctives hypertrophiées, et à protoplasma basophile élaborent des faisceaux conjonctifs fibreux. Dans cette zone de sclérose se trouvent de nombreux vaisseaux sanguins à parois épaisses et entourées de manchons lymphocytaires. »

<■< Dans l'épaisseur môme de la paroi de l'abcès, dans la zone œdémateuse, s'est développé un abcès secondaire. Son contenu est formé de polynucléaires et de macrophages, mais on n'y trouve pas de Parasites reconnaissables au microscope. La paroi interne est formée de cellules conjonctives hypertrophiées, en grande activité phagocytaire et qui commencent à subir la dystrophie érythrophile et à se conformer en cellules épilhélioïdes. La paroi externe œdémateuse et semée de cellules géantes se confond avec la couche œdémateuse de l'abcès principal. »

Trichophytie dermique et granulome de Majocchi. — La

question de la pénétration du Trichophyton dans le derme, étroitement liée, comme on le verra, aux faits précédents et à ceux qui suivent, a toute une littérature.

En 1885, D. Majocchi décrivit le premier sous le nom caractéristique de Granuloma trichopliyticum, des lésions intra-dermiques, caractérisées par de véritables nodules néoplasiques faits d'un tissu de granulation, accompagné de cellules géantes et épithélioïdes, nodules ayant pour centre des éléments trichophy tiques certains.

Un peu plus tard, en 1887, Campana, dans un cas de trichophytie scroto-périnéale, observa et figura des tubes mycéliens et des spores dans les fentes lymphatiques du derme ('). En 1888, Pellizari, non seulement croit à la trichophytie dermique, mais croit qu'elle peut exister en dehors de tout processus phlegmasique reconnaissable (i). Et il croit même que dans le sycosis, considéré comme non trichophytique, le Trichophyton existe dans le derme, et il invoque à ce propos l'observation de Campana. Deux travaux ultérieurs de Campana exista R. Campana. Trichophytiase dermique (Giorn. ital. ciel, malat. vener. e dellct pelle, juillet-août 1887).

C2) Celso Pellizari. Recherches sur le trichophyton tonsurans (Giorn. ital. ciel. malat. vener. e délia pelle, mars 1888).

tent encore sur le même sujet, mais ils pourraient, en dépit de leur titre, se rapporter à un cas méconnu de Sporotrichose('). En tous cas je n'ai jamais vu de faits cliniques analogues à ceux qu'ils décrivent, et je considère qu'ils ne sont pas tels qu'ils suffisent à établir à eux seuls la nature des faits qu'ils ont étudiés.

Tout autres sont les travaux de Majocchi et de ses élèves.

Un des meilleurs est celui de Pini, élève de Majocchi et dont l'élude a été faite dans le service môme de son maître. Il définit le granulome comme constitué par des saillies dures, de consistance presque fibreuse, alopéciques, d'évolution lente, et donnant issue à du pus, du sang et un liquide jaune rosé.

Il y décrit anatomiquement le granulome, la disparition en son centre des fibres élastiques, des altérations allant jusqu'à la fonte purulente, l'abcès entouré d'une zone d'éléments épithélioïdes et de cellules géantes.

Le cas de Colombini est un peu différent, car il s'agit d'une lésion infiltrée, papulo-tuberculeuse, mais peu suppurante, et où l'élément néoplasique avait pris tant d'importance que les lésions ne paraissaient pas à l'auteur avoir été originairement folliculaires, alors qu'elles m'ont toujours semblé l'être. Pour Mazza, le granulome de Majocchi constitue un type spécial, distinct du kérion et du sycosis. On n'y rencontre pas de réaction inflammatoire aiguë primitive, mais au contraire, quand la suppuration se produit, c'est secondairement et comme une complication. Ceci s'oppose aux observations de Pini, car le liquide rosé, jaunâtre, extrait des lésions décrites par Pini, s'observe toujours au voisinage de lésions suppurées, et Pini lui-même décrit la fonte purulente des follicules. Mazza attribue la formation granulcmateuse à l'involution atrophique du follicule.

Majocchi lui-même est revenu deux fois sur cette même question (3), discutée aussi par beaucoup d'autres.

(') Il s'agit d'un adulte en fâcheux état général: néphrite chronique, éruptions diverses de tout le corps, onychogryphose de tous les orteils, et présentant une tumeur grosse comme un œuf de poule, fihreuse, subissant au centre une nécrobiose. La tumeur contenait un mycélium renflé, ou à bourgeonnements latéraux, des articles cubiques en filaments, le tout, dans les lacunes lymphatiques. Les vaisseaux de la tumeur étaient petits, atteints d'endo- et de péri-artérite, mais sans Parasite dans leur paroi ni dans leur cavité. R. Campana. Trich. tonsurans épidermique ; tumeur trichophytique (Clinique dermo-sphilopathique de l'Univ. de Gênes (Riforma medica, 28 avril 1888). Cf. aussi : R. Campana, Trichophytiasis dermica (Arch. f. Dermat. u. Sypk., 1889, n° 1).

