‹ Les temps prehistoriques en BelgiqueChapitre 15 sur 19 · GISEMENTS · texte numérisé non relu

GISEMENTS

Base de la craie blanche en Champagne, dans le Hainaut et dans la province de Liège. . . .

Partie supérieure de la craie blanche, dans les mêmes régions que les précédentes ....

Terraincrétacé delà Touraine (Indre-et-Loire .

Terrain jurassique du bord oriental du bassin de Paris

Bassin de Bruxelles et de Paris

Environs de Dînant . .

Cailloux roulés des dépôts quaternaires, dans tout le pays

Calcaire carbonifère des environs de Dinant. .

Dépôts quaternaires de la Meuse et de ses principaux tributaires . .

Terrain dévonien supérieur. Voisinage des cavernes

Les cavernes du voisinage:

trou de laNaulette, trou des Nutons, etc.. . .

PROPORTION REL ATIVK .

Nombreux éclats.

Constitue la majorité des éclats.

Quelques éclats.

Assez nombreux éclats.

Deux fragments.

Quelq. frag.

id.

id.

Nombreux.

Très nombreuses.

Deux fragments dans le trou de Chaleux.

Sur ces 11 substances,. 6 se trouvent en abondance dans la vallée de la Lesse et n'ont, par conséquent; pas à intervenir dans cette discussion .

On ne peut spécifier Lc bois fossilc, quc uous serious particulièrement (lu '^boiT fos'lue. surpris de rencontrer au nombre des matières recueillies, si nous ne voyions que tout objet un peu remarquable a attiré l'attention investigatrice de ces hommes, n'a pas encore de provenance déterminée. Nos terrains

tertiaires aussi bien que le bassin de Paris en contiennent de semblable.

Mais le silex couleur cire-vierge semble bien incon- l« ^'^'^^

couleur cire-vierge

testablement venir des bords de la Loire, et il est une et son importance, preuve des plus décisives à l'appui de la direction ordinaire de leurs relations. C'était la substance la plus inattendue au milieu des œuvres de nos indigènes. Son importance est d'autant plus grande que, par l'éloignement de son gisement, il fournit une donnée très sérieuse pour nous mettre en mesure de rechercher comment ces peuplades pouvaient, dans le degré d'abaissement que leur étude nous révèle, se procurer, en si grande quantité, des matières souvent pondéreuses et de provenance lointaine.

L'oolithe siliceuse provient du terrain jurassique, L'oouthe siliceuse, lequel manque dans le bassin géologique secondaire et tertiaire de la Belgique, mais forme la bordure du bassin de Paris, sauf dans sa partie nord-ouest.

Ce double examen ne peut donc laisser de doute que Les relations

. . . avaient

nos peuplades de lage du renne tiraient des régions particulièrement situées au sud de la Lesse, la plus grande partie d es la Champagne, substances, étrangères à la localité, dont elles se sont servies. Les relations avec la Champagne sont prouvées par les coquilles tertiaires, trouvées dans nos cavernes. Elles ne le sont pas moins par les matières et les fossiles, également importés, dont les gisements existent entre la Champagne et le séjour de nos indigènes ; ces gisementsjalonnent pour ainsi dire les régions traversées pour les apporter.

Nous n'y trouvons, d'un autre côté, aucune donnée

l'homme

On ne peut C[U1 tendrait à indiquer leurs relations avec les provinces ''saex'^biond^ de Liège et de Hainaut, ou avec d'autres contrées, silex pyVomaque Aussi quaud nous vcuons à rechercher l'origine des "%etT'iocaiité. 'blocs de silex, étrangers à la localité, qui fournirent les nombreux éclats dont nous avons étudié le procédé de fabrication, ne pouvons-nous les attribuer aux terrains crayeux de ces provinces. Ils n'en proviennent positivement pas. Il est bien naturel, au contraire, d'admettre, devant les faits constatés plus haut, que nos peuplades se procuraient cette matière première dans les régions septentrionales de la France actuelle. Là, en effet, se trouve la Champagne, où la craie acquiert un grand développement et où, presque de nos jours, s'établirent encore les principaux centres de fabrication des pierres-à-fusil.

Difficultés Ni le poids du silex, ni la distance, ni la difficulté de

de ces relations.

passage à travers une région accidentée comme l'Ardenne, ne semblent cependant avoir été pour nos peuplades un obstacle bien sérieux à la possession de cette matière, au point que la seule caverne de Chaleux a fourni, comme nous l'avons vu, trente mille éclats de silex, et que presqu'aucune des cavernes offrant des traces de l'homme de cette époque n'était dépourvue de silex taillés. La Meuse pouvait, il est vrai, faciliter beaucoup le transport, car il devait être beaucoup plus facile de faire descendre une barque ou un radeau sur ce fleuve, quelque rapide que fût son cours, que de transporter, sans l'aide de bêtes de somme, un fort poids à des distances considérables à travers ce pays.

On a surtout peine à comprendre comment elles ne

prenaient pas plus de soin d'une matière dont la pos- Étrange

. •ni- n Insouciance de

session leur coûtait tant de peines, si elles devaient aller nos indigènes pour

^ - . la conservation

la cliercner elles-mêmes sur les lieux de son gisement, aes éoiats de siiex.

Le trou de l'Hyène à Walsin fut un repaire de renards à l'époque du renne. Sous l'argile jaune, à l'entrée, on a trouvé des traces de feu, ce qui semble prouver que des hommes vinrent y enfumer l'animal. Cette caverne, dont les dimensions ne permettaient pas à l'homme d'y demeurer, n'en a pas moins fourni deux couteaux de silex au milieu des cendres.

Le trou du Blaireau a donné un silex dans les mêmes conditions.

Enfin, pour ne pas multiplier ces exemples outre mesure, au milieu des restes des repas funéraires du trou du Frontal , là où les Mongoloïdes de Furfooz n'allaient sans doute que quand ils devaient donner les derniers soins à l'un des leurs, on a pu recueillir, indépendamment des silex placés dans la sépulture, plusieurs centaines d'éclats qu'ils avaient abandonnés sans souci parmi les débris de leurs festins.

Il faut l'avouer, une telle insouciance pour une matière qu'ils n'eussent pu obtenir qu'au prix des fatigues et des dangers qu'exigeaient ces expéditions, ne pourrait s'expliquer même en tenant compte de l'imprévoyance habituelle aux races inférieures, car l'imprévoyance eût ici dépassé toutes les bornes.

