CHAPITRE IV
Le trichophyton faviforme, à cultures brunes, saillantes et
irrégulières, du cheval.
1° La maladie chez le cheval. — Épidémie de Clichy-Levallois. — Origine et propagation de la maladie. — Le trichophyton faviforme, à cultures brunes, saillantes et irrégulières cause chez le cheval une teigne tondante squameuse. — Contagiosité et difficulté du traitement de cette tondante.
2° La maladie chez l'homme. — Le trichophyton faviforme, il cultures brunes, saillantes et irrégulières détermine chez l'homme la suppuration folliculaire et l’expulsion du poil en entier. — Aspect particulier, en coupole, du kérion que cause cette espèce trichophytique. — Observations.
3° Examen microscopique. — Le trychophyton faviforme, à cultures brunes, saillantes et irrégulières est, au niveau des poils, endo-ectothrix comme tous les autres trichophytons d’origine animale. — Difficulté de la recherche du parasite, dans la lésion équine.
4° Cultures. — L'aspect en culture et les affinités nutritives du trichophyton faviforme, à cultures brunes rapprochent, au point de vue mycologique, ce parasite des achorions. — Cultures sur moût de bière, sur milieu d’épreuve et sur pomme de terre.
5° Inoculatioxsexpérimentales et mycologie. — Le trichophyton faviforme, à cultures brunes, saillantes et irrégulières ne donne pas de fructification en forme de grappes de conidies ; ses formes de reproduction sont analogues à celles des favus.
1° La maladie chez le cheval.
J’étudierai dans ce chapitre une espèce particulière de trichophyton dont je n’ai trouvé la description dans aucun ouvrage antérieur sur le sujet; je l'ai rencontrée dans une épidémie équine considérable au cours de laquelle se produisirent plusieurs inoculations humaines.
Voici les laits tels que je les ai observés :
Le 13 octobre 1893, arrivait à Clichy-Levallois, dans une écurie des voitures de place de Paris, un cheval de Danemark, porteur sur es épaules et les ilancs de plaques glabres assez nombreuses. A ce
moment, aucun des 40 chevaux de cette écurie ne présentait la moindre lésion cutanée.
Le 23 novembre 1893, ce même cheval succombait à une entérite grave et, à cette date, les palefreniers aperçurent chez ses voisins d’écurie un certain nombre de plaques déglabrées, analogues à celles qu’ils avaient remarquées sur l’animal venant de Danemark.
En moins de trois semaines, tous les chevaux de cette écurie furent contaminés, à l’exception toutefois de deux vieux sujets qui restèrent constamment indemnes.
La propagation de la maladie me parut s’être faite par le contact direct des chevaux entre eux à l’écurie et surtout par les harnais qui servaient successivement à plusieurs bêtes.
Lorsque, le 27 décembre 1893, j’examinai les chevaux de cette écurie, ils présentaient tous le même aspect.
Aux épaules, au cou, aux flancs, à la croupe, partout où le contact avec les harnais existait, leur robe était parsemée de plaques grisâtres et déglabrées.
A sa phase initiale, l’affection s’annonçait par un soulèvement des poils sur une ' étendue variable ; l’examen de ces poils démontrait qu’ils étaient de longueur normale et non cassés ; à leur base existait seulement une croûte grisâtre et molle, les agglutinant les uns avec les autres. En moins de huit jours, la chute de cette croûte, entraînant les poils avec elle, laissait à nu une surface déglabrée, de couleur grise et recouverte d’une couche plus ou moins abondante de squames grisâtres et sèches. L’examen le plus minutieux de ces plaques ne pouvait y déceler la présence de poils cassés.
Quant à la dimension des lésions, elle était très variable comme je l'ai dit ; la plupart des plaques atteignaient 5 à 6 centimètres de diamètre, elles étaient toujours nombreuses sur chaque cheval et, par leur confluence, donnaient quelquefois lieu à de vastes placards à contours serpigineux.
L’évolution des différentes lésions sur le cheval me parut successive, de sorte qu’il était possible, sur le même sujet, d’observer les diverses phases de la maladie.
