‹ Les Teignes Tondantes du ChevalChapitre 8 sur 30 · INOCULATIONS EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

INOCULATIONS EXPÉRIMENTALES

40 MYCOLOGIE. — Le microsporum Audouini de l'enfant et le microsporum du cheval ne sont que des variétés d’une même espèce botanique. 1° Microsporum Audouini (de l'enfant). GRUBY. SABOURAUD. — Germination

des spores. Mycélium. Chlamydospores. Fructification conidienne pectinée caractéristique. Conidies. Gros éléments ovoïdes, allongés, quelquefois échinulés.

20 Microsporum Audouwini var. équinum. DELACROIX et BODIN. — Germination des spores. Mycélium. Chlamydospores. Fructification conidienne pectinée. Conidies. Gros éléments ovoïdes, allongés, quelquefois échinulés. Formes de souffrance du microsporum du cheval : Forme endoconidium ; chlamydospores modifiées ; autres formes de souffrance.

1° Examen microscopique.

Dans sa vie parasitaire, c’est au poil que le microsporum Audouini s'attaque avant tout, son étude ne peut donc être mieux faite que sur le cheveu humain.

Il y a d’ailleurs deux façons de décrire le parasite microsporum : on peut le décrire tel qu’il est, reconstituant ainsi le champignon dont on ne peut voir en même temps toutes les parties, c’est la description de Gruby.

Ou bien on peut le décrire comme un premier examen le montre

à l'observateur non prévenu, c'est ce que la grande majorité des cliniciens, moins immédiatement soucieux du vrai que de lutile, préféreront ; telle est la description de Sabouraud.

Bien que la présentation des mêmes faits soit différente, .ils sont identiques et superposables ainsi que nous allons le voir; voici, en effet, ces deux descriptions du microsporum Audouini, faites à 50 ans de distance par deux auteurs dont chacun ignorait les recherches de l’autre.

1° DEscriprionN DE SABOURAUD (1)

… « Bien mis au point et examiné à un grossissement suffisant (obj. 7, ocul. 3, Leitz) le cheveu malade paraît d'abord « couvert et rempli » de petites sphérules microscopiques, juxtaposées les unes près des autres de façon à former une surface continue.

"En même temps, on remarquera de suite que le bord du cheveu est dépassé par ces sphérules, qui, de part et d'autre du cheveu, lui forment une surépaisseur et comme une gangue.

Après ce premier examen, on pourrait conclure :

Que le cheveu malade est couvert et criblé dans son épaisseur de petites sphérules contiguës qui dépassent même ses bords de façon à l’engainer. Mais avant de conclure si brièvement, examinons le cheveu malade avec plus de soin et dans toute sa longueur. Examinons la forme de ces sphérules, leur agencement réciproque, enfin leur disposition par rapport au cheveu.

À. — Leur forme semble ronde, mais elle est souvent polyédrique par pression réciproque. En examinant une à une les spores que le montage de la préparation a dissocites, on observe que chacune a un double contour évident (obj. immersion 1/12, ocul. 3, Leitz).

Enfin, en les examinant avec un oculaire micrométrique, on verra qu'elles varient de dimensions entre 1, 2, 3 et même 44 de diamètre en {ous sens.

B. — Leur disposition réciproque est irrégulière en ce sens que leur réunion ne dessine aucune figure, aucune série linéaire, aucune

(1} SABOURAUD. Diagnostic et trait. de la pelade et des teignes de l'enfant. Paris, Rueff et Cie, édit., 1895, p. 162.

chaîne. C’est un agglomérat. Elles sont aussi irrégulièrement juxtaposées l’une par rapport à l’autre que les cailloux d'une mosaïque enchâssés dans un ciment. Mais comme une mosaïque aussi, elles forment une surface continue.

C. — Leur disposition par rapport au cheveu n'est pas celle que le premier examen semble indiquer. En effet, il nous semblait d'abord que ces sphérules ou ces spores remplissaient le cheveu et le débordaient. Cela n'est pas.

En examinant le cheveu dans toute sa longueur, on trouvera des points où les spores manquent et où le tissu du cheveu paraïitra. Et sur les bords de cette lacune on verra distinctement que la couche uniforme de spores revêt le cheveu et qu'elle ne le pénètre pas.