Ce voyage eût dû, en effet, se renouveler plusieurs n est

. . . invraisemblable

lois pour mettre en leur possession une quantité pareille que nos indigènes de silex, pendant la longue durée de deux époques ces excursions, géologiques. Et des peuplades qui, privées d'animaux

l'homme

domestiques et ne pratiquant point l'agriculture, voyaientleur subsistance dépendre de leurs labeurs journaliers, pouvaient-elles entreprendre et répéter , des voyages aussi longs pour se procurer, en quantité superflue, cette matièré première de leurs instruments usuels ? N'eussent-elles pas tiré alors tout le parti possible de celle qu'elles possédaient et, lorsqu'un éclat était ébréché, en retailler le bord pour lui rendre le tranchant? C'est ce qu'elles faisaient peut-être pendant l'âge du mammouth, mais point pendant l'âge du renne où les couteaux ont seulement subi les retouches décrites plus haut et faites surtout dans le but de les approprier pour la confection de leurs vêtements.

Cette Du reste, comment croire qu'elles pouvaient pousser

invraisemblance i • • ,. im

est encore Icurs oxcursious jusqu a urrignon et jusquen lourame, laTreuv^de^eurs c'cst à dirc jusqu'à plus dc cent lieues à vol d'oiseau? relations Ellcs ourcut Cependant des relations avec ces localités,

avec la louraine. J- '

comme le témoignent certaines coquilles fossiles et plusieurs fragments de silex couleur cire-vierge. Il faut en conclure Nous avons été ainsi naturellement conduits à conà un tra c. (.i^^e à uuo sorto dc trafic fait par des peuplades errant de tribu en tribu. Mais la rigueur scientifique n'autorisait pareille conclusion que pour autant qu'on eût constaté le même fait chez des peuplades vivant encore dans un état social analogue. Voici une donnée ethnographique remarquablement applicable au sujet. Exemple Les célèbres voyageurs MM. RoulinetBoussingault,

d'un trafic chez . or-ko ^ •^^ t t • ^

les sauvages séjoumaut Bii IHzS daus un village des plames de de 1 orénoque. ^Qj^^YLoque, vircut daus chaque hutte des râpes pour le manioc, formées par une planche dans laquelle étaient

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 167

implantés de petits fragments de silex qui en formaient les dents. Ils s'informèrent d'où venaient ces pierres, car il n'y en avait pas de semblables dans le pays. On leur apprit qu'elles venaient de fort loin, que de temps immémorial, les habitants de ce village voyaient arriver chez eux, tous les ans, quelques vingt ou trente Indiens dont l'arrivée était fort désirée, notamment à cause des pierres-à-feu qu'on ne recevait que par eux.

Mais un jour les stupides sauvages s'imaginèrent de massacrer la tribu trafiquante, pour s'emparer des objets qu'elle apportait. Renouvelant ainsi l'exemple de la cupidité du héros de la fable, ils furent désormais privés des productions qui leur étaient si utiles.

L'existence d'un semblable trafic chez nos peuplades quaternaires explique ce qu'il y avait d'obscur dans la quantité de silex possédée par nos indigènes, dans le peu de cas qu'ils semblent en avoir fait et dans l'invraisemblance d'excursions jusque sur la Loire , exécutées par des hommes que des besoins impérieux attachaient sans relâche à leur pays.

Nous admettrons donc que nos populations de ces âges géologiques du mammouth et du renne recevaient, à la manière des peuplades actuelles de l'Amérique équatoriale, par les visites des tribus voyageuses et trafiquantes, les productions naturelles que la contrée leur refusait et dont elles tiraient leurs outils ou les moyens de se parer.

Ce n'étaient point des produits fabriqués qu'elles recevaient ainsi. Nous avons vu plus haut que le silex Le trafic

i^'iT Ml , , , , fournissait des

brut et tous les résidus de sa taille ont ete retrouves matières brutes.

l'homme

dans leurs demeures. Les trafiqùants laissaient aux acheteurs le soin de traiter à leur manière les matières qu'ils leur fournissaient.

Conséquence Mais pendant le long transport que les blocs de silex

pour la .

taille du Silex. suDissaicnt avaut d'être soumis à la taille, leur eau de carrière devait évidemment s'évaporer. Le silex se débite alors difficilement en éclats réguliers. Nous devons donc surtout attribuer à cette cause, et non à l'inhabileté des anciens lapidaires, le nombre d'éclats de rebut et de déchets constatés dans toutes les habitations de nos indigènes.

Manière de vivre La manière de vivre des peuplades de l'âge du renne

de nos indigènes. •, i /« m i i i t> a ^

était la même que celle des nommes de i âge du mammouth, leurs prédécesseurs. Elle se présente cependant sous un aspect moins homérique. Les gigantesques quartiers d'éléphants, de rhinocéros ou les dépouilles de l'hyène, du tigre et du grand ours ne venaient plus orner leurs festins. Le cheval, le renne, le bœuf sauvage étaient alors les plus grands hôtes de nos bois. Inventaire Nos indigènes ont laissé dans le trou de Chaleux les

des animaux , , .

mangés osscmcuts dos espèces suivantes :

dans le trou de

Chaleur. Hérisson, 1 individu;

Lièvre, 13 individus; Castor, 1 individu; Écureuil, 4 individus ;

Rat d'eau (Arvicola amphihius), 19 individus ; Rat de Norioége (Lemnus), plus de GO individus ; Taupe, 1 individu; Ourshrim, 1 adulte, 1 jeune;

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 169

Glouton, 1 individu;

Blaireau, 5 individus ;

Putois, 1 individu;

Renard, 16 individus;

Chien, 1 individu ;

Loup, 2 individus ;

Chat sauvage, 2 individus ;

Sanglier, 5 individus ;

Cheval, 56 individus ;

Aurochs, 3 individus ;

Bœuf de petite taille, 15 individus ;

Chèvre, 6 individus ;

Chamois, 3 individus ;

Antilope sàiga, 1 individu ;

Renne, 3 individus;

Cerf, 2 individus ;

Chevreuil, 3 individus ;

Faucon cresserelle, 1 individu ;

Aigle py g argue, 1 individu;

Chouette-hibou, 1 individu;

Geai, 1 individu;

Corbeau coicre, 1 individu ;

Grive litorne, 1 individu ;

Lagopède des neiges, 6 individus ;

Grand coq de bruyères, 2 individus ;

Petit coq de bruyères, 2 individus ;

Canard sauvage, 2 individus ;

Poissons d'eau douce ;

Voici la liste des espèces trouvées dans le trou des Nutons :

l'homme

Inventaire des CastOT, 1 încliviclu ;

animaux mangés

dans le trou des Lièvro, 3 individus ;

Niitons.