Pendant toute la durée de cette teigne, les placards restaient enfin secs et squameux sans présenter de vésico-pustules. Chez trois jeunes chevaux cependant, le début avait eu lieu par petits placards surélevés
et sur lesquels, après la chute des croûtes, il fut possible pendant huit à dix jours de constater la présence de vésico-pustules. Je n'ai pas pu observer moi-môme ces lésions, je vis seulement l'un de ces jeunes chevaux h peu près guéri et sur lequel, à la place des lésions suppurées, il persistait une surface un peu surélevée, rouge, indurée, rappelant assez exactement les inoculations équines en voie de régression du trichophyton à cultures blanches.
A l’exception des placards suppurés de ces trois jeunes chevaux, cette forme de trichophytie se montra donc, pendant toute sa durée et chez tous les animaux, sous l’aspect d’une tondante sèche et squameuse sans suppuration folliculaire. Elle fut très contagieuse, puisque 38 chevaux sur 40 habitant la môme écurie furent contaminés.
L’état général des animaux resta bon pendant toute la période d’évolution de cette tondante ; je ferai cependant remarquer à ce sujet que le cheval danois qui importa la trichophytie. et chez lequel la tondante fut plus grave que chez tous les autres, succomba avec des symptômes d’entérite grave; malheureusement l’autopsie ne fut pas faite. Je rapprocherai ce fait d’un cas analogue que Sabouraud observa dans l’épidémie équine du trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires. En semblable circonstance, il y aurait lieu désormais de rechercher, avec le plus grand soin, l’état des viscères et l’existence possible d’une mycose interne (1).
La trichophytie que je rencontrai dans l’écurie de Clichy-Levallois comporte un pronostic sévère en raison de sa contagiosité, de sa durée et de la difficulté du traitement de ses lésions très étendues et très nombreuses. L’épidermie dont je viens de résumer l'histoire ne put. en effet, être enrayée définitivement qu’au bout de trois mois par l’isolement strict des chevaux malades, la désinfection soigneuse des harnais et de l'écurie et le traitement des lésions équines par une pommade au sulfate de cuivre. Je n’ai donc pas besoin d’insister sur les mesures énergiques qu’il faudrait prendre si l’on se retrouvait en présence de cette espèce particulière de teigne trichopbytique (2).
(1) Il n’est pas inutile, je crois, cle rappeler :\ ce sujet que la réalité des mycoses internes est hors de doute à l’heure actuelle. Je ne donnerai comme exemple de ces mycoses viscérales que la tuberculose aspergillaire intestinale, observée chez le lapin par mon excellent collègue et ami Eénou, A la suite des inoculations intra-veineuses des spores d’Aspergillus futnigatus (Renon. Soc. de biologie. 1 1 janvier ISl’G .
(2) J’ai pratiqué l’examen mycologique des lésions cutanées de quinze chevaux
2° La maladie chez l'homme.
Pour l’homme, comme pour le cheval, le trichopliyton à cultures faviformes, brunes, est très contagieux; ainsi, au cours de l’épidémie dont je viens de parler, cinq inoculations humaines eurent lieu successivement malgré les précautions prises en cette circonstance.
Ce trichophyton est pyogène chez l’homme et se traduit chez lui par une lésion analogue à celle que j’ai étudiée avec l’espèce trichophvtique à cultures blanches.
Comme dans ce dernier cas l’élément primordial est ici une folliculite suppurée, expulsant le poil en entier et à tendances cicatricielles ; de l’agmination de ces folliculites résulte un placard en kérion Celsi, mais le kérion présente alors uneformetout à fait particulière.
Tandis que le trichophyton à cultures blanches donne lieu à une lésion fongueuse et dont la surface, également surélevée au centre et sur les bords, est comparable à un véritable macaron, les lésions en kérion dont j’ai extrait le trichophyton à cultures faviformes, brunes, se traduisaient par un placard très surélevé au centre, arrondi en coupole et représentant une sorte de calotte hémisphérique appliquée par sa base sur la peau.
Je ne puis mieux comparer l'apparence de ce kérion qu’à celle d'une loupe du cuir chevelu recouverte de folliculites suppurées.