(2) G. Pini. Granuloma trichophyticum Majocchi (Giorn. ital. del. maint, vcncr ede ht pelle, 1897, p. 710, fasc. VI).

(3) Colombini. Ueber ein Fall von granuloma trichophyticum Majocchi (Dermamiogischea Zeilschrift, 1902, t. IX, p. 641).

('*) Mazza. Ueber das <> Granuloma trichophyticum Majocchi « (Arch. fur Dermatologie und Syphilis, 1907, t. XXXVII, p. 25). (s) D. Majocchi. Sul granuloma tricofitico (Atti Délia VIII riunione délia Società

'RICHOPHYTIES.

Le plus récent et l'un des meilleurs travaux sur cette question est celui de C. Yignolo-Lutati (*) qui a bien voulu nous prêter ses clichés microscopiques que nous reproduisons ici. Ils démontrent d'une façon péremptoire l'existence de centres granulomateux en plein derme, en dehors de toute attache visible avec les follicules (fig. 228).

Mais la coexistence de suppurations folliculaires y est certaine fiir. 229). Quant aux transformations des tissus à la périphérie du

tissu granulomateux, ce sont celles des trichophyties chroniques que nous venons de décrire plus haut, ainsi que la fig. 250 le démontre. Le granulome ne nous semble donc pas intéressant par les types cellulaires soi-disant spécifiques qu'on y pourrait rencontrer, mais bien par la topographie de ses lésions, indiquant la pénétration effective d'un noyau d'éléments

parasitaires au sein du derme, et la production autour de ce noyau d'une réaction cellulaire analogue à celle du granulome tuberculeux. Le granulome trichophytique existe sous deux formes cliniques. Tantôt on voit sur une trichophytie banale, torpide, ou sur une trichophylie suppurée une nodosité dure survenir, qui évoluera très lentement vers la suppuration ou la résorption. En d'autres cas, c'est

liai, di Demi, c SifiL, Milano, 17-20 sept. 1906). — M. Truffi. Sul granulome tri cofitico, ibid. — G. Mazza. Sul granuloma tricofîtico (fbid., p. 66). — D. Barduzzi. Granuloma tricofîtico elef'antiaco ciel cuoio capellute (Atli délia Soc. di Demi, e Si/il. riumone VIII, Milano, 1906). — V. Chirivino. Granuloma trie™ fîtico Majocchi (Giornale internazionale di Seienze mediche, A. XXIX, 1907). — D. Majocchi. Alcunè considerazioni clinico-critiche e ricerche sperimenfali inlorno al granuloma tricofîtico (Communicazione alla Soeictà ilaliana di Dermat. e. Si fil. Roma, 18 déc. 1907. Giornale liai, délia maladie veneree e délia pelle. Fascicolo II, 1908).

(') C. Vignolo-Lutati (Monatsheflc /'. praktisc/ie Dermatologie. Bd XL VI, 1908).

Fig. 228. — Granuloma trichophylicum de Majocchi. Coupe topographique montrant l'existence entre les follicules pilaires, d'une lésion analogue au granulome tuberculeux, x 50-75. (Observation et cliché de Vignolo Lutadi.)

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES THICHOP1IYT1ES.

toute la surface d'un placard qui est parsemée de nodosités semblables. On peut du reste voir cette évolution au cuir chevelu, à la barbe, ou sur une région glabre. Je l'ai observée il y a cinq ans sur le dos de la main, et le cercle trichophytique originel ayant complètement disparu, le. diagnostic était impossible. Le malade venant des Antilles, on avait pensé à la lèpre, et le prétendu léprome biopsie montra, au centre de chaque nodosité, un fragment de poil trichophytique, enrobé ou non de pus, mais centre d'une formation

Fig. 228. — Granuloma trichophylicum de Majocehi x 60-80.

granulomateuse. Un fait me paraît dominer toute cette question, c'est qu'au centre de chaque granulome on trouve un résidu pilaire reconnaissable, et dans tous ceux que j'ai étudiés, j'ai vu entre les éléments trichophytiques qui centrent le granulome, au moins quelques cellules corticales de cheveu ou de poil reconnaissables encore à leur forme et à leur pigment.