Écureuil, 1 individu; Mulot, 3 individus ;

Rat d'eau (A^^vicola amphihius), 5 individus

Campagnol agreste, 4 individus ;

Rat de Norioège (Lemmus), 6 individus ;

Taupe, 2 individus ;

Chien, 2 individus ;

Loup, 2 individus ;

Glouton, 2 individus ;

Putois 1 individu;

Fouine, 1 individu ;

Belette, 1 individu ;

Hermine, 1 individu;

Chat, 2 individus ;

Renard ordinaire, 30 individus ;

Renard polaire, 28 individus;

Ours brun, 3 individus ;

Sanglier, 35 individus ;

Che val, 5 individus ;

Chamois, 2 individus ;

Renne, 5 individus ;

Cerf, 2 individus ;

Bœuf, 2 individus ;

Chèvre, 15 individus ;

Bouquetin, 5 individus ;

Aigle pygargue, 1 individu ;

Pie, 3 individus;

Cordeau freux, 1 individu ;

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

Grive litorne, 2 individus ; Pigeon ramier, 8 individus ; Perdrix grise, 3 individus; Lagopède des neiges, 6 individus ; Grand coq de hruxjères, 1 individu ; Petit coq de bruyères, 1 individu ; Oie, 1 individu ; Canard sauvage, 3 individus ; Couleuvre à collier; Batraciens ; Poissons d'eau douce.

Les espèces d'une taille au dessus de la moyenne Abondance

. . , des débris de lu tète

sont représentées ici , comme dans les cavernes a dé- et des os

, ,1V V T • . des membres.

bris de l age du mammouth, a peu près exclusivement par les os des membres et du crâne. C'est chose rare d'y voir des os de leur tronc.

Les omoplates de cheval étaient cependant, à Chaleux, plus nombreuses qu'à l'ordinaire. On en compte 21 droites et 15 gauches, la plupart brisées sous l'acromion, comme si ces indigènes avaient préféré casser l'omoplate que de désarticuler l'humérus auquel elle tient par de solides ligaments. Mais là où on compte les débris de plus de cinquante têtes de chevaux et où les fragments d'os à moelle et les os des extrémités se mesurent par paniers, nous ne voyons que quelques frag- , ments d'os du bassin, 8 fragments de sacrum, une quantité relativement faible de côtes brisées, 8 vertèbres cervicales et 22 vertèbres dorsales et lombaires. Le transport dans l'habitation d'un os de ces ani-

Rareté des os du tronc,

l'hom]me

Indiquant que ces animaux étaient, tués à la chasse.

Habileté de nos indigènes dans le dépècement.

Abondance des vertèbres caudales.

maux dépourvu de substance médullaire était donc accidentel, à moins que ce ne fut un os qui tenait immédiatement aux os à moelle. On doit en conclure que le tronc de l'animal, dépouillé de ses chairs, séparé du crâne et des membres, était abandonné sur le théâtre de la chasse.

L'adresse de ces hommes à dépecer leur gibier devait être très grande, car il n'est pas facile de désarticuler les membres de bêtes de la taille d'un cheval, non plus qu'à en séparer net le crâne de la colonne vertébrale, surtout quand des instruments aussi grossiers qu'une courte lame de silex doivent servir à couper les durs et volumineux tendons qui unissent si solidement diverses parties de la charpente osseuse de ces animaux. Nous venons de voir le procédé qu'ils paraissent avoir employé pour séparer de l'épaule les pattes de devant ; il leur arriva rarement de pratiquer la désarticulation de manière à laisser quelques vertèbres réunies au crâne ou à enlever le bassin avec les membres postérieurs.

Les ossements portent quelquefois des témoignages de dépècement.

Sur plusieurs os des membres et surtout sur les canons des herbivores où la peau vient s'attacher directement sur les tendons , on voit les traces d'une lame tranchante qui a entamé l'os. C'est la preuve que nos indigènes coupaient les tendons au moyen de leurs outils de silex et enlevaient avec soin la peau de l'animal.

L'examen des os de chevaux, retrouvés dans la féconde caverne de Chaleux, signale encore un fait intéressant.

PENDANT LES ÂGES DE LA PIERRE, 173

On y constate la présence de 157 vertèbres caudales de ce solipède. Leur classement montra bientôt que la présence de ces osselets n'était pas accidentelle et fit pénétrer le but qu'avaient nos indigènes en joignant l'appendice caudal aux dépouilles du cheval dont ils tiraient parti et qu'ils apportaient dans leur demeure.

La queue de cbeval a 13 vertèbres.

Or voici comment se répartissent celles qu'on a recueillies à Chaleux : T'® vertèbre caudale, 1 spécimen.

10® et suivantes 30 »

Le crin naît vers la 2® vertèbre, mais il ne devient long ^os indigène qu'à partir de la 5° ou 6'^ qui commencent précisément •'"'p'°>'''»'«'^t 'e crin, à perdre l'arc vertébral où se loge la moelle épinière et à prendre la forme de petits cylindres. 11 est donc plus facile de désarticuler la queue vers cet endroit que dans les parties plus rapprochées du sacrum. Nos Mongoloïdes semblent en avoir profité , puisque les vertèbres caudales deviennent plus abondantes dans leur demeure dès la cinquième vertèbre, et cette pratique elle-même démontre que c'était bien en vue des crins qu'ils enlevaient cet appendice.

l'homme

On peut faire trois hypothèses sur le but de cet usage : ils utilisaient le crin, ou ils portaient cette queue comme trophée ou ornement, ainsi que le font plusieurs peuplades de l'Amérique, ou ils avaient la coutume des Cafres qui, d'après Delegorgue, coupent la queue de l'animal qu'ils ont abattu et dont ils ne peuvent emporter les dépouilles en une seule fois ; — cette opération est considérée par eux comme assurant à l'heureux chasseur la propriété de la bête.

Cette dernière hypothèse doit être rejetée, car il eût fallu alors retrouver les vertèbres caudales des divers grands animaux qu'ils avaient pu tuer, que ce fut le bœuf, le renne, le cerf aussi bien que le cheval. On n'observe, au contraire, le fait que pour ce solipède.

D'autre part, comme ces vertèbres caudales furent retrouvées à Chaleux isolées les unes des autres, on doit en conclure que la queue du cheval n'était pas conservée en manière de parure et de trophée , mais que, reconnaissant l'utilité de ce poil long et solide, ils arrachaient les crins pour divers usages.

La présence des vertèbres caudales de cheval est beaucoup plus rare dans les débris de l'habitation de l'homme de l'âge du mammouth. Elles sont également peu abondantes dans le trou des Nutons où les Mongoloïdes avaient aussi mangé des chevaux.