Cette forme en calotte ou en coupole du kérion Celsi me semble assez spéciale pour que l’on puisse désormais, au seul aspect de cette lésion, soupçonner le trichophyton faviforme, à cultures brunes, d’être en cause.
Voici d’ailleurs l’histoire des malades qui furent contaminés par les chevaux trichophytiques de Clichy-Levallois :
Observation V
Le premier malade atteint au cours de l’épidémie équine de Clichy-Leval-
teigneux de Clichy-Levallois; le résultat fut le même dans tous les cas : je constatai, au microscope, la présence d’un trichophyton ectothrix et les cultures, extraites de ces lésions équines, se montrèrent identiques entre elles et absolument semblables à celles que j’ai obtenues des malades contaminés au cours de cette épidémie (obs. VI, YII et VIII).
lois se présenta le 24 décembre 1893 au laboratoire de M.le Dr E. Besnier, â l’hôpital Saint-Louis. Ce palefrenier, employé depuis plusieurs jours à panser les chevaux teigneux, portait sur le cuir chevelu quatre lésions en kérion Celsi tout à fait caractéristiques.
Une de ces lésions, siégeant au sommet de la tète et a peu prés sur la ligne médiane, atteignait environ 5 centim. de diamètre, trois autres placards plus petits s’observaient un peu plus en arrière, dans la région médiane occipitale supérieure.
Chacune de ces lésions formait une coupole rouge, très surélevée, à surface fongueuse et recouverte par places de croûtes jaunâtres et molles. Cette coupole était appliquée par sa base sur le cuir chevelu et à ce niveau la palpation indiquait une induration notable.
Sur la surface des placards en kérion on ne trouvait pas de poils cassés ; les cheveux étaient tombés en partie et ceux que l’on pouvait encore retrouver venaient à la pince avec la plus grande facilité, dans toute leur longueur et avec leur racine normale.
Ces lésions avaient débuté 8-10 jours auparavant. Il n’y avait pas d’autres inoculations trichophytiques en d’autres régions.
Ce palefrenier ne revint pas à l’hôpital Saint-Louis et je n’ai malheureusement pas pu suivre l’évolution ultérieure de sa trichophvtie.
Orservation VI
Théophile B..., 32 ans, palefrenier, employé à panser les chevaux trichophytiques de Clichy-Levallois, se présente à la policlinique de M. le Dr E. Besnier, le 26 décembre 1893.
Le début de l’affection remontait, chez ce malade, au 15 décembre 1893. A cette date, il s’aperçut de l’apparition, dans la région du maxillaire inférieur droit, de 2 ou 3 petites élevures prurigineuses et d'aspect furoneuleux. En 10 jours ces lésions se développèrent au point d’acquérir chacune la dimension d’une pièce de 2 francs environ.
Actuellement, chacun de ces placards, surélevé au-dessus des téguments, à base indurée, présente une surface rouge, fongueuse, irrégulière, marquée par places de vésicules blanchâtres, distendues par du pus.
Les poils de la barbe existant sur ces placards ne sont pas cassés, à la pince on les enlève facilement et dans toute leur longueur.
Au niveau du menton une lésion analogue existe mais un peu plus petite.
A la bordure de ces placards, on voit deux ou trois petites acuminations centrées par un point grisâtre et dont il est possible d’extraire à la pince un follet court et engainé par un étui blanc grisâtre.
Au cuir chevelu enfin, dans la région pariétale supéro-postérieure et â droite, une inoculation triehophytique s’est également produite trois ou quatre jours après le début des plaques de la barbe.
Cette lésion, atteignant 3 centim. de diamètre â peu près, fait un relief coiv-
sidérable sur le cuir chevelu et ressemble à une sorte de calotte hémisphérique appliquée sur la peau. La surface de cette calotte est rouge, assez irrégulière et présente, au niveau de ses bords, quelques vésicules suppurées.
Comme dans la barbe, les poils qui persistent semblent sains et à la pince on les enlève sans fracture.
Toute la base de cette lésion est très indurée.
Dans la région sous-maxillaire droite et à la nuque, du côté droit, on trouve quelques ganglions indurés et douloureux à la pression.
Les lésions sont à peu près indolentes spontanément.
On prescrit des applications de vaseline iodée.
