‹ Les temps néroniens et le deuxième siècleChapitre 104 sur 133 · LES MARTYRS DE BITHYNIE SOUS TRAJAN · texte numérisé non relu

LES MARTYRS DE BITHYNIE SOUS TRAJAN

Le christianisme prit dès le début une extension singulière dans les diverses provinces qui composaient l'Asie-Mineure. Saint Pierre et saint Paul les avaient sillonnées en plusieurs directions et les Eglises étaient aussi prospères qu'elles étaient nombreuses, particulièrement en Phrygie. Les cultes païens avaient partout beaucoup souffert ; dans le Pont, la Galatie, la Bithynie, la Cappadoce, la Pamphylie, la Lydie, la Mysie, « la religion officielle n'avait pour se soutenir que l'appui qu'elle recevait de l'empire. Abandonnée à elle-même par les préfets indifférents, elle était tombée tout à fait bas. En certains endroits, les temples passaient à l'état de ruines. Les associations professionnelles et religieuses, les hétéries, qui étaient si fort dans le goût de l'Asie-Mineure, s'étaient développées à l'infini ; le christianisme, profitant des facilités que lui laissaient les fonctionnaires chargés de l'arrêter, gagnait de toutes parts. Nous avons vu que l'Asie et la Galatie étaient les pays du monde où la religion nouvelle avait trouvé le plus de faveur. De là, elle avait fait des progrès surprenants vers la mer Noire. » (Renan). Sans doute les conversions en masse avaient quelquefois de tristes revers, mais l'heure des grandes crises passées, les Eglises présentaient un spectacle fort consolant pour les chrétiens, mais fort inquiétant aux yeux de l'empereur Trajan. Car ce fut lui l'auteur véritable de toutes les réformes dont Pline se fit l'exécuteur dans les limites de son gouvernement. On frappa les hétéries et toutes les corporations. Aussi, chaque jour le légat de Bithynie retrouvait-il dans quelque affaire nouvelle la secte des chrétiens. Il les connaissait peu ; néanmoins les délations

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étaient si pressantes, si nombreuses, que Pline ne pouvait, malgré son désir, se dérober aux lois de l'empire. Il ordonna quelques arrestations, décida l'envoi à Rome des inculpés qui jouissaient du titre de citoyens romains, et fit mettre à la question deux diaconesses. Tout cela n'éclaircit pas la situation. Vers l'automne de l'an 112, les embarras étaient devenus inextricables ; le légat impérial se trouvant à Amisus écri\1t à l'empereur.

Pli>e, Epist., X, 97. Une longue controverse a divisé les érudits à propos de rauthenticité de celte lettre. Elle a été contestée par B. AuBÉ, Bévue contemporaine, a* série, t. LXVII, p. /joi. — Histoire des persécutions, p. 219. — De La. Berge, Essai sur le règne de Trajan (1877), P- 2°9- — Desjardi:îs, Les Antonins d'après l'épigraphie, dans la Revue des Deux Mondes (1" déc. 1876), p. 667. — Ernest Havet, Le Christianisme et ses Origines, t. IV (i884), p. 425-43 1. — L'authenticité est universellement reconnue aujourd'hui. Voy. G. Boissier, dans la Revue archéologique, t. XXXI (1876), p. ii4-i25. — Re:«a!<, Les Evangiles (1877), p. 476, note 3. — Jos. VARiox.dans Rev. des Quest. historiques, juillet 1878, p. 8o-i53. — F. Delauxay, dans Revue de France, i" juin 1879, p. 527-533. — LiGHTFOOT, Apostolic Fathers, pars II, I, 5i. — P. Allard, Hist. des Perséc, t. I, p. 116, 1 42 et suiv. — Harnack, Gesch. der altchr. Litter., I, II, p. 866. « Seine Echtheit ist mit unzureichenden Griinden bestritten worden. » (Voir Harîïack., Texte und Untersuchungen, VIII, 4 S., i et suiv. — CuRETO!», Ancient Syriac Documents, p. 70 et p. 186. — Rabisat, The Church in the Roman Empire before 170, eh. x, p. 196 et suiv. Plin/s report and Trajan's rescript. — Chateaubriant» a donné une traduction parmi les éclaircissements au Génie du Christianisme, note 2. Je ne sais si elle est de lui. On trouvera l'indication de quelques autres écrits plus anciens et moins importants au cours des dissertations qui viennent d'être énumérées.

Ploe a l'Empereur

(Extrait)

Voici la règle que j'ai suivie envers ceux qui m'ont été déférés comme chrétiens.