Absence Nous avons vu, en étudiant l'âge du mammouth, que

d'herbivores , , ^ . , , -, -, , -,

domesticiues. la rarcto, parmi les restes des repas de nos peuplades, des ossements autres que ceux de la tête et des membres, ne pouvait être interprétée qu'en admettant que la possession de tous ces animaux était due à leurs chasses

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 175

journalières. Pas plus que pendant Mge du mammouth, l'homme de notre pays ne put, à l'âge du renne, domestiquer le renne, le bœuf, ni le cheval.

S'il avait su réaliser ce progrès , s'il fût devenu pasteur, tout l'annoncerait dans sa manière de vivre , car la domesticité des animaux est un des pas les plus importants de la vie civilisée : l'homme s'assujétit alors la Nature et la plie à ses besoins.

La présente étude démontre, au contraire, l'extrême abaissement de nos indigènes et il n'est pas possible de les doter d'un attribut aussi important de la civilisation.

Il y a cependant lieu d'être moins explicite pour le Le ciuen

domestique

chien . chez les sauvages

actuels,

Le chien domestique existait chez les peuplades les plus sauvages, quand elles furent, pour la première fois, visitées par les Européens. Les Esquimaux en possèdent un grand nombre. Les naturels de l'Australie, qui passent pour l'une des populations les plus dégradées de l'époque présente, en ont également dont la race est nommée « dingo ». Ce sont les seuls animaux domestiques de ces peuplades.

Nous voyons en même temps que le chien fut le pre- durant i-âge

. „ Tii- de la pierre poUe,

mier animal domestique en Lurope. Les habitants des en suisse

• ,^1 , 1 ^1 • ± ± 1 -j Tieten Danemarck,

Cites lacustres le possédaient, et chacun sait par quelles admirables inductions un illustre savant danois fit ressortir l'existence probable , dès les premiers temps de l'âge de la pierre polie, de cet animal domestique si justement appelé « le compagnon de l'homme ». Il observa que,

l'homme

nianq^uait sans doute dans les cavernes du Périgord,

existait peut-être chez nos indigènes.

dans les débris de cuisine si connus sous le nom de « Kjoekkenmoedding », les seuls os de pingouin et de coq de bruyères qu'on retrouvait généralement, étaient le corps des os longs ; les extrémités de ces os avaient été rongées. Les chiens ne laissent que ces parties des oiseaux qu'on leur donne à manger ; en effet, la substance des diaphyses est très dure et se brise en éclats aigus qui étrangleraient l'animal. Les parties spongieuses des os des grands mammifères étaient ellesmêmes souvent rongées, comme le font les chiens. M. Steenstrup en conclut que les ossements des chiens retrouvés dans les Kjoekkenmoedding étaient l'indice des chiens domestiques des populations de cet âge de la pierre.

M. Lartet a fait remarquer dans ses mémorables publications sur les cavernes du Périgord qu'au contraire, durant l'âge intermédiaire entre l'âge du mammouth et notre âge du renne, les os des jeunes animaux eux-mêmes n'avaient pas été rongés. Il en déduisit avec raison que ces populations ne possédaient sans doute pas de chiens.

Cette conclusion ne sera peut-être pas applicable à nos indigènes.

Des os à moelle de divers animaux ont été entamés, en assez grand nombre, par la dent d'un carnassier qui n'avait pas des mâchoires aussi puissantes que l'hyène. Ces os à moelle étaient disséminés dans les débris des repas de l'homme de l'âge du mammouth à Montaigle et à Goyet. Il semble donc qu'un carnassier vivait dans ces cavernes en même temps que nos indigènes et profitait de leurs « débris de cuisine » .

Des ossements de chien ont été découverts dans plusieurs de ces cavernes. Ils se rapportent à deux formes diiférentes surtout par la taille et bien distinctes du Loup.

Il ne serait donc nullement invraisemblable que nos peuplades quaternaires eussent déjà pu s'assujétir cet animal. C'est du reste à des études ultérieures à en décider.

Le trou des Nutons contenait plusieurs os des mem- Les crânes

et les os à, moelle

bres et quelques crânes entiers, notamment un crâne de ont été bnsés

, , AH1 1 A intentionnellement.

loup et un crâne dours brun. La présence de ces crânes est une exception dont on ne pourrait guère citer la répétition parmi les « débris de cuisine » d'aucune des habitations de l'homme des âges du mammouth et du renne fouillées jusqu'aujourd'hui.

A Chaleux, où le nombre d'animaux mangés et surtout de chevaux était si considérable et où ils sont représentés par d'innombrables restes, on n'a trouvé d'os à moelle entiers : qu'un canon de cheval, un radius de bœuf, un fémur et un humérus de sanglier et un cubitus d'ours pour la grande faune. Tous les autres ossements de ces animaux, têtes et os des membres, ont été tellement brisés, qu'il faut avoir une grande pratique de leur étude pour pouvoir retirer de la plupart d'entre eux les données indispensables à leur détermination spécifique et même anatomique précise.

La substance cérébrale et médullaire entrait sans Usages probables doute dans leur alimentation, car toutes les peuplades et de^ Ta^cerveiie. sauvages sont très friandes de ces substances. Mais il y a lieu de croire aussi qu'à l'instar des peuplades qui

l'homme

n'ont pour vêtements que des peaux d'animaux \ ils s'en servaient pour assouplir les peaux dont ils se couvraient.

Comment Nos Mongoloïdes employaient, comme les Esquimaux

nos indigènes ^

brisaient oes os. de nos jours", pour briscr les os longs, des cailloux roulés avec lesquels ils portaient aux extrémités de la pièce des coups répétés jusqu'à ce que les épiphyses fussent détachées. Le corps de l'os était ainsi isolé, puis fendu à l'aide des mêmes cailloux.

Importance de Qu comprcud Quc CCS éckts d'osscmeuts portent la

cette observation.

marque de l'action qui les a séparés, et on y doit une attention spéciale. On ne peut conclure avec certitude qu'ils ont été brisés de main d'homme que quand ces marques des coups sont constatées.

La cassure en éclats obliques et longitudinaux n'y suffit pas. Quand l'os a été brisé par le poids des terres qui le recouvraient, la cassure est transversale; dépouillé de la substance animale qui lui donnait sa solidité, il a cédé à cette pression dans ses points de moindre résistance. Il arrive même que les fragments présentent, sous l'influence de causes atmosphériques, la forme d'éclats allongés, comme ceux qui sont brisés intentionnellement par l'homme. La trace du coup est donc indispensable pour être en droit d'affirmer qu'un os a été cassé afin d'en extraire la moelle^.

