A ROME
VERS l'an 64 [66?!
On ne sait avec certitude le nom d'aucun des chrétiens qui périrent à Rome pendant le divertissement du mois d'août 64- Il se pourrait cependant qu'il fallût rattacher à cet épisode le martyre des apôtres Pierre et Paul. Le fait du martyre est incontestable, malgré la végétation légendaire qui l'envahit de bonne heure. « Une chose certaine, c'est que Pierre est mort martyr. On ne conçoit guère qu'il ait été martyr ailleurs qu'à Rome, et, à Rome, le seul incident historique connu, par lequel on puisse exphquer sa mort, est l'épisode raconté par Tacite. Quant à Paul, des raisons solides portent aussi à croire qu'il est mort martyr et mort à Rome. » L'étude des récits légendaires de la mort des Apôtres relève d'un travail dan§ lequel nous avons donné nos conclusions*; je n'essayerai pas d'extraire, pour le présent recueil, ce que ces récits peuvent renfermer de vérité historique. Je n'indiquerai que V incontestable dans l'histoire de ce double martyre.
Renan, Origines du Christianisme, t. IV, p. i85 et suiv. — P.Allard, Histoire des Perséc, t. I, p. 78 et suiv. — La première épître de saint Pierre aux fidèles d'Orient est évidemment postérieure à l'épisode de juillet-août, mais rien absolument ne permet d'aller plus avant dans la voie de la précision. — Eusèbe, Chron., ann. i3 de Néron, se trouve, quant à la date, par-
Monumenta Ecclesiœ litargica. Voyez V Avant-propos.
38 Les Martyrs
faitement d'accord avec Clément Romain, dont le TioXi) 7iXt\0O(; èxX6XT(î)v, les Danaïdes et les Dircés, sont réunis, comme en tas (ouvT)0po{<39q), aux apôtres Pierre et Paul; de plus, toutes ces arrestations ont une cause commune : « la jalousie ». — Pour les passions légendaires des deux Apôtres, voyez de Rossi, Bullettino di archeologia cristiana (1867), p. 70, 71 ; (1869), p. 86. — DucHESNE, Le Liber Pontificalis (i884), introd. et page 119, ch. iv, S 9 ; notes 1 2 et i3. — Neander, Geschichte derPJlanzung and Leitung der Kirche durchdie Apostel, edit. '4 1 18^7); II, 601 etsuiv. — Hilgen- FELD, Historisch-kritische Enleitang indas N. T. (1876), p. 620 etsuiv, — Le même, Zeitschrift fur wiss. Theol. (1872), p. 353 et suiv. ; (1876), p. 59-G4. — Seterlex, Eastehung und erste Schicksale der Christengemeinde zu Rom (1874), p. 5i et suiv. et les divers éditeurs de la Lettre de saint Clément. — Voyez U. Chevalier, Répertoire des sources historiques, aux mots saint Pierre et saint Paul. — Duchesne, Les Origines chrétiennes, Tp. 80 et suiv. — Art. Stapl. Barnes, Saint Peter in Rome and his Tomb on the Vatican Hill. (London, igoo), p. i-io5. — Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden, II, p. 391. — Erbes, dans Zeitschrift f. Kirchengesch., VII, p. ii. — Zisterer, dans Theol. Quartalschr. (1892), lxxiv, p. i2i-33; — Lightfoot, Apostolic Fathers. Clément, t.I, p. 38i. — Grisar, dans /?o/nt5c/i. Quartalschr. (1892), VI, p. iig-i53. —Anal. Rolland., XII, 1893, p. 29^.
Saint Clément Romain (Epître, I, ch. v)
Mais laissons là les anciens exemples, et venons aux athlètes qui ont combattu depuis peu. Prenons les illustres exemples de notre génération. C'est par suite de la jalousie et de la discorde que les hommes grands et justes qui furent les colonnes de l'Eglise ont été persécutés et ont combattu jusqu'à la mort. Mettons-nous devant les yeux les saints Apôtres, Pierre, par exemple, qui, par suite d'une jalousie injuste, a souffert non pas une ou deux fois, mais plusieurs fois, et qui, après avoir souffert le martyre, est allé dans le lieu de gloire qui lui était dû. C'est par l'effet de la jalousie et de la discorde que, après avoir montré jusqu'où peut aller la patience, sept fois mis aux fers, banni, lapidé, et que.
Le martyre des saints Apôtres Pieire et Paul 89
après avoir été le héraut de la vérité en Orient et en Occident, il a reçu la noble récompense de sa foi, après avoir enseigné le martyre souffert devant les puissances terrestres, il a été délivré du monde et il est allé dans le saint lieu, nous donnant un grand exemple de patience.
Saint Jean (xxi, 18-19)
[Jésus dit à Pierre] : u Quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te conduira où tu ne veux pas. » Il dit cela pour faire connaître par quel genre de mort il devait glorifier Dieu.
Denys de Corinthe (dans Eusèbe, Hist. eccL, 1. II, c. 24)
[Pierre et Paul] étant venus à Corinthe, nous instruisirent dans la doctrine de l'Evangile ; ils partirent ensemble pour l'Italie et après vous avoir, Romains, instruits comme nous-mêmes, ils furent martyrisés vers le même temps.
Tertullien {de Prœscript., c. 36)
0 heureuse Eglise de Rome, à laquelle les Apôtres léguèrent leur enseignement et leur sang, dans laquelle Pierre souffrit une passion semblable à celle du Sauveur, et Paul obtint d'être couronné comme Jean-Baptiste l'avait été !
Le Même (Scorpiace, c. i5)
Pierre fut crucifié, Paul décapité.
Lisons les vies des Césars ; Néron le premier, à Rome, ensanglanta la foi naissante. Ce fut alors que Pierre eut les reins ceints par un autre que lui-même, lorsqu'il fut mis
4o Les Martyrs
en croLx ; alors que Paul obtint par le martyre une naissance nouvelle.
Origène (dans Eusèbe, ouvr. cité, 1. III, c. i)
On dit que Pierre aborda enfin à Rome, où il fut, sur sa prière, crucifié la tête en bas. Paul soufTrit le martyre à Rome, sous Néron.
Gaius, prêtre de Rome (commencement du \W siècle)
Je puis montrer les trophées des Apôtres ; si vous allez soit au Vatican soit sur la voie d'Ostie, vous apercevrez les trophées de ceux qui ont fondé l'Eglise de Rome.