‹ Les Teignes Tondantes du ChevalChapitre 26 sur 30 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

Lucien El..., 10 ans. Observé le 23 novembre 1895. L'enfant a été atteint de trichophytie à peu près en même temps que sa sœur (obs. XI). Il montait fréquemment à âne les jambes nues, aussi l’inoculation s’est-elle produite, sur chaque jambe, au niveau de la partie moyenne et interne du mollet. En ces régions, à droite comme à gauche, existent actuellement des placards trichophytiques absolument identiques.

De chaque côté, il n’y a qu’une seule lésion, elle est circinée, de 5 à 6 centim. de diamètre à peu près et légèrement indurée à la palpation. La surface, peu surélevée au-dessus de la peau saine, est rouge, son centre est squameux, déprimé et moins coloré que la bordure. Celle-ci, large de 1 centim. environ, est recouverte de petite pustules blanchâtres, entre lesquelles se voient quelques squames adhérentes.

On prescrit des badigeonnages iodés tous les jours.

25 décembre 1895. L'enfant est complètement guéri; au niveau des lésions il ne persite plus qu'une légère desquamation due à la teinture d’iode.

Examen microscopique, le 23 novembre 1895. — Dans les squames obtenues par raclage des lésions, on trouve des spores trichophytiques agminées en chapelets courts et disposés sans ordre.

Dans le contenu des vésicules, on trouve, entre les globules de pus, quelques sopres trichophytiques à double contour.

Les colorations par la thionine phéniquée et par la méthode de Gram ne révèlent pas dans ce pus la présence de cocci ou de bacilles.

Cultures, le 23 novembre 1895. — On étale sur deux tubes d’agar (milieu d’épreuve) le contenu d'une vésicule suppurée, ouverte au moment de l’ensemencement avec la pointe du fil de platine flambé.

Le 6 décembre 1895. En aucun point de ces tubes d’agar, il ne s’est développé de colonies bactériennes. On y voit par contre, sur chaque tube, dix ou douze petites colonies grises en étoile, immergées dans l'agar. On transporte l’une de ces colonies sur milieu d’épreuve, en trois semaiues elle donne une culture parfaitement identique avec celles qui ont été obtenues des lésions du malade de l'observation X et des lésions de l’âne.

3° Examen microscopique.

Chez l'homme, je n’ai pu observer le trichophyton faviforme, à cultures grises, que sur des régions glabres; aussi l'examen au microscope de ces lésions ne m'’a-t-il révélé que la présence d'éléments

trichophytiques sans caractères spéciaux et disposés très irrégulièrement.

Mais sur l’âne, au milieu des squames recueillies à la surface des placards déglabrés, j'ai trouvé des poils malades qui m’ont fourni les plus belles préparations de trichophyton ectothrix que j'aie vues jusqu'ici. Autour de ces poils, les spores, à double contour, forment des chaînes régulières dont aucune ne siège dans la substance même du poil.

Ce trichophyton exclusivement eclothrix chez l’âne ne ma d’ailleurs pas offert de caractères spéciaux permettant d'affirmer autre chose que son origine animale.

4° Cultures.

Toutes les cultures de ce trichophyton, que je les aie obtenues de l’homme ou de l'animal, m'ont toujours présenté cette particularité de bien se développer sur les milieux nutritifs azotés et de végéter au contraire pauvrement sur les milieux sucrés, si favorables cependant aux trichophytons ordinaires.

Cette affinité remarquable pour les substances azotées établit un lien de parenté entre le trichophyton étudié au chapitre précédent et celui dont je m'occupe ici, tous deux utilisent, dans leurs cultures, les mêmes matériaux que les champignons du favus et c’est en grande partie pour ce fait que je les ai désignés tous les deux sous le nom de trichophytons faviformes.

Sur le milieu d’épreuve (pept: 0 gr.80, maltose:3 gr.5,eau:100gr., gélose : 1 gr. 50 pour solidifier) le trichophyton que j'ai extrait des lésions de l'âne et des malades qu’il contamina, donne une culture apparente au troisième jour sous forme d'une petite étoile grise, immergée dans le milieu nutritif. Cette culture se développe assez lentement et n’acquiert son extension complète qu’au bout d’un mois environ.

Le champignon apparaît alors sous l'aspect d'une culture arrondie, régulière, de 2 centim à 2 centim. et demi de diamètre maximum, et nullement saillante au-dessus du milieu dans lequel elle reste constamment immergée.

La surface est grise et humide, au centre il se produit une petite acumination autour de laquelle existe souvent une auréole gris blanchâtre qui se confond insensiblement, par sa périphérie, avec la surface grise humide. 11 est assez fréquent d'observer sur cette surface de petites dépressions en sillons, disposées comme des rayons autour de l’acumination centrale.

À la périphérie enfin, la culture s’arrête brusquement sans donner ces fins rayons que j'ai mentionnés pour d’autres espèces trichophytiques.

Sur le moût de bière, pauvre en matières azotées, le développement est beaucoup plus lent que sur le milieu d'épreuve.

En un mois, la culture, grosse comme un pois, revêt l’aspect d’un petit gâteau, en partie immergé dans l’agar, et dont la surface grise est irrégulière et humide.

Sur pomme de terre, la culture progresse assez bien ; en 15 jours, elle donne, le long de la strie d’ensemencement, une traînée grise humide légèrement saillante, à surface irrégulière et sur laquelle se voient par places de petits îlots d’un fin et court duvet blanc (1).