1 Delegorgue. Yoyage dans l'Afrique australe, t. II. p. 177, et LiviNGSTONE, Explorations dans V Afrique australe, p. 219.

- " Ils aiment beaucoup la graisse ainsi que la moelle, qu'ils se pro- " curent en broyant les os avec une pierre. » Lubbock, tHomme avant l'Histoire, p. 404.

3 De Quatrkfages, Congrès international d'archéologie préhisto rique dans \d. Revue des Beux-Mondes, mai 1870.

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

Il est aussi à remarquer combien il y a peu d'os Rareté

(les os carbonisés.

brûlés. A peine quelques esquilles portent-elles la trace du feu, et, sans une certaine quantité d'os carbonisés qu'on retrouve dans les cendres des foyers et qui sont, dans tous les cas, loin d'être en proportion des autres os, on pourrait croire qu'ils mangeaient la viande crue.

D'après les voyageurs, les Esquimaux, dont les Manière de manger

des Escjuimaus.

mœurs et le savoir-faire nous ont déjà si souvent servi à interpréter les coutumes et l'industrie de nos indigènes, ne se servent pas d'ordinaire du feu pour la préparation de leurs aliments ^ On a même fait dériver leur nom d'un mot qui signifie « mangeurs de nourri- « ture crue 51. Ils coupent avec des éclats de silex de longues bandes de viande et s'en introduisent une extrémité dans.ia bouche, ou bien, après avoir dégagé de l'os la viande par un bout , ils la saisissent avec les incisives et l'arrachent partiellement. Ils tranchent alors le morceau à fleur des lèvres avec une lame de silex et se mettent non à le mâcher, mais à le triturer-.

Il semble qu'on doit attribuer à cette habitude glou- L'état de la denture tonne et digne des hommes à l'état de nature , l'usure "l^erbiê dénotT/ horizontaledesdentsqui, dans l'Europe occidentale, est caractéristique des premières races. Elle se trouve sans exception sur toutes les dents d'adultes et d'adolescents recueillies dans les dépôts quaternaires de nos cavernes. Les tubercules des molaires y sont effacés dès l'adolescence et les incisives sont tronquées et à couronnes

le même usage.

1 LuBBOCK, loc. cit., p. 403 et 408.

2 MoRLOT, Antiquités géologico-archéologiques in Bull, de la Soc. Vaudoise, t. VI, p. 295, et Lubbock, loc. cit., p. 403.

l'homme

plates, au lieu d'être tranchantes comme dans nos races.

Un autre fait à noter est l'absence de carie sur toutes les dents humaines recueillies dans le trou du Frontal.

Insalubrité L'accumulation des ossements d'animaux qu'ils lais-

de leurs demeures. • , i i i , /. •, n •

saient dans leurs demeures, transformait celles-ci en véritables charniers. C'est, avons-nous vu, un trait de mœurs commun avec les peuplades polaires qui vivent encore de nos jours dans une nauséabonde malpropreté. On peut jvoir, avec MM. Lartet et Christy, la preuve que la température d'alors était généralement plus basse que de nos jours. Avec notre climat, ces débris fussent entrés rapidement en putréfaction et eussent rendu ces souterrains inhabitables dans la bonne saison.

Mortalité Au surplus, tout se réunissait pour rendre très insaot des adolescents, lubres les demeures que les Mongoloïdes avaient choisies : le manque d'aérage, l'humidité aussi bien que ces amas de pourriture. Si l'on ajoute à ces causes d'insalubrité, l'extrême misère que dénote l'ensemble de leurs mœurs, nous ne nous étonnerons pas de la grande mortalité chez les adolescents et les enfants que la sépulture de Furfooz va nous révéler.

Quelques ossements nous donnent même des renseignements sur une des maladies qui les affectaient. Trace de maladie. Uno mâchoirc de femme adulte porte de nombreuses traces d'exostoses et l'une de ses branches montantes a été fortement déprimée par la tuméfaction de l'os.

Cette maladie parait due aux circonstances du misérable milieu dan^ lequel ils vivî^ient, surtout à l'humi-

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

dite de la caverne. Plusieurs ossements d'ours et de lion, animaux qui choisissaient aussi les cavernes pour retraites, offrent également en effet des exemples de rachitisme. L'observation avait déjà été faite en 1830 par Schmerling dans son mémorable ouvrage'. Elle a été souvent confirmée par le produit des fouilles exécutées en Belgique dans les dernières années.

Ces peuplades supportaient de grandes fatigues journalières. Les os du bassin et des jambes portent des empreintes musculaires très développées qui annoncent chez ces hommes un exercice excessif, beaucoup d'agilité et de vigueur.

Le cheval et les petits rongeurs étaient la base de leur alimentation à Chaleux.

Le dépouillement des ossements de chevaux trouvés Abondance dans cette caverne, a permis d'établir qu'ils auraient pu se procurer de ces animaux pour leur nourriture :

D'après les dents molaires inférieures , 56 individus .

» dents molaires supérieures, 47 »

S' têtes d'humérus , 14 »

» poulies d'humérus, 18 »

» extrémités inférieures de

radius, 12 »

» cubitus, 12 "

» têtes de fémurs, 23 »

» rotules, 9 "

» extrémités inférieures du tibia, 23 »

des ossements

de chevaux dans les restes des repas des Mongoloïdes.

1 Ossements fossiles des cavernes de laprovince de Liège, t. II, p. 180.

l'homme

D'après les extrémités supérieures

du tibia, 1 1 individus.

» l'os du milieu de la 2® rangée du carpe, 17 »

n un os du tarse (le 3® cunéiforme), 10 «

» extrémités supérieures des

canons, 18 "

w extrémités inférieures des

canons, 21 »

» stylets extérieurs de la patte

droite de devant, 16 »

» phalanges, 37 r,

n phalangines, 25 »

» sabots. 19 »

Ce relevé partiel des ossements de solipèdes fait ressortir non seulement le nombre considérable d'animaux de cette espèce dont nos Mongoloïdes firent leur proie sur la Lesse, mais surtout l'irrégularité dans les quantités respectives des diverses parties du squelette conservées dans la caverne. '

Cette dernière observation montre au plus haut point et une fois de plus que ce sont bien là des déchets de nourriture qui étaient indifféremment jetés dans la. caverne ou au dehors. Aussi devons-nous adopter le chiffre lui-même de 56 chevaux, indiqué par les molaires de la mâchoire inférieure, comme un minimum, d'abord parce que ce nombre a été obtenu en divisant les 661 molaires inférieures recueillies par 12, qui est

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 183

le nombre des molaires de chaque mâchoire chez les chevaux ; ensuite parce qu'on ne peut guère admettre, devant les écarts considérables des quantités des autres parties du squelette qu'on a retrouvées, que toutes les molaires de la mâchoire inférieure aient été exceptionnellement conservées. Le chiffre 661, qui n'est pas exactement divisible par 12, suffit seul à le prouver, sans qu'il soit nécessaire d'établir, par des déterminations peu susceptibles, du reste, d'une précision rigoureuse à cause de la quantité de molaires dont la surface de trituration n'était pas formée, qu'on n'a recueilli aucune des espèces de dents en nombre égal.