7 janvier 1894. Le malade revient amélioré, les pustules ont disparu et la saillie des placards est beaucoup moins accentuée.
On prescrit des applications de teinture d’iode pure tous les jours.
Le 2t. Les lésions sont à peu près complètement guéries, il persiste seulement un peu de rougeur et une légère induration à leur niveau.
Aucun poil ne repousse sur ces placards.
On prescrit des applications permanentes d’emplâtre de Vigo.
15 février 1894. Les placards Lrichophy tiques sont guéris, ils sont recouverts d’un épiderme brillant et lisse, d’aspect cicatriciel et sur lequel aucun poil n’est apparu.
Examen microscopique , le 26 décembre 1893. — L’examen du pus des vésicules de kérion, pratiqué sur 8 à 10 préparations, ne démontre pas la présence de spores trichophy tiques ou de fragments mycéliens.
A l’examen microscopique d’un follet, extrait à la périphérie des lésions sycosiques de la barbe, on trouve, au niveau de ce poil, un trichophy ton endoectothrix en chaînes de spores arrondies et à double contour.
Ce triehophyton endo-ectothrix n’a d’ailleurs aucun caractère spécial.
Cultures, le 26 décembre 1893. — Ensemencement, sur tubes d’agar (milieu d'épreuve), du pus des vésicules du kérion et de tronçons d’un poil follet à gaine grisâtre de la barbe.
Au bout de trois semaines, apparition, en 4 à 5 points des tubes ensemencés avec le pus, de colonies très petites, brunâtres, légèrement saillantes et entourées de quelques lins rayons immergés dans le milieu. Tous les tubes ensemencés présentent d’assez nombreuses colonies de staphylocoques blancs et dorés.
Les tubes ensemencés avec les tronçons du poil follet donnent un résultat identique.
Les colonies brunes portées sur le milieu d’épreuve produisent, en 15 jours, une petite culture brune, à surface contournée et saillante au-dessus du milieu sans le pénétrer aucunement.
Observation VII
Charles V..., 29 ans, maréchal. Observé le 26 décembre 1893, à la policlinique de M. le Dr E. Besnicr.
Ce malade, employé à ferrer les chevaux triehophytiques de Clichy-Levallois, fut atteint de trichophytie il y a dix jours, à l’avant-hras droit, au-dessous du pli du coude.
Le début de la lésion se fit par une petite plaque rouge, saillante et simplement prurigineuse. Cette plaque s’est étendue rapidement et a donné deux lésions circinées contiguës de la dimension chacune d’une pièce de un franc.
Actuellement ces deux lésions sont rouges, saillantes, indurées à leur base. La surface est recouverte de vésicules blanchâtres, distendues par du pus, mais ces vésicules ne se trouvent qu’à la périphérie, le centre, surélevé, est recouvert de croûtes gris jaunâtre, molles et assez épaisses.
Un peu au-dessous des lésions précédentes, une nouvelle inoculation s’est produite depuis quatre ou cinq jours, elle est analogue aux premières lésions, mais elle est un peu plus petite.
Il existe un ganglion induré et légèrement douloureux dans l’aisselle du côté droit.
Dès le commencement de la maladie les lésions ont été traitées avec la pommade mercurielle.
Depuis trois jours une quatrième inoculation s’est produite dans la région dorsale du poignet droit ; elle n’a pas encore été traitée par le malade. C'est une petite plaque arrondie, surélevée et indurée, dont toute la surface est recouverte de vésico-pustules ; qu’elques-unes de ces pustules sont centrées par un poil que l’on enlève facilement et dans toute sa longueur.
Sur tous les placards triehophytiques on prescrit des applications quotidiennes de teinture d’iode pure.
7 janvier 1894. Il n’existe plus aucune vésieo-pustule. Au niveau des placards en voie de guérison, il n’y a plus qu’une légère induration, l’épiderme y est lisse et brillant, encore un peu rosé.
On prescrit des applications permanentes d’emplâtre de Vigo.
Le 25, la guérison est complète.
Examen microscopique , le 26 décembre 1893. — L’examen microscopique du pus des vésicules de la dernière inoculation démontre, au milieu des leucocytes, la présence d’un certain nombre de fragments mycéliens, formés par de courtes chaînes de spores arrondies et à double contour.