Or, nous l'avons montré plus haut, le phénomène qui fait passer dans le derme un fragment de cheveu parasité n'est pas rare; il se produit de deux manières. Tantôt le cheveu malade d'une trichophytie sèche, contourné dans son follicule, en use la paroi à la lagon d'un anévrisme et une parcelle de cheveu se trouvera extravasée ainsi dans le derme périfolliculaire, sans réaction suppurative préalable.

Tantôt il s'est fait, autour d'un cheveu trichophytique, un petit

TR1CH0PIIYTIES.

abcès qui a détruit le follicule eu un point et s'est étendu au derme du voisinage. Avec cette suppuration, un fragment du cheveu est sorti du follicule et va s'enclaver dans le derme si le foyer de suppuration se résorbe sans s'ouvrir.

De quelque manière que le fait se soit d'abord constitué, il en résulte qu'un véritable nodus t u b e r c u 1 o ï d e s'organise dans le derme autour de ce corps étranger. C'est ainsi qu'au centre du granulome on trouve un reste de cheveu, quelquefois réduit à quelques cellules cornées, pigmentées, avec les éléments parasitaires entre elles.

Résulte-t-il de ce fait que le Trichophyton puisse jamais envahir le derme et y vivre ?

Je suis, pour ma part, tout à fait opposé à cette opinion que les faits ne me paraissent pas démontrer.

Quand on

trouve un peloton mycélien au sein d'un granulome, il est toujours très petit, cantonné auprès du résidu de cheveu qui l'a apporté là où il se trouve. Il ne s'agit pas d'une pénétration active du Parasite. Le Parasite y est venu passivement, attaché au débris pilaire issu d'un follicule, séquestré et enclavé dans le derme.

Étant donné le mode de naissance de ces éléments, on se rend compte que chaque nodule peut être, ou non, suppuré en son centre

Fig. 229. — Granuloma trichophyticurn de Majocchi. Transformalions cellulaires et constitution de cellules géantes à la périphérie d'un élément de granulome x 5-600.

et que la part de suppuration et la part d'hyperplasie puissent varier l'un cas à l'autre et d'un nodule à l'autre.

Tel est à mon avis le granulome de Majocchi.

On a pensé que cet accident anatomique pouvait être dû à l'espèce parasitaire. Il serait dû, pour Mazza, au Trichophyton violaceum (1 cas); Pini aurait rencontré un Trichophyton à culture poudreuse jaune {Trichophyton cerebri forme1? Trichophyton regulareT) et un Trichophyton à culture d'un blanc de neige. (TV. gypsèurnl) Colombini a pratiqué la culture du cas qu'il a observé, mais il ne désigne ni ne décrit l'espèce qu'il a isolée. En fait, les Trichophytons qu'on trouvera le plus souvent dans le granulome trichophytique sont ceux qui s'accompagnent de phénomènes inflammatoires légers, permettant à la lésion une évolution chronique. Dans le cas que je relatais tout à l'heure, c'est aussi le Trichophyton violaceum que j'ai rencontré. Mais nul cloute que cette modalité clinique puisse s'observer avec plusieurs espèces parasitaires. Elle représente un des types anatomopathologiques que peut revêtir la trichophytie, un type intermédiaire entre les lésions trichophytiques à peine inflammatoires, et les lésions trichophytiques aiguës, suppurées. L'étude du kérion qui va suivre montrera les nombreuses analogies et les quelques, points de similitude des kérions et des granulomes.

Kérion. — Le kérion est fait de folliculites suppurées, contiguës, agminées, englobées dans un tissu inflammatoire commun, au sein duquel les folliculites élémentaires perdent rapidement leur autonomie. Alors les zones périphériques aux foyers de suppuration se pénètrent réciproquement et leur distribution topographique arrive à défier toute description. Voici néanmoins celle que Rubens-Duval donne d'une coupe de kérion de ma collection :

« Au-dessous d'un épiderme plus ou moins respecté, souvent exulceré par places, entre des follicules irrégulièrement orientés, déformés, tortueux, et encombrés de débris épidermiques, ou suppures en leur centre, on trouve un tissu conjonctivo-vasculaire enflammé, présentant, disséminées sans ordre apparent, toutes les lésions décrites dans les autres modalités anatomiques de la trichophytie. Ici c'est un tissu oedémateux, infiltré de polynucléaires, de lymphocytes, de moyens mononucléaires, de Plasmazellen ; là, un infiltrat plus dense, formé surtout de mononucléaires et de Plasmazellen, parfois presque uniquement de Plasmazellen (Plasmome de Unna ) ; ailleurs ce sont des cellules géantes disséminées dans le tissu conjonctif œdématié, ou réunies par petits groupes. Les vaisseaux sanguins sont dilatés: leur endothélium est tuméfié, leurs parois épaissies. Les lymphatiques ont une lumière très élargie, tantôt vide, tantôt bourrée d'élé-