Mais il est impossible d'évaluer le nombre des petits Abondance

11 , . . , , des ossement

rongeurs, campagnols, lagomys, etc., qui servirent a^epetus ronge leur alimentation. C'était par kilogrammes qu'on pouvait recueillir, surtout dans les cendres du foyer à Chaleux, les ossements de ces petits animaux. A Furfooz et dans presque toutes les cavernes où l'homme du même âge a laissé des débris, on trouve les mêmes , restes en abondance.

Il est difficile d'expliquer leur présence autrement que comme des reliefs de repas humains. D'ailleurs la chair du rat passe pour succulente chez plusieurs peuplades sauvages actuelles, et même en Italie, dans les environs de Gènes, elle est considérée comme une friandise ^

Enfin les poissons qui semblent entièrement manquer parmi les restes de l'âge du mammouth, soit que

' MoRLOT, loc. cit.

l'homme

l'homme ne les mangea point, soit que leurs ossements ne se soient point conservés, ce qui est moins probable, sont représentés par quelques débris à Clialeux et à Furfooz. Ils appartiennent surtout au brochet et à la truite. On n'y a cependant recueilli aucun objet de nature à être considéré comme instrument de pêche.

Ossements La cavcme de Chaleux a en outre fourni , parmi ces

humains parmi

les mêmes « débris dc cuisine », quelques ossements humains. Le

"débris (le cuisine ^

trou Reuviau, situé dans le ravin qui descend de Furfooz vers la Lesse, a reproduit le même fait dans les mêmes dépôts.

Cette association semblerait devoir faire admettre l'existence du cannibalisme chez les Mongoloïdes , comme un savant distingué l'a brillamment soutenu pour l'époque immédiatement postérieure à celle-ci'.

Mais parmi les cinq os à moelle retrouvés à Chaleux et l'humérus du trou Reuviau, ceux qui sont brisés le sont transversalement par le poids des dépôts superposés, et ils ne portent pas la marque des cailloux à l'aide desquels l'homme cassait les ossements' dont il retirait la moelle.

Nous reprendrons plus loin cette thèse de l'anthropophagie. Nous nous bornerons, en ce moment, à constater que toute satisfaisante qu'elle paraisse au premier abord pour expliquer l'association des restes humains aux débris des repas de l'homme, le manque d'os fendus par le procédé employé pour les os corres-

1 Bull, de l'Académie roy. de Belg., série, t. XX, 1853.

PENDANT LES AGES BE LA PIERRE

pondants des animaux, empêche d'y conclure pour l'âge du renne sur la Lesse, sans se départir de la rigueur qui fait la force des sciences d'observation.

Les moyens que ces hommes employaient pour se Conjectures

T A, 1 1 1 1 • X sur leur manière

rendre maître des grands herbivores ne sont pas encore de chasser connus. Aucune observation n'a mis sur la trace de '«s herbivores, leurs procédés. Nous en sommes réduits, comme pour l'âge du mammouth, à des conjectures vagues déduites à la fois et de l'inaptitude apparente de nos éclats de silex à servir d'instruments meurtriers , et de la faible action de traits armés de portions effilées de bois de renne sur des animaux de la taille du bœuf urus, du renne, du cheval, et de la manière enfin dont les peuplades, qui sont dans un état social semblable, pratiquent la chasse. Ces raisons nous portent à croire que le piège et la ruse étaient les procédés ordinairement employés.

Les Cafres ont imaginé un mode de chasse souvent Chasses des Cafres. très productif. « Ils choisissent un passage fréquenté « par toutes espèces d'animaux herbivores. Il est bon « que ce passage conduise à l'eau ; il est excellent qu'il « soit unique entre des roches escarpées. Lorsqu'un « endroit réunit ces avantages, des fosses sont creu- « sées tout d'abord à l'extrémité des angles prolongés « que doivent former les haies disposées en manière « d'entonnoirs. Ces fosses ont 12 pieds de profondeur « sur 20 pieds de longeur et de largeur et sont recou-

« vertes de branchages Ils poussent ensuite tous

« les animaux paissant dans les environs de cette

l'homme

« impasse où ils vont se jeter dans la fosse qui la « termine \ ^

Application aux M. Arcelin a fait appel d'une manière fort ingénieuse

tribus quaternaires ^ i • i

par M. Arcelin. a uu mojen OU quelquo sorte calqué sur celui-la, pour expliquer comment la peuplade quaternaire de Solutré, dans le Mâconnais, qu'il a si bien étudiée de concert avec feu M. de Ferrj, pouvait s'emparer du nombre immense de chevaux dont il a trouvé les débris. Il représente, dans une des gravures par lesquelles M. Figuier illustre les mœurs de nos indigènes dans son ouvrage « L'homme primitif - 5' , la peuplade de Solutré chassant les chevaux sur le sommet d'une roche isolée et abrupte qui forme cap dans la plaine et les forçant à se jeter dans le précipice.

Le même savant applique aussi à cette peuplade le procédé des Esquimaux et des Peaux-Rouges qui s'approchent respectivement des rennes et des bisons, en se déguisant sous une peau de renne ou de coyote (chien des prairies), et les frappent à bout portant. Moyen Pour Ics auimaux qui ont les cavernes pour retraites, Let^e^ pour^ohas''ser iio^s pouvous, par l'obscrvation , établir que nos indile renard orènes étouffaieut Bar la fumée les renards ët les blai-

et le blaireau. o

reaux dans leurs terriers. Du charbon et des cendres, contenant des silex taillés, ont été observés, entre les dépôts de l'âge du mammouth et l'argile jaune, à l'entrée des cavernes qui servirent de repaires à ces animaux, dès cette époque.