Cultures, le 26 décembre 1893. — Ensemencement du pus des vésicules sur tubes d’agar (milieu d’épreuve).
En quinze jours, développement de nombreuses petites colonies brunes, saillantes, non immergées dans le milieu nutritif et à surface croûteuse, irrégulière. Dans ces tubes il ne s’est développé que de rares colonies bactériennes de staphylocoques.
Les colonies brunes portées sur milieu d’épreuve donnent, en quinze jours, une petite culture absolument identique avec celle qui a été extraite du malade précédent (obs. VI).
Observation VIII
Lucien F..., 27 ans, employé à l’écurie de Clicliv-Leval lois. Observé le 26 décembre 1893, à la policlinique de M. le Dr E. Bosnie?.
Sur le rebord interne de l’avant-bras gauche, deux petites lésions acuminécs, furonculeuses mais indolentes, commencèrent chez ce malade il y a cinq à six jours. En trois jours, chacune de ces lésions avait acquis la dimension d’une pièce de un franc, était rouge, surélevée et recouverte en totalité de vésicules purulentes.
Le malade, prévenu par ses camarades, fit immédiatement sur ces placards des applications de teinture d’aloès qui servait à l’écurie pour badigeonner les chevaux teigneux.
Lorsqu’il vint, trois jours après à l’hôpital, l'affection était enrayée, les petits placards rouges et encore surélevés, n’offraient plus de pustules ; ils étaient seulement indurés et recouverts de squames gris jaunâtre.
On prescrivit des applications de teinture d’iode pure tous les jours et des rondelles d’emplâtre de Vigo en permanence.
21 janvier 1894. Le malade est complètement guéri; à la place des lésions trichophytiques, il persiste seulement un épiderme lisse, mince et encore rosé.
Examen microscopique , le 26 décembre 1893. — Les squames, obtenues par raclage des trois lésions de l'avant-bras, contiennent quelques fragments mycéliens divisés par des cloisons transversales en courts segments sporulaires à double contour.
Cultures, le 26 décembre 1893. — Ensemencement sur agar (milieu d’épreuve) de parcelles des squames obtenues par raclage sur les plaques trichophytiques. En trois semaines on voit se développer, entre d’assez nombreuses colonies de staphylocoques, huit ou dix petites colonies brunes, saillantes, croiiteuses et irrégulières. La culture ultérieure de ces colonies sur le milieu d’épreuve, donne en quinze jours une culture identique avec celles qui ont été obtenues des autres malades (obs. VI et VII).
Observation IX
M. B..., vétérinaire, appelé à donner ses soins aux chevaux teigneux de Clichy-Levallois, présenta comme les malades précédents une inoculation trichopbytique. A ce moment, il ne soignait pas d’autres animaux atteints de tondante. Celte inoculation se produisit chez lui vers le 10 décembre 1893, sous forme d’une petite élevurc furonculcuse et prurigineuse, siégeant sur la partie antérieure de l’avant-bras droit ; trois jours après une lésion semblable apparaissait au pli du coude gauche. En cinq ou six jours il s’était formé, en chacun de ces points, un placard rouge, arrondi, large comme une pièce de un franc, saillant, induré et recouvert de vésico-pustules blanchâtres, abondantes.
Immédi itement M. B... fil un traitement énergique en badigeonnant ces
lésions avec rie la teinture d’iode pure et, quand je le vis pour la première fois, il n’existait plus au niveau des parties antérieurement malades, qu’une légère induration et un peu de desquamation consécutive à l’emploi de la teinture d’iode.
Je ne recherchai pas le parasite dans ces lésions guéries au moment où je les examinai.
3° Examen microscopique.
Je ne m’étendrai pas sur l’étude microscopique des lésions équines et humaines dont je viens de résumer l’histoire car elles ne présentèrent aucun caractère particulier.
J’y observai un-trichophyton en chaînes de spores à double contour, trichophyton endo-cctothrix au niveau des poils malades, mais rien ne pouvait l'aire soupçonner, au seul examen microscopique, l'existence d’une espèce trichophytique spéciale.
