Grabe, loc. cit., p. ng
Appendice i5i
quatre-vingt-dix quand elle disparut dans les entrailles de la terre.
Tels sont ces Actes qui forment, à quelque point de vue que l'on se place pour les apprécier, un des documents les plus curieux de l'antiquité ecclésiastique. Nous avons dit ce qu'il en fallait penser au point de vue littéraire ; nous aurons bientôt à examiner leur valeur historique. Ce qui fait leur principal intérêt, nous pouvons le constater dès maintenant, ce sont les traits vraiment antiques qu'ils renferment et qui sont un miroir fidèle des mœurs de l'époque primitive.
Si TertuUien, saint Jérôme, l'auteur du décret gélasien, traitent sévèrement les Actes de sainte Tliècle^ leur opinion ne parvint pas à prévaloir partout. Le peuple chrétien s'édifiait à cette histoire. Nous en avons un témoignage nouveau qu'il faut ajouter à tous ceux que nous possédions déjà, dans la Peregrinatio Silvise, récit d'un pèlerinage en Orient au IV^ siècle. L'auteur de ce très curieux document, Silvia, a voulu, elle aussi, visiter le tombeau de sainte Thècle, et la relation qu'elle a écrite de ce pèlerinage est trop importante pour que nous ne donnions pas le passage tout entier.
Silvia touche au terme de son voyage ; elle a visité l'Egypte, la Palestine, la Mésopotamie, la Syrie ; elle retourne dans sa patrie des Gaules par Constantinople.
« A Antioche (de Syrie), nous dit-elle, je restai une semaine pour faire les préparatifs du départ. Puis, partant d' Antioche, et faisant la route de quelques étapes, je parvins dans la province qu'on appelle Gilicie, qui a pour métropole Tarse ; déjà (dans un précédent voyage) j'avais été à Tarse en allant vers Jérusalem.
« Mais comme à trois étapes de Tarse, c'est-à-dire en Isaurie, il y a le Martyrium ^ de sainte Thècle, il me plut d'y aller, d'autant que j'en étais peu éloignée.
« Partant de Tarse, je parvins à une cité sur la mer, qui appartient encore à la Cilicie; elle se nomme Pom^Deiopolis^.
1 On appelait ainsi le tombeau où reposait le corps d'un martyr, a. Aujourd'ui Mezetlu.
102 Les Martyrs
Entrant ensuite dans l'Isaiirie, je restai dans la cité que l'on appelle Corico *, et le troisième jour j'arrivai à la cité qui s'appelle Séleucie d'Isaurie. Y étant parvenue, j'allai trouver l'évoque, qui avait été moine, et dont la vie était sainte ; je vis dans cette même cité une fort belle église. L'église de Sainte- Thècle est à environ quinze cents pas de la cité, sur le plateau d'une colline ; j'aimai mieux me diriger de ce côté afin de faire en ce lieu la halte que j'avais résolu de faire. Auprès de l'église, il n'y a qu'un monastère avec une innombrable quantité d'hommes et de femmes. J'y retrouvai une de mes meilleures amies, à qui tout le monde en Orient rendait témoignage pour la sainteté de sa vie, une sainte diaconesse du nom de Marthana, que j'avais connue à Jérusalem, où elle était allée pour prier. Elle dirigeait le monastère des vierges ou apotactites *. Quand je la vis, quelle ne fut pas sa joie et la mienne? Gomment pourrai-je la décrire? Pour revenir à mon sujet, il y a plusieurs autres monastères sur la colline ; un grand mur entoure l'église où est le Martyrium, qui est fort beau. Or, ce mur a été construit pour garder l'église contre les Isaures, qui sont de très méchantes gens et pillent fréquemment ; ils pourraient tenter quelque mauvais coup contre le monastère qui est là (auprès de l'église).
« Étant venue au nom de Dieu, je fis oraison sur le Martyrium, et j'y lus tous les Actes de sainte Thècle, rendant au Christ, notre Dieu, d'infinies actions de grâces, qui a daigné combler tous les désirs de son indigne et infidèle servante. Après y être restée deux jours et après avoir vu les saints moines ou apotactites, hommes et femmes, qui étaient là, ayant fait l'oraison et la communion, je revins à Tarse reprendre ma route'. »
Ce récit, qui est d'une grande importance pour l'antiquité de nos Actes, cadre parfaitement, on l'aura remarqué, avec les