1 Delegorgue, loc. cit., t. II, p. 254. — Voyez aussi l'ouvragecité de LiviNGSTONE, où une de ces chasses est figurée.

2 2'= éd., 1870, p. 136 et 154. ■

Le milieu que nos Mongoloïdes habitaient, aussi bien Les Mongoloïdes que l'absence de tout instrument qui n'avait pas pour tribus pacifiques, destination directe et même évidente d'aider aux actes journaliers de la vie, paraissent exclure chez eux toute idée de guerre et de lutte. Dans leurs mœurs et dans leurs ustensiles, tout proteste contre l'opinion d'en faire un peuple guerrier, et ce caractère pacifique est, peuton dire, évident.

Ce n'est là, du reste, qu'un point de ressemblance de plus entre nos peuplades quaternaires et les races circumpolaires.

Les Esquimaux que « Ross a observés dans la baie de « BaflSn ne pouvaient comprendre ce qu'on entendait « par guerre et ils n'avaient aucune arme de combat ^ "

Les populations de cette région, malgré les limites L'âge du renne

^ . . fl Montalgle.

restremtes que nous nous sommes assignées ici, n'étaient pas toutes également avancées pendant l'âge du renne. Les habitants des cavernes de Montalgle étaient bien inférieurs à leurs contemporains de la vallée de la Lesse. On n'a retrouvé dans leurs demeures aucun ornement et leur outillage était réduit à sa plus simple expression. C'étaient des lames de silex, quelques fragments de poterie, des plaques de grès et des cailloux roulés. Les lames de silex sont à l'état de grossiers éclats et au nombre d'environ six cents. Comme celui des cavernes de Chaleux, de Furfooz et en général de toutes les cavernes de la région, ce silex est du silex crétacé qui doit provenir de la Champagne.

1 LuBBOCK, loc. cit., p. 418.

Il y avait aussi des os carbonisés.

Des ossements d'animaux étaient épars sur le sol de la caverne sous l'argile jaune et se rapportent, dans le trou du Sureau, aux espèces suivantes :

Cheval, 2 individus ; Sanglier, 2 individus ; Renne, 2 individus ; Chevreuil, 1 individu ; Chèvre, 2 individus ; Blaireau, 1 individu; Renard, 2 individus ; Chien, 1 individu; Lièvre, 1 individu.

Amas de Mais contro la paroi opposée à la principale ouver-

petits ossements .

de l'âge du renne ture, il y avait une accumulation assez inattendue d'os- Trou du Sureau, semouts &Q pctits mammiièrcs, d oiseaux terrestres, de batraciens, de poissons d'eau douce et de coquilles. Ces ossements n'ont pas été tous recueillis et ceux qui l'ont été, eussent exigé trop de temps, vu leur grand nombre, pour être entièrement classés et déterminés. On s'est donc borné à en étudier une certaine quantité prise au hasard dans la masse.

Par l'énumération qui va être faite des espèces e,t du nombre d'individus de chacune d'elles, on pourra se faire une idée de la variété et des proportions numériques relatives des divers types dont cet amas se composait :

Rat d'eau (Arvicola amphihius), 40 individus ; Campagnol agreste (Arvicola agrestis), 65 individus ;

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

Lagomys, 35 individus ; Lemming, 2 individus ; Hamster, 11 individus; Mulot, 1 individu; Taupe, plus de 200 individus ; Hermine, 3 individus; Belette, 3 individus ; Putois, 1 individu; Pie, 1 individu ; Geai, 2 individus ; Grive draine, 2 individus ; Grive chanteuse, 2 individus ; Grive mauvis, 1 individu ; Grive litorne, 1 individu ; Petit coq de bruyères, 1 individu ; Lagopède des neiges et des saules (d'après les métatarsiens), 575 individus; Perdrix grise, 2 individus; Canard sauvage, 4 individus ; Batraciens ; Poissons d'eau douce ; Heliûc nemoralis, 10 exemplaires;

— pomatia, 1 exemplaire;

— rotundata, 3 exemplaires ;

— cellaria, 2 exemplaires ; Cyclostoma elegans, 3 exemplaires.

Les diverses parties du squelette de ces animaux, parties conservée

T j 1 • , ^ 1 , du squelette

principalement des oiseaux, ne sont pas également des Lagopèdes, représentées dans cet amas.

Voici un relevé des ossements de lagopèdes qu

étaient de beaucoup les plus nombreux.

Crânes 0

Portions de crânes 14

Mandibules supérieures 35

Mandibules inférieures 64

Vertèbres cervicales 196

Portions des régions dorsales et lombaires. 12

Sacrum 4

Vertèbres caudales 19

Fourchettes (fragments) 22

Sternum (fragments) 2

Coracoïdiens et fragments 21

Omoplates 3

Humérus entiers 6

Humérus (extrémités supérieures) ... 13

Humérus (extrémités inférieures) ... 19

Cubitus entiers 15

Cubitus (extrémités supérieures) .... 16

Cubitus (extrémités inférieures) .... 64

Radius entiers 9

Portions de radius 17

Métacarpiens . 910

Phalanges du carpe ....... 114

Os iliaques 5

Fémurs entiers 6

Fémurs (extrémités supérieures). ... 13

Fémurs (extrémités inférieures) .... 37

Tibias entiers 2

Tibias (extrémités supérieures) .... 23

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 191

Tibias (extrémités inférieures) . . . . 160

Métatarsiens 1150

Phalanges des pattes 397

Outre cette grande irrégularité dans le nombre des représentants de chacune des parties du squelette, on remarque que les ossements les plus abondants et les plus entiers sont ceux qui ne portent pas de chairs ou qui en portent le moins, mais que les parties, recouvertes par beaucoup de muscles, sont plutôt conservées à l'état de fragments.

Ainsi on y voit peu de sternums, peu de parties des régions dorsales et lombaires, pas de côtes, un très petit nombre d'humérus, d'os de l'avant-bras, de fémurs et de tibias entiers (en tout, 38). Les épiphyses de ces os des membres, surtout les plus solides, sont au contraire plus nombreuses (362).

Par constraste, les vertèbres cervicales, les mandibules, les métatarsiens, les métacarpiens sont très abondants et exceptionnellement brisés. Les phalanges des pattes et des ailes sont, de leur côté, fort nombreuses.

11 serait difficile d'assigner exactement la cause de Il est difficile

, , 1 j • i> ; de déterminer

cette accumulation d ossements. lemode

Aucun des animaux de cette liste n'habite les ca- de'^ces'^s^sTments, vernes.

Leurs débris ne sont pas mélangés à des silex taillés ni aux ossements déjà cités qui sont les restes incontestables de la nourriture de l'homme dans la caverne. Ils étaient réunis, avons-nous vu, contre une paroi • du souterrain.

l'homme

On n'a observé sur aucun la trace du feu.