Qu’on examine la préparation avec patience, en ayant constamment en main la vis micrométrique du microscope, et alors on conclura que le cheveu est revêtu d'un fourreau de spores contiguës qui sont superposées à lui, non pas contenues en lui. Qu'on imagine une baguette enduite de colle et saupoudrée de sable fin, tel est l'aspect microscopique du cheveu de la tondante à petites spores.

La gaine blanchâtre adhérente au cheveu, que l’on distinguait à l'œil nu autour de la base du cheveu en place, c’est un feutre composé des éléments sporulaires du parasite. C’est une mince gaine para: sitaire adhérente au cheveu qui en est revêtu comme un arbre de son écorce.

L'illusion d'optique qui, au microscope, semblait montrer ces spores dans l’intérieur du cheveu, en même temps qu'à sa surface, provient de ce que le cheveu, amolli par l’action de la potasse, est aplati entre la larne et la lamelle qui rapprochent les faces antérieure et postérieure du cheveu, mais en maniant lentement la vis micrométrique, on distinguera dans ce cheveu, même aplati trois plans superposés. Le premier, plan supérieur, c’est le revêtement sporulaire placé entre l'œil et le cheveu.

En abaissant peu à peu l'objectif, on met au point le plan moyen, c'est le cheveu lui-même ; sa substance pigmentée est complètement privée de spores. El alors la gaine parasitaire n’est plus visible que par sa tranche, sur les bords du cheveu.

Enfin si l’on abaisse encore l'objectif on retrouvera (troisième plan), derrière le cheveu, la même gaine de spores que lon observait au-

RO

devant de lui. Mais ses détails seront moins précis parce que l'œil ne pourra les voir qu'au travers du cheveu interposé.

L'ensemble de ces constatations établit d’une façon certaine la disposition des spores du parasite. Elles forment une gaine au cheveu et elles ne le pénètrent pas...

des Le mycélium du parasite. Conservons la même préparation, mais observons-la en d’autres points. Cherchons en suivant le cheveu, dans sa longueur, le point où la gaine de spores cesse de l'entourer. Ce point est à 3 millim. au-dessus de son point d'émergence hors de la peau, nous le savons.

Si le cheveu n’est pas assez dissocié en ce point, appuyons légèrement une aiguille sur la lamelle, ce qui l’écrasera un peu; que verrons-nous ? Nous verrons dans l’intérieur du cheveu de minces filaments parallèles, à double paroi, serrés les uns contre les autres comme des sarments de vigne liés ensemble en fagot,en javelle. Ils occupent le centre du cheveu et suivent sa direction. Ils ne sont coupés que de cloisons intercellulaires très espacées et minces : ce sont de longues tiges qui ont chacune la largeur des spores environ.

Enfin en écrasant le cheveu complètement on pourra voir que de ces tiges mycéliennes sortent de. fins rameaux, ramifiés à l'infini et se dirigeant irrégulièrement vers la surface du cheveu.

Ces points de détail demandent de grands efforts de technique et ne sont pas facilement visibles... »

2° Descriprion DE GRuBy (1),

. En soumettant au microscope les cheveux provenant d'individus atteints de cette maladie (Porrigo decalvans), on y remarque une grande quantité de cryptogames qui les entourent de tous côtés, et leur forment une véritable gaine végétale qui les accompagne depuis leur sortie de la peau jusqu’à une distance de 1 à 3 millimètres.

En examinant au microscope la gaine dont je parle, on voit sa véritable composition végétale.

Les cryptogames en sont admirablement rangés et feutrés pour constituer un tuyau ou gaine végétale solide autour de chaque che-

(1) GRUBY. Loc. cit.

veu. Ces cryptogames sont composés de branches, tiges et sporules.

Les branches prennentnaissance dans le tissu du cheveu et constituent la couche interne de la gaine, tandis que les sporules forment la couche externe. (L'épaisseur de la paroi de la gaine est égale à — de millimètre de diamètre }

Les tiges ont une forme ondulée:; elles suivent la direction des fibres du cheveu; elles sont transparentes : leur diamètre est de . + de millimètre de diamètre.

Dans leur intérieur elles ne contiennent point de molécules, elles se bifurquent quelquefois en formant des branches d’un angle de 30 jusqu’à 50 degrés. Les tiges et les branches sont du reste du même diamètre.