J’indiquerai seulement la difficulté, parfois très grande, que l’on éprouve à trouver le trichophyton dans les lésions cutanées du cheval. L’examen des poils soulevés et agglutinés par une croûte à leur hase est, en effet, constamment négatif ; c’est dans les squames recouvrant la surface des placards trichophytiques qu’il faut rechercher le parasite. Encore est-il difficile, au milieu des débris cellulaires de toutes sortes, d’y reconnaître les spores du trichophyton ; mais parmi ces squames se trouvent quelques fragments de poils, entourés d'une gaine de trichophyton le plus souvent ectothrix exclusivement. La présence de ces poils, engainés par le parasite, suffit à lever tous les doutes ; il ne faut pas toutefois s’attendre à les rencontrer au premier examen.
Ce n’est souvent qu’après 10 ou 15 préparations que j'ai pu les mettre en évidence dans une lésion équine.
4° Cultures.
L’aspect en cultures de l’espèce trichophytique que je rencontrai dans l’épidémie équine de Clichy-Levallois. est absolument caractéristique, c’est lui qui m’a conduit à désigner celle espèce trichophv-
tique sous le nom de trichophyton faviforme, à cultures brunes , saillantes et irrégulières.
Ces cultures, de couleur brun foncé, rappellent, en effet, celles de certains achorions, et non seulement l'apparence extérieure du champignon est extrêmement favique, mais le développement de ses colonies est très lent, comme cela s’observe pour les favus. Enfin, et c’est là je crois un fait très important, les cultures de ce trichophyton faviforme végètent pauvrement sur les milieux sucrés, excellents cependant pour les trichopliytons ordinaires ; sur les milieux fortement azotés au contraire, milieux favorables à la culture des favus, le développement de ce trichophyton est plus rapide et plus facile que sur les milieux sucrés.
Sur agar au moût de bière, la culture ne se montre guère avant le dixième ou douzième jour ; elle prend la forme d’une petite colonie brune, saillante au-dessus du milieu et sans rameaux immergés dans la profondeur de l’agar.
En 4 ou 5 semaines, le développement de la culture est complet, elle forme alors une petite masse de 2 centim. environ de diamètre, élevée au-dessus de la gélose et dont la surface, de couleur brune, est irrégulière, contournée, ressemblant assez exactement à celle d’un cerveau desséché.
Sur le milieu d’épreuve (pept. : 1 gr., malt. : 3 gr. 5, eau : 100 g r., agar: 1,50 pour solidifier) l’aspect est le même, mais le développement du champignon est un peu plus rapide et son extension un peu plus grande.
Sur pomme de terre, les cultures sont toujours très lentes et très précaires ; en 15 jours ou 3 semaines, on voit seulement se produire, le long de la strie d’ensemencement, quelques points isolés grisâtres, à peine saillants au-dessus du milieu et de dimensions toujours minimes.
5° Inoculations expérimentales. — Mycologie.
Je poursuis actuellement une série d’inoculations de ce trichophyton faviforme, à cultures brunes, sur plusieurs espèces animales. Je ne donnerai pas ici l’exposé de ces expériences, toujours très longues et encore trop peu avancées ; elles feront partie d’un prochain travail que je compte publier sur les trichophylons faviformes.
Quant à l’étude mycologique de ce trichophyton, elle m’a montré, comme pour la forme objective des cultures, une singulière ressemblance de ce champignon avec les diverses espèces de favus.
Jamais je n’ai pu observer, pour le trichophyton à cultures faviformes, brunes, la formation de ces grappes de conidies caractéristique botanique des tricliophylons ordinaires.
Ce que l’on trouve dans les cultures, ce sont seulement des formes arrondies, oïdiennes, résultant de la segmentation du mycélium en fragments très irréguliers et aussi des mycéliums courts, trapus, divisés par des cloisons transversales comme ceux que l'on rencontre dans la vie parasitaire des trichophytons.
Ces formes de reproduction sont tout à fait analogues à celles que j'ai indiquées au chapitre suivant pour une autre espèce trichophytique, également faviforme (p. 109, fig. 15) aussi leur description ne m’arrêtera-t-elle pas davantage.