Je leur ai posé la question s'ils étaient chrétiens ; ceux

Les martyrs de Bithynie sous Trajan bg

qui l'ont avoué, je les ai interrogés une seconde et une troisième fois, en les menaçant du supplice ; ceux qui ont persisté, je les ai fait conduire à la mort ; un point est en effet hors de doute pour moi, c'est que, quelle que fût la nature délictueuse ou non du fait avoué, cet entêtement, cette inflexible obstination méritaient d'être punis. Il y a eu quelques autres malheureux atteints de la même folie que, vu leur titre de citoyens romains, j'ai marqués pour être renvoyés à Rome. Puis, dans le courant de la procédure, le crime, comme il arrive d'ordinaire, prenant de grandes ramifications, plusieurs espèces se sont présentées. Un libelle anonyme a été déposé, contenant beaucoup de noms. Ceux qui ont nié qu'ils fussent ou qu'ils eussent été chrétiens, j'ai cru devoir les faire relâcher quand ils ont invoqué après moi les dieux, et qu'ils ont supplié par l'encens et le vin votre image, que j'avais pour cela fait apporter avec les statues des divinités, et qu'en outre ils ont maudit Christus, toutes choses auxquelles, dit-on, ne peuvent être amenés par la force ceux qui sont vraiment chrétiens. D'autres, nommés par le délateur, ont dit qu'ils étaient chrétiens, et bientôt ils ont nié qu'ils le fussent, avouant qu'ils l'avaient bien été, mais assurant qu'ils avaient cessé de l'être, les uns il y a trois ans, d'autres depuis plus longtemps encore, certains il y a au moins vingt ans. Tous ceuxlà ont aussi vénéré votre image et les statues des dieux, et ont maudit Christus. Or, ils affirmaient que toute leur faute ou toute leur erreur s'était bornée à se réunir habituellement à des jours fixés, avant le lever du soleil, pour chanter entre eux alternativement un hymne à Christus comme à un Dieu, et pour s'engager par serment non à tel ou tel crime, mais à ne pas commettre de vols, de brigandages, d'adultères, à ne pas manquer à la foi jurée, à ne pas nier un dépôt réclamé ; que, cela fait, ils avaient coutume de se retirer, puis de se réunir de nouveau pour prendre ensemble un repas, mais un repas ordinaire et parfaitement in-

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nocent ; que cela même ils avaient cessé de le faire depuis redit par lequel, conformément à vos ordres, j'avais interdit les hétéries.

Cela m'a fait regarder comme nécessaire de procéder à la recherche de la vérité par la torture sur deux servantes, de celles qu'on appelle diaconesses. Je n'ai rien trouvé qu'une superstition mauvaise, démesurée. Aussi, suspendant l'instruction, j'ai résolu de vous consulter. L'afTaire m'a paru le mériter, surtout à cause du nombre de ceux qui sont en péril. Un grand nombre de personnes, en effet, de tout âge, de toute condition, des deux sexes, sont appelées en justice ou le seront ; ce ne sont pas seulement les villes, ce sont les bourgs et les campagnes que la contagion de cette superstition a envahies. Je crois qu'on pourrait l'arrêter et y porter remède. Ainsi il est déjà constaté que les temples, qui étaient à peu près abandonnés, ont recommencé à être fréquentés ; que les fêtes solennelles, qui avaient été longtemps interrompues, sont reprises, et qu'on met en vente la viande des victimes, pour laquelle on ne trouvait que de très rares acheteurs. D'où il est facile de concevoir quelle foule d'hommes pourrait être ramenée, si on laissait de la place au repentir.

l'Empereur a Ploe

Tu as suivi la marche que tu devais, mon cher Secundus, dans l'examen des causes de ceux qui ont été déférés à ton tribunal comme chrétiens. En pareille matière, en effet, on ne peut établir une règle fixe pour tous les cas. Il ne faut pas les rechercher ; si on les dénonce et qu'ils soient convaincus, il faut les punir, de façon cependant que celui qui nie être chrétien et qui prouve son dire par des actes, c'està-dire en adressant des supplications à nos dieux, obtienne le pardon comme récompense de son repentir, quels

Note sur ledit de persécution 6i

que soient les soupçons qui pèsent sur lui pour le passé. Quant aux dénonciations anonymes, dans quelque genre d'accusation que ce soit, il n'en faut pas tenir compte ; car c'est là une chose d'un détestable exemple et qui n'est plus de notre temps.

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