La diaphyse des ossements d'oiseaux, recouverts de beaucoup de chair, est formée d'un os compacte et solide dont les esquilles aiguës seraient un danger permanent pour l'acte de la déglutition. C'est ce que M. Steenstrup fit récemment observer à l'Auteur qui lui exposait ce cas remarquable de gisement.

On ne peut donc] voir dans la disproportion numérique de ces ossements et de ceux qui sont plus ou moins dépourvus de muscles, l'indication que ces oiseaux furent introduits par l'homme dans la caverne de Montaigle. LesKjoekkenmoedding du Danemarck ont fourni surtout les diaphyses des os d'oiseaux; les épiphyses avaient été d'ordinaire rongées par des chiens. L'interprétation de la présence de ces os et la filiation des actes dont ils furent l'objet, est ici évidente. Mais, à Montaigle, le fait est renversé : les diaphyses sont principalement à l'état d'esquilles et les épiphyses généralement isolées. C'est une singulière similitude avec les os des mammifères de grande taille trouvés dans les antres de nos indigènes, et dans cette similitude, nous avons un exemple déplus de la réserve qu'on doit apporter dans l'interprétation des faits relatifs aux restes enfouis dans les dépôts des cavernes. Par la prépondérance de certaines parties du squelette des grands mammifères et par le fait que les os de leurs membres étaient brisés d'une manière déterminée, nous avons conclu que ces mammifères avaient été tués à la chasse, que nos indigènes en avaient recherché la moelle et la cervelle. D'autre part, nous voyons dans une autre caverne que pareille induction

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE. 193

ne peut être appliquée aux oiseaux, quoique le parallèle entre les os conservés et les cassures dont ils ont été l'objet, puisse s'établir presque de point en point. On sait au surplus que les os d'oiseaux ne contiennent point de moelle; ceux qui ont été cassés à Montaigle, n'auraient pu l'être, même dans l'hypothèse des " débris de cuisine » , que dans un but bien éloigné de celui qui a conduit l'homme à briser les os des membres des grands mammifères durant les mêmes époques.

Si nous comparons aussi l'état de ces ossements d'oiseaux de Montaigle à ceux qui étaient à Furfooz et à Chaleux mélangés aux débris incontestables de la nourriture des indigènes, nous remarquerons que les os des jambes, fémurs et tibias, ainsi queles os des ailes, humérus, radius et cubitus, sont généralement plus entiers dans les cavernes de la Lesse que dans les cavernes de la Molignée.

On doit observer encore qu'aucun oiseau de proie nocturne ou diurne ne figure dans la liste des dix espèces mentionnées dans la liste du trou du Sureau. On ne peut donc considérer non plus les restes de ces espèces comme une accumulation séculaire des débris des déprédations de rapaces dans les forêts de ces temps reculés.

Une station complète de nos troglodytes se compose Eléments d'une caverne au moins ayant servi d'habitation, et M^ngo^ioidr d'une autre caverne ayant servi de sépulture.

Nous en avons un exemple à Furfooz. Nos indigènes y avaient établi leur demeure dans le trou des Natons, et le trou du Frontal était leur caverne funéraire.

l'homme

On admet généralement qu'on peut se faire une idée de la durée du séjour de l'homme dans une caverne par la quantité de débris qu'il y a laissés. Cette opinion est très admissible. Mais, appliquée à cette station de Furfooz, elle soulevait une difficulté qui embarrassa longtemps l'explorateur.

Les restes Le trou des Nutons y avait évidemment été la dei homme meuro de la peuplade. Or, il a fourni moins d'ustensiles

étaient proportion- ,,. t c -\ i • • i

neiiement ©t â pcmo pius de relieis de repas, que la partie du "'""da^ns'ir''"'^ trou du Frontal que l'on était conduit à considérer '™que d^s""' comme l'endroit où la même peuplade venait faire ses le /ro« rf« Frontal, fegtins cu l'honueur des morts.

Cette singularité devait ou faire rejeter l'interprétation, si satisfaisante et bien en accord avec les renseignements exhumés de nos cavernes, qui voyait dans cette station, tous les éléments d'un séjour prolongé et permanent d'une tribu Mongoloïde, — ou bien faire présumer que sa demeure principale, soit qu'elle eût eu pour siège une autre caverne de la localité, soit qu'elle eût disparu sous un éboulis, avait échappé jusqu'alors aux recherches.

Les Mongoloïdes Lcs investigatious , dans le sens de cette dernière

avaient

encore haljité solution, s'égarèrent d'abord dans les divers souterdans*^^^*^'"*^ rains de l'escarpement de Furfooz et même des collines

l'escarpement. . . -, . , . '

voismes, quand on songea, quatre ans après avoir exploré les trous des Nutons et du Frontal, à faire porter les recherches sous la roche en surplomb dont il a été question dans la description de l'escarpement. Cette Découverte fois, OU avait touché juste : on y découvrit, sous un

de cette caverne.

éboulis pierreux, des silex taillés et des ossements de

PENDANT LES AGES DE LA PIERRE

renne et de cheval brisés de main d'homme. Les indigènes de l'âge du renne avaient donc eu, àFurfooz, un autre abri que le trou des Nutons.

Les travaux d'exploration s'annoncent, à cause de l'éboulis, comme devant être fort longs. Aussi a-t-on dû se borner jusqu'à présent à cette constatation, d'autant plus qu'on devait exécuter ailleurs des fouilles plus urgentes. 11 sera intéressant d'y reprendre les travaux plus tard, afin de compléter l'étude d'une localité qui est le type le mieux accentué d'une station antéhistorique en Belgique.

Le trou du Frontal est plutôt un abri sous roche Les dépôts qu'une véritable caverne. Seulement il se prolonge en avant et après une petite cavité large et haute d'environ un mètre, ^^^e au renne, profonde de deux mètres.

Les dépôts de l'âge du mammouth comblaient l'abri extérieur de manière à arriver, en plan légèrement incliné, à l'orifice du caveau dont le fond contenait un petit amas de limon fluvial (flg. 34) qui est aussi de l'âge du mammouth.

Au dessus de ces dépôts et présentant dans l'excavation un plan incliné en sens inverse de celui de ces couches plus anciennes, s'étendait un épais amas d'argile jaune pétrie de fragments de la roche adjacente.

Tout débris annonçant l'existence de l'homme et situé entre le limon fluvial et cette argile jaune était, par conséquent, de l'âge du renne.

De tels débris s'y trouvaient en abondance dans la disposition suivante :

l'homme

Les ossements humains.

Le caveau renfermait des ossements humains qui, d'après les mâchoires inférieures entières ou en fragments, se rapportent à seize individus. On y voyait notamment les débris de cinq enfants et de trois adolescents.

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