A TIBUR, VERS
Les Actes que l'on donne ici ont été fort estimés des anciens critiques; depuis on les a attaqués par des objections peu sérieuses. On a argué que les prêtres de Tibur et Hadrien étaient trop éclairés pour croire l'oracle et conformer leur conduite à ses exigences. Sur ce terrain, il n'y a pas de discussion possible. Le rédacteur paraît avoir connu les usages particuliers de la Aille de Tibur et des empereurs qui y résidèrent. La première comparution ne peut être localisée avec précision dans le dédale de l'immense palais, mais on voit que SymjDhorose fut conduite devant le temple d'Hercule. Or, des documents nombreux témoignent de l'existence de cet édifice et de l'importance que les Tiburtins lui accordaient ; Hadrien vient y présider à la torture et rendre la sentence; or c'était là, sous ce ce portique, que nous voyons d'autres empereurs, en résidence à Tibur^ rendre la justice; Auguste leur en avait donné l'habitude.
L'indication du lieu : « Ad septem biothanatos Aux sept suppliciés, )) s'explique aisément par ce fait que Tibur était une colonie d'origine hellénique,
RuiNART, Act. sine, p. 18-20. — P. Allard, Hist. des perséc, I, 266 et suiv. — DouLCET, Essai sur les rapports de l'Égl. chr. et de l'État romain (1822), p. 96. — Stevenson, Scoperta délia basilica di santa Sinforosa e dei suoi settejlgli al nono miglio délia via Tiburtina (1878) ; — Bullett. di arch. crist. (1878), p. 75-81 ; — La basilica di S. Sinforosa nella via Tiburtina nel medio evo dans les Studi e documenti di Storia e Diritto, p. m.
2o8 Les Martyrs
Le martvre de sainte Symphorose et de ses sept fils
L'empereur Hadrien, ayant fait élever à Tibur un palais magnifique, voulut le dédier avec les cérémonies que les païens observaient en ces rencontres. Il offrit des sacrifices, il consulta ses dieux touchant la durée de ce superbe édifice, et il attendait quelque réponse favorable, lorsqu'il reçut celle-ci : « Prince, nous ne pouvons satisfaire ta curiosité, que tu n'aies fait cesser l'insulte que nous fait une veuve chrétienne, en invoquant son Dieu en notre présence. Elle se nomme Symphorose, et elle est mère de sept fils; qu'elle nous offre de l'encens, et nous répondrons à tes demandes. »
Hadrien fit comparaître Symphorose et ses enfants. Cachant son indignation sous une douceur apparente, il l'engagea doucement à sacrifier aux idoles. Symphorose répondit : « Sire, j'ai eu pour mari et pour beau-frère deux officiers de tes armées ; ils étaient tribuns. Ils ont donné leur vie pour Jésus- Christ, et ils ont préféré mille tourments au sacrifice d'un seul grain d'encens; ils sont morts enfin après avoir vaincu les démons. Ils ont préféré la mort à la défaite, ils l'ont soufferte pour le nom du Christ, honteuse devant les hommes, honorable devant les anges ; et ils marchent couverts de gloire parmi les trophées qu'ils se sont élevés en mourant pour lui. »
« — Sacrifie à l'instant aux dieux tout-puissants, ou moimême je te sacrifierai avec tes enfants. »
« — Et d'où me vient ce bonheur, s'écria Symphorose, de pouvoir être immolée avec mes fils à mon Dieu ? »
a — Je te sacrifierai à mes dieux >^ te dis-je.
« — Tes dieux ne peuvent me recevoir en sacrifice ; mais si tu me fais brûler pour le nom de Jésus-Christ mon Seigneur, le feu qui me consumera ne fera qu'augmenter celui qui fait leur supplice. »
« — Choisis, sacrifie, ou meurs 1 »
« — Tu penses sans doute m'épouvanter, repartit Symphorose; je ne serai jamais assez tôt réunie à mon époux. »
Alors l'empereur commanda qu'elle fût conduite devant le temple d'Hercule, qu'on lui meurtrît le visage à coups de
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poing, et qu'on la suspendît ensuite par les cheveux. Mais apprenant que ces tourments ne servaient qu'à l'affermir encore davantage dans la foi, il la fit jeter dans le Tibre avec une pierre au cou. Son frère Eugène, qui était curial de Tibur^ l'enterra dans un faubourg de la ville.
Le lendemain, Hadrien fit comparaître les sept fils de Symphorose. Voyant qu'il ne pouvait les amener à sacrifier, il fit planter sept pieux autour du temple d'Hercule, où on les étendit avec des poulies. Crescentius, l'aîné de tous, eut la gorge coupée ; le second, Julien, eut la poitrine traversée de plusieurs pointes de fer. Némésius fut frappé au cœur, Primitivus dans l'estomac. On rompit les reins à Justin. On ouvrit les côtes à Statcus ; et Eugène, le plus jeune, fut fendu depuis le haut jusqu'en bas.
Le lendemain, Hadrien vint au temple et commanda qu'on enlevât les corps et qu'on les jetât dans une fosse profonde. Le pontife et les sacrificateurs du temple d'Hercule nommèrent ce lieu les Sept-Biothanatos. La persécution ne se ralluma que dix-huit mois après. On recueillit les restes et on les enferma dans des tombeaux : les noms sont écrits dans le Livre de vie. Le martyre de sainte Symphorose et de ses sept fils est honoré par l'Église le 17 de juillet. Leurs corps , reposent sur la voie Tiburtine, à huit milles de Rome.