Sur gélatine le trichophyton faviforme, à cultures grises, s’accompagne très rapidement de liquéfaction ; au 6° jour la liquéfaction de la gélatine est déjà très avancée, tandis que pour les trichophytons ordinaires elle n'apparaît guère avant le 12° ou 15° jour.

5° Inoculations expérimentales.

Le cobaye est très sensible au trichophyton faviforme, à cultures grises ; j'ai pratiqué sur cet animal l’inoculation intradermique des spores de ce champignon, avec toutes les précautions requises en semblable circonstance, et j'ai pu déterminer ainsi, au point inoculé, un petit gonflement rouge et fluctuant déjà très net au huitième jour. L'ouverture spontanée de ce petit abcès fut suivie de la progression, tout autour de l’orifice, d’une lésion assez régulière, circinée, rouge, squameuse et dépilante, mais sur laquelle il ne se développa ni vésicules, ni pustules.

(1) Ces îlots de duvet blanc n'apparaissent que dans les tubes de pomme de terre dont l'extrémité n’a pas été recouverte d’un capuchon de caoutchouc.

J'ai pu extraire de cette trichophytie du cobaye, encore en pleine activité, un mois et demi après l’inoculation, des rétro-cultures identiques avec celles que j'avais obtenues de l'âne.

L'examen microscopique des squames et des poils, existant au niveau de la lésion expérimentale, m'y démontra la présence du trichophyton, mais je dois noter que le trichophyton faviforme, à cultures grises, était endo-ectothrix au niveau des poils du cobaye, inversement à ce que j'ai observé chez l’âne sur les poils duquel ce même trichophyton était exclusivement ectothrix.

L'inoculation au cobaye du trichophyton faviforme, à cultures grises, m'a prouvé le rôle pyogène de ce parasite ; j'ai repris, en effet, aseptiquement, et avant que l'ouverture spontanée ait pu donner lieu à des inoculations secondaires, le pus d’abcès intradermiques obtenus par l’inoculation des spores trichophytiques en suspension dans l’eau stérilisée. Or, dans ce pus, épais et grisâtre, les méthodes de coloration habituelles par le violet de méthylène, le bleu de méthylène et la thionine phéniquée sont restées constamment négatives au point de vue de la présence des bactéries de la suppuration; j'y ai vu, par contre, un grand nombre de spores trichophytiques et de fragments mycéliens.

Les cultures ont été beaucoup plus probantes encore : 6 tubes d'agar ensemencés avec 6 gouttelettes de ce pus ne m'ont pas donné en un mois une seule colonie bactérienne mais, au bout de trois semaines, il s'était développé, sur chacun de ces tubes, 10 à 12 colonies pures de trichophyton faviforme, à cultures grises.

Je n'ai pas besoin d’insister sur l'importance de cette expérience, car elle me paraît, à elle seule, établir sans contestation possible le rôle pyogène de ce trichophyton.

6° Mycologie.

J'ai maintes fois suivi, dans les cultures sur divers milieux ou en goultes suspendues, le développement du trichophyton faviforme, à cultures grises, je n'ai jamais rencontré, dans ces cultures, une seule forme de reproduction rappelant de près ou de loin la grappe de conidies des trichophytons ordinaires. |

Je n’y ai trouvé que des formes de reproduction très analogues à celles du genre Oospora.

Si l’on observe en cellule le développement du trichophyton faviforme, à cultures grises, on voit des mycéliums gros, hyalins (2 à 3h) et peu ramifiés, donner naissance par leur extrêmité à une série d’articles arrondis ou ovoïdes de 3u environ de diamètre transversal, hyalins et sans double contour (fig. 15, a).

Vers le quinzième jour, quand la culture est plus avancée, on ne voit plus que des chaînes plus où moins longues, quelquefois rami-

fiées de ces articles, tantôt arrondis, tantôt ovoïdes et irréguliers

F1G. 15. — Formes de reproduction du trichophyton faviforme, à cultures grises (grossisst 480 diam. Ch. CI. Nachet.)

a. Naïssance des conidies à l’extrémité d’un filament mycélien. — #., «. Chaîne

de conidies, — 4. Formes oïdiennes. — e. Filament mycélien cloisonné.

(fig. 15, b et c). En outre, on trouve quelques mycéliums gros et courts (3 y), divisés par des cloisons transversales comme ceux que l’on rencontre dans le poil trichophytique (fig. 15 e).

Enfin, au bout d’un mois à peu près, quelquefois plus vite, la culture est remplie de formes arrondies, volumineuses (7-15 y), oïdiennes, souvent à double contour et dont le contenu est plus ou moins granuleux (fig. 15, d). Ces grosses oïdies, disposées très irrégulièrement, n'ont aucun rapport les unes avec les autres.

Il est à peine besoin de faire remarquer combien ce mode de fructification se rapproche de celui des favus.

Je rappellerai que le trichophyton faviforme, à cultures brunes, saillantes, irrégulières, ne donne pas d’autres organes de fructification que ceux dont je viens de parler.

Ces deux espèces trichophytiques, faviformes, ont-elles d’autres modes de fructification conidienne ? Cela est possible, mais j'étudie l’une de ces espèces depuis deux ans et l’autre depuis cinq mois, et jamais elles ne m'ont donné autre chose que ces formes oïdiennes évidemment très rudimentaires.

Je n’essaierai pas de fixer définitivement la place botanique de ces trichophytons spéciaux, faviformes, c’est à d’autres, plus compétents que moi en mycologie, que revient le soin de juger cette question délicate.

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