Les branches se distinguent des tiges par des sporules qui les accompagnent ; elles se terminent à la surface externe de la gaine en se couvrant complètement de sporules.

Les sporules garnissent la surface externe de la gaine et se pressent les unes contre les autres au même niveau ; cependant on en rencontre quelques-unes à la surface des cheveux, adhérentes aux branches.

Les sporules sont ordinairement rondes ; il y en a aussi quelquesunes d’ovales ; leur diamètre est de —à —- demillim.Les sporules

ovales sont un peu plus grandes ; elles ont de ER Teen 3 1000 1000 1000

ns de millim. de diamètre. Elles sont transparentes, ne contiennent point de molécule dans leur intérieur et dans l’eau elles se gonflent.

J'appellerai ces cryptogames. à cause de la petitesse de ces sporules, microsporum et, pour attacher à cette partie nouvelle de la pathologie le nom de ce célèbre académicien qui, par ses belles recherches sur la muscardine, a beaucoup contribué à diriger les esprits sur les plantes parasites qui détruisent les tissus vivants des animaux, je propose le nom de microsporum Audouini, pour dénoter les individus végétaux qui constituent le Porrigo decalvans.

Le tissu du poil est altéré par la quantité de microsporum Audouini qui se fixe à sa surface. D'abord le cheveu devient opaque à l'endroit où les cryptogames sont placés; sa surface lisse devient rugueuse. L’épithélium qui tapisse la surface des cheveux perd son éclat et sa cohésion ; il tombe peu à peu. Le tissu des cheveux lui-même devient friable, cassant; un tel cheveu casse même par la simple flexion, et

de là, partout où les plantes parasites ont envahi le tissu du cheveu, les cheveux tombent peu à peu jusqu'à ce qu'il n'en reste aucune trace. L'endroit où les cheveux sont tombés est d'un blanc grisätre parce qu'il y a encore une grande quantité de cryplogames qui reste à la surface de l’épiderme dont les cellules sont devenues le siège...

LEER? Le microsporum Audouini commence son développement à la surface des cheveux à 1 ou 2 millimètres de l'épiderme. On voit le tissu des cheveux devenir moins transparent dans une étendue de 30. 410

—— à—— de millimètre. Il se développe de petites molécules à 1000 ‘1000

+ il 2 TOUS : x peine mesurables de - à de millimètre de diamètre. Le 10000 * 10000

tissu ainsi altéré est accompagné de fibres ou cellules plus larges que

les fibres du cheveu, allongées, qui sont placées parallèlement avec l'axe des cheveux, et c'est dans cette partie qu'on observe Îles, premières traces du microsporum Audouini, qui en s'étalant entièrement sur les cheveux, et de là par contact immédiat sur plusieurs cheveux, les altèrent peu à peu jusqu'à ce qu'ils tombent en morceaux et produisent l’alopécie.

Les cryptogames se développent en se multipliant avec une rapidité incroyable, il suffit qu'un point de la peau soit atteint pour qu’en peu de jours une plaque de 3 à 4 centimètres soit couverte de plantes parasites.

Les cheveux à l'endroit où ils sortent de la peau deviennent grisâtres et en huit jours ils cassent au même endroit où le cryptogame les entoure. Les cheveux dont le diamètre est le plus épais résistent plus longtemps et, à mesure que les cheveux sortent de leurs follicules, ils sont attaqués par ces plantes parasites : on y voit même autour les cryptogames s’accumuler et former une petite élévation grisâtre d’un quart à un demi-millimètre de diamètre et ce sont là les mêmes élévations qu'on a considérées comme pustules, vésicules ou sécrétion de follicules sébacés. »

Le souci de Gruby a donc été de décrire un champignon complet avec ses tiges, ses branches et ses spores. Sabouraud a cherché au contraire à donner les caractéristiques du parasite, tel qu'il se présente au premier examen, de façon que l'étudiant le moins habile, armé du plus simple microscope, puisse le reconnaître aisément.

L'un a fait œuvre de dermatologiste et l'autre œuvre de mycologue.

Je résumerai ici les deux descriptions précédentes par quelques

9 ee,

schémas qui donneront du microsporum Audouini une vue d’ensemble facile à retenir.

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F1G. 1. — Cheveu humain envahi par le microsporum Audouini.

Plan supérieur de la préparation montrant la couche de spores qui recouvre le cheveu et le’ déborde latéralement.

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