TRICH0PHYT1ES.

ments lymphatiques : lymphocytes surtout, et, parfois aussi, macrophages. »

« En outre, on y rencontre çà et là, de petits abcès miliaires formés d'un centre purulent et d'une paroi de cellules épithélioïdes, auxquelles peuvent se joindre quelques cellules géantes ; ils représentent

de nouveaux centres d'infection trichophytique et de résistance organique à l'infection ; bien que le Trichophyton ne soit pas décelable à leur intérieur, ils sont un élément important pour le diagnostic histologïque de l'affection. »

Le kérion peut être de marche plus aiguë et d'évolution plus largement suppurative. Ainsi était celui qu'ont décrit Sabrazès et Brengues (').

« Constitué par une agglomération de foyers inflammatoires dermiques , pour la plupart intra et périfolliculaires.

Les parties profondes des follicules sont englobées dans un manchon de cellules à noyau polymorphe qui se sont insinuées en rangs serrés dans l'interstice des gaines. Celles-ci sont dissociées, défoncées, et finalement désintégrées ; aux follicules se sont substitués des îlots cellulaires arrondis et ovalaires, mesurant plus d'un millimètre de diamètre, en voie de suppuration,

Fig. 250. — Kérion. Un point pris dans l'intervalle des abcès. En P, un poil dans son follicule conservé presque intact. En C, cellules géantes. I, infiltrât inflammatoire surtout constitué de mononucléaires et de Plasmazellen.

(!) J. Sabrazès et Brengues. Trichophytie profonde de la barbe (Extrait des ,,cies de la Société linnéenne de Bordeaux, tome LUI). Mais nous rappelons que le Parasite, cause de ces lésions, est à identifier avec YAchorion gypseum, étudié plus loin parmi les Achorions animaux.

situés à diverses hauteurs par rapport à la surface du revêtement cutané. Parmi ces abcès, quelques-uns bombent au niveau de l'épidémie, le débordent en des points où ils sont rompus et s'évacuent à l'extérieur; d'autres sont situés à un millimètre environ au-dessous de la couche cornée. »

« Au centre des îlots, un espace vide... qui résulte de la fonte purulente des follicules abcédés et de la mortification progressive du tissu inflammatoire, abrite encore parfois un tronçon de poil cassé et Inégalement pigmenté. Les cellules entassées à la périphérie des poils malades sont dégénérées et agglutinées en amas très denses ('). »

« Enfin à côté de ces abcès qui ont eu pour point de départ les follicules, il en est autour desquels il ne reste plus de trace des gaines péripilaires ; ils sont cohérents, mal limités, et se diffusent, soit vers les régions papillaires. soit profondément jusqu'au tissu cellulo-adipeux sous-cutané; le territoire dermique qu'ils occupent est dépourvu de follicules, ou n'en présente que des reliquats. »

« Les muscles érecteurs des poils, les glandes sébacées, les glandes sudoripares sont compris dans la fonte purulente. Les fibrilles conjonctives sont considérablement raréfiées par rapport au derme sain (fuchsine acide picriquée) ; il en est de même du tissu élastique (orcéine-acide). Des éléments du Champignon, très facilement reconnaissables, existent seulement au sein des follicules qui ne sont pas encore complètement désorganisés. On les trouve autour et dans la substance même des fragments de poils dépigmentés et dissociés. »

Mais Sabrazès et Brengues, Rubens, Duval et moi n'avons pu voir d'éléments parasitaires, en dehors des points où persistent des cellules épithéliales ou pilaires : « Nous n'avons pu en déceler dans les foyers inflammatoires extra-folliculaires. Dans les foyers folliculaires, ce sont des spores mycéliennes rondes ou cubiques mesurant 4 y., 5 environ, à double contour, disposées en amas ou en courtes chaînes et des segments de mycélium sinueux, cloisonné à courts intervalles, avec quelques ramifications.... » Quant aux ganglions extirpés, atteints d'adénite suppurée staphylococcique et de périadénite banale, ils ne contenaient pas de Parasite, mais Sabrazès ne dit pas si la culture des ganglions est restée stérile, car les suppurations du kérion peuvent donner presque jusqu'à sa période de cicatrisation des cultures positives en abondance. Et peut-être en eùt-on pu obtenir des ganglions.

(') Tel était aussi le cas bien décrit par M. B. Hartzell. Unie case of agminate folliculitis of parasitic orisrin. KJourn. of cutan. and genilo-urin. diseases, nov. 1895, p. 455).

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